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ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE

dimanche 31 juillet 2011

LES PREMICES D’UN MAI 1968 EN ISRAËL



LES PREMICES D’UN MAI 1968 EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE



               Ceux qui ont connu l’époque de mai 1968 à Paris font un parallèle avec la situation actuelle en Israël. Cela avait commencé de la même façon. Une petite manifestation de jeunes étudiants, folklorique au départ, qui ne prêtait pas à conséquence pour les autorités, s’amplifie pour toucher toutes les classes de la population et ensuite toutes les villes. Dans les deux cas, le pouvoir semblait sourd aux revendications face à une crise imprévisible en raison même des formes de la contestation étudiante. La sérénité de la vie universitaire avait été perturbée par les formes multiples qu’ont revêtues les actions de contestation.

            La caractéristique commune à cette prise de conscience réside dans la combativité des jeunes qui ne trouvent pas à s’exprimer dans les organisations politiques et les syndicats. Les jeunes, qui jouent un rôle moteur au boulevard Rothschild, ont décidé seuls des formes de lutte appropriées à leurs revendications alors que les politiques ne les contrôlent pas. Les manifestants n’exigent pas une force alternative aux partis et aux syndicats mais une force nouvelle qui tranche avec une certaine apathie générale. Ce terreau fertile risque de nourrir une contestation plus générale lorsque les universités seront rouvertes.

La guerre d’Algérie avait calmé les velléités des jeunes étudiants qui avaient alors un rôle fédérateur parce qu’ils ne voulaient pas attenter à l’unité du peuple français en période de guerre. Aujourd’hui les jeunes israéliens ne veulent pas être accusés de poignarder le pouvoir alors que les frontières restent sensibles, que le terrorisme n’a pas désarmé et que les ennemis d’Israël risquent de se frotter les mains devant un autre visage du mouvement étudiant. Mais ils ont choisi la rue plutôt que les cafétérias universitaires tout comme en France la faculté de Nanterre avait été choisie parce qu’elle représentait alors un véritable ghetto coincé entre un bidonville en cours de destruction et des terrains vagues préfigurant le nouveau quartier de la Défense. Le symbole résidait dans les classes défavorisées voisinant avec la représentation la plus voyante du libéralisme économique implacable.  

Mai 68 avait marqué une rupture : l'illusion d'un discours révolutionnaire face à la volonté pragmatique des individus. Les jeunes voulaient changer leur vie, voulaient participer au partage des richesses et voulaient surtout qu’on les entende.  Mais le traitement des désordres de mai 1968 par le gouvernement français avait débouché sur une grande déception caractérisée par la fin de tout espoir de changement quels que soient les discours des hommes politiques, parfois révolutionnaires, parfois réformistes.

En Israël, les intellectuels ont pris, comme en France le train en marche, par opportunisme et par désarroi de constater leur impuissance théorique devant la revendication des tentes. Ils ne représentent plus le levier propre à toute contestation. Ils ne représentent plus l’élite des sages qui pensent à la place des autres. Ils ont perdu leur influence et leur aura.

Le pouvoir israélien, puissant aujourd’hui parce qu’il gouverne face à une opposition atone, doit comprendre que la nouvelle démocratie, avide de perspectives politiques concrètes, ne peut pas se satisfaire de mots d’ordre creux et de formules stériles. D'ailleurs le gouvernement est touché frontalement puisque Haïm Shani, directeur général du ministère des fiances a démissionné, vraisemblablement à cause de la vague de protestations. Benjamin Netanyahou doit réviser les textes fondateurs de la révolution de mai 1968 pour éviter que la contestation ne débouche sur une révolution lorsque les revendications sont légitimes.  


Sur le même sujet : 


http://benillouche.blogspot.com/2011/07/israel-trouve-sa-place-tahrir.html





vendredi 29 juillet 2011

GUYSEN-TV - FRANCE-ISRAËL : FIN DE L'EMBARGO ?



GUYSEN-TV - FRANCE-ISRAËL : FIN DE L'EMBARGO ?

Débat télévisé du 27 Juillet 2011 entre 

Emmanuel NAVON, professeur de sciences politiques, et 

Jacques BENILLOUCHE 

arbitré par 

Myriam DANAN


         Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a mis fin à des mois de suspense en annonçant, le 21 juillet, qu’il avait choisi Dassault Aviation pour fournir aux forces armées françaises un nouveau drone moyenne altitude longue endurance (MALE) à l’horizon 2014.

         C’est une victoire pour Israël et le groupe français puisque la version française du drone s'inspire du drone israélien Heron TP, en compétition avec la proposition d'EADS qui prônait une solution américaine, le Reaper. La production du drone se ferait en coopération avec l’avionneur Israel Aerospace Industries (IAI) qui produit déjà le Heron TP.

          La décision technique est doublée d'une décision politique puisqu'Israël devient à nouveau partenaire des industries militaires françaises depuis l'embargo décrété par le Général de Gaulle en 1967.


