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mardi 29 novembre 2011

ROGER ASCOT : UN SIONISTE PRAGMATIQUE



ROGER ASCOT : UN SIONISTE PRAGMATIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE
                 

           J’ai connu Roger Ascot, Roger Askolovitch, en 1962. Je militais alors à l’Union des Etudiants Juifs de France installée alors rue Lalande, à Paris. C’était l’époque où une minorité, le groupe d’Orsay, avait suivi Manitou dans l’approche d’un judaïsme religieux et biblique. La grande majorité était constituée de partisans de la gauche pure et dure, inspirée alors par l’UNEF au point où l’UEJF brillait par une l’absence de référence à l’Etat d’Israël et au sionisme.
            J’avais alors cherché, avec mes maigres moyens, à instiller une dose de sionisme auprès de militants très politisés à gauche, alors que la Guerre d’Algérie se terminait. Roger Ascot, directeur de la Fédération sioniste, ayant eu vent de mes rêveries solitaires, m’avait convoqué dans son bureau du boulevard Bonne Nouvelle, en présence de Yéhouda Nir, représentant de l’Agence Juive. Il voulait que je prenne la responsabilité des étudiants sionistes. Malgré mes activités extra-universitaires et mes études, j’avais succombé à sa proposition tant il mettait de l’énergie à l’exposer et à me convaincre.

Etudiants sionistes

            Nous avions alors établi un programme pour la création de la fédération étudiante sioniste chargée d'organiser des réunions pour sensibiliser les étudiants au problème d’Israël. Il y croyait et sa fougue était communicative. Nous n’avions pas entièrement réussi à mobiliser la totalité des étudiants juifs mais nous avions suscité, avec Elie Oiknine (Elie Kenan) une collaboration entre  l’UEJF de Paris et le groupe ODED, chargé de favoriser les études universitaires des sépharades en Israël par l’octroi de bourses. Les relations avec l’Agence Juive n’étaient pas alors du goût des dirigeants estudiantins de l’époque
            Roger Ascot m’avait introduit à la «Terre Retrouvée» où j’ai fait mes premières armes de journaliste impétueux qui critiquait la passivité des notables juifs intéressés alors plutôt aux honneurs qu’à l’action. Il m’avait appris la modération dans mes propos et dans mes mots si «je voulais être lu par le plus grand nombre de lecteurs». 
           Roger était un sioniste pragmatique qui privilégiait l’efficacité à la parlote. Ses conseils m’avait permis de faire mon entrée dans le monde du vrai journalisme dans le quotidien «L’information d’Israël». Il était le premier à lire mes chroniques avant qu’elles ne paraissent et il m’avait aidé à corriger mes erreurs de débutant et mes défauts de jeune impulsif. C’était un homme de plume et il m’avait communiqué son goût du verbe et des belles phrases.
            Nous avions mis ensemble quelques balises sionistes qui avaient trouvé leur paroxysme avec l’élan des jeunes juifs à l’occasion le la Guerre des Six Jours. Sa mission de directeur de la Fédération sioniste avait marqué la solidarité active de la jeunesse juive face à la montée des périls en 1967. Longtemps proche des courants sionistes de gauche et du Parti socialiste, admirateur de François Mitterrand, il avait condamné la lente trahison des idéaux de gauche par les hommes de pouvoir. 
       Alors que je venais de Tunisie, sans formation politique et sans culture, il avait été mon inspirateur pour me faire aimer les lettres et la politique et pour m'insuffler les idées de bases du travaillisme et du courant sioniste de gauche.Je lui dois aujourd'hui le droit de m'exprimer avec des mots qu'ils n'auraient jamais désavoués.
 

lundi 28 novembre 2011

LE MAIRE DE PARIS REPOND AUX QUESTIONS DE J. BENILLOUCHE




Le Maire de Paris en visite en Israël 

a répondu aux questions de Jacques BENILLOUCHE

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë était en visite en Israël le 27 novembre 2011. Il a inauguré la place de Paris dans la ville de Haïfa.

Le maire de Haïfa, Yona Yahav  a déclaré : «Nous cueillons aujourd’hui les fruits d’une coopération de longue date entre Paris et Haïfa. Grâce à la rénovation de cette place, nous renforçons le lien entre les deux villes et apportons un morceau de Paris à Haïfa».

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë lui a répondu : «Je suis ici aujourd’hui pour témoigner du lien profond et indéfectible qui unit Paris à Haïfa. L’inauguration de la place de Paris à Haïfa renforce encore cette solidarité».

Au terme de la cérémonie, les deux maires ont gravit le mont Carmel à bord de la célèbre Carmelit, ce métro construit par des entreprises françaises et considéré comme le plus petit réseau de métro au monde.

A l’occasion de cette visite, l’ambassadeur de France Christophe Bigot nous a reçus dans sa résidence à Jaffa pour un point de presse au cours duquel Jacques Benillouche a posé à Bertrand Delanoë la question des relations franco-israéliennes. Il en a profité pour lancer un clin d'oeil à Jean-Marie Colombani, Président de Slate.


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Prise de son : Laure ONNO

LA POLITIQUE FRANCAISE ET ISRAËL




LA POLITIQUE FRANCAISE ET ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
              

       L’article de mon ami André MAMOU, «INDULGENCE EXCESSIVE», pose le problème des relations politiques entre la France et Israël. Il faut se rendre à l’évidence que les juifs français n’ont pas à choisir un candidat en fonction de ses affinités avec le gouvernement israélien car tous les partis français ont précisément la même politique, très réservée à l’égard de l’État juif. Le choix d’un président se fait en effet sur sa politique étrangère, économique et sociale et dans ces domaines, Nicolas Sarkozy, n’a pas convaincu les français si l'on se réfère aux sondages. La Palestine reste le dernier souci des français qui se poseront d'abord les questions sur le chômage car le nombre des demandeurs d'emploi a encore progressé en septembre de 0,9%, à 2,780 millions de personnes, le plus haut niveau depuis janvier 2000.
           Certes, à l'origine, la position atlantiste et les liens privilégiés que Nicolas Sarkozy voulait instituer avec les Etats-Unis lui ont donné une aura qui lui a permis d'obtenir 84 % du corps électoral en Israël.

