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mardi 31 janvier 2012

SLATE - Rafale : l'Inde sauve la mise à Dassault


SLATE - Rafale : l'Inde sauve la mise à Dassault

par Jacques BENILLOUCHE

Après de nombreux échecs, la vente presque assurée de 126 avions de combat français à l'Inde est une considérable bouffée d'oxygène pour le groupe, ainsi que pour l'industrie militaire française.

 

L'annonce, mardi 31 janvier, de la décision du gouvernement indien d'entrer en négociations pour l'achat de 126 Rafale est une décision qui tombe à pic pour le groupe Dassault et pour l'industrie française de la défense. 

Lire la suite en cliquant sur le lien :

http://www.slate.fr/story/49375/rafale-dassault-inde



lundi 30 janvier 2012

RTS : LE GROUPE DASSAULT DANS LA LUTTE FINALE

RADIO TELEVISION SUISSE

LE GROUPE DASSAULT DANS LA LUTTE FINALE

Jacques BENILLOUCHE

Au micro de

Laurent KELLER


Emission FORUM du 30 janvier 2012


          Les experts militaires internationaux ont donné leur classement des avions militaires. Le Rafale vient en deuxième position après le F22 américain tandis que le Gripen suédois se place loin derrière l’Eurofighter Typhoon européen. Mais malgré des caractéristiques techniques reconnues, aucun Rafale n’a été vendu par le groupe Dassault, hormis ceux vendus à l’armée française. Nous sommes dans la dernière ligne droite pour trois contrats en négociation : le Brésil avec une commande de 36 avions, la Suisse pour 18 Rafales et l’Inde pour 126 avions de chasse, le contrat de l’année et celui de la dernière chance.

Le Rafale

          Il semble que le groupe Dassault ait modifié ses techniques commerciales pour les rendre plus agressives en raison de l’urgence de la situation. Il a envoyé directement un courrier aux parlementaires suisses pour leur proposer l'acquisition, avec une forte réduction, de 18 Rafales pour 2,2 milliards d'euros, soit 122 millions pièce au lieu de 150 à 175 le tarif catalogue. Ce prix est inférieur de 3 millions à celui du Gripen qui n’a pas rempli les spécifications minimales exigées par les militaires suisses. Il est vrai que certaines armées, qui ne sont pas confrontées à un danger radical, choisissent un avion non pas parce qu’il se mesure au combat mais sur la base d’arguments purement comptables.

Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission
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dimanche 29 janvier 2012

Moshe Flinker, un enfant visionnaire par Guylen SITBON



Mémoire des enfants de la Shoah
 
Moshe Flinker, un enfant visionnaire
 
Par Guylen SITBON


          «J’ai commencé à étudier l’arabe … J’ai commencé», écrit Moshe Flinker dans son journal intime, «et mon désir était  de parfaire mes études et ma connaissance de cette langue, car un grand nombre de résidents d’Eretz Israël et leurs voisins la parlent… Je ne me faisais guère de doute qu’en fin de compte nous  aurions à vivre en paix avec nos frères, les ismaélites, car ils sont aussi les enfants d’Abraham».

          Moshe Flinker est né à La Haye en 1926. Sa famille, contrainte à l’exil lorsque les nazis occupèrent la Hollande, trouva refuge à Bruxelles où elle a vécu sous de faux papiers. Moshe a commencé son journal en hébreu, en décrivant ses difficultés, ses craintes et ses espoirs. Il a écrit avec confiance que Dieu le sauverait ainsi que sa famille et réunira tout le peuple juif sous un même toit  Moshe avait une vision de son avenir : devenir un leader politique au sein du futur État juif. Mais il a été arrêté en 1944 et déporté à Auschwitz où il mourut.

           Dans l’interview qu’il a accordée à Maha Fayek, Guylain Sitbon, qui traduit actuellement le journal intime de Moshe en français, raconte l’émouvante histoire d’un enfant visionnaire.

Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission

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L’IDYLLE FRANCO-ISRAELIENNE de 1948 à 1958 Partie-3


L’IDYLLE FRANCO-ISRAELIENNE de 1948 A 1958

Par Jacques BENILLOUCHE

Partie-3/3

Lien pour la première partie :

Lien pour la seconde partie :




Entente Amicale
David Ben Gourion
     
          Alors que la France et la Grande-Bretagne s’organisaient pour contrer Nasser, Israël préparait de son côté différents plans d’offensive pour mettre fin aux attaques des fédayins venus d'Egypte et de Gaza. Cependant Ben Gourion, contrairement à une réputation erronée de guerrier, n’était pas partisan de la guerre mais, s’il devait la subir, il s’y engageait à fond comme il l’a démontré durant la guerre d’indépendance. Malgré les insistances de son chef d’État-Major, il hésitait à  donner le feu vert à Moshé Dayan d'attaquer l'Egypte qui laissait passer les terroristes, sauf s'il trouvait un arrangement avec les français.
          Le 28 septembre 1956 un bombardier français conduisit en France une délégation secrète composée de Moshé Dayan, Shimon Pérès, Golda Meir et Moshe Carmel, le ministre des transports, après une halte technique dans la base de Bizerte. La gravité de la situation ne donna lieu, dans les souvenirs du chef de Tsahal, qu’à un compte-rendu original de cette escale. Il s’était surtout souvenu d’avoir reçu, « une bouteille de rouge, des fromages, un pain et un mètre de saucisse » laissant ainsi accréditer que ses souvenirs culinaires restaient les plus marquants. Il est vrai qu'il avait la réputation d'être un bon vivant.
    Cette visite brève eut une conséquence heureuse et fructueuse pour Israël puisqu’elle permit à Moshé Dayan et Shimon Pérès d’obtenir toutes les livraisons d’armes, de chars AMX et d’avions Mystère IV, tardant à se débloquer malgré la signature des contrats. Le 1er octobre 1956, ils furent reçus dans l’appartement de Louis Mangin, conseiller de Bourgès-Maunoury, parce que le chef d’État-major français craignait que le secret soit éventé : « je ne peux pas recevoir dans mon bureau le général Dayan, grand mutilé de guerre; il porte un bandeau noir sur l’œil gauche et il n’est pas facile à camoufler ». Tandis que Pérès, Dayan et même Begin, de passage «par hasard» à Paris, s’affichaient inconsciemment dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, le Général Beauffre, aidé de l’amiral Barjot, planifiait la campagne de Suez de 1956 qui pris le nom de code « Kadesh ». Le général Challe, qui se distingua plus tard en Algérie, raccompagna Dayan en Israël ce qui leur permit de tisser, durant le voyage de retour, des liens étroits de professionnels. 
Général Maurice Challe

Équipe de « jeunots »

           Mais aucune décision ne fut arrêtée lors de cette rencontre car les dirigeants à Paris étaient décontenancés par l’équipe de «jeunots» israéliens conduite par Moshé Dayan, 41 ans, et le gamin Shimon Pérès, 33 ans alors que l’État-Major français comptait des vieux militaires illustres qui s’étaient distingués durant la Seconde Guerre Mondiale. Les français exigèrent donc d’avoir la caution personnelle du premier ministre israélien. 
Christian Pineau et Ben Gourion
         Le 21 octobre 1956, en fin d’après midi, Christian Pineau, ministre français des affaires étrangères, reçut un coup de téléphone du cabinet du chef du gouvernement lui enjoignant de se rendre seul, avec sa voiture personnelle banalisée et sans chauffeur, à Sèvres, près de l’aérodrome militaire de Vilacoublay, proche de Paris, dans le pavillon d'un couple de juifs français, les Elgozy. A son arrivée, il est introduit dans la salle à manger bourgeoise où un repas simple sans protocole lui était servi par la maitresse de maison. Il trouva attablés autour d’un potage, non seulement son collègue Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense, mais aussi quatre israéliens de premier plan, David Ben Gourion, Moshe Dayan, «le borgne qui fait peur aux arabes», comme on disait à l’époque, Golda Meir et Shimon Pérès. Le premier ministre israélien venait d’atterrir secrètement à quelques kilomètres du pavillon tandis que Guy Mollet, le chef du gouvernement les rejoignit un peu plus tard.
    Une atmosphère pesante régnait parmi les convives. Le potage avalé, Ben Gourion  dévoila, devant ses interlocuteurs français médusés, sa vision de l’avenir. Ils attendaient de lui sa caution pour l’expédition militaire de Suez mais ils assistèrent à un véritable cours de sciences politiques où il excellait. Il leur dessina, pendant plus de vingt minutes précieuses, le Grand Israël, Eretz Israël, taillé dans un Proche-Orient remodelé à sa convenance. Le résumé de ses propos a été divulgué bien plus tard par Moshe Dayan lui-même. Il révèle un aspect essentiel du personnage qui contredit la mythologie bâtie autour de lui. Au lieu de prendre une posture de va-t-en-guerre, qui lui collait abusivement à la peau, Ben Gourion se montra à Paris circonspect quant à une action militaire immédiate. Il s’agissait soit d’une stratégie justifiée par la position de force où il se trouvait ou bien alors, d’une réelle retenue devant les risques qu’il faisait courir à son peuple. Il estimait à juste titre que le conflit avec Nasser concernait d'abord la France et la Grande-Bretagne qui avaient été spoliées par des nationalisations. Israël n'était pas concerné par le Canal de Suez. Par ailleurs, il avait obtenu toutes les armes qu’il avait réclamées. Il avait donc annoncé à ses interlocuteurs médusés qu’il n’était pas prêt à faire la guerre à l’Égypte. Il n’avait aucune volonté de caprice mais, en tant que visionnaire pragmatique,  il avait conscience des limites de son armée et des intérêts immédiats d’Israël.

