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vendredi 30 décembre 2011

RADIO JUDAÏCA BRUXELLES : ISRAËL FACE AUX JUIFS ORTHODOXES


RADIO JUDAÏCA BRUXELLES 

ISRAËL FACE AUX JUIFS ORTHODOXES

JOURNAL DU VENDREDI 30 DECEMBRE 2011

Jacques BENILLOUCHE

au micro de

Jérémy AUDOUARD


video
Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission

jeudi 29 décembre 2011

LES PARTIS RELIGIEUX PASSIFS DANS LA TOURMENTE


LES PARTIS RELIGIEUX PASSIFS DANS LA TOURMENTE

Par Jacques BENILLOUCHE


Rabbin Haïm Amsallem

Il ne s’agit pas d’une péripétie politique interne à un petit parti israélien mais d’un véritable tremblement de terre qui peut affecter le gouvernement de Benjamin Netanyahou et sa politique. Le conflit qui a éclaté à l’occasion d’un incident mineur est révélateur de lignes qui bougent dans la mouvance religieuse. Il y a quelques temps déjà, un membre éminent du parti Shass s’était rebiffé devant le comportement de son leader charismatique, trop vieux pour insuffler un élan nouveau et salvateur à une formation qui, installée dans un conservatisme stérile, risquait de s’étioler. Toute une idéologie était remise en cause devant le danger de débordement de la part de d’éléments interprétant les textes avec restriction. Il s'agissait en fait d'un avertissement qui n'a pas été entendu.
Le député et rabbin Haïm Amsalem, avait osé défier le Conseil des Sages dominé par Ovadia Yossef, décideur et leader spirituel du parti, en conseillant aux jeunes de cesser d’étudier la Torah à plein temps en vivant d’aumône mais de s’engager dans la vie active en pratiquant un travail rémunéré, parallèlement à l’analyse des textes sacrés. Il s’élevait implicitement contre ses dirigeants qui n’offraient aux jeunes que la pauvreté comme avenir et qui ne leur permettaient pas d'entrer en contact avec la civilisation laïque. Il avait, par ailleurs, lancé un pavé dans la mare en estimant que les membres de son parti, pourtant créé pour défendre la communauté sépharade constituée en majorité de défavorisés, se comportaient en vassaux des ashkénazes en mimant leur comportement anachronique. Il avait ainsi pris le risque de réveiller le fantôme du conflit intercommunautaire qui avait déchiré le pays dans les années 1960-1970. En fait il avait senti, le premier, le risque de dichotomie entre la raison et la passion, entre la population israélienne et les fanatiques religieux de plus en plus actifs.
A l’origine de la création de l’Etat d’Israël
Les religieux bénéficiaient d’une grande indulgence de la part des dirigeants juifs et ont été choyés dans la vie politique en Israël, depuis la création du pays, parce qu’ils ont toujours été intégrés aux coalitions au pouvoir. C’est pourquoi tout malaise qui les secoue pourrait se répercuter sur le contour de la politique du gouvernement et l’avenir de l’Etat d’Israël. Le rabbin Amsalem est persuadé de pouvoir agréger autour de lui un courant réformiste qui fera bouger les frontières politiques afin de mêler les religieux au monde moderne et actif. Il avait reçu de nombreux soutiens de laïcs qui louent son courage et qui approuvent sa démarche tendant à offrir une autre vision positive des orthodoxes.
Gouvernement 1952- à gauche le religieux Yosef Burg
Ce réveil identitaire, salutaire, n’est pas perçu de manière positive par les partis religieux qui risquent de connaitre une scission. L’histoire de ces partis tend à prouver que le judaïsme religieux est loin d’être monolithique et que les guerres entre factions n’ont jamais connu de répit. Les conflits conceptuels,  fondés souvent sur des problèmes de personnes, ont laminé les partis politiques religieux historiques et la situation pourrait se renouveler à nouveau. Il faut se pencher sur l’origine de ces partis pour comprendre leur évolution et l’impasse dans laquelle ils semblent engagés au point de ne pouvoir survivre que par une surenchère générale.
A l’origine, le parti Mizrahi, créé en 1902 en Lituanie, était la branche principale du sionisme religieux qui défendait l'idée d'un État juif fondé sur les principes du judaïsme orthodoxe. Son influence était moindre à l’époque pionnière qui faisait la part belle aux sionistes en majorité laïcs de gauche, issus des organisations révolutionnaires des pays de l’est, qui dominaient l’Organisation sioniste mondiale. Pour ne pas être en reste, une branche ouvrière, l’Hapoel Hamizrahi, avait été constituée pour donner une image sioniste à un mouvement qui défendait la pratique religieuse mais aussi le progrès social. Les premiers kibboutzim firent leur apparition autour d’un concept laïc et athée, paradoxalement en opposition avec l’aspect religieux.  La fusion en 1956 de ces deux partis donna naissance au Mafdal ou parti national religieux (PNR).
Le Parti National Religieux
Le PNR, avant et après l’indépendance, a toujours été l’allié privilégié des socialistes du Mapaï puis des travaillistes au sein des différentes coalitions gouvernementales. Il prônait alors un réalisme incarné par une politique de modération, sur le plan religieux et nationaliste, à l’opposé de celle du premier ministre Ben Gourion, partisan de la manière forte et réputé pour son intransigeance. Parce qu’ils cherchaient avant tout le consensus, les religieux du PNR, qui avaient choisi la voie de la modernité, s’étaient séparés des ultra-orthodoxes qu’ils trouvaient trop conservateurs dans leur look et dans leurs idées. Ces derniers, les Harédim, étaient fortement inquiets de l’influence des laïcs dans tous les rouages de l’Etat et ils doutaient de la capacité du PNR à s’opposer à la mise à l’écart de la religion.
La Guerre des Six-Jours devait changer les rapports de force puisque le sionisme religieux se scinda en plusieurs tendances avec l’émergence d’un groupe des jeunes rebelles. Tous les partis sionistes, à l’exception des partis arabes et de l’extrême gauche, considéraient que toute la Palestine était la propriété de droit du peuple juif et rêvaient de ce qu’ils appelaient «Eretz Israël» alors que la droite laïque donnait aux territoires un intérêt sécuritaire uniquement.
Les religieux ont donc dû prendre position entre ces deux conceptions antagonistes. Fidèle à ses alliances puisqu’il partageait le pouvoir, le PNR calquera sa position sur celle du parti travailliste sans faire preuve d’originalité. Mais la jeune garde commença à piaffer d’impatience devant sa volonté de donner une signification religieuse à tous les évènements. Les jeunes religieux insinuaient que la rédemption était proche et que la victoire de 1967 n’était pas due à Tsahal mais découlait de la volonté divine. Ils avaient donc pour mission de favoriser la venue du Messie en judaïsant toute la Terre Sainte. L’occupation des territoires devenait une obligation divine et non pas un choix politique ou sécuritaire. Ils bousculèrent leurs ainés au PNR pour imposer l’installation de juifs dans toute la Cisjordanie.
La politique des implantations

