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mardi 11 septembre 2012

LES ISLAMISTES TUNISIENS FACE À LEUR ÉCHEC



LES ISLAMISTES TUNISIENS FACE À LEUR ÉCHEC

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
  
Islamistes tunisiens
La crise en Tunisie est profonde et, comme toujours dans ce cas, les dirigeants cherchent un alibi en accusant le précédent régime ou les journalistes pourvoyeurs de mauvaises nouvelles. Alors, pour détourner l’attention sur ses échecs, le parti Ennahda pousse la population à manifester sur la place de la Kasbah contre les médias et contre les membres du parti RCD (Rassemblement Constitutionnel démocratique) de l’ancien président Ben Ali.


Magne-toi

Salafistes tunisiens

La manifestation avait été organisée par un nouveau mouvement islamiste «Ekbes» (Magne-toi), proche d'Ennahda. Ces nouveaux militants veulent représenter les purificateurs de la vie politique tunisienne pour «activer les réformes, faire juger les corrompus et assurer au peuple tunisien que ceux qu'il a choisis ne resteront pas les bras croisés face aux ennemis de la révolution».
La presse en Tunisie est malmenée et vouée aux gémonies par Riadh Chaïbi, responsable d’Ennahda : «Les médias ne rapportent pas la vérité sur les accomplissements du gouvernement dans les régions». Pourtant le parti avait muselé la presse en remplaçant, de manière arbitraire, les principaux responsables des rédactions et en menaçant de poursuites les artistes qui prendraient trop de libertés avec l’islam. 
Béji Caïd Essebsi
La déception des tunisiens les pousse vers les valeurs sûres de l’ancien régime à l’image de Béji Caïd Essebsi, qui avait été chef du gouvernement après la chute de Ben Ali. Il a gagné en popularité devant les atteintes aux libertés des islamistes qui donnent à penser aux tunisiens que les nouveaux dirigeants se comportent exactement comme ceux du régime déchu, avec chantages et violences à la clef.
Yadh Ben Achour, juriste, estime que «nous risquons dans peu de temps de nous retrouver dans une dictature pire que celle de Ben Ali, une dictature théocratique et nous risquons de perdre l'un des acquis les plus chers de la révolution : la liberté d'expression».

Parti dominant


En fait, Ennahda cherche à neutraliser ses adversaires pour devenir le parti dominant en Tunisie en accaparant tous les pouvoirs. Ceux qui avaient voté pour lui nous écrivent : «Je ne fauterai pas une deuxième fois en hasardant l'avenir de tout un pays et celui de mes enfants» et assurent qu’ils réserveront leur vote au parti, «l'Appel de la Tunisie», de Caïd Essebsi car il représente la structure la mieux organisée et la seule voie du salut. Ils poursuivent : «La Tunisie plurielle, avant-gardiste et démocrate ne peut se réaliser dans un régime théocratique avec lequel, seuls, nous ne pouvons, objectivement et logiquement, faire le poids».
Les nouvelles sur la situation économique sont mauvaises. Les notes de la dette souveraine et la note d’évaluation du système bancaire tunisien (BICRA) sont dégradées. La Tunisie a été exclue du classement 2012-2013 de l’Indice Mondial de la Compétitivité élaboré par le Forum  de Davos en raison d’un manque de clarté des données de compétitivité économique, rejoignant ainsi le Soudan, l’Angola ou la Somalie. La Tunisie occupait pourtant la 32ème place sur 141 en 2010 et la 40ème en 2011. Cette exclusion sème le doute face à un gouvernement qui donne l’impression de ne pas savoir comment aborder la situation économique, comment définir sa politique de développement et comment rendre claires ses priorités, ses plans d’action et sa trajectoire de progrès. Or, il est accusé de trop s’occuper à régler la législation islamique personnelle de chaque citoyen.

Déclarations pro-israéliennes

C’est un appel au secours qui est lancé par de nombreux citoyens tunisiens auprès de leurs relations dans le monde occidental pour qu’ils relayent la nécessité de changement de politique du gouvernement car si la situation économique continue à se dégrader, alors la révolution aura perdu sa raison d’être.
Chedly Ayari
Pourtant quelques lueurs d’espoir avaient brillé lorsque, sur proposition du gouvernement, l’Assemblée nationale constituante (ANC) avait approuvé la nomination à la tête de la Banque centrale de Chedly Ayari, docteur en économie de la Sorbonne. Ce technocrate compétent, proche du président Bourguiba, reste pourtant controversé en raison de son long passé ministériel et à la tête d’organisations internationales.
Sur le plan international, des hauts dirigeants tunisiens ont fait quelques pas timides en direction d’Israël qui ne semble plus frappé d’ostracisme. Elle estime pouvoir tirer des bénéfices économiques de nouvelles relations avec un pays reconnu par l’Égypte et la Jordanie, disposant d’un potentiel industriel lui permettant de rivaliser avec les plus grands. 
Moncef Ben-Jaafar

Des tentatives avaient été faites pour créer un pôle de sous-traitance high-tech pouvant débloquer des centaines d’emplois pour les tunisiens diplômés alors qu’Israël manque de main-d’œuvre qualifiée au point de sous-traiter, très loin  en Inde.
Lors d’une visite officielle à Vienne, Mustapha Ben Jaâfar, président de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), la plus haute instance en Tunisie, a estimé que «la normalisation des relations avec Israël n’est bloquée que par une minorité de nationalistes extrémistes».  
Rafik Abdesselam

Cette déclaration peut-être rapprochée  avec celle de Rafik Abdesselam, ministre des affaires étrangères, qui avait signifié en mars 2012 son rejet de toute idée d’inclure une clause dans la Constitution tunisienne criminalisant la normalisation avec Israël. Il avait certes atténué l’impact de sa position en précisant que le gouvernement n’établira pas de relations avec «l’entité sioniste». Un deuxième ministre d’Ennahda, Tarek Dhiab, ministre de la jeunesse et des sports a lui aussi déclaré, en avril 2012, que le gouvernement tunisien ne voyait aucun problème à accepter une aide d’Israël. 

cliquer sur le triangle noir pour écouter le ministre
 Tarek Dhiab confirme que le gouvernement tunisien accepterait l'aide d'Israël
Mais tant que la Tunisie, qui soutient la cause palestinienne, ne s’inspirera pas de la stratégie égyptienne de relations économiques tout azimut alors, elle refusera la normalisation avec Israël et par contre coup l’aide des grandes entreprises mondiales liées à l’État juif. La Tunisie ne pourra sortir de sa torpeur économique que si elle fait preuve du même pragmatisme qui a conduit le Hamas et l'Égypte à orienter leur action vers la guerre économique plutôt que vers le conflit militaire.

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