Vidéo Partie/1
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Vidéo Partie/2
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jeudi 28 juillet 2011

Serge BENATTAR : UN JOURNALISTE LIBRE



Serge BENATTAR : UN JOURNALISTE LIBRE

par Jacques BENILLOUCHE

Serge BENATTAR est à droite dans la photo


           Serge Benattar s’en est allé doucement, en pleines vacances, comme s’il ne voulait pas déranger ses lecteurs. Il avait eu le courage de fonder en 1982, l’hebdomadaire « Actualité Juive » dont il a été durant trente ans le directeur de la publication et le rédacteur en chef. Son mérite est d’autant plus grand qu’il existait à cette époque de nombreuses publications juives, des plus prestigieuses, qui ne l’ont pas empêché de mener à bout son projet. Il s’était appliqué à lui-même la maxime d’Hubert Beuve-Méry, créateur du journal « Le Monde » : « Le journalisme, c'est le contact et la distance ».

           C’était un homme libre qui n’avait pas peur de pousser ses "coups de gueule" lorsqu'il s'estimait dans son droit. Il avait osé critiquer El-Al pour les tarifs élevés de ses vols en qualifiant les français en première page de « pigeons ». Il avait accepté ses risques puisque la sanction tomba immédiatement avec l’arrêt de la diffusion de ce journal sur les vols El-Al et la suspension des publicités qui constituaient le nerf de la guerre. El-Al avait eu tort de condamner un journaliste libre. Dans notre profession, il était de ceux, rares, qui ne se couchent pas car selon Alfred de Vigny :   « Il n’y a au monde que deux classes d’hommes : ceux qui ont et ceux qui gagnent. Les premiers se couchent, les autres se remuent.»

             Je l’ai connu de manière indirecte lorsque j’avais décidé d’imprimer en France le bimensuel « L’IMPACT » entièrement consacré aux informations israéliennes. Le succès de ce journal israélien l’avait inquiété car il piétinait  ses plates-bandes. Il m’avait alors approché par l’un de nos amis communs pour tenter de trouver une solution de collaboration plutôt que de s’engager dans la voie de la concurrence. La décision ne m’appartenait pas seul et rien ne  s’est fait entre nous. Il a donc décidé d’imprimer et de diffuser son journal en Israël, pour un coût exorbitant, alors que les lecteurs avaient le choix d’un bimensuel gratuit.  

             Son journal vivait par lui et pour lui. Il était le maître d’œuvre et l’inspirateur. A l’heure où la presse francophone juive est en voie de disparition avec la mort de « Tribune Juive » et l’abandon de « l’Arche », la question se pose de la survie du seul titre juif : "ActuJ". Il serait souhaitable qu’il ne disparaisse pas avec son fondateur.

                 Les plumes de talent sont nombreuses en France mais il faut aussi que la communauté juive comprenne qu’elle doive s’imprégner de la culture anglo-saxonne  qui se mobilise pour financer une voix juive de référence.  Serge Benattar aura à présent le loisir de nous juger de là où il se trouve.

RADIO JUDAIQUES-FM : LA BROUILLE ISRAELO-TURQUE




RADIO JUDAIQUES-FM  

Journal du 28 juillet 2011

LA BROUILLE ISRAELO-TURQUE

Jacques BENILLOUCHE au micro d'Olivier ISSEMBERT  

La Turquie donne l’impression de durcir son attitude en menaçant de plusieurs mesures : 

* réduire sa représentation qui n'est pourtant que du niveau de Chargé d’Affaires après le rappel de son ambassadeur. 

* S’opposer a accueillir un nouvel ambassadeur israélien. 

* Soutenir les palestiniens dans les instances internationales. 

Mais il pourrait s'agir d’une posture pour justifier une reprise des relations normales avec Israël.



Cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo de l'émission
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mercredi 27 juillet 2011

A TEHERAN, LES SCIENTIFIQUES MEURENT MYSTERIEUSEMENT




 A TEHERAN, LES SCIENTIFIQUES MEURENT MYSTERIEUSEMENT

Par Jacques BENILLOUCHE

Centrale nucléaire de BUSHEHR
          Une guerre totale des services secrets est engagée entre l'Iran et Israël. De nombreux spécialistes du nucléaire sont assassinés, retardant d'autant la réalisation, du programme iranien. 

Un mort de plus parmi les personnes impliquées, de près ou de loin, dans le programme nucléaire iranien. Un physicien nucléaire a été tué le 23 juillet à Téhéran par des inconnus qui l’ont abattu par balle devant son domicile. Daryoush Rezael, âgé de 35 ans, avait des liens avec l’organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) où il enseignait en tant que chercheur en physique neutronique.....

Lire la suite sur Slate en cliquant sur le lien :




mardi 26 juillet 2011

KOL-ISRAEL : RELATIONS ISRAEL-TURQUIE



ISRAEL-TURQUIE : UN NOUVEAU DEPART ?