EXCEPTIONS SOCIALISTES

            S’agissant d’Israël, il y a une certaine légèreté à s’en prendre au candidat socialiste en relevant les propos de trois anciens ministres, des «éléphants» à la retraite, qui cherchent à faire parler d’eux soit pour des raisons électorales puisqu’ils se présentent dans des circonscriptions à majorité communiste et maghrébine soit, pour exister au sein de leur parti. Les brebis galeuses militent dans tous les partis sans qu’il soit nécessaire de généraliser cette attitude à tout le PS.
            Le programme du candidat socialiste ne sera dévoilé qu’en janvier et les membres de son comité de campagne ont précisément déclaré que François Hollande aura son propre programme, bien qu’étant certes inspiré en grande partie du programme socialiste. Nous attendrons donc avant de partir vite en besogne.
            Il est maladroit d’exploiter trois exceptions qui s’expriment contre Israël alors que l’on peut en trouver autant à l’UMP, avec à leur tête le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé ou le pro-arabe Hervé de Charette. De véritables amis d’Israël existent aussi au sein du Parti socialiste  à l’instar de Manuel Valls, de l’ancien premier ministre Édith Cresson, du politologue Bruno Tertrais et enfin du député Jean-Marie le Guen qui ont, pour la plupart, été présents à la journée de solidarité au profit d’Israël, le 20 septembre au Gymnase de Paris. 
               L’UMP, en difficulté, cherche à remonter la côte très basse du chef de l’État en fustigeant ceux qui se présentent comme les ennemis d’Israël. Alors elle mobilise les inconditionnels de Sarkozy  dans une manœuvre parée d’une grosse ficelle. 

Ne compter que sur soi

            L’État d’Israël ne compte que sur lui-même et sur ses forces armées parce qu’il sait que les amitiés ne durent que le temps des roses. Les amis sont toujours les bienvenus mais il ne faut s’attendre à aucun cadeau de la part des politiques français tant qu’ils ont l’œil rivé sur la ligne d’horizon de la balance commerciale. L’exemple de la décision de la BNP de quitter Israël est flagrant puisque, selon Stanley Fisher le gouverneur de la Banque d’Israël, le groupe bancaire a été soumis à des pressions arabes. Ils ont certainement raison s'ils mettent l'intérêt de leur pays avant l'intérêt étranger.
            Parler du «commentateur judicieux, Guy Millière» est une litote quand on sait qu'il s'est trompé depuis trois ans. Le matraquage du deuxième prénom de Obama, Hussein, dans une dialectique de délit de sale gueule, constitue son seul argument original mais stérile. Il ne cesse, à longueur d'articles aux thèses répétitives, de désigner Hussein Obama à la vindicte publique. Or il faut se rendre à l'évidence des faits : il a été le seul président étranger à maintenir une position d’amitié constante à l’égard d’Israël. Bien sûr, il s’est confronté, dans une guerre d'égo, à Benjamin Netanyahou qui a voulu imprégner sa marque dans ses relations avec les États-Unis; mais Barack Obama, malgré les frictions entre les deux personnalités fortes, a défendu Israël jusqu’au bout, contrairement à Nicolas Sarkozy.
Le président américain a voté contre l'adhésion des palestiniens à l’UNESCO et contre leur déclaration unilatérale d’indépendance à l’ONU. Il a accepté la livraison du meilleur avion du monde F35 à Tsahal. Il a secrètement autorisé la vente de 55 puissantes bombes anti-bunkers à Israël, selon le magazine Newsweek. Ces actes confirment l’amitié sincère qui régit les deux pays et les coups de buttoir permanents contre le président américain semblent déplacés. Les États-Unis, quelque soient les présidents, soutiennent Israël de même que, le Quai d’Orsay, quelque soient les présidents, œuvre en faveur d’une politique arabe intéressée.

Promesses

            Nous connaissons la politique de Nicolas Sarkozy à l’égard d’Israël qui n’a pas évolué malgré les promesses non tenues qui n’ont engagé que ceux qui les ont écoutées. Les procès d’intention contre François Hollande reflètent en revanche un manque sérieux d’arguments. A l'égard d'Israël, il ne pourrait être pire que le candidat de l’UMP et donc, s’il reste une lueur d’espoir de modifier le comportement face à Jérusalem, alors certains veulent tenter le changement même s’ils se font peu d’illusions. Ils savent que les atouts de l’État juif sont négligeables par rapport à ceux des puissances pétrolières.Mais maintenir la situation actuelle entraine la stagnation de nos relations.
Mais le sauve-qui-peut de l’UMP démontre que la situation des sortants est critique tandis que l’alternance reste la meilleure preuve de la démocratie à condition qu’on utilise des arguments sérieux et valides, et non des procédés tendancieux visant à déconsidérer les candidats.

Il ne s'agit pas de prendre position pour l'un ou l'autre des candidats mais de bien préciser qu'en ce qui concerne la politique française vis-à-vis d'Israël, ce sera bonnet blanc et blanc bonnet.

dimanche 27 novembre 2011

L’EGYPTE S’ENTRE-DECHIRE par Zvi MAZEL


L’EGYPTE S’ENTRE-DECHIRE

Par Zvi MAZEL

Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)

"Place ... aux barbus" de Denis PESSIN du site Slate.fr
 http://www.slate.fr/content/place-aux-barbus

Les trois manifestations de masse qui se sont tenues vendredi au Caire reflètent bien la situation catastrophique – sur le plan politique et social- en Egypte. L’une, place Tahrir, réclamait à grands cris le départ des généraux et le transfert de leurs pouvoirs aux civils ; la seconde, à Abbasiya, demandait aux généraux de rester en place pendant la période de transition. Quant à la troisième, à l’initiative des Frères Musulmans (absents cette fois de Tahrir), elle s’est tenue devant Al Azhar aux cris de «libérer Al Aksa» et  était tournée contre Israël.