          Les jeunes s’organisèrent en dehors des partis traditionnels et fondèrent, en 1974, le Bloc de la Foi (Goush Emounim). Ils décidèrent alors de coller au plus près des textes en s’éloignant de la modernité et en favorisant l’expansion de la natalité sur les nouvelles terres.  Leur volonté de ne laisser aucun espace aux arabes les radicalisa et les éloigna de la gauche pour les rapprocher de l’aile droite du Likoud. Ils avaient peu de culture politique mais un objectif ambitieux de développer les implantations religieuses, souvent contre les ordres du gouvernement, et ils n’hésitèrent pas à créer des points de peuplement sauvages et illégaux.

Le PNR avait perdu le contrôle de ses jeunes et, pour leur donner satisfaction, il rompit son alliance avec les travaillistes, aux élections de 1977, pour se rapprocher du Likoud. A la recherche de voix nouvelles, il abandonna ses positions habituellement modérées pour s’engouffrer dans l’option du Grand Israël en devenant le porte-parole des habitants des implantations. Mais il avait amorcé tardivement un virage qui n’empêchera pas son influence de décroitre.
Le Likoud, qui était en embuscade, avait manœuvré avec opportunité politique en s’intéressant tout à coup aux communautés sépharades défavorisées dont certains dirigeants reçurent des places qui ne leur avaient jamais été proposées par les travaillistes. La communauté sépharade représentait la moitié de la population juive d’Israël et restait très attachée à la pratique religieuse. Mais les dirigeants du PNR, exclusivement d’origine ashkénaze, ne s’ouvrirent pas à cette moitié de juifs qui ont alors orienté leurs voix vers le Likoud. Par leur vote contestataire, ils avaient décidé de s’élever contre l’absence de représentants orientaux dans l’appareil politique du PNR. Cette erreur fut fatale à ce parti.
Pourtant les juifs sépharades avaient tout fait pour gagner la confiance d’un parti qui les ignorait. Ils envoyèrent leurs enfants dans le système scolaire ultra-orthodoxe ashkénaze sans pour autant obtenir le droit d’avoir des candidats sépharades à des postes éligibles sur les listes du PNR. Devant ce refus, la jeune pousse décida de conduire sa propre liste en créant le Shass en 1984. Mais paradoxalement, cette création se fit sous l’égide d’un rabbin ashkénaze, le rabbin  Shach, qui cherchait ainsi à imposer ses directives à des débutants et à limiter la casse de cette scission.
Inexpérience politique et désordre

          Les jeunes dirigeants du Shass ont su ratisser large puisque des sépharades laïcs se sont joints au mouvement en donnant au parti un rôle charnière dans les coalitions. Mais ils n’avaient aucune expérience politique ni économique puisqu’ils sortaient des écoles talmudiques. Alors, ils s’attachèrent les services de rabbins, vieux et dépassés, dont les lacunes politiques les conduisirent à de grandes erreurs. Certains furent éclaboussés par des scandales qui entrainèrent l’incarcération de dirigeants victimes de scandales financiers. Ces jeunes volontaires et ambitieux n’ont pas su s’affranchir du poids de leurs ainés et se plièrent aux diktats du vieux rabbin Ovadia Yossef, qui donna au parti une image de marque décalée par ses déclarations controversées, tout azimut.
Par ses prises de positions iconoclastes, le rabbin Amsalem se rapproche en fait, malgré ses idées orthodoxes d’origine, des nouveaux sionistes religieux, réfractaires à la tenue noire de l’exil héritée des schtétels polonais. En portant la kippa tricotée, ils symbolisent une idéologie combinant judaïsme et sionisme et défendent la compatibilité entre vie religieuse et vie citoyenne moderne. Ils affichent surtout leur grande motivation de servir l'Etat et Tsahal car ils estiment, contrairement aux orthodoxes, que l’Etat est sacré. Ils l’ont prouvé puisque de nombreux conscrits religieux s’enrôlent à présent dans les unités combattantes et que de nombreux généraux arborent la kippa à l’instar de  l’adjoint du nouveau chef d’Etat-major adjoint, le général Yaïr Naveh.
Le Shass, comme le PNR, ont raté leur virage et c’est la leçon du clash du député Amsalem qui s’inquiète que le Shass ne perde définitivement ses troupes. En ne canalisant pas ces ultra-orthodoxes, responsables des dernières violences, qui pour certains condamnent l’existence même de l’Etat d’Israël, mais qui obtiennent de plus en plus de prérogatives dans les décisions administratives civiles liées à la vie quotidienne, les autorités religieuses risquent de se couper de la majorité de la population laïque du pays. La capacité de nuisance de cette catégorie d’orthodoxes n’a d’égale que leur volonté de régenter tous les aspects de la vie de tous les jours. Par exemple, l’interdiction faite aux hôtels d’organiser des dîners à l’occasion du nouvel an laïc sous peine de se voir supprimer leur attestation de cacherout, est un bel exemple d’atteinte à la liberté individuelle de chacun.
L’alibi de la mise à l’écart des femmes dénote l’exaspération de toute une population, religieux modérés compris, qui s’élève contre l’impuissance du gouvernement à trancher parce que sa coalition peut éclater. La mainmise d’une minorité n’est plus acceptée et sa lâcheté à s’attaquer aux plus faibles, les femmes, et aux plus fragiles, les enfants accusés d’indécence, n'est plus acceptable. Les dirigeants des partis religieux doivent affirmer haut et fort qu'ils s'opposent à ces dérives contestables et leur silence risque d'être perçu comme une approbation d'une interprétation restrictive des textes sacrés.



mercredi 28 décembre 2011

SlateAfrique : Les Tunisiens tiennent à leurs juifs




SlateAfrique : Les Tunisiens tiennent à leurs juifs


par Jacques BENILLOUCHE

LA PRÉSENCE DE LA PETITE MINORITÉ JUIVE DANS LA NOUVELLE TUNISIE EST UN SYMBOLE HISTORIQUE QUI CONTRIBUE À L'OUVERTURE DU PAYS SUR LE MONDE.


