ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

samedi 23 octobre 2010

LES CRAINTES ARABES FACE A L’IRAN



LES CRAINTES ARABES FACE A L’IRAN

Par Jacques BENILLOUCHE


Au-delà des premières heures d’euphorie qui donnaient l’impression d’un consensus général, la visite d’Ahmadinejad au Liban a manifestement ravivé les craintes des pays arabes face à un Iran qui se montre de plus en plus conquérant et expansionniste et qui n’hésite plus à chasser sur les terres arabes. Au terme de cette visite, les langues se délient et des informations nouvelles, en provenance des services israéliens, apportent un éclairage nouveau sur le déroulement d’un voyage qui n’a pas généré les espoirs attendus.

Réticences libanaises

Les dirigeants libanais n’avaient pas montré beaucoup d’empressement à recevoir chez eux un personnage sulfureux mais ils en avaient été contraints par le président syrien qui bénéficie toujours d’une force de pression locale. Ils avaient alors tout fait pour limiter l’impact de cette visite en minimisant leur collaboration parce qu’ils craignaient qu’Ahmadinejad n’use de provocation à l’encontre du voisin israélien. Ils ont donc trainé des pieds pour orienter la visite vers un échec cuisant. De ce point de vue, les libanais se sont montrés courageux et efficaces.


L’opinion libanaise n’était pas favorable à mêler le Liban aux querelles irano-israéliennes. Le gouvernement de Saad Hariri est déjà suffisamment empêtré de la présence de milices islamiques armées sur son territoire. Après avoir déploré le fait qu'Ahmadinejad considère le Liban comme «le seul pays de confrontation avec Israël », l'ancien député Farès Souhaid avait estimé que : «jusqu'à présent, le Hezbollah disait qu'il ne constitue pas une structure iranienne au Liban et que son objectif est de défendre la terre libanaise occupée et de participer au pouvoir. Mais la visite d'Ahmadinejad a permis d'abattre les cartes sur ce plan et a montré que l'allégeance du Hezbollah à l'Iran est plus forte que toute autre allégeance. »


Les tiraillements n’ont donc pas manqué entre les deux dirigeants mais le président libanais Michel Sleimane a clairement voulu fixer ses marques. Souffrant de se voir accusé d’être aux ordres d’une puissance étrangère, il est intervenu personnellement pour modifier le déroulement de la visite iranienne et son contenu. A peine la remise du diplôme honorifique à l’université de Beyrouth terminé, il a mandaté auprès des iraniens le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, pour exiger un changement du programme de la visite au sud-Liban en prétextant des risques sécuritaires.

L’armée libanaise se rebiffe

Le programme n’avait pas été préalablement soumis aux dirigeants libanais qui ont découvert tardivement qu’Ahmadinejad et Nasrallah avaient l’intention de circuler ensemble le long de la côte, en convoi motorisé jusqu’au sud-Liban, sous la protection de miliciens armés du Hezbollah et de Gardiens de la Révolution iraniens. Ils espéraient être reçus en héros dans les villages qui avaient été sollicités par les milices islamiques. L’armée libanaise s’est montrée ferme en excluant le Hezbollah de la responsabilité de la sécurité du président iranien et en conseillant à son chef, Hassan Nasrallah, de renoncer à son déplacement au sud-Liban alors qu’il voulait en faire une manifestation à sa gloire.


Ce refus avait mal été accepté par les iraniens qui, sous la pression du Hezbollah, étaient sur le point de provoquer un clash en mettant prématurément un terme à la visite d’Ahmadinejad. Mais ils en ont été dissuadés par ses conseillers. En raison de ces palabres, la visite a donc débuté avec beaucoup de retard et le principe d’un convoi terrestre a été finalement annulé par manque de temps. Un hélicoptère de l’armée libanaise a transporté le président iranien à Bent Jbeil tandis que l’officier commandant le déplacement a interdit à Nasrallah de monter à bord. Les cadres du Hezbollah ont réagi en boycottant la cérémonie au sud-Liban.