Pas de dialogue

Dix mois après la chute de Moubarak, les Egyptiens n’apprécient pas encore les vertus du dialogue. Le Conseil Suprême des Forces Armées y est pour quelque chose. A aucun moment il n’a cherché à consulter, à faire participer les forces nouvelles et anciennes au processus de décision. Tenant ses délibérations dans le secret, il a promulgué des lois qui faisaient l’unanimité contre elles: interdisant le droit de grève ou traduisant les «fauteurs de troubles» devant des tribunaux militaires. Plus de 12.000 civils ont ainsi été jugés et condamnés.
Curieusement, il y avait une exception: dès sa prise du pouvoir en février 2011 le CSFA a entretenu des contacts plus ou moins suivis avec les Frères Musulmans, convaincu qu’il s’agissait de la seule force politique de poids. Les généraux pensaient pouvoir arriver à un arrangement: ils permettraient aux «Frères» d’arriver au pouvoir – et ces derniers ne leur poseraient pas de questions sur les liens qu’ils avaient entretenus avec le régime Moubarak. On sait que des officiers en active ou à la retraite détiennent au moins un tiers de l’économie du pays et  qu’ils n’étaient sans doute pas étrangers à la corruption qui était la norme. Ces contacts, à l’abri des regards indiscrets, ont engendré une certaine coopération.
Ainsi lorsque l’armée soumit au référendum un certain nombre d’amendements à l’ancienne constitution, les Frères et les membres de l’ancien parti au pouvoir ont voté pour, alors que les partis laïcs et les forces nouvelles, qui demandaient une nouvelle constitution et non des changements cosmétiques, s’y opposaient. Le «oui»  l’emporta à une large majorité. C’est à ce moment que la rupture entre partis religieux et laïcs a eu lieu. D’ailleurs au cours des derniers mois les Frères musulmans n’ont généralement pas manifesté aux côtés des jeunes révolutionnaires et des partis laïcs, ne souhaitant pas voir les élections repoussées ; ils sont en effet persuadés de l’emporter dans la prochaine consultation et ne veulent pas laisser aux autres forces politiques le temps de s’organiser et de mieux se faire connaître.

Régime islamique et charia

Tout de même le CSFA a fini par comprendre, au bout d’un certain temps, ce qui était pourtant évident: les Frères comptaient sur eux pour arriver au pouvoir – mais dans le but d’instaurer un régime islamique et d’instaurer la Sharia. Cela, les officiers n’en voulaient à aucun prix. Faut-il rappeler que durant les longues années Moubarak l’une de leurs missions était de combattre le mouvement et de barrer à ses membres l’accès à l’armée?
La crise actuelle a commencé le 18 novembre. Les Frères avaient appelé à une manifestation de masse pour protester contre un mémorandum préparé par le vice-premier ministre à la demande du CSFA et fixant les principes qui devraient gouverner la future constitution. Il stipulait notamment que l’armée serait la garante des institutions, déterminerait seule son propre budget et ne serait soumise ni au contrôle parlementaire ni aux tribunaux civils.  Ce dernier point était essentiel, les officiers ne voulant à aucun prix être jugés pour des faits de corruption datant de l’époque Moubarak. Cette fois la coupe était pleine.
 Pourquoi avoir fait la révolution? Pour une fois unanimes, religieux et laïcs protestèrent avec véhémence, insistant sur le fait que l’armée devait se soumettre à l’autorité civile, pierre angulaire de la démocratie. Devant cette levée de boucliers et les manifestations, l’armée recula. Un nouveau document fut préparé. Cette fois il était dit en toutes lettres que l’armée était bien soumise à l’autorité civile et que son rôle était d’assurer la défense du pays; la plupart des articles litigieux avaient disparu. Il en restait un, tout de même que les Frères trouvèrent inacceptable.
Un Conseil de Sécurité National devait être établi ; dirigé par le Président élu, ce conseil traiterait de tout ce qui concerne l’armée – sécurité nationale et budget compris. Il pourrait ainsi barrer la route à une mainmise totale des Frères, d’autant que d’autres articles insistaient sur le respect des droits de l’homme – et de la femme, autre obstacle à l’instauration d’un régime islamique. Les Frères musulmans et les Salafistes virent là une tentative de faire de l’armée le garant du caractère laïque du pays – comme Ataturk l’avait fait pour la Turquie - et mobilisèrent leurs troupes pour la manifestation monstre du 18 Novembre. Les partis laïcs se trouvèrent fort embarrassés. D’un côté, ils craignent de voir les Frères remporter les prochaines élections, mais ils ne veulent pas voir l’armée se voir accorder un statut spécial ; de l’autre ils savent que seule l’armée est capable de barrer la route à un régime islamique, mais ils ne veulent pas de dictature militaire.

Les Frères absents

La manifestation de masse du 18 se déroula dans un calme relatif. Ce n’est que le lendemain que les choses commencèrent à se gâter. Les jeunes révolutionnaires et les salafistes retournèrent place Tahrir et réclamèrent le départ immédiat du maréchal Tantawi, qui est à la tête du CSFA. Les heurts se poursuivant, les généraux décidèrent de frapper un grand coup et la police fut chargée de chasser les manifestants. Le bilan? 41 morts et trois mille blessés. Devant l’ampleur de la catastrophe, le gouvernement présenta sa démission. Les ministres qui se savaient incapables de rétablir la situation ont préféré se retirer sur le point des pieds pour ne pas être accusés d’avoir pris part au massacre.
Les Frères musulmans, qui n’avaient pas participé à la protestation, se hâtèrent de déclarer qu’ils ne participeraient pas la nouvelle manifestation que les jeunes appelaient pour le vendredi suivant – 25 Novembre. Tantawi lâcha du lest une nouvelle fois ; dans un discours télévisé, le mercredi, il annonça que les élections présidentielles seraient avancées et se tiendraient à mi-juin 2012 et non plus début 2013. Il annonça également la formation d’un nouveau gouvernement répondant aux aspirations du peuple. Le lendemain jeudi, veille de la grande manifestation annoncée, la «millionia», qui devait rassembler un million de personnes pour «la dernière chance»,  le CSFA annonçait la nomination de Kamal Ganzouri au poste de premier ministre. Une nomination qui déclencha des clameurs de protestation place Tahrir et ailleurs. Cet homme politique de 78 ans, excellent économiste, est aussi un ancien premier ministre de Moubarak… Il s’est engagé à faire entrer les forces nouvelles dans son gouvernement.
Ganzouri et Tantawi
Où en est-on aujourd’hui ? Les manifestants n’ont pas quitté la place Tahrir et réclament le départ immédiat de Ganzouri et le transfert des pouvoirs à une autorité civile. Les Frères musulmans et les partis laïcs ne font plus confiance au CSFA mais ont compris que pour le moment, c’est ou l’armée ou l’anarchie ; ils veulent donc que les élections aient lieu comme prévu.