Journal de KOL-ISRAEL du 25 juillet 2011

Caricature de Shalom COHEN du journal Israël Hayom

Jacques BENILLOUCHE 

au micro de

Annie GABBAY

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Un document confidentiel émanant du ministère des Affaires étrangères qui a été publié par le quotidien « Maariv » révèle que, malgré les tentatives timides de rapprochement avec Israël, Ankara continue à déployer un activisme anti-israélien.  Mais il pourrait s'agir d'une posture du premier ministre Erdogan qui cherche en fait à renouer les relations avec Israël sans être accusé d'avoir avalé une couleuvre.

dimanche 24 juillet 2011

LA PLUIE ET LES LARMES




LA PLUIE ET LES LARMES

par Jacques BENILLOUCHE




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         En hommage à mes amis restés à Paris sous la pluie qui ne cesse de tomber, cette magnifique ballade d’Anne Vanderlove qui chante, elle, des chansons à texte avec des mots et des phrases qui nous brûlent la mémoire.

         Les étudiants des années 1960 à Paris se souviendront ainsi des soirées au club Chez Georges, rue des Canettes, où des chanteurs inconnus accompagnés de leur seule guitare meublaient des soirées nostalgiques sans hurler ni émettre des onomatopées chères à la vague moderne des Amy Winehouse. Ils se saoulaient avec les mots et se droguaient avec le verbe.  Certains sont devenus de grandes vedettes. D’autres sont tombés dans l’oubli. Mais le souvenir reste toujours cuisant.
         
         Dans le même registre, Rachel Arnaud suit aujourd'hui les traces d'Anne Vanderlove. Un immense plaisir pour les oreilles.




mercredi 20 juillet 2011

ISRAEL A TROUVE SA PLACE TAHRIR



ISRAËL A TROUVE SA PLACE TAHRIR 

Par Jacques BENILLOUCHE


Et si  le boulevard Rothschild devenait la place Tahrir de Tel-Aviv ? C’est certainement exagéré car la différence avec les révolutions arabes réside dans l’existence d’une démocratie vivace en Israël. Mais si on connait toujours l’origine des manifestations, nul n’est capable d’en déterminer l’issue. Pour l’instant, le problème est pris à la légère par les dirigeants israéliens car les manifestations se déroulent sans violence et avec un certain esprit bon-enfant. Des tentes de camping ont été dressées sur l’esplanade centrale du boulevard pour protester contre les hausses inconsidérées de certains produits alimentaires et contre la flambée des prix de l’immobilier alors que les salaires stagnent. Les jeunes ne peuvent plus se loger et ils le font savoir à leur manière.

Excès du libéralisme

L’envers du décor d’un pays trop libéral est planté parce que la gauche est laminée et que l’opposition est atone. Les jeunes loups politiques, à l’instar des deux journalistes de gauche qui ont été élus députés, sont devenus inaudibles car, selon leurs détracteurs, ils ont reçu « leur hochet». Les espoirs d’une population excédée se sont envolés en même temps que les promesses d’obtenir rapidement de nouvelles mesures sociales. Les israéliens paient les conséquences de l’exercice solitaire du pouvoir par un gouvernement omnipuissant.
Les manifestants sont pour l’instant disciplinés car ils ont la culture des pays démocratiques: « Ceci est une bataille sociale et non politique »  insiste Roey Noiman, l’organisateur du Sit-in, qui explique la passivité du maire de Tel-Aviv par son appartenance au parti au gouvernement. Le pouvoir ne mesure pas encore l’inquiétude qui envahit les éléments actifs de la population, les jeunes qui sont le socle et l’avenir du pays mais qui se sentent abandonnés dans la jungle économique : « C'est un fait de base,  les jeunes israéliens finissent leur service militaire, paient des impôts, donnent tout à l'État  mais ils ne voient pour autant  aucun avenir » renchérit Noiman.
Il faut se reporter aux manifestations de 1971 des Panthères noires pour retrouver la même atmosphère de contestation qui avait cependant dégénéré en émeute. La jeunesse d’aujourd’hui se révolte moins contre le gouvernement accusé d’être passif que contre les monopoles financiers et industriels. Pour l’instant, il n’y a pas de contamination avec la révolte des pays arabes mais les mouvements sociaux, liés à l’augmentation des prix alimentaires, pourraient constituer l’étincelle qui risque de mettre le feu politique dans le pays.

