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vendredi 30 décembre 2011

RADIO JUDAÏCA BRUXELLES : ISRAËL FACE AUX JUIFS ORTHODOXES


RADIO JUDAÏCA BRUXELLES 

ISRAËL FACE AUX JUIFS ORTHODOXES

JOURNAL DU VENDREDI 30 DECEMBRE 2011

Jacques BENILLOUCHE

au micro de

Jérémy AUDOUARD


Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission

mercredi 28 décembre 2011

SlateAfrique : Les Tunisiens tiennent à leurs juifs




SlateAfrique : Les Tunisiens tiennent à leurs juifs


par Jacques BENILLOUCHE

LA PRÉSENCE DE LA PETITE MINORITÉ JUIVE DANS LA NOUVELLE TUNISIE EST UN SYMBOLE HISTORIQUE QUI CONTRIBUE À L'OUVERTURE DU PAYS SUR LE MONDE.


Dans une synagogue de Tunis, 26 octobre 2011. REUTERS/Zoubeir Souissi

Des 110.000 juifs vivant à la veille de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, 1.500 restent encore dans le pays, la grande majorité sur l'île de Djerba. Ils sont complètement intégrés à la population depuis des millénaires et, s’ils parlent certes quelques bribes d’hébreu et étudient les textes sacrés, ils n’ont aucune volonté de s’expatrier malgré les appels du pied périodiques des dirigeants israéliens. Ils vivent d’un petit commerce d’artisanat et de quelques opérations de change avec les touristes qui se pressent dans leurs boutiques.....




DARFOUR, Connais-pas !



DARFOUR, CONNAIS PAS !

Par Jacques BENILLOUCHE


copyright © Temps et Contretemps 
          Qui connaît le Darfour, où il se trouve et ce qui s’y passe ? En quoi peut-il intéresser l’occidental moyen qui se sent peu concerné par un conflit tellement lointain qu’il n’a sur lui aucune prise, même morale. Des colloques cherchent pourtant à réveiller les consciences et à sensibiliser les participants sur un massacre qui se déroule dans l’indifférence générale de la planète. Plus les mots se font insistants et plus le cynisme du reste du monde s’affiche au grand jour. 
          Pourtant le Darfour se rappelle à notre bon souvenir, de temps en temps, lorsque l’horreur de l’actualité dépasse l’entendement. 

Islamisme actif


Le Darfour est l’exemple même de l’influence d’un islamisme qui intoxique des miséreux pour s’inviter dans un conflit qui ne le concerne pas. Il prouve combien est puissante l’indifférence des gouvernements occidentaux qui se sont bâtis une armure de protection pour ignorer la vérité et pour ne pas se sentir concernés. Il démontre comment les intérêts personnels des Etats passent avant tout sentiment humanitaire au point de ne plus pouvoir compter sur un brin de solidarité de leur part.
            Nous étions nous aussi, comme tous ceux que nous fustigions, loin de cette réalité, quand le conflit du Darfour s’est rappelé à notre souvenir sous les traits de Diana, Amal et Emmanuel. Leurs regards transpiraient un vécu dramatique tandis qu’ils desservaient notre table dans un grand hôtel du sud d’Israël. Notre attention avait été attirée par eux car ils n’avaient pas les traits fins et la peau brillante des éthiopiens qui ont rejoint leurs frères juifs en Terre Promise. 
          Sous leur faciès négroïde se cachait une histoire qu’ils avaient véhiculée depuis leur terre de souffrance. Nous avons eu du mal à obtenir d’eux la moindre confidence parce qu’ils ne se sentaient pas le droit de nous raconter l’indicible, de nous importuner avec des histoires tellement horribles que nous ne les croirons certainement pas. C’est en leur parlant en français, de la France, terre des droits et de l’espoir, que leurs visages se sont alors déridés et que leur langue s’est déliée. Ils ne nous comprenaient pas mais ils ont reconnu la langue des droits de l’Homme.
L’histoire est simple. Le Darfour est une région de l’ouest du Soudan accolée aux frontières de Libye, du Tchad et de la Centrafrique, chacun de ces pays lorgnant sur une alliance locale pour s’approprier ce petit lopin de terre. Tirant son nom de l’ethnie Four, peuple de paysans noirs occupant le massif montagneux, il a longtemps été un royaume indépendant avant d’être annexé au Soudan en 1916. 
Les conflits d’intérêts ont toujours existé dans cette région mais, depuis 1989, le conflit est devenu racial et culturel, entre ceux qui s’identifient à l’Afrique Noire et ceux qui revendiquent l’appartenance à l’ethnie arabe à laquelle ils ne peuvent prétendre ni par l’origine et ni par la langue. La cause des querelles n’a jamais été religieuse mais essentiellement culturelle puisque tous les habitants du Darfour sont musulmans.

L’attirance arabe

            Cependant quelques tribus se disant arabes s’opposent aux deux tiers des populations constituées de tribus africaines et s’enflamment au son de la propagande islamiste développée à travers le monde. Alors, revendiquant à tort une appartenance arabe, elles cherchent à se donner des gages vis à vis d’un intégrisme qu’elles trouvent attractif par son côté prosélyte et conquérant. Pour s’acheter le droit de faire partie de l’élite arabe, elles n’ont pas trouvé meilleur passeport que de s’attaquer aux tribus africaines musulmanes sous prétexte qu’elles ne sont pas arabes. C’est le paradoxe d’une situation portée à son paroxysme par le seul rêve islamiste.
Pourtant traités par le régime de Khartoum avec le même mépris que celui auquel avaient droit leurs victimes, ces pseudos arabes, les Janjawids, ont accepté de jouer le rôle de harkis avec une haine et une cruauté terrifiantes. Les miliciens tuent, massacrent et violent leurs frères africains musulmans pour se donner un gage d’identité et pour recevoir enfin le certificat sanglant d’appartenance au monde arabe. Le résultat s’évalue à 300.000 victimes, mortes dans l’indifférence générale tandis que le massacre se poursuit encore aujourd’hui dans le silence et en l’absence des témoins des ONG ; Les musulmans tuant d’autres musulmans, croyant au même Dieu et enveloppés d’une peau de même couleur.
Influence chinoise