Dans une synagogue de Tunis, 26 octobre 2011. REUTERS/Zoubeir Souissi

Des 110.000 juifs vivant à la veille de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, 1.500 restent encore dans le pays, la grande majorité sur l'île de Djerba. Ils sont complètement intégrés à la population depuis des millénaires et, s’ils parlent certes quelques bribes d’hébreu et étudient les textes sacrés, ils n’ont aucune volonté de s’expatrier malgré les appels du pied périodiques des dirigeants israéliens. Ils vivent d’un petit commerce d’artisanat et de quelques opérations de change avec les touristes qui se pressent dans leurs boutiques.....




DARFOUR, Connais-pas !



DARFOUR, CONNAIS PAS !

Par Jacques BENILLOUCHE


copyright © Temps et Contretemps 
          Qui connaît le Darfour, où il se trouve et ce qui s’y passe ? En quoi peut-il intéresser l’occidental moyen qui se sent peu concerné par un conflit tellement lointain qu’il n’a sur lui aucune prise, même morale. Des colloques cherchent pourtant à réveiller les consciences et à sensibiliser les participants sur un massacre qui se déroule dans l’indifférence générale de la planète. Plus les mots se font insistants et plus le cynisme du reste du monde s’affiche au grand jour. 
          Pourtant le Darfour se rappelle à notre bon souvenir, de temps en temps, lorsque l’horreur de l’actualité dépasse l’entendement. 

Islamisme actif


Le Darfour est l’exemple même de l’influence d’un islamisme qui intoxique des miséreux pour s’inviter dans un conflit qui ne le concerne pas. Il prouve combien est puissante l’indifférence des gouvernements occidentaux qui se sont bâtis une armure de protection pour ignorer la vérité et pour ne pas se sentir concernés. Il démontre comment les intérêts personnels des Etats passent avant tout sentiment humanitaire au point de ne plus pouvoir compter sur un brin de solidarité de leur part.
            Nous étions nous aussi, comme tous ceux que nous fustigions, loin de cette réalité, quand le conflit du Darfour s’est rappelé à notre souvenir sous les traits de Diana, Amal et Emmanuel. Leurs regards transpiraient un vécu dramatique tandis qu’ils desservaient notre table dans un grand hôtel du sud d’Israël. Notre attention avait été attirée par eux car ils n’avaient pas les traits fins et la peau brillante des éthiopiens qui ont rejoint leurs frères juifs en Terre Promise. 
          Sous leur faciès négroïde se cachait une histoire qu’ils avaient véhiculée depuis leur terre de souffrance. Nous avons eu du mal à obtenir d’eux la moindre confidence parce qu’ils ne se sentaient pas le droit de nous raconter l’indicible, de nous importuner avec des histoires tellement horribles que nous ne les croirons certainement pas. C’est en leur parlant en français, de la France, terre des droits et de l’espoir, que leurs visages se sont alors déridés et que leur langue s’est déliée. Ils ne nous comprenaient pas mais ils ont reconnu la langue des droits de l’Homme.
L’histoire est simple. Le Darfour est une région de l’ouest du Soudan accolée aux frontières de Libye, du Tchad et de la Centrafrique, chacun de ces pays lorgnant sur une alliance locale pour s’approprier ce petit lopin de terre. Tirant son nom de l’ethnie Four, peuple de paysans noirs occupant le massif montagneux, il a longtemps été un royaume indépendant avant d’être annexé au Soudan en 1916. 
Les conflits d’intérêts ont toujours existé dans cette région mais, depuis 1989, le conflit est devenu racial et culturel, entre ceux qui s’identifient à l’Afrique Noire et ceux qui revendiquent l’appartenance à l’ethnie arabe à laquelle ils ne peuvent prétendre ni par l’origine et ni par la langue. La cause des querelles n’a jamais été religieuse mais essentiellement culturelle puisque tous les habitants du Darfour sont musulmans.

L’attirance arabe

            Cependant quelques tribus se disant arabes s’opposent aux deux tiers des populations constituées de tribus africaines et s’enflamment au son de la propagande islamiste développée à travers le monde. Alors, revendiquant à tort une appartenance arabe, elles cherchent à se donner des gages vis à vis d’un intégrisme qu’elles trouvent attractif par son côté prosélyte et conquérant. Pour s’acheter le droit de faire partie de l’élite arabe, elles n’ont pas trouvé meilleur passeport que de s’attaquer aux tribus africaines musulmanes sous prétexte qu’elles ne sont pas arabes. C’est le paradoxe d’une situation portée à son paroxysme par le seul rêve islamiste.
Pourtant traités par le régime de Khartoum avec le même mépris que celui auquel avaient droit leurs victimes, ces pseudos arabes, les Janjawids, ont accepté de jouer le rôle de harkis avec une haine et une cruauté terrifiantes. Les miliciens tuent, massacrent et violent leurs frères africains musulmans pour se donner un gage d’identité et pour recevoir enfin le certificat sanglant d’appartenance au monde arabe. Le résultat s’évalue à 300.000 victimes, mortes dans l’indifférence générale tandis que le massacre se poursuit encore aujourd’hui dans le silence et en l’absence des témoins des ONG ; Les musulmans tuant d’autres musulmans, croyant au même Dieu et enveloppés d’une peau de même couleur.
Influence chinoise