Hausse générale des prix

La centrale syndicale israélienne Histadrout se bat pour obtenir l’annulation des hausses des produits de base. Tout a augmenté, le pain de 10%, l’essence de 13%, l’eau de 134%, les logements, les transports et les impôts indirects tandis que le Trésor n’a pas entériné l’accord conclu avec le patronat d’instaurer le salaire minimum à 4.300 shekels, soit 850 euros, alors que les prix ont atteint ceux d’Europe. Le secrétaire général de la Centrale, Ofer Eini a montré sa mauvaise humeur : « Une grande partie de l'opinion israélienne estime que la coupe est pleine, et le Premier ministre doit donc corriger le tir ». Il est rejoint par le patron des patrons Shraga Brosh qui critique le gouvernement : « au lieu de baisser le poids de la fiscalité, les taxes indirectes ont été alourdies, ce qui handicape le secteur privé notamment au moment où la crise mondiale va entraîner des augmentations de prix et rogner la compétitivité des entreprises ». Le gouverneur de la Banque d’Israël, Stanley Fisher, reste fidèle à l’orthodoxie financière en s’élevant contre les «mesures populistes parce qu’il faut préserver le cadre budgétaire ».
Certes le chômage est faible en Israël mais au prix de rémunérations très basses puisque les demandeurs d’emploi, qui ne bénéficient d’allocations que durant trois mois, sont astreints à accepter tout travail. Les écarts de salaires sont  tels que la classe moyenne se rétrécit et que la pauvreté touche de plus en plus de secteurs de la population et pas uniquement les religieux orthodoxes et les arabes israéliens. Les jeunes ont rejoint cette catégorie car ils n’ont plus les moyens de se loger.

Crise du logement

Les prix des logements ont atteint des sommets justifiés par l’excédent de la demande. L’afflux des investisseurs étrangers forts de leur euro, qui sentent l’aubaine d’une plus-value rapide, crée une surchauffe dans le secteur. Un appartement à Tel-Aviv voisine le million d’euros et certains autres dépassent les prix du XVIème arrondissement de Paris. Par ailleurs l’immobilier flambe car les populations juives à l'étranger, inquiètes de la montée de l’islamisme, tendent à anticiper l’abandon de leur pays en investissant en Israël dans l’immobilier.  Les américains du nord et du sud  constituent aujourd’hui la grande masse de ceux qui s’installent définitivement en Israël quitte à  continuer leur activité professionnelle dans leur pays d’origine durant la semaine et à rejoindre leur famille durant le week-end.
Les monopoles agro-alimentaires font la loi et les jeunes et les bas-salaires en souffrent.  Israël s’était préparée à une guerre d’un nouveau style,  « la guerre du Cottage ». Ce mythique fromage blanc a personnifié la colère populaire contre la hausse constante des prix des produits laitiers. Cette hausse a d’ailleurs influé sur l’indice des prix du mois de mai, qui a été plus élevé que prévu : +0,5%. Le ministre des Finances, Dr. Youval Steinitz, a indiqué « que la lutte contre les monopoles de producteurs laitiers sera la même que celle qu’il mène contre les grands trusts monopolistiques du gaz, qui veulent s’enrichir sur le compte des consommateurs ». Mais il n’a rien fait de concret et seul un boycott des consommateurs a eu raison de la hausse de prix inconsidérée.
Les manifestants ont décidé de marquer leur mauvaise humeur en campant devant le domicile du ministre de la défense, Ehud Barak, dans la tour la plus huppée du centre de Tel-Aviv. Son appartement a été évalué au prix exorbitant de 7 millions de dollars. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou s’est joint aux protestations contre la hausse de l’immobilier et la pénurie de logements mais il n’a pris aucune mesure législative pour imposer un quota de logements sociaux. Il accuse au contraire la « bureaucratie scandaleuse » qui enlise le marché. : « Nous sommes un petit pays, il y a une forte demande de logements et pas suffisamment d’appartements, car nous avons deux procédures bureaucratiques insensées. Il faut énormément de temps pour planifier et commercialiser des logements ». Or, il dispose d’une large majorité à la Knesset et d’un pouvoir sans partage pour légiférer mais la volonté manque. Au lieu de frapper sur la table et de prendre des mesures, il accuse les autres d'être la cause du malaise.

Politique volontaire

Certains se demandent s’il ne s’agit pas d’une politique délibérée et sournoise du gouvernement qui veut pousser les israéliens à s’installer dans les territoires pour consolider les implantations où les constructions ont repris. Pour 100.000 dollars il est possible d’acquérir une maison individuelle à 35 kms de Tel-Aviv, dans la grande banlieue de Jérusalem ou au delà de la «ligne verte », à Nilin par exemple, traversée par une nouvelle ligne de train.
Les manifestants du boulevard Rothschild refusent d’attirer la pitié et donnent l’impression d’être heureux puisqu’ils écrivent ce slogan sur leurs panneaux : « heureuse révolution ».  Le mot révolution a ainsi fait des émules et il a été lancé par des manifestants qui veulent s’inspirer des mouvements espagnols en s’opposant en silence. Les jeunes affluent de toutes les parties du pays pour gonfler la « ville des tentes ».  L’Union Nationale des Etudiants s’est jointe à la protestation en menaçant de l’étendre aux campus des universités. D’autres villes ont pris le relais pour répandre les protestations dans tout le pays. Le président des étudiants a été ferme dans ses propos : « Nous nous préparons à une lutte longue et déterminée contre un gouvernement qui nous a abandonnés. Nous ne renoncerons pas tant que le droit au logement de tous les jeunes israéliens ne sera pas garanti ».
Il se profile en Israël un vent de mai 1968  puisque plusieurs secteurs se joignent aux jeunes. Les derniers à se mettre en grève sont les médecins qui refusent de pratiquer les interventions dans tous les hôpitaux. Le pays réputé pour son dynamisme économique et pour la qualité de son high-tech est aujourd’hui en panne sociale. Ses jeunes réclament des mesures immédiates que le gouvernement ne semble pas en mesure d’offrir. A trop attendre, le boulevard de Rothschild risque alors d’être débaptisé en place Tahrir d’Israël.