Situation chaotique

Et pendant que l’Egypte s’entre-déchire, le peuple est en état de choc. Islamistes, salafistes, laïcs, révolutionnaires de droite et de gauche s’opposent dans une confusion totale. Quant à l’armée, force est bien de reconnaître qu’elle ne peut pas quitter le pouvoir, car elle n’a pas à qui le transmettre. Il a bien été question de créer un comité présidentiel civil, ou de donner les rênes à la Cour Suprême, mais ces propositions sont très loin de faire l’unanimité car on ne voit pas comment des organisations qui ne sont pas représentatives, et n’ont aucun pouvoir exécutif, pourraient assurer l’ordre public et la bonne tenue du processus politique dans la situation chaotique actuelle.
Il semble bien donc que l’armée va continuer à diriger le pays pendant les élections ; souhaitons qu’elle entame enfin un dialogue franc et honnête avec toutes les forces en présence pour rédiger ensemble la constitution tant attendue. Mission impossible ? Il faut espérer que non.

samedi 26 novembre 2011

Anne-Marie Antonietti : Le courage de l’engagement




Anne-Marie Antonietti : Le courage de l’engagement
La nouvelle Bat-Noah

Je suis profondément laïc mais très sensible aux professions de foi des personnes qui vont au bout de leurs convictions religieuses avec ténacité. J'ai toujours été impressionné, sans approuver souvent, par la force de la croyance de ceux qui acceptent tous les sacrifices jusqu'à décider de vivre dans leur monde que j'ai tendance, à tort certainement, de qualifier d'anachronique parce qu'il est imperméable au modernisme.
Pourtant, Anne-Marie Antonietti a rejoint le Peuple Elu à travers Israël, pays des contrastes, et a choisi le chemin le plus difficile car les tenants de l’orthodoxie religieuse sont exigeants, rigides sur la loi religieuse, la Halakha, insensibles aux motivations et jaloux de leurs prérogatives. Elle a décidé de suivre les sept lois de Noé, les lois noahides, représentant des impératifs moraux données d'après la tradition juive par Dieu à Noah comme une alliance éternelle.
Elle s'astreint dorénavant à suivre les sept commandements :

  • d'établir des tribunaux,
  • de l'interdiction de blasphémer,
  • de l'interdiction de l'idolatrie,
  • de l'interdiction des unions illicites,
  • de l'interdiction de l'assassinat;
  • de l'interdiction du vol,
  • de l'interdiction de manger la chair arrachée à un animal vivant.
Les adhérents à ces lois sont souvent appelés B'nei Noah (Enfants de Noé) ou Noahides, et peuvent souvent se retrouver dans des synagogues juives.
Elle se présente ainsi :  

"Je suis Corse, et je viens d’Ajaccio, en Corse du Sud. Mais j’ai aussi  habité longtemps à Paris, où j’ai étudié le Droit, puis travaillé 10 ans ; j’ai aussi habité en Suisse, et en Italie.
Ces dernières années, je travaillais à l’hôpital d’Ajaccio, à la bibliothèque des malades : mon rôle était, en particulier, de faire les visites aux malades et aux personnes âgées. J’ai donné ma démission en novembre 2004, pour venir sur le continent étudier l’Hébreu, dans le but de partir aider en Israël, comme volontaire avec Sar-el.
Je dois dire que je ne m’étais jamais intéressée à Israël, jusqu’à il y a environ 4 ans.
Certes, j’avais connu la Bible en 1986, dans des circonstances d’ailleurs très particulières : j’avais mis mes papiers et mes affaires en ordre et j’étais sur le point d’aller me suicider en me fracassant avec ma voiture dans un précipice ! (Ceux qui connaissent les petites routes de Corse savent que, chez nous, dans la montagne, il est difficile de se « louper » ; il est parfois plus difficile... de rester sur la route !)
Mais à l’instant où je prenais mes clefs pour partir, j’ai entendu à la radio un couple de chrétiens protestants évangéliques : ils parlaient de l’amour de D.ieu, et de Ses Plans pour nos vies. Il serait impossible d’exprimer à quel point cela m’a bouleversée... surtout dans UN TEL moment ! Je leur ai téléphoné, et ils m’ont fait venir tout de suite chez eux. C’est eux qui m’ont fait connaître la Bible, et ce D.ieu qui m’a empêchée de me tuer, en me révélant Son Amour.
Cela m’a donc menée jusqu’à D.ieu, et à la Parole qu’Il a inspirée à Son peuple, afin que tous Le connaissent; mais non jusqu’à ce peuple lui-même. Et c’est normal, puisqu’il est dit aux chrétiens : nous sommes « le nouvel Israël », les nouveaux détenteurs des promesses de D.ieu !
Puis, il y a environ 4 ans, j’ai participé à une semaine d’études de la Bible, avec quelqu’un qui nous parlait de la place d’Israël et du peuple Juif, dans les Plans de D.ieu. Mes yeux se sont, alors, comme « ouverts ». Disons que cela m’a ôté les «lunettes déformantes» avec lesquelles on nous apprend à lire les textes ! Et je me suis ENFIN rendu compte que, dans la Bible, il est partout question d’Israël, de Jérusalem, de Sion, et du peuple Juif ! J’ai enfin compris que D.ieu n’en a pas «fini avec Son peuple», mais que les Promesses sont seulement pour eux, et pour ceux qui veulent être «greffés» sur leur peuple. J’ai donc choisi, comme Ruth la Moabite, d’être greffée sur ce peuple, et d’aimer le pays qui lui est promis « en possession éternelle ».
Nos nations prennent, hélas, de plus en plus, les positions que nous les voyons prendre. Mais, pour ma part, j’ai choisi de donner ma vie, pour servir ce peuple et son pays, par tous moyens, et autant que je le pourrai. C’est la reconnaissance que je leur dois, puisque c’est par eux que j’ai connu leur D.ieu, qui m’a sauvée par Son Amour et qui a transformé ma vie en me donnant la foi et l’espérance.
Depuis de très nombreuses années, j'adore le D.ieu d'Israël, je crois Sa Parole et je m'efforce de marcher avec Lui dans la vie. Mais je cherchais aussi comment me situer par rapport à Israël (surtout pas, bien sûr, dans le rejet, comme le fait de plus en plus ce monde ; ni dans l'indifférence, qui équivaut à pactiser avec ses ennemis ; ni dans la "substitution", par laquelle on veut prendre la place, et même le nom d'Israël)."