            Ce conflit nous interpelle à double titre. Il montre d’abord que l’Occident et les Etats arabes se polarisent sur le problème israélo-palestinien, essentiellement politique, alors qu’ils ferment les yeux sur les massacres aux alentours, dans une sorte de danse du ventre autour des puits de pétrole. Il démontre surtout que les Européens sont tétanisés par les vagues d’hostilité qui se sont élevées à leur encontre suite aux problèmes du voile et des caricatures et qu’ils ne veulent en aucun cas se voir taxés à nouveau d’ennemis des musulmans. Alors ils détournent le regard. Le poids de la politique arabe, pesant dans les décisions européennes, endort les consciences. L’Occident devient indifférent aux drames qui se jouent, au vu et au su de tout le monde.
            L’ONU n’a plus de troupes à envoyer dans la région tandis que l’OUA, dont c’est le rôle, peine à boucler le budget militaire que lui refusent les instances internationales sous prétexte que ses troupes sont peu aguerries. Enfin, aux dires du député Pierre Lellouche, «cette organisation se désintéresse du problème au point que le sujet du Darfour n’a jamais été à l’ordre du jour d’aucune réunion des Grands»
          On ne sait comment qualifier une attitude lâche qui consiste à abandonner à leur triste sort des peuplades déjà brisées par la misère. Et par là même on évite de perturber le grand de l’Asie qui, à l’instar des «impérialistes» détournant les richesses du sous-sol africain, s’est trouvé un os gras à ronger. Dans le brouhaha des armes et des crimes, dans le silence de l’agonie et de la mort, la Chine parfait son implantation au Soudan pour y puiser à bon marché les ressources nécessaires à sa croissance. Le Conseil de sécurité lui-même ne se hasarderait pas à proposer une nième motion sachant que le véto chinois s’appliquerait de manière systématique.
            Ainsi, les dictatures se renforcent grâce à un droit d’ingérence sélectif avec le risque de devoir pleurer, plus tard et en chœur, les morts d’un nettoyage ethnique. Les intervenants des colloques ne peuvent que stigmatiser l’impuissance des grands Etats à mettre de l’ordre dans ce qu’on peut déjà qualifier de génocide prémédité. Les motions votées à l’ONU ne sont pas respectées ; les délégués de cette organisation se font régulièrement expulser de Khartoum ; bref, une seule certitude, le «machin» perd de sa crédibilité en concentrant ses efforts sur le conflit palestinien tout en ignorant ou en feignant d’ignorer les pays où les massacres s’opèrent au grand jour et en toute impunité. Le prix d’un mort d’une peuplade misérable d’Afrique reste encore négligeable.

Le Néguev, l’eldorado


Emmanuel et Amal ont fait partie des premiers réfugiés de 2005 ayant réussi à passer clandestinement la frontière avec l’Egypte après un périple à pied  à travers toute la péninsule du Sinaï. «Ils sont rentrés dans notre village, ont tué nos pères et nos parents avant de violer nos sœurs. Je dois à mon agilité la chance de m’être caché avant d’échapper au massacre» nous explique Emmanuel et nous avions compris qu’il faisait allusion aux Janjawid. «Nous étions tout un groupe à avoir entendu parler d’Israël, du pays qui ne pouvait pas se comporter comme ceux qui pendant la guerre fermaient leurs frontières aux juifs fuyant les nazis.»
Ils avaient aussi entendu parler de l’histoire des quelques boat-people chargés de vietnamiens, rejetés par toutes les nations, qui ont dû leur salut à la générosité israélienne qui leur a permis d’accoster en terre juive en 1977. Les premiers installés ont apporté leur exotisme dans des restaurants qui offraient des nourritures qui tranchaient avec le fallafel national. D’autres les ont suivis dans le cadre du regroupement familial. Aujourd’hui ces Vietnamiens constituent une communauté vivante, intégrée, discrète et besogneuse, dont les enfants parlent l’hébreu sans accent et fréquentent les universités israéliennes après avoir aidé leurs parents dans l’arrière-cuisine du restaurant. Avec l’ouverture récente de relations diplomatiques avec le Vietnam, ils ont refusé de réintégrer leur pays d’origine. Emmanuel s’identifie en quelque sorte à ces asiatiques ayant trouvé un point de chute. Il est heureux d’avoir été accepté parmi les premiers réfugiés, aubaine des grands hôtels touristiques du sud qui les emploient à meilleur coût. Leur vie a basculé, dans le bon sens, après avoir vécu le malheur dans leur pays et frôlé la mort tout au long de leur périple dramatique.
            L’instinct de peur persistait encore dans ses yeux au point qu’il avait du mal à s’extérioriser. Il balayait de son regard l’alentour comme s’il craignait encore de subir les foudres d’un quelconque ennemi invisible. «Ils nous tuent depuis 2005 et c’est pourquoi nous avons choisi de tenter notre chance jusqu’en Israël, à pied, à travers le désert».  De trois cents réfugiés soudanais par an, le chiffre est passé à 300 par mois puis à 500 chaque semaine. Le sud est envahi par des milliers de réfugiés illégaux d’origine africaine. Plusieurs milliers ont passé la frontière et certains parmi eux ont obtenu le droit de séjour, quand il ne s’agit pas d’un certificat de nationalité.
Plusieurs centaines de rescapés du Darfour vivent officiellement au sud du pays mais les Israéliens ne peuvent accepter indéfiniment un grand nombre de misérables. L’impossibilité de leur trouver une solution d’intégration a poussé les autorités à fermer l’accès de la frontière égyptienne et parfois même à les renvoyer à leur point d’origine. En effet la cohabitation des réfugiés avec les Bédouins est la cause de troubles qui se répercutent sur le sud d’Israël.