lundi 18 juillet 2011

SLATE : Libye, un échec cuisant pour l'Otan





SLATE : Libye, un échec cuisant pour l'Otan
par Jacques BENILLOUCHE

Soldats fidèles à Kadhafi

  Quand les Américains ne veulent pas ou ne peuvent pas, l'OTAN est impuissant. La France et le Royaume-Uni n'ont pas les moyens militaires de leurs ambitions politiques. Ces deux pays vont devoir en tirer les conclusions: se donner d'autres moyens ou disparaître sur le plan géopolitique.




 Les augures avaient prévu un peu vite la chute rapide du colonel Kadhafi. Mais il semble bien que les Dieux militaires aient été avec lui. Barack Obama a transmis, le 14 juillet, au président russe Dimitri Medvedev le relais pour jouer le rôle principal dans les négociations avec Mouammar Kadhafi, sous réserve que la solution adoptée favorise l’avènement d’un régime transitoire. Les deux dirigeants sont convaincus que la guerre est terminée en Libye. Le président américain a ainsi accepté la suggestion russe, contre l’avis des chefs de l’OTAN qui avaient rencontré les dirigeants russes à Sotchi. Une réunion durant laquelle Moscou et l’OTAN avaient affiché leurs divergences. Mais si les Américains ne veulent pas ou ne peuvent pas, l'OTAN est réduit à l'impuissance, une dure leçon quand la volonté politique, notamment française et anglaise, n'a pas les moyens militaires de ses ambitions.....


Lire la suite en cliquant sur le lien :


http://www.slate.fr/story/41193/libye-OTAN-echec-cuisant


D'autres liens dans le monde :


http://www.infodabidjan.net/international/libye-un-echec-cuisant-pour-lotan-une-analyse-de-jacques-benillouche-journaliste/




dimanche 17 juillet 2011

BILLET D’HUMEUR : LOI DIVINE OU LOI HUMAINE




BILLET D’HUMEUR : LOI DIVINE OU LOI HUMAINE

Par Jacques BENILLOUCHE

Je ne comprends pas le monde religieux orthodoxe mais il est vrai que ma culture est défaillante. Il me reste encore quelques préceptes enseignés par mon vieux rabbin de Tunis, Doukha, qui faisait honneur au Shabbat en s’affichant magnifique sous son saroual blanc, son gilet brodé de paillettes lumineuses et sa tête couverte de la chéchia rouge à  queue de fils de soie noire. Il nous avait enseigné que le Shabbat était un jour sain, réservé à la prière, à la paix et à la méditation, qu’il fallait consacrer à la synagogue pour être à l’abri des tentations laïques contraires aux lois de la Halakha, la règle écrite.

Je ne me souviens pas avoir entendu qu’il était toléré, durant le Shabbat, de jeter des pierres sur les passants qualifiés par certains de mécréants. Je ne souviens pas avoir entendu qu’il était légal, durant le shabbat, de se mettre en ordre de bataille rangée contre la police d’un pays juif sous prétexte que les orthodoxes ont la loi divine avec eux.

Les manifestants religieux voulaient empêcher la profanation du shabbat mais la question est posée de savoir s’ils ne le profanaient pas eux-mêmes en s’attaquant avec violence aux policiers montés. Mais le point qui me force à m’élever contre ces manifestants anachroniques concerne leur sémantique exagérée. Les cris de « nazis » proférés à l’encontre de la police israélienne me semblent déplacés. L’usage inconsidéré de la terminologie de la Shoa risque de banaliser l’élimination de six millions de juifs durant la Guerre Mondiale car la comparaison des véritables crimes nazis avec les actions de maintien de l’ordre de la police à Jérusalem revient à assimiler les nazis à des enfants de chœur.

Il serait temps que les leaders religieux orthodoxes cessent d’intoxiquer leurs ouailles en leur conseillant de s’occuper de leur vie plutôt que de vouloir régenter celle des adeptes de l’ouverture au modernisme. Ce serait alors le début de la démocratie et de l’entente entre laïcs et religieux. 

LA « PROVOCATION » AMERICANO-FRANCAISE EN SYRIE



LA « PROVOCATION » AMERICANO-FRANCAISE EN SYRIE

Par Jacques BENILLOUCHE


Conseil Syrien de Salut National


            Les ambassadeurs américains et français se sont déplacés à Hama le 8 juillet dans une démarche qui a été perçue comme un geste de provocation à l’égard du régime syrien et non comme un geste de solidarité affiché vis-à-vis des émeutiers dont la volonté est d’éliminer Bassar Al-Assad du pouvoir. Ils voulaient démontrer l’effort de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy, aidés du turc Tayyip Erdogan, pour rechercher une solution de compromis à la révolte syrienne. Mais l’épreuve de force est engagée.