            Ce conflit nous interpelle à double titre. Il montre d’abord que l’Occident et les Etats arabes se polarisent sur le problème israélo-palestinien, essentiellement politique, alors qu’ils ferment les yeux sur les massacres aux alentours, dans une sorte de danse du ventre autour des puits de pétrole. Il démontre surtout que les Européens sont tétanisés par les vagues d’hostilité qui se sont élevées à leur encontre suite aux problèmes du voile et des caricatures et qu’ils ne veulent en aucun cas se voir taxés à nouveau d’ennemis des musulmans. Alors ils détournent le regard. Le poids de la politique arabe, pesant dans les décisions européennes, endort les consciences. L’Occident devient indifférent aux drames qui se jouent, au vu et au su de tout le monde.
            L’ONU n’a plus de troupes à envoyer dans la région tandis que l’OUA, dont c’est le rôle, peine à boucler le budget militaire que lui refusent les instances internationales sous prétexte que ses troupes sont peu aguerries. Enfin, aux dires du député Pierre Lellouche, «cette organisation se désintéresse du problème au point que le sujet du Darfour n’a jamais été à l’ordre du jour d’aucune réunion des Grands»
          On ne sait comment qualifier une attitude lâche qui consiste à abandonner à leur triste sort des peuplades déjà brisées par la misère. Et par là même on évite de perturber le grand de l’Asie qui, à l’instar des «impérialistes» détournant les richesses du sous-sol africain, s’est trouvé un os gras à ronger. Dans le brouhaha des armes et des crimes, dans le silence de l’agonie et de la mort, la Chine parfait son implantation au Soudan pour y puiser à bon marché les ressources nécessaires à sa croissance. Le Conseil de sécurité lui-même ne se hasarderait pas à proposer une nième motion sachant que le véto chinois s’appliquerait de manière systématique.
            Ainsi, les dictatures se renforcent grâce à un droit d’ingérence sélectif avec le risque de devoir pleurer, plus tard et en chœur, les morts d’un nettoyage ethnique. Les intervenants des colloques ne peuvent que stigmatiser l’impuissance des grands Etats à mettre de l’ordre dans ce qu’on peut déjà qualifier de génocide prémédité. Les motions votées à l’ONU ne sont pas respectées ; les délégués de cette organisation se font régulièrement expulser de Khartoum ; bref, une seule certitude, le «machin» perd de sa crédibilité en concentrant ses efforts sur le conflit palestinien tout en ignorant ou en feignant d’ignorer les pays où les massacres s’opèrent au grand jour et en toute impunité. Le prix d’un mort d’une peuplade misérable d’Afrique reste encore négligeable.

Le Néguev, l’eldorado


Emmanuel et Amal ont fait partie des premiers réfugiés de 2005 ayant réussi à passer clandestinement la frontière avec l’Egypte après un périple à pied  à travers toute la péninsule du Sinaï. «Ils sont rentrés dans notre village, ont tué nos pères et nos parents avant de violer nos sœurs. Je dois à mon agilité la chance de m’être caché avant d’échapper au massacre» nous explique Emmanuel et nous avions compris qu’il faisait allusion aux Janjawid. «Nous étions tout un groupe à avoir entendu parler d’Israël, du pays qui ne pouvait pas se comporter comme ceux qui pendant la guerre fermaient leurs frontières aux juifs fuyant les nazis.»
Ils avaient aussi entendu parler de l’histoire des quelques boat-people chargés de vietnamiens, rejetés par toutes les nations, qui ont dû leur salut à la générosité israélienne qui leur a permis d’accoster en terre juive en 1977. Les premiers installés ont apporté leur exotisme dans des restaurants qui offraient des nourritures qui tranchaient avec le fallafel national. D’autres les ont suivis dans le cadre du regroupement familial. Aujourd’hui ces Vietnamiens constituent une communauté vivante, intégrée, discrète et besogneuse, dont les enfants parlent l’hébreu sans accent et fréquentent les universités israéliennes après avoir aidé leurs parents dans l’arrière-cuisine du restaurant. Avec l’ouverture récente de relations diplomatiques avec le Vietnam, ils ont refusé de réintégrer leur pays d’origine. Emmanuel s’identifie en quelque sorte à ces asiatiques ayant trouvé un point de chute. Il est heureux d’avoir été accepté parmi les premiers réfugiés, aubaine des grands hôtels touristiques du sud qui les emploient à meilleur coût. Leur vie a basculé, dans le bon sens, après avoir vécu le malheur dans leur pays et frôlé la mort tout au long de leur périple dramatique.
            L’instinct de peur persistait encore dans ses yeux au point qu’il avait du mal à s’extérioriser. Il balayait de son regard l’alentour comme s’il craignait encore de subir les foudres d’un quelconque ennemi invisible. «Ils nous tuent depuis 2005 et c’est pourquoi nous avons choisi de tenter notre chance jusqu’en Israël, à pied, à travers le désert».  De trois cents réfugiés soudanais par an, le chiffre est passé à 300 par mois puis à 500 chaque semaine. Le sud est envahi par des milliers de réfugiés illégaux d’origine africaine. Plusieurs milliers ont passé la frontière et certains parmi eux ont obtenu le droit de séjour, quand il ne s’agit pas d’un certificat de nationalité.
Plusieurs centaines de rescapés du Darfour vivent officiellement au sud du pays mais les Israéliens ne peuvent accepter indéfiniment un grand nombre de misérables. L’impossibilité de leur trouver une solution d’intégration a poussé les autorités à fermer l’accès de la frontière égyptienne et parfois même à les renvoyer à leur point d’origine. En effet la cohabitation des réfugiés avec les Bédouins est la cause de troubles qui se répercutent sur le sud d’Israël.