Une nouvelle vie



            De nombreuses ONG israéliennes se sont portées volontaires pour aider les réfugiés dans les camps où une nouvelle vie leur est organisée alternant repos et travail dans les champs voisins. Le regard de cette multitude d’enfants ne pouvait que transpercer notre indifférence. Diana, enceinte, est heureuse d’avoir échappé au massacre. 
Emmanuel est prêt à tout pour rester en tant que musulman dans un Etat juif. Il ne veut pas d’argent mais des «outils pour travailler», pour montrer qu’il n’a pas les bras cassés car là-bas «des Arabes tuent des Noirs et pourtant nous sommes musulmans comme eux. Au Sinaï c’est pareil, on nous pourchasse pour nous tuer parce que nous sommes noirs. J’ai toujours peur qu’on me renvoie en Egypte car je sais que je n’en sortirai pas vivant d’autant plus que mon passeport est valable dans le monde sauf en Israël et ils ne me pardonneront pas d’avoir enfreint cette interdiction».
            Les agriculteurs israéliens du Néguev, manquant de main-d’œuvre, sont heureux de cette manne du ciel qui leur permet de ne plus laisser pourrir leurs récoltes d’avocats, d’olives et de mangues sur les arbres. Certains vont jusqu’à envisager de créer une sorte de kibboutz pour tous ces réfugiés qui pourront trouver un soutien moral en communauté.
Amal, adolescente, desservait notre table et, involontairement, nous l’avons forcée à revivre les instants d’horreur durant lesquels ceux qui se disaient arabes sont entrés dans son village pour le brûler et pour tirer sur tous ses habitants, vieillards et enfants compris. A l’âge où les filles s’intéressaient aux futilités, elle se battait pour la vie. Pour échapper à ses meurtriers elle avait réussi à fuir alors qu’on lui tirait dessus. Elle en réchappa par miracle au prix de 37 jours d’hôpital. «Les djanjawids sont venus par surprise de nuit pour tuer notre famille afin de prendre nos terres ; mon père m’a sauvée et il s’était promis que si nous en réchappions, nous viendrons ici, en Israël». Son sourire masquait les cicatrices de son visage mais il nous obligeait à sortir de notre passivité et de notre égoïsme. Si ces réfugiés sont parfaitement intégrés à la société israélienne, ils ne nous font pas oublier que le conflit persiste toujours au Darfour et que les morts continuent à tomber dans une indifférence générale d’autant plus que les témoins neutres ont été expulsés de ce pays. 

mardi 27 décembre 2011

UN AN APRES, LA TUNISIE ROMPT AVEC LE BOURGUIBISME



UN AN APRES, LA TUNISIE ROMPT AVEC LE BOURGUIBISME

En vidéos Bourguiba parle de : islam, démocratie et Israël 

Par Jacques BENILLOUCHE
Rachid GHANOUCHI l'icone d'Enahdha

            Un an après la révolution tunisienne, les nouveaux dirigeants semblent vouloir faire table rase du passé en cherchant à effacer la mémoire du premier président de la Tunisie, Habib Bourguiba, qui avait consacré toute sa vie à se battre pour obtenir l’indépendance de son pays. On ne compte pas les procès intentés par la France coloniale et les années de prison qui ont émaillé la vie du leader charismatique. Mais, il avait choisi la voie pacifique avec son esprit visionnaire qui rend aujourd’hui ses discours tout à fait d’actualité.

Ternir le bourguibisme

            Le nouveau régime s’emploie à ternir l’image d’un président qui a certes favorisé l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. Rachid Ghanouchi a été jusqu’à traiter le «combattant suprême» de sioniste dans le cadre de la dialectique arabe. Il déverse sa haine sur l’homme historique alors qu’en homme de religion il sait que l’islam est une religion de pardon. Il s’agissait pour lui de s’attaquer ouvertement à tous ceux qui se réclamaient de cet héritage bourguibien prônant la modernité et l’ouverture à l’occident, face à l’obscurantisme et l’isolationnisme proposés par le parti Ennahda. Les faiblesses du créateur de la Tunisie moderne, au cours de la fin de sa vie troublée par son âge avancé, et les errements de son successeur Ben Ali, ne peuvent pas faire oublier qu’il avait pris, sur les problèmes sociaux et politiques, des positions très en avance sur son temps.

            Habib Bourguiba avait déjà parlé en mars 1961 des rapports de la Tunisie avec   l’islam et la démocratie (voir la vidéo inédite) : « l’État tunisien moderne n’est pas laïc ; c’est un État musulman mais progressiste. On a toujours cru que l’islam était un élément de recul, de stagnation ; la cause en est dans les hommes de l’islam, ceux qui interprètent la loi de l’islam et qui ont l’esprit très étroit, figé, pétrifié. Moi j’interprète les textes religieux de façon très libérale.» Il est évident que ce langage n’est pas du goût de ceux qui l’ont combattu et qui ont été contraints à l’exil durant des décennies. Ils ne mettent pas en cause l’amour qu’il avait pour son pays mais ils jalousent sa réussite dans la construction d’un pays moderne avec l’accent mis sur la santé et l’éducation. Pour combattre son œuvre, les islamistes veulent effacer de l’histoire de son pays l’homme qui a toujours eu des idées iconoclastes dérangeantes pour la classe politique arabe de son époque.
video
Cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo islam et démocratie




Partisan du dialogue avec Israël

            Sur le problème du Proche-Orient, il était partisan, avec 40 années d’avance, du dialogue israélo-palestinien. Il s’était déplacé dans les camps palestiniens de Cisjordanie, en 1965, pour prêcher la bonne parole. Une seule critique pourrait peut-être lui être proférée, celle de n’avoir pas eu le courage d’être le premier dirigeant arabe, avant Anouar Al-Sadate, à signer la paix officielle avec les israéliens, une paix qu’il appelait de son vœu mais qu’il n’avait pas osé concrétiser. Plusieurs guerres auraient été évitées s’il avait été écouté en 1965,  et les palestiniens auraient eu alors un État plus grand que celui qui leur est proposé aujourd’hui.

            Dans une interview au journaliste Édouard Sablier (Voir la vidéo inédite), après la guerre des Six Jours de 1967, il avait réitéré ses propos sonnants comme une critique acerbe des chefs arabes qui s’obstinaient, selon lui, dans leur refus d’accepter la réalité d’Israël. Alors, les islamistes d’aujourd’hui le traitent de sioniste parce qu’il était pragmatique et peu dogmatique et que sa vision du monde restait réaliste. Ces critiques ignorent cependant  qu’il fût le seul dirigeant arabe à accepter sur son sol, en 1982, les palestiniens expulsés du Liban avec Yasser Arafat à leur tête. Les autres pays arabes s’étaient défilés de crainte d’héberger un invité encombrant avec des troupes possédant une capacité de nuisance dangereuse.