Les militaires libanais ont parfaitement joué leur rôle de saboteurs de cette visite. En effet, en raison du retard et de l’impossibilité de voler de nuit en hélicoptère, ils sont parvenus à annuler la visite à Maroun al-Ras à la frontière israélienne, évitant ainsi toute provocation contre Israël. Le dirigeant iranien devait y visiter un parc touristique, « l'Iran Garden », entièrement financé par l'Iran et un musée de la guerre. Ahmadinejad avait beaucoup misé sur le symbole de sa présence sur les lieux de la guerre de 2006 pour narguer ouvertement l’Etat d’Israël. La visite au sud-Liban, réduite à sa plus simple expression par la volonté de l’armée libanaise, avait ainsi perdu de son aura et de son impact.

Influence de l’Arabie


Plusieurs explications avaient été données sur l’origine du retard pour rejoindre le sud-Liban, attribué à des informations faisant état d’un projet d’une intervention israélienne contre le convoi d’Ahmadinejad. D’autres sources l’avaient justifié par des négociations qui se déroulaient avec le premier ministre Saad Hariri pour le démantèlement du tribunal de l’ONU qui avait décidé d’inculper des membres du Hezbollah. Ces motifs s’avèrent aujourd’hui sans fondements.


Les libanais ne pouvaient pas agir sans être couverts par leurs parrains arabes. Durant tout le voyage d’Ahmadinejad, le premier ministre libanais était en contact permanent avec le roi Abdallah d’Arabie. Cette visite n’avait pas été appréciée par le roi qui tenait à être informé de l’évolution de la situation. Les Etats-Unis, inquiets, avaient cherché eux-aussi à mesurer l’impact de cette visite en envoyant le 17 octobre le secrétaire adjoint Jeffrey Feltman à Beyrouth. Les autorités libanaises lui ont fait comprendre qu’elles avaient réussi à manœuvrer pour transformer la manifestation pro-Hezbollah en une visite à caractère purement libanais, dénuée de toute propagande iranienne.

Réactions militaires


La présence de plus en plus envahissante d’Ahmadinejad sur les terres arabes a exacerbé les craintes de ses principaux leaders qui ont tenu à se montrer plus présents dans la défense de leurs propres territoires. Aussitôt après cette visite et en réponse à l’activisme du président iranien, les forces terrestres, aériennes et navales égyptiennes et saoudiennes ont décidé d’organiser conjointement des exercices militaires, Tabuk-2, pour simuler une attaque extérieure contre leurs pays. Elles devaient montrer leur solidarité devant la menace iranienne. L’exercice a eu lieu du 17 au 21 octobre sous la direction du prince Khaled ben Sultan, fils du prince héritier Sultan. Le prince a déjà une grande expérience de la guerre dans la région puisqu’il a participé, en 2009, à la force d’expédition envoyée par l’Arabie saoudite pour combattre au Yémen les rebelles Houthi soutenus et financés par l’Iran.


Cette nouvelle stratégie développée par l’Egypte et l’Arabie saoudite s’insère parfaitement dans la doctrine de Barack Obama qu’il a certainement inspirée. Il semble qu’ils aient décidé de renouveler ces manœuvres plusieurs fois pour les étendre en Méditerranée, en Mer Rouge et dans le Golfe Persique avec l’intention manifeste de désigner l’adversaire qui était visé. Des indiscrétions révèlent que les forces armées de Tsahal ont été informées de la tenue de ces exercices et qu’elles auraient été sollicitées pour une aide logistique électronique.


La visite d’Ahmadinejad au Liban a donc eu une conséquence imprévue puisqu’elle a contribué à consolider les liens entre les arabes « modérés » qui ont décidé de prendre leur avenir militaire entre leurs mains pour contrer « l’axe du mal ».

BILLET D’HUMEUR : LA FRANCOPHONIE SANS ISRAEL

BILLET D’HUMEUR : LA FRANCOPHONIE SANS ISRAEL



Par Jacques BENILLOUCHE



La présidente de la Confédération suisse Doris Leuthard et le secrétaire général de la Francophonie Abdou Diouf ont accueilli le 23 octobre les chefs d'Etat et de gouvernement participant au XIIIe sommet de la Francophonie de Montreux. Une quarantaine de dirigeants étrangers sont présents sur les bords du Léman à l’exception d’Israël qui, à ce jour, n’a pas été admis parmi les défenseurs de la langue de Molière. Le président français Nicolas Sarkozy était attendu en dernier.