Une nouvelle vie



            De nombreuses ONG israéliennes se sont portées volontaires pour aider les réfugiés dans les camps où une nouvelle vie leur est organisée alternant repos et travail dans les champs voisins. Le regard de cette multitude d’enfants ne pouvait que transpercer notre indifférence. Diana, enceinte, est heureuse d’avoir échappé au massacre. 
Emmanuel est prêt à tout pour rester en tant que musulman dans un Etat juif. Il ne veut pas d’argent mais des «outils pour travailler», pour montrer qu’il n’a pas les bras cassés car là-bas «des Arabes tuent des Noirs et pourtant nous sommes musulmans comme eux. Au Sinaï c’est pareil, on nous pourchasse pour nous tuer parce que nous sommes noirs. J’ai toujours peur qu’on me renvoie en Egypte car je sais que je n’en sortirai pas vivant d’autant plus que mon passeport est valable dans le monde sauf en Israël et ils ne me pardonneront pas d’avoir enfreint cette interdiction».
            Les agriculteurs israéliens du Néguev, manquant de main-d’œuvre, sont heureux de cette manne du ciel qui leur permet de ne plus laisser pourrir leurs récoltes d’avocats, d’olives et de mangues sur les arbres. Certains vont jusqu’à envisager de créer une sorte de kibboutz pour tous ces réfugiés qui pourront trouver un soutien moral en communauté.
Amal, adolescente, desservait notre table et, involontairement, nous l’avons forcée à revivre les instants d’horreur durant lesquels ceux qui se disaient arabes sont entrés dans son village pour le brûler et pour tirer sur tous ses habitants, vieillards et enfants compris. A l’âge où les filles s’intéressaient aux futilités, elle se battait pour la vie. Pour échapper à ses meurtriers elle avait réussi à fuir alors qu’on lui tirait dessus. Elle en réchappa par miracle au prix de 37 jours d’hôpital. «Les djanjawids sont venus par surprise de nuit pour tuer notre famille afin de prendre nos terres ; mon père m’a sauvée et il s’était promis que si nous en réchappions, nous viendrons ici, en Israël». Son sourire masquait les cicatrices de son visage mais il nous obligeait à sortir de notre passivité et de notre égoïsme. Si ces réfugiés sont parfaitement intégrés à la société israélienne, ils ne nous font pas oublier que le conflit persiste toujours au Darfour et que les morts continuent à tomber dans une indifférence générale d’autant plus que les témoins neutres ont été expulsés de ce pays. 

mardi 27 décembre 2011

UN AN APRES, LA TUNISIE ROMPT AVEC LE BOURGUIBISME



UN AN APRES, LA TUNISIE ROMPT AVEC LE BOURGUIBISME

En vidéos Bourguiba parle de : islam, démocratie et Israël 

Par Jacques BENILLOUCHE
Rachid GHANOUCHI l'icone d'Enahdha

            Un an après la révolution tunisienne, les nouveaux dirigeants semblent vouloir faire table rase du passé en cherchant à effacer la mémoire du premier président de la Tunisie, Habib Bourguiba, qui avait consacré toute sa vie à se battre pour obtenir l’indépendance de son pays. On ne compte pas les procès intentés par la France coloniale et les années de prison qui ont émaillé la vie du leader charismatique. Mais, il avait choisi la voie pacifique avec son esprit visionnaire qui rend aujourd’hui ses discours tout à fait d’actualité.

Ternir le bourguibisme

            Le nouveau régime s’emploie à ternir l’image d’un président qui a certes favorisé l’arrivée au pouvoir de Ben Ali. Rachid Ghanouchi a été jusqu’à traiter le «combattant suprême» de sioniste dans le cadre de la dialectique arabe. Il déverse sa haine sur l’homme historique alors qu’en homme de religion il sait que l’islam est une religion de pardon. Il s’agissait pour lui de s’attaquer ouvertement à tous ceux qui se réclamaient de cet héritage bourguibien prônant la modernité et l’ouverture à l’occident, face à l’obscurantisme et l’isolationnisme proposés par le parti Ennahda. Les faiblesses du créateur de la Tunisie moderne, au cours de la fin de sa vie troublée par son âge avancé, et les errements de son successeur Ben Ali, ne peuvent pas faire oublier qu’il avait pris, sur les problèmes sociaux et politiques, des positions très en avance sur son temps.

            Habib Bourguiba avait déjà parlé en mars 1961 des rapports de la Tunisie avec   l’islam et la démocratie (voir la vidéo inédite) : « l’État tunisien moderne n’est pas laïc ; c’est un État musulman mais progressiste. On a toujours cru que l’islam était un élément de recul, de stagnation ; la cause en est dans les hommes de l’islam, ceux qui interprètent la loi de l’islam et qui ont l’esprit très étroit, figé, pétrifié. Moi j’interprète les textes religieux de façon très libérale.» Il est évident que ce langage n’est pas du goût de ceux qui l’ont combattu et qui ont été contraints à l’exil durant des décennies. Ils ne mettent pas en cause l’amour qu’il avait pour son pays mais ils jalousent sa réussite dans la construction d’un pays moderne avec l’accent mis sur la santé et l’éducation. Pour combattre son œuvre, les islamistes veulent effacer de l’histoire de son pays l’homme qui a toujours eu des idées iconoclastes dérangeantes pour la classe politique arabe de son époque.
Cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo islam et démocratie




Partisan du dialogue avec Israël

            Sur le problème du Proche-Orient, il était partisan, avec 40 années d’avance, du dialogue israélo-palestinien. Il s’était déplacé dans les camps palestiniens de Cisjordanie, en 1965, pour prêcher la bonne parole. Une seule critique pourrait peut-être lui être proférée, celle de n’avoir pas eu le courage d’être le premier dirigeant arabe, avant Anouar Al-Sadate, à signer la paix officielle avec les israéliens, une paix qu’il appelait de son vœu mais qu’il n’avait pas osé concrétiser. Plusieurs guerres auraient été évitées s’il avait été écouté en 1965,  et les palestiniens auraient eu alors un État plus grand que celui qui leur est proposé aujourd’hui.