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Reconnaitre l’existence d’Israël

            Habib Bourguiba avait, vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, la hantise du dialogue parce qu’il l’avait expérimenté avec la France, son adversaire des mauvais jours. Il prônait d’accepter peu au départ pour étendre les prétentions au fur et à mesure que la confiance s’installait. Il avait signé, contre l’avis de ses amis nationalistes extrémistes, l’autonomie interne qui avait vite débouché sur une indépendance totale. Il avait dû faire face à l’opposition du secrétaire du Néo-Destour, Me Salah ben Youssef, qui devait devenir son opposant farouche. Gravir des étapes progressives restait sa stratégie plutôt qu’exiger tout et ne rien obtenir, en figeant une situation devenant vite explosive. «Quand je m’adresse au peuple tunisien, je lui dit la vérité. J’essaie d’élever le niveau du peuple pour l’amener à saisir la complexité des problèmes et la nécessité des compromis. Mais les peuples dans le Proche-Orient arabe ne sont pas habitués à ce qu’on leur parle de reconnaitre à Israël l’existence même si cette existence est réduite aux frontières de 1947. Tous les chefs arabes leur ont dit le contraire pendant vingt ou trente ans.»

Son diagnostic avait été sévère et sa lucidité vis-à-vis d’Israël lui vaut aujourd’hui sa qualification de sioniste. Il avait fait ses propositions pour le «retour à une certaine légalité onusienne. Que les pays arabes et surtout les palestiniens admettent comme un compromis la première décision de l’ONU qui a crée un État d’Israël.»

Rachid Ghanouchi semblait vouloir, ces dernières semaines, s’ouvrir aux juifs d’abord et aux israéliens ensuite mais ses derniers actes sont en opposition avec ses propos. Dans une sorte de provocation pour soutenir les islamistes égyptiens, il a ainsi invité en Tunisie Tarek al-Zomor , l’instigateur de l’assassinat du président Sadate en 1981, libéré au début de la révolution égyptienne après 30 ans de prison. Ce pied de nez aux partisans du maintien des relations diplomatiques avec l’État juif a pour but de confirmer les préférences politiques du nouveau régime. Il se défend en précisant que «les craintes sur Ennahda sont absurdes. Notre société recèle une partie conservatrice et une autre moderne. L'expression politique du conservatisme, c'est l'islamisme. Vous avez des partis démocrates-chrétiens en Europe, nous avons un parti démocrate islamiste».

Les autres partis semblent pour l’instant tétanisés. Le Congrès pour la république (CPR), n’a de parti politique que le nom. Fondé en 2001 par Moncef Marzouki, il comporte aujourd’hui en son sein des courants qui vont de l’islamisme radical au progressisme laïc. Il avait été fondé pour combattre Ben Ali et les amis de son prédécesseur mais il ne s’était donné aucune idéologie. Avec le départ au gouvernement de son leader, il semble à présent gêné par ses propres contradictions qui l’amènent à vouloir effacer de la mémoire populaire les premières années de l’indépendance tunisienne en se contentant d’appuyer son opposition passée à Habib Bourguiba.


lundi 26 décembre 2011

AFFAIRE SAKINEH : TAILLE DES PROJECTILES



AFFAIRE SAKINEH : TAILLE DES PROJECTILES

Par Jacques BENILLOUCHE



L’affaire Sakineh concerne la veuve iranienne accusée d’adultère et condamnée au mieux à des centaines de coups de fouet et au pire, à la lapidation. Le monde entier s’était mobilisé pour cette malheureuse femme, et en particulier la première Dame de France, Carla Sarkozy. On en reparle à nouveau car la peine n’a pas encore été appliquée mais les autorités iraniennes traînent des pieds de crainte d’être taxées de faiblesse ou d’indulgence.

On en sait un peu plus sur le déroulement de la lapidation pour une femme. La condamnée doit être enterrée jusqu’à la poitrine et selon le code pénal islamique, des projectiles de taille moyenne doivent être lancés. Mais le choix des pierres est fondamental et doit répondre à des critères juridiques précis : «pas trop grands pour qu’un ou deux ne suffisent pas à tuer, mais pas trop petits. En d’autres termes, à peu près la taille d’une mandarine». Il faut, pour que le spectacle soit payant, que la sanction soit dissuasive et que «la procédure prenne au moins une demi-heure». Les curieux spectateurs doivent en avoir pour leur argent.

On constate ainsi que les mollahs sont très précis dans leur règlement et que tout est codifié pour éviter les excès ou les négligences. Mais une information en provenance du frère de Tariq Ramadan, Hani, qui se présente sous les traits d’un islamiste "moderne", vient nous réconforter. D’abord il rassure : «la mort lente d'un malade atteint du sida est-elle moins significative que celle d'une personne lapidée ?». Il doit certainement considérer que les malades du sida paient la sanction qu’ils méritent. Mais il nous réconforte aussitôt en précisant que, pendant la mise à mort inhumaine, «il était interdit d’insulter la coupable et après sa mort, on prie pour elle.»

Ouf, On respire ! Il ne manquait plus que le public assoiffé de sang veuille en plus insulter la dame Sakineh. Elle pourra mourir tranquille, en silence. Ses cris ne seront pas couverts par des insultes et, privilège ultime, des prières seront dites à son intention pour qu'elle puisse rapidement rejoindre l’enfer du Ciel qui lui paraîtra bien plus clément que celui qui existe sur terre, en Iran.

Mais on vient d’apprendre que la peine de mort par lapidation prononcée contre l’iranienne Sakineh, condamnée pour adultère alors qu’elle était veuve, pourrait être transformée en pendaison, rapporte l’agence de presse Isna. Il semblerait que les mollahs n’aient pas trouvé les pierres de taille conforme au code pénal islamique. La mort par pendaison sera plus douce.

dimanche 25 décembre 2011

LA HAINE COMMUNAUTAIRE



LA HAINE COMMUNAUTAIRE

Par Jacques BENILLOUCHE



            On ne comprend pas que des humains qui croient au même Dieu, au même livre le Coran, aux mêmes sources la Bible et aux mêmes préceptes, puissent parvenir à des extrémités aussi horribles en pratiquant des attentats aveugles sur des civils innocents. Des hommes contre des hommes ; des musulmans contre des musulmans. Les bêtes feraient preuve de plus d’humanité dans ce monde qui a perdu ses valeurs. 