Contrepartie française
Centrale nucléaire Dimona

      Mais il avait finalement cédé et les observateurs politiques se sont perdus en conjectures. Rien n’avait transpiré à l’époque du débat secret qui s'était engagé entre la France et Israël. Le journaliste de la presse française qui faisait autorité à l’époque et qui était très introduit dans les milieux politiques, Hubert Beuve-Méry, avait laissé filtrer quelques interrogations explicites : «Quels sont les mobiles du revirement israélien ? Quand on connaît la détermination du cabinet israélien, on peut penser que de sérieuses assurances ont été données au chef du gouvernement de Jérusalem.» Le directeur du journal «Le Monde» détenait certainement la clef de la question mais, en grand professionnel, il savait garder les secrets d’État.
        Il ressort des Mémoires des différents acteurs que Christian Pineau, dès la fin de l’intervention de Ben Gourion, avait été envoyé à Londres pour informer les anglais que les israéliens hésitaient ou refusaient à donner leur accord à une intervention militaire. En fait, le président du Conseil français voulait éloigner le représentant du Quai d’Orsay pour entreprendre une autre négociation, encore plus secrète que la première. Il s’agissait d’un secret dans le secret, si secret que le ministre des affaires étrangères, pourtant réputé ami d’Israël, en a été écarté. A vrai dire, le Quai d’Orsay, de réputation pro-arabe, était plus visé que lui car le ministère pouvait s'opposer à ce que le gouvernement était prêt à concéder.
          Dans le dos du chef de la diplomatie française, occupé à Londres à persuader Anthony Eden d’agir sans l’aide d’Israël, les dirigeants israéliens David Ben Gourion, Moshe Dayan, Golda Meir et Shimon Pérès discutaient avec Guy Mollet, président du Conseil, Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense et Maurice Challe, chef d'État-major des armées, de coopération nucléaire mais aussi de stratégie militaire. Ben Gourion connaissait la faille de la couverture aérienne de son pays et il fit part à ses interlocuteurs de ses inquiétudes sur la protection des villes israéliennes.
Moshe Dayan durant la campagne de Suez
          Lors de la réunion de Sèvres, Ben Gourion s’est laissé persuader, le 21 octobre, de lancer les paras de Dayan dans le Sinaï en échange d’un engagement de la France de donner la bombe nucléaire à Israël. Mais sachant que les gouvernements français de la IV° république étaient instables, Ben Gourion avait exigé des français un document car il tenait à garder une trace écrite. C’est donc sur des feuilles fournies par l’hôtesse que le «protocole de Sèvres» a été ratifié. On croyait ces feuillets perdus à jamais mais il est confirmé que les israéliens ont gardé un exemplaire ainsi que Christian Pineau. Il n’est pas établi que ce protocole ait eu une valeur juridique puisqu’il n’avait pas reçu les sceaux du ministère mais il représentait un document symbolique qui a d’ailleurs été exploité plusieurs années plus tard, lors d'une situation dramatique.