Epreuve de force et compromis

            Il s’agissait de la deuxième visite de l’ambassadeur Ford qui tenait à marquer l’indignation de Washington devant les méthodes utilisées contre les émeutiers, en particulier l’utilisation de chars, de snipers et d’actions brutales des officines de sécurité. En visitant l’hôpital Hourani, il a pu se rendre compte de visu du nombre élevé de victimes civiles. Mais cette visite a déclenché la fureur du ministre de l’intérieur syrien qui l’a accusé « d’inciter les saboteurs à la violence aux manifestations et au refus du dialogue qui devait débuter le 10 juillet ». Ce dialogue est en fait une mise en scène syrienne consistant à inviter à des pourparlers une délégation de 244 personnalités sélectionnées par le pouvoir. Aucun représentant des manifestants ni de l’opposition n’a été convié à la réunion.
           Damas a utilisé l’alibi de cette visite à Hama pour démontrer la « preuve que Washington a joué un rôle dans les 15 semaines de troubles. » Le Département d'Etat américain a bien sûr rejeté l'accusation en soulignant que l'émissaire américain avait été accueilli avec des fleurs et des rameaux d'olivier par des civils pacifiques qui scandaient « Non au dialogue! A bas le régime! ». L’ambassadeur syrien à Washington, Imad Moustapha, a été convoqué au département d'Etat pour exiger de lui qu’il cesse de menacer de représailles, sur leur famille restée en Syrie, les membres de son ambassade qui envisagent de rallier l’opposition.
        Le but réel de la visite des ambassadeurs entre dans le cadre de manœuvres diplomatiques occidentales visant à trouver un terrain d’entente avec Bassar Al-Assad. Il s’est vu proposer un compromis le laissant à la tête du pays sous réserve de réformes démocratiques sérieuses accompagnées de l’entrée de l’opposition au gouvernement. Ils l’ont laissé annoncer le dialogue avec l’opposition pour le rassurer sur son maintien au pouvoir. Bassar Al-Assad a donné un signe fort en optant pour le dialogue avec les manifestants à Hama plutôt que d’imiter son père qui en 1982 avait ordonné à l’armée de tirer sur la foule des manifestants en faisant au moins 25.000 morts. Cette fois, il a enjoint à l’armée de rester dans les faubourgs de la ville et de ne pas intervenir.

Complicité

          Les observateurs voient une certaine complicité du pouvoir dans cette visite des ambassadeurs qui n’ont pas pu traverser les différents checkpoints sans l’accord du gouvernement. Le président syrien avait d’ailleurs invité les manifestants à accueillir les visiteurs aux points de contrôle car il cherchait à afficher sa volonté d’un dialogue national.
                Mais parallèlement à ces actions diplomatiques, une pression militaire a été lancée par les turcs sur insistance des occidentaux. Devant le risque militaire, la Syrie a reçu l’appui de l’Iran contre une éventuelle intervention grâce à des manœuvres lancées le 27 juin dans le cadre d’une démonstration de force. L’Iran avait ainsi dévoilé son premier silo de missiles souterrains, les Shahab-3, à l'abri des frappes aériennes, pour menacer directement les bases américaines en Irak et en Afghanistan ainsi que les bases turques. Devant cette menace, les turcs ont exigé un appui aérien et naval américain pour intervenir contre la Syrie.
           Des troupes turques sont massées à la frontière et sont prêtes à envahir une partie de la Syrie avec la couverture militaire américaine pour créer une enclave entre la frontière syrienne, irakienne, turque et la Méditerranée. Cette zone aurait deux fonctions. Elle serait d’abord réservée à héberger les 25.000 réfugiés que la Turquie préfère voir réintégrer leur pays. D’autre part, une région syrienne libérée serait créée pour donner aux leaders syriens d’opposition l’opportunité d’établir un début d’administration capable de préparer l’alternance politique. Cette menace turque a eu au moins pour effet de bloquer tout massacre à Hama.
       Bassar Al-Assad s’est cependant trouvé contraint de réagir aux visites des deux ambassadeurs. Il a poussé ses partisans à pénétrer brièvement dans l’ambassade américaine après leur avoir enjoint de quitter les lieux après une réaction « lente et insuffisante » des autorités syriennes : « Le gouvernement syrien a été lent à y répondre et à prendre les mesures de sécurité supplémentaires qui s’imposaient », a déclaré une source au sein de l’ambassade.
            En revanche, les militants qui ont cherché à entrer dans l’Ambassade française ont dû subir les assauts des gardes qui ont tiré en l’air à balles réelles. Selon le quai d’Orsay, les assaillants ne sont pas parvenus à entrer à l’intérieur de la représentation diplomatique française. « Pour la deuxième fois en deux jours, l’ambassade de France à Damas a été la cible d’attaques et de vandalisme de la part de groupes bien organisés et cela devant des forces de sécurité syriennes manifestement peu empressées à faire cesser ces violences », a dénoncé le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Bernard Valéro. Des drapeaux syriens ont également été accrochés sur le mur de l’ambassade et le véhicule de l’ambassadeur a été détruit. Le porte-parole a réagi : « Ce n’est pas avec de telles initiatives illégales que les autorités de Damas parviendront à détourner l’attention du problème de fond qui demeure la fin de la répression contre la population syrienne et la mise en œuvre de réformes démocratiques ».
          Comme toutes les oppositions dans les révolutions arabes, elles sont divisées car les intérêts personnels priment sur l'intérêt des peuples. Les dissidents syriens ont élu un Conseil de Salut national qui comprend des personnes que tout sépare et qui finiront par s'étriper. Les islamistes, les militants de gauche, les dignitaires tribaux et les kurdes se réunissent sous la même bannière alors qu'ils n'ont rien de commun sinon d'avoir été persécutés par Bassar Al-Assad. 
           Les occidentaux, tout comme les israéliens, sont intéressés à la survie du régime syrien car il les protège d’une prise de contrôle de toute la région par les islamistes iraniens par Hezbollah interposé. Les dernières propositions semblent les ultimes qui permettront à Bassar Al-Assad se sauver sa tête et son poste.