L’héritage de Mahomet
   
         Parce que le Prophète Mahomet est mort en 632 sans avoir désigné de successeur,  ses adeptes se déchirent son héritage en se haïssant et en considérant l’autre comme un hérétique, donc comme un coupable méritant la mort. L’une des attaques les plus meurtrières de l’année 2011 a fait le 22 décembre au moins 63 morts à Bagdad, aux abords des écoles et à l’heure de pointe. Les auteurs sont certainement des adeptes d’Al-Qaeda en Irak. Ces attentats ne visaient pas de troupes américaines puisque le dernier soldat vient de quitter le pays.
            Il s’agit bien d’une guerre inter-confessionnelle qui reprend entre la minorité sunnite qui comprend 35% de la population et les chiites 45% ; le reste étant constitué des kurdes et autres minorités. Le parti politique sunnite Al-Iraquiya a quitté le parlement en critiquant la mainmise chiite du premier ministre Nouri Al-Maliki.
            Certains groupes, à forte capacité de nuisance, axent leur stratégie sur le malheur en Irak. Al-Qaeda ne désarme toujours pas malgré le départ des américains. Mais il est certain qu’il faut aussi voir la main de la Syrie et de l’Iran qui menacent l'Irak de chaos si les occidentaux, et les turcs en particulier, persistent à vouloir faire sauter le régime de Bassar Al-Assad. L’Iran exige en effet que le pouvoir ne revienne plus à la minorité sunnite, comme ce fut le cas durant des dizaine d’années. La menace d’un coup d’Etat chiite n’est pas à exclure tandis que le chaos passe par des attentats meurtriers comme si l’horreur en Syrie devait faire écho. L'Iran lorgne depuis longtemps sur son voisin. 

Inhumanité

Les iraniens et les irakiens sont-ils exemptés d’humanité ? Ils donnent l’impression qu’ils ne pourront jamais refreiner leur envie de destructions et de meurtres et qu’ils ne pourront jamais se passer d’un arbitre international chargé de les séparer. L’Afghanistan a encore la chance d’avoir des troupes de l’Otan qui veillent sur les populations civiles mais, par désillusion, elles finiront par laisser les adeptes de la Kalachnikov régler leur conflit religieux, entre eux, dans le sang.  
           On s’étonne qu’Israël s’inquiète du sort qui lui serait réservé, si par malheur des extrémistes islamistes prenaient le dessus dans la région. On s’étonne que le langage de la force soit le plus communément utilisé devant les exemples qui lui sont donnés par des pays qui cultivent la violence et la haine comme argument politique. Si les musulmans se déchirent ainsi entre eux, nul ne saurait évaluer le traitement auquel seraient soumis les juifs, impies par définition et coupables par naissance.
Nous comprenons à présent les druzes, et en particulier leur colonel Safwan que nous avions interviewé, qui persistent à se protéger dans leurs montagnes à l’abri de leur forteresse car ils ne peuvent faire confiance qu’à eux-mêmes et parce que la vindicte à leur égard est héréditaire. Ils préfèrent l’alliance avec les juifs plutôt que celle de leurs coreligionnaires musulmans.
            La culture d'hostilité arabe et la volonté de domination sunnite imposée à la population chiite restera le ferment de la haine entre ces deux communautés. Les terroristes d’Al-Qaeda qui exploitent le soutien des sunnites, d’une part, et les alliés de l’Iran d’autre part, continuent à fomenter des attentats quitte à déclencher une guerre civile avec pour conséquence les atrocités et le nettoyage ethnique. On imagine la place réservée à Israël dans cette haine communautaire.

samedi 24 décembre 2011

MINORITES ET PRINTEMPS ARABES : CONFLIT INEVITABLE




MINORITES ET PRINTEMPS ARABES : CONFLIT INEVITABLE

Par Zvi MAZEL


Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)


          La formidable explosion qui a brouillé et brouille encore les cartes dans le monde arabe ne traduit ni printemps ni aube nouvelle. C’est le constat d’un échec.  En dépit de près d’un siècle d’indépendance, les pays arabes n’ont pas réussi à unir les différents éléments qui les composent pour construire une nation. Le Moyen Orient et l’Afrique du Nord ont formé pendant plus d’un millénaire un immense espace islamique où régnaient des califes s’appuyant sur la Charia. Fréquemment secoué par de sanglantes  guerres civiles et des conflits dynastiques se dénouant par des assassinats, cet ensemble passa il y cinq cent ans  sous le contrôle de l’empire ottoman.

Eclatement de l’empire ottoman
Manifestation de chiites au Bahrein

Le sultan régnait de sa lointaine capitale et se montrait relativement tolérant vis-à-vis des minorités ethniques ou religieuses tant qu’elles lui payaient tribut - bien qu’au gré de ses représentants locaux ces minorités étaient parfois victimes de massacres ou d’islamisation forcée. La chute de l’empire ottoman fit éclater ce vaste espace et apparaître des états indépendants dont le tracé fut le fruit de tractations entre les puissances victorieuses – La France et la Grande Bretagne - se souciant plus de leurs intérêts que de l’homogénéité des  entités ainsi crées. 

Dans un monde arabe où les sunnites sont la grande majorité, les nouvelles nations se retrouvèrent ainsi avec d’importantes minorités religieuses ou ethniques – certaines vivant là bien avant l’apparition de l’Islam. Ainsi aujourd’hui – mais pour combien de temps encore – ce sont les alaouites qui, avec à peine 12 % de la population sont au pouvoir en Syrie. Bahreïn, où la majorité est shiite, est gouvernée par des sunnites. En Irak, la minorité sunnite au pouvoir jusqu’à la chute de Saddam Hussein refuse de passer la main à la majorité shiite issue des élections. En Afrique du Nord les berbères -  avec plus d’un tiers de la population, n’ont pas de représentation ni de droits nationaux. Les dix millions de coptes en Egypte se plaignent d’oppression et de discrimination. Trente millions de kurdes répartis sur plusieurs pays revendiquent leur autonomie en attendant l’indépendance. Les chrétiens, sont partout persécutés, particulièrement en Iraq d’où ils s’enfuient par dizaines de milliers. De nombreux autres groupes plus petits sont privés de tout droit et leur existence est en danger. Rappelons que les 800 000 Juifs établis dans ces pays depuis des millénaires en ont été chassés après la création de l’Etat d’Israël.