            Dans une interview au journaliste Édouard Sablier (Voir la vidéo inédite), après la guerre des Six Jours de 1967, il avait réitéré ses propos sonnants comme une critique acerbe des chefs arabes qui s’obstinaient, selon lui, dans leur refus d’accepter la réalité d’Israël. Alors, les islamistes d’aujourd’hui le traitent de sioniste parce qu’il était pragmatique et peu dogmatique et que sa vision du monde restait réaliste. Ces critiques ignorent cependant  qu’il fût le seul dirigeant arabe à accepter sur son sol, en 1982, les palestiniens expulsés du Liban avec Yasser Arafat à leur tête. Les autres pays arabes s’étaient défilés de crainte d’héberger un invité encombrant avec des troupes possédant une capacité de nuisance dangereuse.


Reconnaitre l’existence d’Israël

            Habib Bourguiba avait, vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, la hantise du dialogue parce qu’il l’avait expérimenté avec la France, son adversaire des mauvais jours. Il prônait d’accepter peu au départ pour étendre les prétentions au fur et à mesure que la confiance s’installait. Il avait signé, contre l’avis de ses amis nationalistes extrémistes, l’autonomie interne qui avait vite débouché sur une indépendance totale. Il avait dû faire face à l’opposition du secrétaire du Néo-Destour, Me Salah ben Youssef, qui devait devenir son opposant farouche. Gravir des étapes progressives restait sa stratégie plutôt qu’exiger tout et ne rien obtenir, en figeant une situation devenant vite explosive. «Quand je m’adresse au peuple tunisien, je lui dit la vérité. J’essaie d’élever le niveau du peuple pour l’amener à saisir la complexité des problèmes et la nécessité des compromis. Mais les peuples dans le Proche-Orient arabe ne sont pas habitués à ce qu’on leur parle de reconnaitre à Israël l’existence même si cette existence est réduite aux frontières de 1947. Tous les chefs arabes leur ont dit le contraire pendant vingt ou trente ans.»

Son diagnostic avait été sévère et sa lucidité vis-à-vis d’Israël lui vaut aujourd’hui sa qualification de sioniste. Il avait fait ses propositions pour le «retour à une certaine légalité onusienne. Que les pays arabes et surtout les palestiniens admettent comme un compromis la première décision de l’ONU qui a crée un État d’Israël.»

Rachid Ghanouchi semblait vouloir, ces dernières semaines, s’ouvrir aux juifs d’abord et aux israéliens ensuite mais ses derniers actes sont en opposition avec ses propos. Dans une sorte de provocation pour soutenir les islamistes égyptiens, il a ainsi invité en Tunisie Tarek al-Zomor , l’instigateur de l’assassinat du président Sadate en 1981, libéré au début de la révolution égyptienne après 30 ans de prison. Ce pied de nez aux partisans du maintien des relations diplomatiques avec l’État juif a pour but de confirmer les préférences politiques du nouveau régime. Il se défend en précisant que «les craintes sur Ennahda sont absurdes. Notre société recèle une partie conservatrice et une autre moderne. L'expression politique du conservatisme, c'est l'islamisme. Vous avez des partis démocrates-chrétiens en Europe, nous avons un parti démocrate islamiste».

Les autres partis semblent pour l’instant tétanisés. Le Congrès pour la république (CPR), n’a de parti politique que le nom. Fondé en 2001 par Moncef Marzouki, il comporte aujourd’hui en son sein des courants qui vont de l’islamisme radical au progressisme laïc. Il avait été fondé pour combattre Ben Ali et les amis de son prédécesseur mais il ne s’était donné aucune idéologie. Avec le départ au gouvernement de son leader, il semble à présent gêné par ses propres contradictions qui l’amènent à vouloir effacer de la mémoire populaire les premières années de l’indépendance tunisienne en se contentant d’appuyer son opposition passée à Habib Bourguiba.


lundi 26 décembre 2011

AFFAIRE SAKINEH : TAILLE DES PROJECTILES



AFFAIRE SAKINEH : TAILLE DES PROJECTILES

Par Jacques BENILLOUCHE



L’affaire Sakineh concerne la veuve iranienne accusée d’adultère et condamnée au mieux à des centaines de coups de fouet et au pire, à la lapidation. Le monde entier s’était mobilisé pour cette malheureuse femme, et en particulier la première Dame de France, Carla Sarkozy. On en reparle à nouveau car la peine n’a pas encore été appliquée mais les autorités iraniennes traînent des pieds de crainte d’être taxées de faiblesse ou d’indulgence.

On en sait un peu plus sur le déroulement de la lapidation pour une femme. La condamnée doit être enterrée jusqu’à la poitrine et selon le code pénal islamique, des projectiles de taille moyenne doivent être lancés. Mais le choix des pierres est fondamental et doit répondre à des critères juridiques précis : «pas trop grands pour qu’un ou deux ne suffisent pas à tuer, mais pas trop petits. En d’autres termes, à peu près la taille d’une mandarine». Il faut, pour que le spectacle soit payant, que la sanction soit dissuasive et que «la procédure prenne au moins une demi-heure». Les curieux spectateurs doivent en avoir pour leur argent.

On constate ainsi que les mollahs sont très précis dans leur règlement et que tout est codifié pour éviter les excès ou les négligences. Mais une information en provenance du frère de Tariq Ramadan, Hani, qui se présente sous les traits d’un islamiste "moderne", vient nous réconforter. D’abord il rassure : «la mort lente d'un malade atteint du sida est-elle moins significative que celle d'une personne lapidée ?». Il doit certainement considérer que les malades du sida paient la sanction qu’ils méritent. Mais il nous réconforte aussitôt en précisant que, pendant la mise à mort inhumaine, «il était interdit d’insulter la coupable et après sa mort, on prie pour elle.»