L’accord secret nucléaire

         L'accord secret, en sept points tenant sur trois feuillets manuscrits, précisait que les israéliens prendraient l'initiative du déclenchement de la guerre dans le Sinaï puis les français et les britanniques interviendraient quelques jours après. En échange, les israéliens ont obtenu  des français une couverture navale et aérienne de leur territoire. Plusieurs avions français, peints aux couleurs israéliennes, mais pilotés par des aviateurs français, ont été envoyés en Israël avec pour mission de n’intervenir que pour défendre le territoire sans engager de missions d’attaques. Le gouvernement français acceptait par ailleurs à livrer des avions à réaction à Tsahal (Mystère II, Mystère IV, Vautour) et des chars légers AMX-13 et à développer une coopération nucléaire. 
          C'est à cette occasion qu'une étroite coopération franco-israélienne s'amorça grâce aux efforts de Shimon Pérès qui réussit à acquérir, auprès de la France, le premier réacteur nucléaire de Dimona et, auprès de l'avionneur français Dassault, le Mirage III, un avion de combat à réaction le plus évolué de l'époque.
Ariel Sharon durant la campagne de Suez
          Ben Gourion avait accepté de donner sa caution personnelle à l’expédition éclair qui devait mener les troupes israéliennes, le 29 octobre, sous la conduite du général Dayan et d’un jeune colonel de 28 ans, Ariel Sharon, jusqu’au Canal de Suez avec la protection aérienne franco-anglaise. L’opération n’ira pas à son terme car le président Eisenhower, à peine élu et soumis à la menace nucléaire russe, préféra faire plier les alliés en les obligeant à évacuer l’Egypte. Cet incident confortera les français dans la décision de fabriquer leur propre bombe atomique en y associant leur nouvel allié Israël.
         L’expédition de Suez n’a jamais eu l’aval du ministère français des affaires étrangères qui avait été mis en dehors des secrets des préparatifs. « Surtout pas un mot au Quai d’Orsay » avait imposé le ministre de la défense. En revanche les industries militaires des deux pays avaient trouvé une source de coopération par la volonté d’hommes français et israéliens qui partageaient la même affinité politique socialiste, à fortiori lorsque le souvenir de la Résistance restait encore vivace dans les esprits. 
        L'idylle franco-israélienne dura dix ans dans l'intérêt des deux pays, alors dirigés par des socialistes, à la fois pour le développement des échanges commerciaux et pour la collaboration des industries de haute technologie. Cette proximité avec la France donna à Israël une grande assurance face aux injonctions russo-américaines de l'époque. L'entente se poursuivit pour atteindre son apogée à l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle qui décida d'y mettre fin.


mercredi 25 janvier 2012

LE MYSTERE DE LA REVOLUTION SYRIENNE


LE MYSTERE DE LA REVOLUTION SYRIENNE

Par Jacques BENILLOUCHE

    La Syrie est le seul pays où la greffe du «printemps arabe» n’a pas pris. La révolution a échoué et cet échec reste un mystère qui peut s’expliquer à plusieurs niveaux. Plusieurs pays y trouvent des intérêts divergents, mais contradictoires, dans le maintien d’un statu quo précaire : la Russie, la Chine, Israël, l’Europe et les États-Unis.
Assad avec les chefs de son armée

Influence russe

          L'intérêt de la Russie pour la région remonte à l'époque des tsars de Russie qui affectionnaient l’appartenance de certaines communautés à l'Église orthodoxe. Les russes consolidèrent leur influence en y construisant des écoles, des églises et des hôpitaux via la Société orthodoxe russe pour la Palestine et la Mission ecclésiastique russe. Le but premier de Moscou était d'éliminer la présence occidentale au Moyen-Orient. Quand le climat de guerre froide s'est installé, Moscou et Washington s'étaient entendus alors sur un mode de coexistence pacifique marqué par la «détente» qui imposait à chacune des grandes puissances de tout faire pour ne pas entrer en conflit direct avec l’autre.
          Cela s’est traduit par une action diplomatique et militaire à bâtons rompus au Moyen-Orient. Dans les années 1970, l'Union soviétique avait établi un réseau d'alliances avec quatre États du Moyen-Orient : l'Égypte, la Syrie, l'Irak et le Yémen du Sud. Elle disposait également d'un allié potentiel, l'Organisation de libération de la Palestine avec laquelle l'État soviétique officialisa ses relations en 1974. De plus, l'Iran, la Turquie et l'Afghanistan étaient liés à l'URSS par des accords commerciaux.
          Mais à la chute de l’URSS, plusieurs de ces pays devaient s’éloigner de l’influence russe. L’Égypte avait choisi le camp soviétique pour son économie et son armement puis avait rejeté son parrainage au lendemain de la guerre du Kippour de 1973 [1]. Les russes avaient ainsi perdu leur bastion stratégique au Proche-Orient. Mais la Syrie, qui tentait d'accroître son influence dans la région, pour avoir son mot à dire dans la résolution du conflit israélo-palestinien, se tourna alors vers les russes et l'assistance militaire soviétique s'était développée.
          La Syrie avait signé le Traité de coopération soviéto-syrien en octobre 1980, toujours en vigueur d’ailleurs. Après les ruptures consommées de la Russie avec ses autres alliés de la région, plus sensibles à l’attrait financier occidental, elle représente au Moyen-Orient la seule option viable pour les russes, qui explique leur volonté de maintenir le régime de Bassar Al-Assad en place. Au début de la décennie 70, les Syriens dépendaient de l'URSS pour la quasi-totalité de leurs équipements militaires. Les russes ont ensuite joué un rôle primordial dans la reconstitution de l’armée syrienne après les défaites de 1967 et 1973 au prix d’un investissement de 13 milliards de dollars, couverts par des prêts consentis auxquels ils ne sont pas prêts à renoncer.