Anne-Marie Antonietti vient d’avoir, le 22 novembre, la consécration des mains des rabbins orthodoxes, par la grande porte, en faisant «une démarche d'engagement, vis-à-vis de D.ieu, de Sa Torah, et vis-à-vis d'Israël comme peuple par lequel D.ieu S'est révélé au monde, et par lequel Il veut nous enseigner.». 

Elle peut être assimilée comme une juive. C’est un défi exceptionnel car il a exigé des renoncements, des doutes et enfin des certitudes. Pour le laïc que je suis, cette démarche doit être saluée comme le courage d'une femme, sans pour autant constituer une arme contre les autres religions.

vendredi 25 novembre 2011

SlateAfrique - Maroc: islamisme rampant et alibi juif



Maroc : islamisme rampant et alibi juif

 par Jacques BENILLOUCHE

Avec un taux de participation très faible, les islamistes pourraient sortir gagnant des élections législatives. Un résultat qui ne menace en rien la monarchie alaouite.

 

Le Maghreb est périodiquement agité par des secousses orchestrées par des courants islamistes. Les régimes, certains autoritaires, n’arrivent pas à freiner un islamisme qui s’appuie sur le mécontentement d’une classe majoritaire de pauvres. Les élections législatives se sont déroulées au Maroc le 25 novembre 2011, à la suite du référendum constitutionnel du 1er juillet qui a débouché sur une réforme de la Constitution. Ces élections devaient avoir lieu en septembre 2012 mais, étant donné les protestations dans le monde arabe et les réformes prévues, elles ont été anticipées....

Lire la suite en cliquant sur le lien :



jeudi 24 novembre 2011

CHAOUL MOFAZ S'ENGAGE POUR GIL TAÏEB



CHAOUL MOFAZ S'ENGAGE POUR GIL TAÏEB

          Gil Taïeb nous a confié cette vidéo que nous mettons, pour information, à la disposition de nos lecteurs. Chaoul MOFAZ, numéro 2 du parti Kadima, ancien chef d'Etat-Major et ancien ministre de la Défense s'engage ouvertement pour le candidat aux élections législatives françaises de 2012. 

              Après les cinq anciens ambassadeurs Daniel GAL, Yéhouda LANCRY, Avi PAZNER, Dany SHEK et Nissim ZVILI, une personnalité israélienne de premier plan prend position dans le débat français.

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ELECTIONS 2012 : LES SONDAGES D’OPINION




ELECTIONS 2012  : LES SONDAGES D’OPINION

Par Jacques BENILLOUCHE

         A la veille des  élections législatives chacun va aller de ses propres sondages, très souvent faussés car organisés par un site engagé politiquement ou soutien affiché d'un candidat, sans règles et sans précautions.  Pour qu’ils aient foi et qu’ils ne trompent pas les électeurs, les sondages  d’opinion doivent être encadrés. Ce ne sont pas les instituts de sondage indépendants, utilisant des méthodes scientifiques, qui manquent en Israël.

Modalités des sondages

La publication et la diffusion d’un sondage en matière électorale doivent s’accompagner de certaines indications établies sous la responsabilité d’un organisme professionnel :

- le nom de l’organisme ayant réalisé le sondage ;
- le nom et la qualité de l’acheteur du sondage ;
- le nombre de personnes interrogées ;
- la ou les dates auxquelles il a été procédé aux interrogations

Il doit être également précisé :
- l’objet du sondage ;
- la méthode selon laquelle les personnes interrogées ont été choisies, le choix et la composition de l’échantillon ;
- les conditions dans lesquelles il est procédé aux interrogations ;
- le texte intégral des questions posées ;
- la proportion des personnes n’ayant pas répondu à chacune des questions ;
- les limites d’interprétation des résultats publiés ;
- s’il y a lieu la méthode utilisée pour en déduire les résultats de caractère indirect qui seront publiés.

          Par ailleurs, le texte intégral des questions doit accompagner les données diffusées et relatives aux réponses des personnes interrogées.

         Toute autre méthode utilisée pour diffuser des sondages est entachée de doute et de suspicion et aucun des candidats ne peut s’en prévaloir sans tromper les électeurs et fausser le résultat.

mercredi 23 novembre 2011

GUERRE DE L’OMBRE CONTRE L’IRAN Par Maxime PEREZ




Maxime PEREZ, journaliste, spécialiste de l’armement et de la sécurité d’Israël rejoint notre blog. Il éclairera nos lecteurs avec ses informations et ses analyses. Nous publions son premier article.

  
GUERRE DE L’OMBRE CONTRE L’IRAN

Par Maxime PEREZ

Nouvelles sanctions de l’ONU ou frappes préventives ? Le dernier rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien ouvre de nouvelles perspectives. Mais les services israéliens agissent déjà depuis quelques années. Dans le plus grand secret.