Ouf, On respire ! Il ne manquait plus que le public assoiffé de sang veuille en plus insulter la dame Sakineh. Elle pourra mourir tranquille, en silence. Ses cris ne seront pas couverts par des insultes et, privilège ultime, des prières seront dites à son intention pour qu'elle puisse rapidement rejoindre l’enfer du Ciel qui lui paraîtra bien plus clément que celui qui existe sur terre, en Iran.

Mais on vient d’apprendre que la peine de mort par lapidation prononcée contre l’iranienne Sakineh, condamnée pour adultère alors qu’elle était veuve, pourrait être transformée en pendaison, rapporte l’agence de presse Isna. Il semblerait que les mollahs n’aient pas trouvé les pierres de taille conforme au code pénal islamique. La mort par pendaison sera plus douce.

samedi 24 décembre 2011

MINORITES ET PRINTEMPS ARABES : CONFLIT INEVITABLE




MINORITES ET PRINTEMPS ARABES : CONFLIT INEVITABLE

Par Zvi MAZEL


Ancien ambassadeur d'Israël en Egypte
Fellow of JCPA (Jerusalem Center for Public Affairs)


          La formidable explosion qui a brouillé et brouille encore les cartes dans le monde arabe ne traduit ni printemps ni aube nouvelle. C’est le constat d’un échec.  En dépit de près d’un siècle d’indépendance, les pays arabes n’ont pas réussi à unir les différents éléments qui les composent pour construire une nation. Le Moyen Orient et l’Afrique du Nord ont formé pendant plus d’un millénaire un immense espace islamique où régnaient des califes s’appuyant sur la Charia. Fréquemment secoué par de sanglantes  guerres civiles et des conflits dynastiques se dénouant par des assassinats, cet ensemble passa il y cinq cent ans  sous le contrôle de l’empire ottoman.

Eclatement de l’empire ottoman
Manifestation de chiites au Bahrein

Le sultan régnait de sa lointaine capitale et se montrait relativement tolérant vis-à-vis des minorités ethniques ou religieuses tant qu’elles lui payaient tribut - bien qu’au gré de ses représentants locaux ces minorités étaient parfois victimes de massacres ou d’islamisation forcée. La chute de l’empire ottoman fit éclater ce vaste espace et apparaître des états indépendants dont le tracé fut le fruit de tractations entre les puissances victorieuses – La France et la Grande Bretagne - se souciant plus de leurs intérêts que de l’homogénéité des  entités ainsi crées. 

Dans un monde arabe où les sunnites sont la grande majorité, les nouvelles nations se retrouvèrent ainsi avec d’importantes minorités religieuses ou ethniques – certaines vivant là bien avant l’apparition de l’Islam. Ainsi aujourd’hui – mais pour combien de temps encore – ce sont les alaouites qui, avec à peine 12 % de la population sont au pouvoir en Syrie. Bahreïn, où la majorité est shiite, est gouvernée par des sunnites. En Irak, la minorité sunnite au pouvoir jusqu’à la chute de Saddam Hussein refuse de passer la main à la majorité shiite issue des élections. En Afrique du Nord les berbères -  avec plus d’un tiers de la population, n’ont pas de représentation ni de droits nationaux. Les dix millions de coptes en Egypte se plaignent d’oppression et de discrimination. Trente millions de kurdes répartis sur plusieurs pays revendiquent leur autonomie en attendant l’indépendance. Les chrétiens, sont partout persécutés, particulièrement en Iraq d’où ils s’enfuient par dizaines de milliers. De nombreux autres groupes plus petits sont privés de tout droit et leur existence est en danger. Rappelons que les 800 000 Juifs établis dans ces pays depuis des millénaires en ont été chassés après la création de l’Etat d’Israël.

Minorités discriminées
Coptes d'Egypte

Face à ces minorités ethniques, religieuses ou  nationales, les pays arabes n’ont pas fait l’effort nécessaire pour les intégrer et leur donner le sentiment qu’ils faisaient vraiment partie de la communauté nationale. Depuis leur création il y a 90 ans, ces pays pratiquant la discrimination politique et économique,  ont connu une succession de crises internes et externes - révoltes, guerres civiles et coups d’état militaires. Bilan : cinq millions de morts, d’innombrables blessés et un nombre grandissant de réfugiés.

Cette situation a eu bien évidemment des conséquences catastrophiques pour l’économie de ces états qui, au lieu de consacrer leurs efforts au développement et à la consolidation de leurs pays respectifs se sont lancés à la recherche d’une unité arabe illusoire reposant sur l’islam ou sur un nationalisme laïc. Deux visions opposées. D’un côté les islamistes rêvant de créer un état religieux qui priverait de leurs droits les minorités non musulmanes – chrétiens, juifs, bahaïs – et en ferait des citoyens de seconde classe. De l’autre une puissante vague laïque et nationaliste prête à accueillir tous ceux qui partagent la langue et la culture arabe, quelle que soit leur origine ethnique ou leur affiliation religieuse. Une conception qui donne aux communautés chrétiennes réparties à travers tout le Moyen-Orient la possibilité de s’intégrer dans le consensus national, mais qui exclue les minorités nationales ou religieuses aspirant à être reconnues comme telles : kurdes et berbères, qui sont des musulmans sunnites non arabes mais demandent leur autonomie, ou coptes qui veulent leur spécificité.