Intérêts chinois et russes

          Le Proche-Orient représente par ailleurs une zone d'influence importante en tant que première productrice de pétrole au monde. Ainsi, pour éviter l'expansion occidentale et pour assurer leur propre approvisionnement, la Russie et la Chine ont dû absolument, sinon prendre le contrôle de la région, au moins y être présentes. Pour éloigner les pays arabes des États-Unis, les russes ne trouvèrent, pour les appâter, que les livraisons massives d'armes sachant que certains d’entre eux n’envisagent de régler la question israélo-palestinienne que par la voie de la guerre. Moscou s’inquiète donc beaucoup de l’avenir de ses exportations d’armes et veut maintenir ses relations avec son dernier client.
          Mais les russes, et même les chinois, prennent très au sérieux une éventuelle contagion du printemps arabe au sein de leurs populations musulmanes car l’islam est présent à l’intérieur de leurs frontières, au Daguestan et en Tchétchénie. Par ailleurs ces républiques musulmanes russes corrompues ressemblent fortement aux dictatures arabes qui se sont effondrées parce que les élites âgées ont monopolisé le pouvoir et bloqué l’accès des jeunes aux richesses du pays.
          Les chinois, de leur côté, s’inquiètent de la similitude des revendications des révolutionnaires arabes qui trouvent un écho à Pékin. Les critiques sur la corruption, le népotisme, l’inflation, l’absence de débouchés pour les jeunes diplômés, les inégalités sociales et le manque de libertés d’expression ont donné à penser que la place Tiananmen n’avait rien à envier à la place Tahrir.
Révolte contre les moines au Tibet
          La Chine craint qu’en appuyant la chute du régime de Syrie elle favorise des contestations comme celles qui ont eu lieu au Tibet en 2008 et à Xinjiang en 2009 [2]. Par ailleurs elle pense que le temps n’est pas aux palabres avec le peuple car elle doit préparer la transition en 2012 vers de nouveaux dirigeants. Il s’agit d’un processus habituel et délicat qui ne peut supporter aucune interférence, interne ou externe, risquant d’influer sur les rivalités entre les factions chinoises qui se déchirent dans le silence. En conséquence elle ne peut pas cautionner de révolutions qui lui coûtent cher. Elle a effet beaucoup souffert de la révolution en Libye qui a entrainé l’évacuation brutale de 36.000 de ses travailleurs et le sabotage et le pillage de plusieurs installations pétrolières de la compagnie CNPC. La Chine craint aussi que ces troubles ne contaminent l’Iran où ses intérêts économiques et énergétiques sont plus imposants.