Violente explosion

12 janvier 2010. Il est presque huit heures du matin quand Massoud Ali-Mohammadi quitte son domicile de Téhéran, dans le quartier résidentiel de Gheytarieh, pour se rendre à l’université. Comme chaque jour, son épouse, vêtue d’une burqa noire, l’accompagne religieusement jusqu’au perron. Du regard, Mansoureh suit Massoud regagner sa Peugeot 405 verte, puis lui adresse un dernier signe de la main pour le saluer. Quand elle referme la porte, une violente explosion la projette au sol. Toute la façade de la maison est soufflée. Quelques mètres plus loin, le corps de son mari git sans vie. Sa voiture, cible d’une moto piégée, n’est déjà plus qu’une carcasse fumante.
Massoud Ali-Mohammadi, 51 ans, était l’un des physiciens nucléaire les plus brillants de sa génération. Mais aussi l’un des cadres de l’Agence iranienne de l’énergie atomique. Son meurtrier présumé se nomme Majid Jamali. Le 26 août dernier, ce jeune homme champion de kick-boxing a été condamné à la pendaison par un tribunal révolutionnaire iranien. Peu avant son procès, il apparaissait dans un documentaire télévisé consacré au «martyr» Ali-Mohammadi. Dans une interview confession qui frôle la mise en scène, Jamali reconnait avoir été recruté deux ans plus tôt par le Mossad. Il raconte sa première convocation à Istanbul, ses séjours furtifs en Azerbaïdjan et en Thaïlande sous couvert de compétition sportive, puis son passage à Tel Aviv, un an plus tard, où il prétend avoir appris à manier les explosifs.

Impuissance iranienne
  
Officiellement, Majid Jamali faisait partie d’un réseau de dix personnes arrêtées en janvier 2011 par les services de contre-espionnage iraniens du Vevak. Tous seraient liés à l’assassinat d’Ali-Mohammadi. Régulièrement, des annonces similaires sont effectuées par le régime de Téhéran, qui pointe un doigt accusateur en direction des Etats-Unis et d’Israël. Elles traduisent le plus souvent son impuissance. En quelques années, cinq scientifiques iraniens ont payé de leur vie leur implication dans le programme nucléaire du pays, parfois dans d’étranges circonstances.
En 2007, le chercheur Ardeshin Hosseipour est retrouvé mort dans la centrale d’Ispahan : il aurait été asphyxié par gaz. La dernière liquidation en date remonte au 23 juillet : alors qu’il se trouvait dans son bureau, le professeur Daryoush Rezainejad est abattu de cinq balles tirées à bout portant par des individus. «Il s’agit de la première opération dirigée par le nouveau chef du Mossad Tamir Pardo», rapporte alors une source israélienne au magazine allemand Der Spiegel.      
En réalité, la vraie bête noire des Iraniens se nomme Meir Dagan, l’ancien chef des services secrets israéliens. Ce petit homme corpulent, natif d’ex-URSS, n’a qu’une obsession dès sa nomination en 2002 : saboter le programme nucléaire iranien. Seulement, la situation dans les Territoires palestiniens, en proie aux violences de la seconde Intifada, puis la guerre contre le Hezbollah, quatre ans plus tard, l’oblige à revoir ses objectifs. Ce n’est qu’en 2007, lorsqu’il est reconduit à la tête du Mossad, que Dagan élabore un «plan en cinq points» pour faire plier la République islamique.

Sanctions inefficaces

Jugeant insuffisante la mise en place de sanctions contre l’Iran au Conseil de sécurité, mais doutant également de l’efficacité de frappes préventives, il se prononce en faveur d’une solution intermédiaire : des «mesures clandestines» destinées à retarder les ambitions nucléaires des Mollahs. Lors d’un entretien avec le secrétaire d’Etat américain Richard Burns, relaté dans un télégramme de Wikileaks, Meir Dagan expose minutieusement sa stratégie dont la pierre angulaire constitue le renversement du régime. Il suggère alors de soutenir les étudiants iraniens et plusieurs groupes d’opposition.
Dans cette redoutable guerre de l’ombre menée contre Téhéran, l’Etat hébreu bénéficie de la complicité des minorités azéries, baloutches et même kurdes, qu’il arme depuis de nombreuses années en Irak. Avec le consensus que provoque la menace iranienne au sein de la communauté internationale, les israéliens peuvent aussi compter sur la pleine coopération des agences de renseignements occidentales. En 2002, le BND allemand parvient à approcher un homme d’affaires iranien dont l’entreprise participe à la construction de Natanz. «Dauphin», son nom de code, accepte de transmettre des détails sur le site qui doit servir d’usine d’enrichissement d’uranium. Il obtient aussi des rapports secrets concernant des recherches nucléaires militaires, qu’il espère monnayer auprès du BND pour obtenir l’asile politique. Mais en 2004, l’homme est démasqué par des agents du régime, puis froidement abattu. Sa femme a tout juste le temps de s’enfuir en Turquie, emportant avec elle l’ordinateur de son mari. Grâce aux mille pages de documents contenues dans son disque dur, les services occidentaux découvrent que les iraniens cherchent à développer des ogives nucléaires.

Objectif : arme nucléaire
        
Depuis cet épisode, et malgré le ton plus mesuré des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Israël maintient que Téhéran n’a qu’un objectif : acquérir l’arme suprême. Avant même d’organiser l’assassinat de scientifiques par l’unité Kidon, le Mossad sait qu’il doit infiltrer l’appareil sécuritaire iranien au plus haut niveau. Dès la fin des années 80, les services secrets israéliens suivent la trace d’Ali Reza Azgari, un général qui coordonne les activités des Gardiens de la révolution au Liban. Son profil et ses liens étroits avec le Hezbollah en font une cible de choix.
Mais l’ascension d’Azgari est fulgurante. En 1997, il entre au cabinet du président réformateur Mohammad Khatami qui le nomme ministre adjoint de la défense. A l’été 2003, le Mossad se décide à entrer en action. Lors d’un voyage à l’étranger, le général iranien est approché par un juif américain qui se fait passer pour un responsable de la CIA. Son message est sans ambiguïté : «Après l’Irak, l’Iran est le prochain pays sur notre liste, préparez votre avenir si vous ne voulez pas finir comme Saddam.» Les évènements se précipitent avec l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en 2005.
Ali Reza Azgari est écarté du pouvoir et devient une mine d’or pour l’Etat hébreu. Aigri, il fournit volontiers des cartes militaires de son pays, informe les israéliens de la livraison d’armes à destination du Hezbollah et des factions palestiniennes, et surtout détaille le fonctionnement de plusieurs sites nucléaires iraniens. En 2007, lorsqu’il comprend qu’il est suivi de près par le Vevak, il gagne la Turquie via Damas, où vivent ses proches. A Istanbul, le 7 février, le Mossad organise l’exfiltration du général iranien, prenant le soin de brouiller les pistes en réservant plusieurs chambres d’hôtel au nom d’Azgari. Sa «disparition» porte un coup dur à Téhéran, mais aussi à ses alliés. En septembre 2007, le réacteur syrien d’Al-Kibar - construit secrètement par la Corée du Nord - est détruit par l’aviation israélienne sur la base d’indications fournies par cet ancien cadre du régime. Un an plus tard, à Damas, un attentat à la voiture piégée coûte la vie à Imad Mugnieh, chef de la branche militaire du Hezbollah.