Islam, religion d’Etat
Le Coran

Les toutes premières constitutions adoptées en Egypte, en Syrie et en Irak dans les années vingt, alors que l’influence de la France et de l’Angleterre était encore très forte, déclaraient haut et fort que tous les citoyens étaient égaux en droits – tout en insistant sur le fait que chaque pays faisait partie de la nation arabe dont il  aspirait a l’unité et que l’islam était la religion officielle de chacun de ces pays et la Charia la source de la législation.  Des personnalités qui n’étaient musulmanes sunnites ou arabes ont ainsi pu devenir premiers ministres. Le copte Boutros Ghali en Egypte (encore sous occupation britannique avant la première guerre mondiale), assassiné à ce titre par un musulman; Fares Khoury, un chrétien, en Syrie ; et en Irak le kurde Nouri Al-Said. Toutefois les deux grands principes, qui sous-tendaient ces constitutions – un objectif commun, l’unité arabe, et l’islam comme religion d’état – ne laissaient guère d’espoir aux minorités qui n’étaient ni arabes et ni musulmanes.
Quoi qu’il en soit, à partir des années cinquante et soixante ces deux courants étaient en perte de vitesse, ni l’un ni l’autre n’étant parvenu à résoudre les problèmes internes ou externes et tous deux s’étant montrés incapable de créer une économie répondant aux aspirations des masses. La pauvreté était partout et la corruption universelle. S’ajoutait à cela l’humiliation de la défaite des armées arabes qui, ensemble, s’étaient montrées impuissantes à empêcher la création de l’Etat d’Israël. Une succession de coups d’Etat militaires firent tomber les régimes corrompus en Egypte, en Syrie, en Irak en Libye et au Soudan.
Les nouveaux dirigeants proclamèrent leur volonté de moderniser le pays, de procéder à des réformes sociales et économiques et de rendre l’éducation accessible à tous. Des promesses creuses et intenables. Là encore, aucun effort ne fut fait pour intégrer les minorités et  leur faire prendre part à l’effort national. Bientôt les «dirigeants éclairés» se transformèrent en dictateurs – opprimant leurs peuples et se battant contre les pays voisins. Pourtant à aucun moment ces régimes militaires, qui se voulaient laïcs, n’ont cherché à prendre leurs distances vis-à-vis de l’islam. Bien au contraire, ils encouragèrent l’éducation islamique afin de détourner l’attention des masses de leurs défaites militaires et d’une situation économique qui devenait catastrophique. Par ailleurs les dizaines de milliers d’arabes, partis chercher du travail en Arabie Saoudite et dans les Emirats du Golfe, sont revenus chez eux  après avoir absorbé l’islam wahhabite pur et dur de ces pays.

Frustration des peuples

Pauvreté, oppression, frustration – l’explosion a fini par se produire même si elle n’a rien de ce printemps arabe si cher à l’occident. Une fois encore les minorités vont en faire les frais. En effet, les jeunes  descendus dans la rue pour renverser des régimes corrompus et demander une vie meilleure sont profondément imprégnés de culture islamique et de nationalisme, y ayant été exposés depuis leur plus tendre enfance. Les grands principes démocratiques, égalité pour tous - femmes et minorités comprises – tolérance et respect des lois, leur sont étrangers. L’organisation d’élections libres et relativement honnêtes ne conduira pas nécessairement à la formation de gouvernements démocratiques ; on le voit en Egypte ou traditions et religion  vont sans doute déterminer la nouvelle constitution et le nouveau régime. Il n’est pas question d’unité nationale ou de droits des minorités. La montée des Frères Musulmans et des salafistes qui sont encore plus extrémistes et qui s’attaquent déjà aux coptes n’est pas de bon augure.
D’un côté, il faut s’attendre à ce que dans un premier temps des régimes islamiques vont apparaître dans tous ces pays. De l’autre, la nécessaire révolution sociale  et économique pour laquelle les jeunes se sont battus arrivera tôt ou tard.  La question est de savoir dans quelles conditions. Les nouveaux gouvernements vont-ils chercher à améliorer le sort des seuls musulmans sunnites tout en continuant à opprimer leurs minorités ? Autre question, non moins importante : ces minorités vont-elles rester passives ou bien vont-elles se révolter à leur tour pour réclamer leurs droits ? Ce sont là des questions qui vont dominer les prochaines années ; elles risquent de provoquer des crises violentes et peut-être de déclencher de sanglantes guerres civiles.

vendredi 23 décembre 2011

KOL-ISRAEL : LES RELATIONS FRANCO-TURQUES



KOL-ISRAEL : LES RELATIONS FRANCO-TURQUES

Par Jacques BENILLOUCHE


KOL-ISRAEL : JOURNAL DU 23 DECEMBRE 2011
Jacques BENILLOUCHE

au micro de

Maurice IFERGAN

Cliquer qur le triangle noir pour écouter l'émission
La question arménienne n’est pas la seule pomme de discorde entre Paris et Ankara puisque les turcs ont reproché aux français de s’opposer à leur entrée dans l’Union européenne.

Approche électoraliste

À plusieurs reprises, le ton est monté entre les deux pays sans prendre cependant les proportions irréversibles d’aujourd’hui. La dernière visite de Nicolas Sarkozy en Turquie avait été glaciale car Tayyip Erdogan , le premier ministre turc, avait déclaré juste avant l’arrivée du président français le 24 février : «Je pense que ce n’est pas une visite à la hauteur de l’amitié entre la France et la Turquie. l’Union européenne a besoin de la Turquie, la Turquie a besoin de l’Union européenne.» Nicolas Sarkozy lui avait répondu dans une interview à un journal turc : «Je reste convaincu que la Turquie et l’UE doivent entretenir des relations aussi étroites que possible, sans aller jusqu’à l’intégration, qui ne profiterait en réalité ni à la Turquie, ni à l’Union européenne».

La décision de proposer subitement une loi prévoyant la pénalisation de «la contestation de l’existence du génocide arménien de 1915» trouve ses origines dans la proximité des élections législatives et présidentielles de 2012. L’UMP cherche à draguer les voix du demi million d’arméniens vivant en France. D’ailleurs c’est à bon escient que  Nicolas Sarkozy s’était rendu à Erevan en clamant qu’il «était  désormais en faveur d’une telle loi ».