Abdou Diouf s’était plaint dans le journal « Le Monde » du « désamour, désintérêt des Français pour la francophonie » sans pouvoir expliquer les causes. M. Diouf feint d’ignorer que les soixante-dix Etats, répartis sur l’ensemble des continents, se sont comportés en fossoyeurs de l’organisation en la politisant. Au lieu de promouvoir la langue et la culture françaises et de combattre l’impérialisme de la culture anglo-américaine, les Sommets de la francophonie ont toujours eu des ordres du jour strictement politiques : paix et droits de l’homme, démocratie et économie, technologie et environnement. Le thème de cette année ne déroge pas à la règle : le développement durable, les relations internationales et enfin l’éducation, prouvant que la politique et l’idéologie priment sur la culture et la linguistique. Les hommes politiques devraient être exclus des réunions où seules les joutes littéraires seraient admises.


Israël, malgré ses centaines de milliers d’originaires des anciennes colonies françaises, est exclu de l’organisation par suite du véto de certains pays dont la haine politique vis à vis du pays hébreu va jusqu’à s’en prendre à la culture. M. Diouf a pourtant précisé à juste titre que la « langue française appartient à ceux qui ont choisi de la féconder aux accents de leurs cultures, de leurs imaginaires, de leurs talents ». Cette volonté de mêler la politique à la culture ne trouve aucun justificatif tangible alors que rien n’est fait par l’Organisation pour considérer que la défense et la diffusion des textes de Zola, Balzac ou Victor Hugo priment sur les intérêts politiques des dirigeants. La culture est un espace de liberté et de paix où les amoureux des mots et des phrases bien faites devraient se retrouver dans le seul combat pour la défense du talent et de la liberté de penser et d’écrire.


Israël ne mérite pas, selon certains diplomates représentant souvent des régimes verrouillés, de figurer parmi cette caste qui n’ignore pas que Malraux et Sartre défendaient d’abord le combat littéraire avant la lutte politique. La France, marraine de cette organisation, déçoit en faisant preuve de retenue et en se cachant derrière l’alibi des statuts. On modifie des pans entiers de Constitutions et l’on hésite à abroger quelques articles d’un règlement obsolète. Israël est exclu de cette organisation malgré ses 20% de francophones alors que son voisin, l’Egypte y adhère avec 2% sans oublier l’Albanie et les Iles Seychelles avec moins de 1%.


Ses membres devraient s’inspirer des idéaux de culture pour faire asseoir à la même table des ennemis dont le seul ordre du jour serait de lutter pour la prééminence de la langue française face à l’anglo-saxonne. Mais pour cela, il faudrait exiger du réalisme avant de faire preuve d’intelligence qui consiste à comprendre que la culture peut souvent générer des liens humains purs et désintéressés conduisant des ennemis potentiels à se parler, puis à se connaître et enfin à s’apprécier.


Les politiques français, de tous bords, ne se mouillent pas. Ils refusent de se prononcer sur une anomalie qui met Israël au ban de la culture française malgré les nombreuses publications françaises qui naissent au fil des amours des israéliens avec le texte et les mots. La langue française doit être considérée comme une espèce protégée alors que paradoxalement Israël, selon le souhait d’Abdou Diouf, est le seul à « faire l’effort de se penser dans un ensemble linguistique dynamique et créateur de diversité culturelle ».

Ecoutez Le texte radiodiffusé en cliquant.


video

vendredi 22 octobre 2010

LA CONVERSION ARABE D’HUGO CHAVEZ


LA CONVERSION ARABE D’HUGO CHAVEZ

Par Jacques BENILLOUCHE



La majorité des pays détenant le pétrole souffrent d’une malédiction de la richesse. Paradoxalement, ceux qui sont éloignés des sous-sols gorgés d’or noir ont souvent favorisé chez eux la naissance d’un modèle de démocratie privilégiant le développement social plutôt que les combats d’intérêts personnels. Or, la dictature semble être le régime requis pour faire partie des privilégiés de l’OPEP et de la majorité des pays pétroliers.

La conversion arabe de Hugo Chavez


Cette malédiction de la profusion des ressources naturelles a touché des régimes que l’on croyait stables à l’exemple du Venezuela. Hugo Chavez décida, dès son arrivée au pouvoir, de bouder le clan des pays démocratiques pour rejoindre celui, maudit, des dictateurs. Les bases sociales de son pays s’opposaient pourtant fortement à l’instauration d’une dictature mais Hugo Chavez s’appuya sur les reculs sociaux pour museler l’opposition et affaiblir les partis qui pouvaient lui faire ombrage. Il grignota progressivement les espaces de liberté en interdisant les plus grands médias de son pays.