Régime déstabilisé

Le régime iranien est déstabilisé par l’action des services secrets israéliens. Il croit voir sa main dans plusieurs crashs d’avion mystérieux, comme le 20 juin dernier, où cinq scientifiques russes affectés à la centrale de Bushehr meurent lors de l’atterrissage d’urgence de leur Tupolev-134. Entre février 2006 et mars 2007, trois appareils appartenant aux Gardiens de la révolution s’étaient écrasés dans les montagnes iraniennes avec à leur bord, des membres du personnel en charge de sécuriser le programme nucléaire iranien. Dans l’un de ses accidents, Ahmad Kazemi, le commandant des forces terrestres des Pasdarans est tué, ainsi que douze membres de son état-major. Cette milice, garde prétorienne du régime, enregistrera par la suite d’autres revers, preuve qu’elle a été lourdement infiltrée.
Le 12 octobre 2010, une triple explosion secoue la base Imam Ali, à l’ouest de l’Iran, vaste complexe souterrain de galeries abritant des rampes de lancement de missiles Shahab-3. Le 12 novembre dernier, ces engins balistiques capables d’atteindre Israël sont de nouveau visés à une vingtaine de kilomètres de Téhéran. Mais cette fois, l’explosion tue le général Hassan Moghaddam, protégé de l’Ayatollah Khomenei et père du programme de missile iranien. Le régime, qui voit ses capacités de riposte affaiblies, accuse le Mossad.
Le sabotage du programme nucléaire iranien est au cœur de la stratégie israélienne. D’après plusieurs experts du renseignement, l’Etat hébreu a crée des dizaines de sociétés spécialisées dans la fourniture de matériaux défectueux, souvent à double usage - civil et militaire - pour faciliter leur vente. Ces équipements provoquent des dégâts en chaîne ou des accidents de travail dans les centrales iraniennes. Autre stratagème d’Israël : les attaques cybernétiques. Le Mossad, très probablement associé à l’unité 8200 des renseignements militaires israéliens (Aman) met au point «Stuxnet», un virus intelligent qui, à chaque étape de sa progression dans un système informatique, enregistre de nouvelles données qui lui permettent de poursuivre son avancée. En juin 2010, «Stuxnet» pénètre dans les serveurs du programme nucléaire iranien. A Natanz, le virus parvient à détruire 1000 centrifugeuses en diminuant brutalement leur système de rotation.
En quittant ses fonctions en janvier dernier, l’ancien chef du Mossad Meir Dagan affirmait à la Knesset que «l’Iran ne sera pas en mesure d’obtenir la bombe nucléaire avant 2015». Son propos, qui contredit les estimations officielles, sonne comme une revendication de ses huit années passées à la tête des services secrets israéliens. Aujourd’hui, si Dagan apparait comme un fervent adversaire de frappes préventives contre Téhéran, combien de temps a-t-il réellement fait gagner à son pays ? «A la fin des années 1970, le Mossad a lancé une impressionnante série d'opérations clandestines visant à retarder le programme nucléaire irakien», rappelle Ronen Bergman, spécialiste de la question iranienne. «Pourtant, en 1981, Israël est parvenu à la conclusion qu’il n’y avait plus d’autre choix que de bombarder la centrale d’Osirak».

L'AVERTISSEMENT ISRAELIEN




L'AVERTISSEMENT ISRAELIEN

Par Jacques BENILLOUCHE
Le chef d'Etat-Major Benny GANTZ

Exploitant le soutien ferme de la Russie, la passivité bienveillante de la Chine et l’appui permanent de l’Iran, la Syrie persiste et signe dans son attitude de fermeté à l’égard de son peuple.  De l’autre côté de la frontière, il n’y a pas de jour sans que le chef d’État-Major israélien prédise une action forte contre le Hamas à Gaza. Mais la réalité est autre; l’avertissement n’est pas destiné à Ismaël Haniyeh mais à la Syrie qui soutient et arme le Hamas. La menace est voilée pour donner plus de poids et plus d’impact, de manière indirecte, à la volonté d’Israël de ne pas voir le conflit syrien déborder sur ses frontières.

Ligue Arabe impuissante

La Ligue Arabe, qui n’a jamais eu assez de poids pour imposer une quelconque résolution, a sommé Bassar Al-Assad de cesser la répression contre son peuple. Dans un entretien au journal The Sunday Times , le président syrien  a rejeté l’ultimatum qui, selon lui, cherche en fait à «fournir aux pays occidentaux un prétexte pour mener une intervention militaire contre la Syrie. Le conflit continuera et la pression pour assujettir la Syrie continuera mais la Syrie ne s'inclinera pas.».
Israël a toujours gardé une attitude neutre vis-à-vis de la révolution syrienne dans la mesure où le maintien du régime actuel n’ouvrait pas d’ère d’incertitude face à une éventualité risquée de prise du pouvoir par les islamistes contrôlés par l’Iran. Mais les israéliens craignent à présent, que pour sauver son régime, Bassar Al-Assad ne soit contraint d’appeler à la rescousse des éléments du Hezbollah et du Hamas, alliés des mollahs, qui chercheront la provocation avec Israël. La possibilité de susciter une mini guerre contre Israël, avec représailles  militaires induites, permettrait de détourner l’attention des occidentaux et surtout de favoriser une introduction armée de l’Iran dans la région. Quatre agents des services de renseignements de l’armée, officiers de liaison chargés des contacts avec les supplétifs, ont d’ailleurs été tués par des soldats dissidents près du village d’Al-Moukhtara sur la route reliant Salmiyeh-Homs.