Armes et pétrole

          La Russie, qui soutient la Syrie à l’ONU, n’a pas du tout l’intention de l’abandonner sur le terrain. Le porte-avions amiral Kouznetsov, accompagné du remorqueur Nikolaï Tchiker, a ainsi accosté dans la nuit du 7 janvier au port de Tartous mais il n’y est resté que deux jours, au large en raison de la faible profondeur du bassin. L’information a été relayée par le quotidien syrien «Al-Watan» [3], qui a précisé que le groupe naval russe était composé du navire de lutte contre les sous-marins, Amiral Tchabanenko, le patrouilleur Ladny, et le pétrolier Lena. 
Officiers russes et syriens à Tartous
          Le ministre syrien de la Défense a accueilli ses alliés russes à Tartous en précisant que «leur escale visait, d’une part, à renforcer l’alliance stratégique entre les deux pays, et d’autre part, à se ravitailler et se réapprovisionner en Syrie». Cette explication était loin d’être plausible quand on sait que la Syrie est en panne de carburant depuis l’arrêt des livraisons de brut vers les raffineries. Il est probable que le groupe naval a été chargé d’abord d’envoyer un signal fort sur la volonté de soutien russe à la Syrie, et ensuite de vider ses réservoirs de pétrole à Tartous. L’Iran avait par ailleurs pressé l’Irak de livrer du gasoil à l’armée syrienne pour alimenter ses chars et ses blindés.
          Les russes ont par ailleurs déchargé 60 tonnes d’armes et d’équipements, selon «Al-Watan» [4]. Le colonel de l’État-Major de l’Armée Syrienne Libre accuse également la Russie d’avoir, par la même occasion, fourni des armes chimiques prohibées. Par ses fournitures d’armes au grand jour, la Russie démontre ainsi sa volonté de défendre Bassar Al-Assad par tous les moyens puisque la Syrie reste son seul point d’entrée au Proche-Orient et son seul allié stratégique. Il faut donc s’attendre à la poursuite de la répression contre la population avec la complicité active de la Russie, et la complaisance de l’occident.

Intérêts israéliens

          A cette alliance de fait entre la Syrie, la Chine et la Russie, s’ajoute une alliance passive entre Damas et Jérusalem. Israël ne voit aucun intérêt à faire tomber le régime de Bassar Al-Assad car le renversement de son régime risque d’amener au pouvoir au mieux les islamistes du Hezbollah, au pire ceux d’Iran. D’autres raisons objectives se trouvent dans le calme permanent à la frontière du Golan où, depuis 1973, pas un seul coup de feu n’a été tiré. Il faut dire que les druzes syriens, qui par dogmatisme refusent leur intégration à l’État d’Israël malgré l’annexion du plateau, veillent à maintenir d’excellentes relations avec leurs frères qui s’estiment israéliens à part entière.    
          Le chef d'État-major Benny Gantz a pris position dans l’affaire syrienne puisqu’il a déclaré devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset : « La chute d'Assad portera préjudice à la communauté alaouite. Nous devons, nous, être prêts à accueillir des réfugiés sur le Golan ». Il faisait allusion au fait que le président Assad  était membre de la minorité alaouite et que cette minorité, installée au Golan, pouvait servir, avec les Druzes syriens, de zone tampon face aux alliés chiites du Hezbollah.
Rencontre entre druzes au Golan
          La volonté israélienne de ne pas créer de nuisance en Syrie explique le calme qui règne au Kurdistan syrien, situé au nord et au nord-est du pays, couvrant une partie de la province d'Al Hasakah. Les kurdes, financés, armés et entrainés par Israël, ont reçu l’ordre ne pas intervenir dans le processus de la révolution alors que ceux d’Irak ont obtenu le feu vert pour attaquer les positions turques à la frontière. La dégradation des relations entre Israël et la Turquie ont favorisé le réchauffement d’une frontière maintenue longtemps calme sur les injonctions de l’État juif.

Intégrisme islamiste

          Il y a effectivement un certain cynisme à maintenir en vie un régime dictatorial sanglant qui constitue cependant un rempart contre l’intégrisme islamiste libanais et iranien. Mais Israël tient à une amélioration de ses relations avec les sunnites du Golfe, d’Arabie saoudite, du Qatar, de Jordanie et d’Égypte. En soutenant implicitement Bassar Al-Assad, les israéliens espèrent le détacher de son allié iranien et isoler totalement Ahmadinejad qui ne disposera plus de relais au Proche-Orient. Par ailleurs, la survie du régime syrien les réconforte, d’une certaine manière, sur l’usage de l’important stock d’armes parvenu à Damas, incluant plusieurs armes chimiques.
          Des rapports viennent confirmer que quatre camions iraniens ont été interceptés à la frontière syrienne par les autorités turques sur informations des services de renseignements. Le quotidien libéral turc Taraf [5] a précisé que l'un des camions transportait quatre à six mètres de réservoirs cylindriques résistant à la chaleur, tandis que les trois autres transportaient 66 tonnes de sulfate de sodium, entrant dans la fabrication de missiles chimiques. La totalité de cette cargaison proviendrait d’Iran. Le général Amir Eshel, responsable de la division de la planification de Tsahal, s’en est inquiété [6]: «La question se posera quand le régime d'Assad tombera, et non pas si. C'est une inquiétude majeure parce que je ne sais pas qui va mettre la main sur les armes le jour d'après. Quelle est la part qui sera transférée au Hezbollah et aux factions syriennes?» Il n’est donc pas question pour Israël de favoriser la chute du régime syrien qui entrainerait une dissémination d’armes de destruction massive.
Général Amir Eshel