Mais, à l’instar des pays arabes producteurs de pétrole, cette radicalisation s’est traduite par une opposition à Israël qui était une attitude nouvelle en ce qui concerne son pays. Le passeport pour entrer dans le cercle fermé de l’OPEP passait selon lui par le déni d’existence de l’Etat Juif. Mais comble du raisonnement, le Venezuela se chercherait à présent une nouvelle identité puisqu’il rêve de faire partie de la Ligue Arabe. En souhaitant dans un premier temps un strapontin d’observateur, il n’aura aucun mal à trouver des ancêtres « bien-pensants » qui lui donneraient son certificat d’arabité.


Cette volonté d’appartenance au monde arabe pourrait à elle seule expliquer l’insistance de Chavez à contrer Israël jusqu’à ne plus contrôler ses relents antisémites. Il pense ainsi pouvoir obtenir son ticket d’entrée dans le monde fermé de milliardaires créé le 22 mars 1945 par l’Egypte qui, opposée à l’époque à une fédération arabe prônée par les Britanniques cherchant à museler la région, inventa le système de la Ligue Arabe. La Palestine la rejoignit en 1976 ce qui tendrait à croire que Gaza et la Cisjordanie regorgent d’un sous-sol noir.

Axe irano-vénézuélien



Le président Mahmoud Ahmadinejad qui recevait en grandes pompes, le 20 octobre, son homologue vénézuélien a attaqué, à nouveau, les pays occidentaux accusés d’organiser l’isolation diplomatique de l’Iran. Hugo Chavez a confirmé sa position : « Je dois profiter de l'occasion pour condamner ces menaces militaires dirigées contre l'Iran ». Les israéliens ont interprété le message d’Ahmadinejad transmis ce jour-là comme leur étant destiné : « Les ennemis de nos peuples partiront un jour. C'est la promesse de Dieu, et la promesse de Dieu sera tenue ». Ces deux pays, qui ont pour seul point commun d’être membres de l’OPEP, ont cherché à afficher leur force face à l’hégémonie américaine. Cette visite avait pour but de prouver que l’Iran maintenait des liens exceptionnels avec plusieurs pays et que la volonté des Etats-Unis de l’isoler s’était transformée en échec.


Les israéliens s’étonnent que, malgré tous les intérêts contradictoires, les régimes dictatoriaux souvent féodaux, sinon sanguinaires, ont la part belle dans cet aréopage majoritaire de dictateurs cultivant tous l’appropriation du pouvoir par la force et la contrainte. Ils ne comprennent pas la position extrême d’Hugo Chavez sauf à la justifier par son espoir d’obtenir un poste au Conseil de Sécurité à moins que sa motivation ait pour simple objectif de narguer ouvertement les Etats-Unis à travers son allié, Israël.


Certains politologues voient dans ce revirement une volonté de masquer ses échecs en Amérique latine. Morales, le bolivien, lui a damé le pion à gauche, le Pérou et le Mexique l’ignorent et son initiative bolivarienne a fait chou-blanc. Alors, lui qui rêvait d’enflammer l’Amérique du Sud à l’instar d’un Ché Guevara plus charismatique, il ne lui restait pas d’autres solutions que de chercher ailleurs ses nouveaux alliés dont l’énoncé de certains noms suffit à démontrer la vanité de sa démarche. Il a alors organisé une tournée auprès des détenteurs d’une carte de visite de dictateur : l’Iran d’abord pour profiter de parler de nucléaire avec Ahmadinejad puis la Biélorussie, la Corée du Nord et enfin la Syrie pour tenter d’obtenir son certificat de conversion arabe.

Manque de volonté internationale


Les occidentaux ne semblent pas intéressés à changer les choses car les régimes dictatoriaux sont propices à leurs intérêts fondamentaux. Ils leur confèrent le droit à une exploitation tranquille des ressources naturelles puisque seuls les pays forts, donc stables, peuvent s’opposer aux revendications de révolutionnaires cherchant à déloger les « pilleurs de ressources ». Washington sera ainsi le dernier pays à encourager des changements de régime. Ses intérêts pour les approvisionnements en pétrole priment sur le principe d’atteinte aux droits humains. Pourtant, l’intervention étrangère et les pressions exercées par les grandes puissances, sont une « condition indispensable pour qu’une révolution non violente puisse se dérouler », explique Jacques Sémelin, spécialiste français au CNRS ; mais pressions ne riment jamais avec profits.