Minorités discriminées
Coptes d'Egypte

Face à ces minorités ethniques, religieuses ou  nationales, les pays arabes n’ont pas fait l’effort nécessaire pour les intégrer et leur donner le sentiment qu’ils faisaient vraiment partie de la communauté nationale. Depuis leur création il y a 90 ans, ces pays pratiquant la discrimination politique et économique,  ont connu une succession de crises internes et externes - révoltes, guerres civiles et coups d’état militaires. Bilan : cinq millions de morts, d’innombrables blessés et un nombre grandissant de réfugiés.

Cette situation a eu bien évidemment des conséquences catastrophiques pour l’économie de ces états qui, au lieu de consacrer leurs efforts au développement et à la consolidation de leurs pays respectifs se sont lancés à la recherche d’une unité arabe illusoire reposant sur l’islam ou sur un nationalisme laïc. Deux visions opposées. D’un côté les islamistes rêvant de créer un état religieux qui priverait de leurs droits les minorités non musulmanes – chrétiens, juifs, bahaïs – et en ferait des citoyens de seconde classe. De l’autre une puissante vague laïque et nationaliste prête à accueillir tous ceux qui partagent la langue et la culture arabe, quelle que soit leur origine ethnique ou leur affiliation religieuse. Une conception qui donne aux communautés chrétiennes réparties à travers tout le Moyen-Orient la possibilité de s’intégrer dans le consensus national, mais qui exclue les minorités nationales ou religieuses aspirant à être reconnues comme telles : kurdes et berbères, qui sont des musulmans sunnites non arabes mais demandent leur autonomie, ou coptes qui veulent leur spécificité.

Islam, religion d’Etat
Le Coran

Les toutes premières constitutions adoptées en Egypte, en Syrie et en Irak dans les années vingt, alors que l’influence de la France et de l’Angleterre était encore très forte, déclaraient haut et fort que tous les citoyens étaient égaux en droits – tout en insistant sur le fait que chaque pays faisait partie de la nation arabe dont il  aspirait a l’unité et que l’islam était la religion officielle de chacun de ces pays et la Charia la source de la législation.  Des personnalités qui n’étaient musulmanes sunnites ou arabes ont ainsi pu devenir premiers ministres. Le copte Boutros Ghali en Egypte (encore sous occupation britannique avant la première guerre mondiale), assassiné à ce titre par un musulman; Fares Khoury, un chrétien, en Syrie ; et en Irak le kurde Nouri Al-Said. Toutefois les deux grands principes, qui sous-tendaient ces constitutions – un objectif commun, l’unité arabe, et l’islam comme religion d’état – ne laissaient guère d’espoir aux minorités qui n’étaient ni arabes et ni musulmanes.
Quoi qu’il en soit, à partir des années cinquante et soixante ces deux courants étaient en perte de vitesse, ni l’un ni l’autre n’étant parvenu à résoudre les problèmes internes ou externes et tous deux s’étant montrés incapable de créer une économie répondant aux aspirations des masses. La pauvreté était partout et la corruption universelle. S’ajoutait à cela l’humiliation de la défaite des armées arabes qui, ensemble, s’étaient montrées impuissantes à empêcher la création de l’Etat d’Israël. Une succession de coups d’Etat militaires firent tomber les régimes corrompus en Egypte, en Syrie, en Irak en Libye et au Soudan.
Les nouveaux dirigeants proclamèrent leur volonté de moderniser le pays, de procéder à des réformes sociales et économiques et de rendre l’éducation accessible à tous. Des promesses creuses et intenables. Là encore, aucun effort ne fut fait pour intégrer les minorités et  leur faire prendre part à l’effort national. Bientôt les «dirigeants éclairés» se transformèrent en dictateurs – opprimant leurs peuples et se battant contre les pays voisins. Pourtant à aucun moment ces régimes militaires, qui se voulaient laïcs, n’ont cherché à prendre leurs distances vis-à-vis de l’islam. Bien au contraire, ils encouragèrent l’éducation islamique afin de détourner l’attention des masses de leurs défaites militaires et d’une situation économique qui devenait catastrophique. Par ailleurs les dizaines de milliers d’arabes, partis chercher du travail en Arabie Saoudite et dans les Emirats du Golfe, sont revenus chez eux  après avoir absorbé l’islam wahhabite pur et dur de ces pays.

Frustration des peuples

Pauvreté, oppression, frustration – l’explosion a fini par se produire même si elle n’a rien de ce printemps arabe si cher à l’occident. Une fois encore les minorités vont en faire les frais. En effet, les jeunes  descendus dans la rue pour renverser des régimes corrompus et demander une vie meilleure sont profondément imprégnés de culture islamique et de nationalisme, y ayant été exposés depuis leur plus tendre enfance. Les grands principes démocratiques, égalité pour tous - femmes et minorités comprises – tolérance et respect des lois, leur sont étrangers. L’organisation d’élections libres et relativement honnêtes ne conduira pas nécessairement à la formation de gouvernements démocratiques ; on le voit en Egypte ou traditions et religion  vont sans doute déterminer la nouvelle constitution et le nouveau régime. Il n’est pas question d’unité nationale ou de droits des minorités. La montée des Frères Musulmans et des salafistes qui sont encore plus extrémistes et qui s’attaquent déjà aux coptes n’est pas de bon augure.
D’un côté, il faut s’attendre à ce que dans un premier temps des régimes islamiques vont apparaître dans tous ces pays. De l’autre, la nécessaire révolution sociale  et économique pour laquelle les jeunes se sont battus arrivera tôt ou tard.  La question est de savoir dans quelles conditions. Les nouveaux gouvernements vont-ils chercher à améliorer le sort des seuls musulmans sunnites tout en continuant à opprimer leurs minorités ? Autre question, non moins importante : ces minorités vont-elles rester passives ou bien vont-elles se révolter à leur tour pour réclamer leurs droits ? Ce sont là des questions qui vont dominer les prochaines années ; elles risquent de provoquer des crises violentes et peut-être de déclencher de sanglantes guerres civiles.