            Les pays arabes insistent auprès du gouvernement syrien pour qu’il respecte le plan de sortie de crise arabe prévoyant la fin des violences. La Jordanie a même proposé d’envoyer sur place des observateurs si Damas donnait son accord. Les occidentaux sont persuadés que la guerre civile guette. Hillary Clinton, secrétaire d'État américaine,  prédit une «guerre civile, avec une opposition très déterminée, bien armée et finalement bien financée». Ehud Barak, ministre israélien de la Défense, a estimé que le président syrien avait «franchi le point de non-retour et risquait de connaître le même sort que les anciens dirigeants libyen Mouammar Kadhafi et irakien Saddam Hussein».  Enfin, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, conseille à l’opposition syrienne de renoncer au «recours à l'insurrection armée».

Sanctions inefficaces

Les israéliens ne croient pas à l’efficacité des sanctions contre la Syrie ni à la volonté des États-Unis et de l’Europe de les appliquer avec fermeté pour ne pas mécontenter les russes et les chinois. Alors Paris, Berlin et Londres se préparent à voter une résolution de plus, condamnant la répression, par le Comité des droits de l'Homme de l'Assemblée générale de l'ONU. Le Conseil National Syrien, qui s’oppose à toute intervention extérieure, sauf celle de la Turquie, confirme que «la chute du régime syrien et de tous ses symboles est l'objectif de ce conseil qui représente la majeure partie des forces politiques, des groupes de l'opposition et des mouvements dirigeant la contestation». Bref, les occidentaux se hâtent lentement et cette attitude ne rassure pas Israël.
Les ambassadeurs des États-Unis, de la France, du Danemark et du Japon qui s’étaient rendus en septembre à Damas avaient envisagé une solution pour débloquer la situation avec l’avantage de satisfaire toutes les parties. Bassar Al-Assad resterait dans son pays mais, pour frapper l’opinion et matérialiser le changement, le pouvoir serait alors partagé à égalité par son frère et des représentants de l’opposition. Maher al-Assad, symbole de la répression, colonel de 43 ans, qui dirige la Garde Républicaine et la quatrième division de l'armée, assurerait ainsi la sécurité de Damas contre les tentations extérieures.

Mise en garde israélienne

La mise en garde israélienne tient compte des dernières informations reçues par les services de renseignements. Le chef d’État-Major Benny Gantz, «très inquiet de la montée en puissance du Djihad islamique depuis les récentes hostilités», prône une offensive militaire significative à Gaza afin de dissuader les islamistes de prêter main-forte au régime syrien en difficulté. Lors d'une cérémonie d'accueil des nouveaux soldats, il vient de réitérer ses menaces au sujet de la situation sécuritaire dans le sud du pays : «quand un million de personne sont menacées, il faut prendre l'initiative». Avec ces propos sans nuance, il cherche à envoyer un message clair : malgré le dossier iranien et les récentes déclarations menaçantes du Hezbollah libanais, le front sud, priorité pour Tsahal, ne doit pas être un tremplin pour l’implantation de l’Iran à ses frontières.
Les services secrets l’ont par ailleurs informé que de nombreux palestiniens sont formés dans les bases iraniennes, par le bras armé Al-Qods des Gardiens de la Révolution. Le président Ahmadinejad a prévu de les transférer immédiatement en Syrie, sous couvert d’un exercice militaire. Ils auraient pour mission de réchauffer les frontières d’Israël et de Cisjordanie et d’aider à la lutte contre la répression interne et  les éléments de l’Armée Syrienne Libre, composée de déserteurs disposant d’armes antichars et de mitrailleuses lourdes.

Provocation

Les syriens cherchent donc à impliquer directement Israël pour envenimer la situation de la région afin de contraindre les occidentaux à ne pas s’engager en Syrie. Le magnat syrien, Rami Makhlouf , cousin du dictateur, avait déjà utilisé cette dialectique en mai 2011 après avoir été mandaté pour lancer son avertissement : «Sans stabilité en Syrie, il n'y aura pas de stabilité en Israël.»
Les iraniens viennent donc au secours de la Syrie en planifiant une conflagration de la région et démontrent qu’ils poursuivent toujours leur objectif de lutter contre Israël par tous les moyens. Plusieurs centaines de palestiniens enrôlés dans les camps palestiniens de Syrie ont été envoyés en formation en Iran auprès des unités d’élite Al-Qods des Gardiens de la Révolution pour suivre des cours de guérilla urbaine et militaire. Par groupes de douze, ils se sont entrainés à intervenir derrière les lignes ennemies dans des opérations terrestres qui confirment que leur champ d’action veut se situer aux frontières d’Israël. Certains d’entre eux ont déjà été renvoyés à Damas et se préparent à intervenir.
L’inquiétude des militaires israéliens est liée aux informations précises qu’ils ont récoltées sur la nature des exercices militaires menés par l’Iran. Il s’agissait dans un premier temps de quatre jours de test de la défense aérienne des sites nucléaires et des zones industrielles stratégiques. Or, les services de renseignements ont révélé que les exercices impliquaient des unités iraniennes de combat au sol en collaboration avec des forces de renseignements et des milices populaires. Ces milices se composent des Bassidjis  aguerris pour garantir l’ordre dans les villes, appuyés par les palestiniens recrutés en Syrie. Les manœuvres qui avaient commencé à Téhéran, se sont poursuivies à Mashad, Kerman, Bushehr et Urmieh.
Ainsi, il semble bien que, par la volonté de l’Iran, le conflit avec Israël qui se voulait à l’origine nucléaire vire de plus en plus vers une guerre conventionnelle avec fantassins et guérilla. Le chef d’État-Major israélien ne tient pas à être entrainé dans cette voie et, fidèle à la tradition israélienne d’anticiper le danger, il menace d’entrer à Gaza pour couper l’herbe sous les pieds des iraniens.