Les dictatures peuvent encore se réjouir de la longue vie qui leur est assurée et du pacte de non agression qui leur est garanti par les occidentaux tant qu’ils se plient à leurs exigences. Elles savent les risques encourus en ne respectant les règles communément admises. L’Irak en a été le témoignage vivant.


Il demeure que les pays pétroliers ne font pas bon ménage avec Israël puisque la plupart d’entre eux font preuve d’une politique anti-israélienne, sinon antisémite. Une des explications tiendrait dans le rejet par les dictateurs de tout ce qui touche de près ou de loin à la démocratie dont ils sont allergiques. Or Israël est le seul point de fixation démocratique dans une région qui ne l’est pas et qui ne cherche pas à l’être. Il n’est donc nullement question de donner des gages à un aussi mauvais exemple. Il faut au contraire le combattre sinon le détruire.


De nombreuses démocraties restent très complaisantes à l’égard des tenants du pétrole au point de vendre leur âme. Au lieu de pointer du doigt tous ces pays où la liberté a été confisquée, où l’opposition est muselée et où les prisons regorgent de politiques, ils ferment les yeux, consommation de pétrole oblige. Hugo Chavez et son ami Ahmadinejad ont vite assimilé ce postulat pour pouvoir se permettre de développer des critiques permanentes à l’encontre des Etats-Unis et d’Israël.

mercredi 20 octobre 2010

ISRAEL-MAROC : UNE OCCASION PEUT-ETRE RATEE


ISRAEL-MAROC : UNE OCCASION PEUT-ETRE RATEE
Par Jacques BENILLOUCHE


L’information avait été discrètement publiée le vendredi 15 octobre mais elle n’avait été confirmée officiellement que plus tard. Le journal israélien Maariv venait de dévoiler qu’une visite officielle du président Shimon Pérès au Maroc était planifiée dans les deux semaines à venir. Depuis sa nomination, le président ne s’est pas contenté du rôle purement honorifique que lui accordent les lois de l’Etat. Il s’est attribué partiellement les fonctions d’Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères, qui n’a pas réussi à percer en Europe et dans les pays arabes et qui reste persona non grata dans beaucoup de Chancelleries.

Invitation officielle

Shimon Pérès avait bien reçu une invitation officielle du roi Mohammed VI pour le rencontrer en son palais de Rabat en vue de participer à des réunions avec les dirigeants politiques et les décideurs économiques chérifiens. Cette rencontre était prévue en marge du Forum économique Mondial sur la région du Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (MENA) qui se tiendra du 26 au 28 octobre à Marrakech sous le thème « Sens, Résilience et Prospérité ».

Le président de l’Etat d’Israël avait été invité alors que le Maroc avait rompu ses relations diplomatiques à la suite de l’intifada Al-Aqsa en 2000. Le dernier délégué Gadi Golan, qui avait rang d’ambassadeur, avait été appelé à cesser ses fonctions au moment même où le représentant marocain rentrait dans son pays. Mais cela n’avait pas empêché plusieurs personnalités israéliennes de s’y rendre, en particulier la chef de l’opposition Tsipi Livni.

L’information de ce voyage avait suscité des interrogations sur sa finalité. Le Maroc est certes partie prenante dans le débat avec les palestiniens et le président de l’Etat juif pouvait profiter de demander au roi du Maroc d’intercéder auprès de la Ligue Arabe pour modérer sa position dans la reprise des négociations avec les palestiniens. Des indiscrétions tendaient cependant à accréditer l’idée que ce voyage avait un objectif plus ambitieux : la préparation du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Des témoins locaux ont confirmé que les anciens bureaux de la délégation diplomatique israélienne de Rabat sont en cours de remise en état. Ils font désormais l’objet de surveillance de la part de la sécurité marocaine qui anticipe déjà l’arrivée de diplomates israéliens.