vendredi 15 juillet 2011

SLATE-AFRIQUE : Quelle place pour les juifs tunisiens ?



SLATE-AFRIQUE : Quelle place pour les juifs tunisiens ?


par Jacques BENILLOUCHE

L'histoire trimillénaire de la communauté juive perdure sous le ciel révolutionnaire. Mais à ce jour, est-elle toujours la bienvenue en Tunisie?

La synagogue de la Ghriba à Djerba

Les juifs tunisiens ont toujours gardé des liens étroits avec leur terre natale, ce qui dans un sens ne manquait pas d'intéresser économiquement le gouvernement tunisien. Des centaines de milliers de touristes, et parmi eux de nombreux Israéliens, consacraient leurs vacances à vaincre la nostalgie d’une terre volontairement abandonnée.

Le pèlerinage de la Ghriba sur l'île de Djerba, la plus célèbre synagogue d'Afrique du Nord, devenait un must tandis que de nombreux entrepreneurs juifs du Sentier, le quartier juif de Paris, ouvraient en Tunisie des ateliers de confection à bas coût pour fournir des emplois vitaux à une population à la recherche de débouchés. Les liens restaient étroits et les officiels n’hésitaient pas à s’en gargariser....

Lire la suite en cliquant sur le lien :


Mon ami André MAMOU m'a suggéré un autre titre pour mon article : 

Tunisie : Après le jasmin, la figue...de barbarie



SUD-SOUDAN : L’ASCENSION FULGURANTE D’UN REFUGIE EN ISRAËL



SUD-SOUDAN : L’ASCENSION FULGURANTE D’UN REFUGIE EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE



Israël connait, comme tous les pays occidentaux, le problème de l’immigration sauvage malgré des frontières aériennes hermétiques et un contrôle rigoureux des pseudos touristes. L’Etat juif n’avait jamais connu ce problème avant 1993 puisque la main d’œuvre venait de Cisjordanie et de Gaza. L’immigration sauvage est au centre du débat du gouvernement car, sur les 130.000 immigrés autorisés, viennent s’ajouter plus de deux cents mille illégaux qui influent sur le pourcentage élevé des normes européennes.  Les clandestins représentent en France 5,2% des travailleurs actifs contre 8% en Espagne et 4% en Hollande. Israël détient le record avec 10,4% d’immigrés non sollicités ce qui, pour un pays doté d’un espace réduit, représente un danger pour l’équilibre des communautés.

Frontière poreuse

La plupart des immigrés pénètrent par la frontière poreuse entre Israël et l’Egypte, venant d’Ethiopie, de Chine, d'Érythrée, du Darfour, du Soudan et d’Afrique noire. Composés de familles entières avec enfants, ils ne peuvent pas être expulsés car, selon leurs dires, ils seraient automatiquement exécutés par les autorités égyptiennes. Vingt  réfugiés ont ainsi été tués en 2009 et 28 en 2008 selon les statistiques officielles. Le laxisme des égyptiens dans le contrôle et la surveillance de leurs frontières est flagrant alors que le flux pourrait être facilement détectable avant leur entrée dans leur espace. En 2009, environ 300 personnes par mois s'introduisaient en Israël tandis qu’en 2010, la moyenne mensuelle est passée à 1 200 personnes infiltrées en Israël.      
Les travaux de construction d'une clôture le long de la frontière sud d'Israël ont commencé tandis que de nouvelles directives plus sévères concernant les demandeurs d'asile ont été votées. Chaque semaine, 200 personnes traversent la frontière du Sinaï  pour entrer en Israël sans que les militaires égyptiens n’interviennent pour éviter d’avoir à traiter du sort de ces indigents. Ils sont souvent aidés par les bédouins du Sinaï, responsables des trafics de drogue, de prostituées et d’armes, qui les rackettent sans vergogne. Benjamin Netanyahou avait exprimé son inquiétude : « Israël est le seul pays du monde développé accessible à pied depuis le tiers-monde et l'Afrique. Si nous ne nous protégeons pas, Israël sera inondé par des centaines de milliers de travailleurs étrangers et de clandestins.»