Entrave à la liberté d’expression

Cette loi est contestée de tous bords en France, par les intellectuels et les parlementaires en particulier. Le 13 décembre 2005, dix-neuf historiens français avaient signé la déclaration «Liberté pour l’histoire» où ils marquaient leur opposition à de telles lois mémorielles car elles risquaient d’entraver à la liberté d’expression face à l’ingérence de la politique dans l’Histoire. «Il n’appartient pas au Parlement de qualifier le passé», disaient-ils.

Les parlementaires sont encore allés plus loin. Le président de l’Assemblée nationale, M. Bernard Accoyer, a statué que l’article 34 de la Constitution ne permet pas de légiférer sur des événements historiques car la liberté de pensée et d’expression serait violée. Il était persuadé que le travail des enseignants et des chercheurs serait limité et que la science historique, qui a pour rôle d’éclairer le passé, serait entravée. Le parlement ne peut pas s’ériger en «juge de la conscience universelle ».

Conséquences

La Turquie a immédiatement annoncé des mesures de représailles à l’encontre de la coopération politique et militaire avec la France. Tayyip Erdogan a décidé de bloquer toute demande militaire française «d'utiliser son espace aérien et d’autoriser les bâtiments de guerre français à visiter les ports turcs».

Sur le plan politique, elle met aussi fin au dialogue étroit noué sur la Syrie pour essayer de débloquer une situation conflictuelle dans la région. Les bonnes relations entre Bassar Al-Assad et le premier ministre turc pouvait permettre une issue favorable au peuple syrien. La France s’était engagée à œuvrer pour la paix mais la brouille avec la Turquie met fin à ces espoirs.

          Sur le plan économique, l’échange de produits manufacturé ne sera pas affecté car les lois de l’union douanière s’imposent entre les deux pays. Le volume bilatéral des échanges, qui s’élevait à 12 milliards d’euros en 2010 restera stable. En revanche l’avenir de nouveaux contrats est compromis.

Difficultés militaires


           Les entreprises françaises risquent d’être mises sur liste noire : Gaz de France, Sodexho avec la restauration collective, Areva et ses centrales nucléaires civiles. Il est difficile de croire à un blocage brutal des échange car la France est le cinquième partenaire économique de la Turquie et le troisième investisseur étranger dans le pays.

En revanche la mauvaise humeur de la Turquie pourrait influer sur ses capacités militaires. Elle vient de rompre définitivement les négociations avec le groupe électronique Thalès qui avait été chargé de l’installation de systèmes de navigation moderne sur les avions F-16 pour un montant de 200 millions de dollars. La société française devait améliorer la protection antimissile pour améliorer les mesures de guerre électronique. Un autre projet risque de battre de l’aile puisque cet embargo annulerait le contrat de 350 millions de dollars dans le cadre le l’équipement de 9 avions patrouilleurs maritimes CN-325 par Thalès.

Au moment où la guerre s’intensifie avec les kurdes, la Turquie vient de perdre deux de ses principaux fournisseurs d’armement : Israël et la France.  Le ministère israélien de la Défense a annoncé le 22 décembre aux Industries aéronautiques israéliennes (IAI) et à la société Elbit qu'elles doivent suspendre un accord pour la fourniture de système de renseignements à l'armée de l'air turque, sur instruction de l'échelon politique. Le montant du contrat était de 140 millions de dollars.  La Turquie devra donc se tourner vers d’autres fournisseurs militaires tandis que les Etats-Unis, qui observent avec intérêt l’évolution de la situation touchant son principal allié au Moyen-Orient, devra trouver une solution de rechange qui satisfasse tous les protagonistes.

jeudi 22 décembre 2011

ELECTIONS 2012 : VIDEO DU DEBAT DU 18 DECEMBRE 2011


ELECTIONS 2012 : VIDEO DU DEBAT DU 18 DECEMBRE
         
          Merci à Maxime PEREZ de nous avoir transmis cette vidéo non exhaustive de la soirée et merci aux trois candidats, Edward AMIACH, Valérie HOFFENBERG et Gil TAÏEB, qui ont eu le courage de s'affronter courtoisement et démocratiquement à Jérusalem, face à un public avide d'informations.

          Merci à Sara Brownstein, Yoram Bitane et Michael Blum, les animateurs du Club de la Presse, organisateurs de la soirée, qui se sont démenés pour qu'elle ait lieu ,malgré les obstacles, et qui ont consacré beaucoup de leur temps et de leur énergie alors qu'un absent les accuse d'avoir "fait une opération commerciale".

cliquer sur le triangle noir pour voir la vidéo
Caméra et prise de son : Rudy SAADA

jeudi 15 décembre 2011

ELECTIONS 2012 :MARINE LE PEN CHANGE LA DONNE EN ISRAËL



Elections législatives 2012 :

MARINE LE PEN CHANGE LA DONNE EN ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE

                 


      La décision du Front National de présenter un candidat à l’élection législative de 2012 dans la 8ème circonscription des français de l’étranger comprenant entre autres, Israël, l’Italie, la Grèce et la Turquie  change la donne. La campagne, qui ronronnait sur des sommets détestables tant la haine était déversée entre adversaires, tous juifs, va trouver un deuxième souffle car ceux qui étaient convaincus d’être certainement au deuxième tour risquent d’être déçus dans leur certitude.
L’information  ne surprend pas puisque nous avions déjà écrit en mars 2011 que la présidente du Front national et candidate à la présidentielle de 2012 cherchait depuis plusieurs années à gagner le vote juif en Israël et en France. Une stratégie de rupture avec son père soigneusement élaborée. Il n’y a certes pas de vote juif car l’électorat de 200.000 votants en France et de 8.000 en Israël se répartit normalement selon l’échiquier politique traditionnel. Mais un signe de réconciliation du Front National avec les citoyens juifs peut offrir un certificat d’honorabilité et de démocratie à une candidate alors que l’esprit antisémite de certains membres éminents colle encore à la peau du parti. Un dialogue avec cette communauté peut lui donner une nouvelle crédibilité en effaçant les scories qui entachaient le parti et lui amener de nombreux électeurs français qui accepteront de donner à présent leur voix à une extrémiste repentie.