Des pourparlers secrets ont été menés sous la houlette du ministre israélien Sylvain Shalom, ancien ministre des affaires étrangères, tandis que l’ancien ambassadeur en Egypte, Shalom Cohen, s’était joint à la négociation. L’implication de Shimon Pérès n’avait rien d’exceptionnelle puisque, déjà en 2005, alors vice-premier ministre du gouvernement Sharon, il avait dévoilé à la chaine Al-Jazzera « qu’un accord de principe pour le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays avait été conclu entre lui et le roi du Maroc » à l’occasion de leur rencontre à Madrid pour la commémoration de l’attentat du 11 mars 2004. Il semble qu’au terme de cette dernière visite une annonce exceptionnelle de reprise des liens officiels devait être concrétisée.

Discrétion marocaine

Les autorités officielles marocaines avaient refusé de se prononcer sur cette question puisque le ministre marocain Fassi Fihri s’était montré réservé lorsque la rencontre avait été éventée : « Nous avons d’ailleurs apporté un démenti clair et net aux rumeurs qui ont circulé dernièrement sur l’éventualité de l’ouverture de représentations diplomatiques entre ces deux pays ». Il avait cependant confirmé l’invitation faite à Shimon Pérès car « il s’agit d’écouter tout le monde pour agir en connaissance de cause ».

Le chef de l’Etat israélien avait aussi prévu de rencontrer les dirigeants de la communauté juive marocaine qui sont paradoxalement très frileux en ce qui concerne le rétablissement des relations entre Israël et le Maroc parce qu’ils le jugent précipité. Serge Berdugo, responsable de la communauté juive du Maroc, n’appréciait pas l’objectif de ce voyage : « Nous sommes persuadés que toute initiative dans le sens d’une reprise des relations diplomatiques entre ces deux pays devrait probablement, pour être efficace, préalablement attendre un progrès substantiel, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, de la paix au Proche-Orient et notamment dans le conflit entre Israël et la Palestine. »

Les Etats-Unis ont certainement favorisé la reprise de ces contacts car le Maroc entre dans leur stratégie gagnante impliquant que juifs et arabes doivent être de « véritables partenaires politiques et économiques " pour que la paix intervienne. Lors de son discours à l'Assemblée générale de l'Onu, le président américain Barack Obama avait appelé les pays arabes à entamer le dialogue et à normaliser leurs relations avec Israël : « Le monde doit contribuer à la création d'un État palestinien dans un an ». Il persistait dans sa volonté de créer un axe des pays modérés pouvant contrebalancer l’influence de l’Iran en l’aidant dans le combat contre Al-Qaeda. Il est fortement probable que des pressions ont été exercées contre le jeune roi mais la réaction des organisations marocaines avait été sous-estimée. L’annulation de la visite représente donc une victoire des opposants à la normalisation avec Israël.

Cette approche visant à rétablir des relations avec Israël est en effet vivement combattue par la Syrie, le Liban, le Soudan et le Yémen bien que certains pays arabes aient assimilé l’idée que la guerre ne favorisera pas l’émergence d’un Etat palestinien. Le roi Mohammed VI a donc pris cette nouvelle initiative parce qu’il souhaitait que les négociations entre israéliens et palestiniens se poursuivent, loin de « l'immobilisme et de l'obstruction ». Il voulait bien montrer sa solidarité avec le peuple palestinien mais avec modération et réalisme face au « fait israélien ».

Les autorités israéliennes ne ménagent pas leurs efforts pour régulariser la situation avec le Maroc. Déjà en 2009, Avigdor Lieberman avait rencontré en secret à New-York son homologue marocain Fassi Fihri. Un mois plus tard, Tsipi Livni, chef de l’opposition avait participé à une conférence économique internationale à Tanger. Elle avait reçu un accueil digne d’un chef d’Etat puisque le gouvernement marocain avait mis à sa disposition une vingtaine de gardes du corps et bloqué la circulation de la ville pour sa sécurité.

Le président syrien Bachar El-Assad s’est inquiété de ce développement politique nouveau au point de se rendre le 17 octobre auprès du roi Abdallah d’Arabie Saoudite, le parrain politique du roi du Maroc, pour s’enquérir de sa position dans ce débat. Contrairement à ce qui avait été écrit, le voyage d’Ahmadinejad au Liban n’était certainement pas au menu de ses discussions mais plutôt l’initiative marocaine.