Des souvenirs douloureux

Israël reste très sensible à ce problème des réfugiés car les juifs ont souffert de la fermeture des frontières à l’époque du nazisme et on ne manque jamais de lui rappeler ces épisodes douloureux. Il ne peut donc se permettre de rejeter des malheureux recherchant un refuge et fuyant souvent les massacres ethniques auxquels ils sont confrontés. En 1977, il avait été le seul pays à recueillir des dizaines de boat-people venant du Vietnam, dérivant au gré des courants, et ignorés du monde occidental. Ces asiatiques sont aujourd’hui parfaitement intégrés et, malgré l’ouverture récente de relations diplomatiques avec leur pays, ils ne désirent pas réintégrer leur port d’origine. Ils fréquentent les universités et certains ont demandé à être mobilisés par Tsahal pour parfaire leur intégration car ils veulent avoir la conviction de faire partie définitivement de la communauté israélienne.
Le flux incessant de refugiés a induit la décision prise avec l’accord des Egyptiens de construire un mur de béton ou de grillages, sur 250kms, le long de la frontière entre le Néguev et le Sinaï égyptien. Cette barrière finira d’isoler complètement Israël du monde extérieur, contre la volonté de ses gouvernants. Le quotidien Yédioth Ahronot stigmatisait d’ailleurs cette nécessité de s’enfermer volontairement : « Un pays entier vivant derrière des barrières, entouré de tous côtés par un océan d'ennemis. Et ainsi sera achevée la construction d'une Sparte moderne, alors que nous voulions tellement devenir Athènes ».
Le ministre Eli Yshaï, du parti orthodoxe Shass, s’inquiète en revanche des répercussions de cette immigration clandestine qui influe sur le caractère juif de l’Etat. Il n’hésite pas à user de la dialectique de l’extrême-droite française tendant à rendre responsables ces réfugiés de l’augmentation du taux de chômage. Il n’ignore pourtant pas  que ces travailleurs clandestins sont une aubaine pour les hôteliers d’Eilat trouvant une main d’œuvre à bon marché et pour les agriculteurs qui seraient contraints de laisser pourrir leur récolte sur pied tant les israéliens répugnent à effectuer ces travaux pénibles.

Un réfugié modèle

Bith Thiyang a traversé la frontière il y a six ans, venant du sud-Soudan, et s’était réfugié près d’Eilat au kibboutz Eilot. Il avait une double casquette. D’une part  il était chargé le matin du nettoyage des chambres de l’hôtel du kibboutz et ensuite, dans une petite chambre au mobilier  modeste, il revêt les habits de consul de son pays en guerre pour aider ses compatriotes  à organiser leur vie.
Depuis seulement six mois, il a troqué sa tenue de nettoyage contre un costume dans son bureau de Tel-Aviv, sous le portait du leader du Sud-Soudan, John Garang, mort dans un accident d’hélicoptère en 2005. Il est chargé à présent de veiller sur les milliers de réfugiés, installés au sud de Tel-Aviv dans le ghetto d’immigrés près de l’ancienne gare centrale.
Son bureau austère est devenu la représentation officielle du Sud-Soudan et il a été l’artisan de la reconnaissance de son pays par Israël avec l’espoir d’un prochain établissement de relations diplomatiques officielles. Le refugié miséreux est devenu une personnalité reçue par les plus hauts dirigeants de la diplomatie israélienne et, pour répondre à la nostalgie de ses compatriotes qui souhaitent réintégrer leur pays natal, il a demandé à El AL l’ouverture d’une ligne avec son nouveau pays.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a décidé de reconnaître officiellement le Sud-Soudan et lui a souhaité bonne chance. Le ministre de l'Intérieur Eli Yishaï, plus pragmatique, veut profiter de cette évolution pour réclamer l'ouverture de négociations pour le retour chez eux des réfugiés soudanais.
Israël est très intéressé à avoir des relations officielles avec un pays africain qui dispose de la manne pétrolière puisque 375.000 barils sont produits chaque jour. Le pays est entièrement à reconstruire et les entreprises israéliennes sont prêtes à équiper de haute technologie une démocratie qui s’ouvre au monde moderne et dont la majeure partie de la population vit encore dans des huttes. D’autre part, le Sud-Soudan est à peine créé qu’il songe déjà à la guerre car les ambitions et les prétentions de ses voisins sont encore élevées. Le nord musulman, mais dominé par les arabes, se distingue du sud peuplé en majorité de chrétiens qui ont été longtemps martyrisés et qui se trouvent en communauté de destin les juifs. Alors, Israël est en mesure d’équiper militairement un nouvel Etat soumis à la convoitise de ceux qui ont accepté l’indépendance du Sud-Soudan du bout des lèvres.