La force et l’ordre

                L’entrée en lice de Michel Thooris n’est pas une candidature de témoignage. Conseiller politique de Marine Le PEN à la sécurité,  il sera le 6ème candidat déclaré à ces élections. Il vient de faire un voyage de contacts en Israël en compagnie de Louis Aliot, le compagnon de Marine Le PEN. Dans l'organigramme officiel de campagne, présenté jeudi 6 octobre par la présidente du F.N, il est l'un des 43 conseillers politiques qui entourent la candidate, plus précisément en charge de la sécurité. Michel Thooris, 31 ans, est un syndicaliste policier qui fut tour à tour encarté au Syndicat national des policiers en tenue (SNPT, gauche) puis à Action Police CFTC, qu'il a contribué à fonder. 
        Sa désignation n’est pas fortuite. Il symbolise la force et l’ordre qui pourraient rassurer ceux qui sont inquiets de la montée d’un islamisme pur et dur en France et bien sûr dans le camp palestinien. La caution d’un pays comme Israël sera utile au moment où le débat sur l’islamisme s’ouvre en Europe.
Un courant de sympathie s’est déjà développé à l’égard de Marine Le Pen dans la communauté francophone par des éléments les plus extrêmes qui lui servent de fer de lance pour répandre la propagande frontiste dans la communauté juive française à travers un site à la politique éditoriale douteuse. La haine est leur fond de commerce. La haine de l’arabe, la haine du gouvernement israélien jugé timoré, la haine des travaillistes et des centristes,  la haine des gens de gauche décrits comme «vermines gauchistes juifs», et  la haine des corps constitués juifs. Marine Le Pen est la seule à avoir grâce à leurs yeux. 

Sensibles aux thèses du F.N

Le communiqué d’un pseudo «front juif anti collabos» prône «qu’aucune voix juive ne doit manquer à Marine le Pen, la seule personnalité politique d’envergure nationale, réellement opposée au nazislamisme».  Mis à part le fait qu’ils banalisent le terme de nazi qui ne devrait être utilisé que pour qualifier les monstres criminels de la Shoa, ils réussissent à permettre la pénétration des idées du FN parmi les français d’Israël. Nous constatons donc le paradoxe qu’en Israël, pays juif, la peur gangrène les esprits.
Le raisonnement est limpide. Le musulman étant l’ennemi commun, ceux qui le combattent deviennent des amis. Or Marine le Pen n’hésite pas à enfoncer le clou de «l’islamisation de la société» en se démarquant des propos contestés de son père sur les chambres à gaz et les camps nazis et a exclu du parti ceux qui arboraient de façon voyante un antisémitisme qui n’était plus de cours. En se rapprochant des juifs et d’Israël, elle veut faire du F.N un parti républicain qui pourrait attirer à lui les déçus du sarkozisme et du socialisme. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas voter à gauche et qui en veulent à Nicolas Sarkozy d’avoir été timide dans ses approches proche-orientales malgré ses promesses de campagne. Ils trouvent ainsi une ouverture qualifiée de dangereuse.
Louis Aliot au Kotel
Une nouvelle information de circonstance, dévoilée par le responsable lui-même à l’occasion d’une interview en Israël, attribue  à son compagnon le virage opéré par la présidente. Louis Aliot, dont le grand-père est juif, originaire de Médéa, en Algérie, se targue de compter parmi ses contributeurs des auteurs juifs, dont l’ancien chef des jeunes frontistes aux origines juives ukrainiennes. Louis Aliot avait fait fort en obtenant un entretien entre Marine le Pen et Ron Prosor, l'ambassadeur d'Israël à l'ONU, qui ne peut être accusé d’inexpérience puisqu’il a été en poste à Berlin, Londres et Washington. Marine Le Pen avait aussi participé à une réunion à huis-clos à Miami face à des membres de l'American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le lobby juif américain.

Nouvelle dialectique

Les Français sont très sensibles aux thèmes de l’immigration et de l’islam radical. Le choc du vote des tunisiens vivants en France à 48% pour les candidats islamistes a marqué les esprits. Marine Le Pen a donc caressé dans le sens du poil certains membres des organisations juives au point d’entrainer une cassure entre les partisans juifs du F.N et les autres. Le CRIF reste certes fondamentalement engagé contre le F.N mais il ne représente pas la totalité du corps électoral juif et pas du tout les électeurs français d’Israël.
La candidature de Michel Thooris va déplacer le débat du thème communautaire vers les thèses politiques. Le clivage politique traditionnel refera surface. Trois candidats de droite dont Valérie Hoffenberg et Edward Amiach, un centriste Gil Taïeb et la socialiste Dapha Poznanski devront dorénavant affuter leur arguments face à un candidat du F.N. Il pourra faire la différence dans les autres pays qui représentent la moitié du corps électoral de la circonscription et renvoyer à leurs études les candidats qui ont eu un discours monolithique pro-israélien. Il prendra des voix aussi bien à droite qu'à gauche car le dogme anti-islamiste du programme primera sur les idées. Ceux qui se lassent des querelles intestines entre candidats juifs pourraient, par dépit, voter pour lui et lancer un avertissement aux francophones pour qu'ils apprennent à s'unir.  
Le débat en Israël, parmi les 10.000 votants habituels, va prendre de la hauteur et perdre en invectives, en injures et en platitudes mais il peut contaminer la France car les partisans juifs de Marine Le Pen sont en mesure de convaincre les électeurs français non juifs qu’une nouvelle star est née puisque, grâce à son compagnon, elle s’éloigne de l'antisémitisme encombrant des anciens collabos et des pétainistes.