L’Etat d’Israël estime que le royaume chérifien tient une place fondamentale dans sa stratégie car il peut jouer un rôle de médiateur entre lui et ses voisins du Proche-Orient. Avec l’Arabie Saoudite et la Jordanie, il peut créer une force d’opposition aux chiites en général et aux pays de « l’axe du mal » en particulier. Le Maroc pouvait donc être parmi les rares pays arabes à avoir des relations formelles et cordiales avec Jérusalem. Il pouvait entraîner d’autres pays à le suivre favorisant ainsi l’émergence d’une solution pacifique au Proche-Orient. Il semble à présent qu’on veuille empêcher le roi du Maroc de s’engager dans cette voie. En refusant de recevoir Shimon Pérès, alors qu’il sait que les règles israéliennes ne permettent pas au président israélien de visiter un pays sans voir son chef d'Etat, il a reporté sur Israël la responsabilité de l’échec de ce qui aurait pu être une bonne occasion pour le Proche-Orient.

lundi 18 octobre 2010

BILLET D’HUMEUR : LES MOUTONS DE PANURGE MAROCAINS



BILLET D’HUMEUR : LES MOUTONS DE PANURGE MAROCAINS
Par Jacques BENILLOUCHE



Il est souvent désespérant de savoir que les pays arabes sont monolithiques, qu’ils appliquent strictement la même politique et les mêmes concepts et qu’ils n’innovent pas pour tenter de se distinguer les uns des autres. Le seul qui avait été original fut le président tunisien Bourguiba qui avait su donner des leçons à ses collègues arabes pour les convaincre d’adopter une politique sinon tranchée, au moins équilibrée, vis-à-vis d’Israël mais il n’a jamais été suivi.

L’exemple vient de nous être donné par le roi Mohammed VI du Maroc. Sa jeunesse pouvait lui permettre d’oser, de s’affranchir des habitudes de ses ainés et de sortir des poncifs pour faire avancer une situation bloquée. Il avait invité secrètement le président Shimon Pérès à son palais de Rabat pour rencontrer les dirigeants et les décideurs marocains bien qu’Israël et le Maroc n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis l’intifada Al-Aqsa de 2000.

Des indiscrétions tendaient à accréditer l’idée que ce voyage avait un objectif plus ambitieux : le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Des témoins locaux confirmaient que les anciens bureaux de la délégation diplomatique israélienne de Rabat étaient en cours de remise en état et qu’ils faisaient désormais l’objet de surveillance de la part de la sécurité marocaine qui anticipait déjà l’arrivée de diplomates israéliens.

Mais cette approche pacifique visant à rétablir des relations avec Israël est vivement combattue par la Syrie, le Liban, le Soudan et le Yémen alors que certains pays arabes ont assimilé l’idée que la guerre ne donnera jamais naissance à un Etat palestinien. C’est pourquoi Mohammed VI a pris cette initiative parce qu’il souhaitait que les négociations entre israéliens et palestiniens se poursuivent, loin de « l'immobilisme et de l'obstruction ». Il voulait bien montrer sa solidarité avec le peuple palestinien mais avec modération et réalisme face au « fait israélien ».

Et puis patatras ! Le roi du Maroc a succombé à la pression de ceux qui veulent que tout reste figé, que rien ne soit fait dans le sens du développement de simples discussions entre adversaires et que le problème palestinien reste insoluble pour des décennies encore. Il a donc annulé son invitation à Shimon Pérès pour se conformer aux injonctions de ses pairs arabes. La paix attendra tandis que la guerre a de beaux jours devant elle.

mardi 12 octobre 2010

SLATE : ISRAEL, ETAT JUIF OU ETAT DES JUIFS



SLATE : ISRAEL, ETAT JUIF  OU  ETAT DES JUIFS

Par Jacques BENILLOUCHE

             
La définition de l’Etat d’Israël pourrait mener à une querelle sémantique mais, dans la reprise du dialogue avec les palestiniens, elle risque d’être le point d’achoppement qui ferait basculer la négociation car l’aile droite nationaliste et les religieux de la coalition insistent pour ouvrir le débat sur la question juive, à plus d’un titre mal résolue. Ils veulent s’en servir comme alibi pour contraindre le gouvernement à ne plus négocier jusqu’à obtention d’un engagement ferme des palestiniens à reconnaître Israël comme Etat juif. Nabil Shaat, membre de l’équipe des négociations de l’Autorité palestinienne s’est engouffré dans le piège tendu en déclarant que les arabes ne reconnaitraient jamais un Etat juif car cela représenterait, selon lui, une menace pour les chrétiens et les musulmans citoyens d’Israël.