Divergences occidentales

          L’action militaire de l’OTAN contre la Libye a été déterminante pour éliminer le président Kadhafi mais l’opposition ferme des russes et des chinois à une opération militaire ainsi que la réticence israélienne, dont l’accord est indispensable si l’on veut utiliser le territoire comme base d’attaque contre la Syrie, ont persuadé les occidentaux à ne pas intervenir militairement.
    Les États-Unis ont alors cherché à imposer des sanctions ciblées. La Grande-Bretagne a pris le prétexte d’une concertation préalable avec l’Union Européenne. Le 27 avril, la secrétaire d’État, Hilary Clinton, a confirmé que les États-Unis n’envisageaient pas d’opération militaire. Le 9 mai, le Conseil européen a décidé un embargo sur les armes dont l’effet sur les russes a été nul.
          Les américains prétendent que leur attitude frileuse tend à protéger Israël contre la réaction imprévisible des alliés de la Syrie. Ils veulent par ailleurs maintenir Bassar Al-Assad car il représente une pièce maitresse dans le processus de paix israélo-palestinien. Ils sont persuadés qu’à son départ, la majorité sunnite, représentant 72% de la population, arriverait au pouvoir par l’intermédiaire des Frères Musulmans, interdits jusqu’à présent en Syrie. Alors ils dosent leurs sanctions homéopathiques contre les dirigeants syriens. La victoire des islamistes aux élections de Tunisie et d’Égypte les confortent dans leur crainte de leur laisser le champ libre en Syrie. 
          L’OTAN hésite à intervenir car d’une part, elle est convaincue que la révolte sera finalement réprimée et d’autre part, parce qu’elle est déjà engagée dans des échecs coûteux en Afghanistan, en Irak et en Libye. Les dirigeants du G8, qui affichent ouvertement des positions divergentes, se bornent à des déclarations sans lendemain. Ils estiment que le risque d’une guerre civile est grand, comme en Irak après la chute de Saddam Hussein, et qu’il n’existe aucune figure emblématique capable de remplacer Bassar Al-Assad.
          La situation en Syrie est effectivement bien plus compliquée que dans les autres pays où la révolution a réussi. Le chœur des pleureuses pourrait encore longtemps se lamenter sur les morts syriens. C’est justement tout le mystère de la révolution syrienne.   




[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Kippour


[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_au_Xinjiang_en_juillet_2009


[3] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/01/03/003-russie-syrie-flotte.shtml


[4] http://www.elwatan.com/international/un-bateau-russe-arrive-au-port-de-tartous-une-cargaison-dangereuse-livree-en-syrie-15-01-2012-154909_112.php


[5] http://www.todayszaman.com/news-269092-.html


[6] http://www.elwatan.com/international/israel-s-inquiete-de-l-apres-assad-18-01-2012-155364_112.php

mardi 24 janvier 2012

22 JANVIER 2012 : A NEW STAR FRANCAISE IS BORN



22 JANVIER 2012 : A NEW STAR FRANCAISE IS BORN


Par Jacques BENILLOUCHE


    C’était d’abord la curiosité qui poussait le téléspectateur à suivre, en direct, le premier discours de campagne de François Hollande. Puis au fur et à mesure des phrases, des intonations  et des propositions, la mayonnaise prenait pour laisser apparaitre un nouveau combattant politique. Ceux qui ont connu la période de 1981, celle où François Mitterrand représentait alors à l’époque l’espoir d’un renouveau de la gauche, ont distingué clairement les accents et les mimiques au point qu’un certain mimétisme donnait à penser qu’il s’agissait du même candidat. Le candidat voulait être lui-même et a volontairement tenu à éliminer les scories d'extrême-gauche qui pouvaient polluer sa soirée; les représentants des écologiques et du parti de gauche avaient été soigneusement mis à l’écart car les socialistes voulaient être entre eux et sans ceux qui pouvaient ternir leur image.
    Certes, comme dans toute campagne électorale,  les promesses ont été étalées, les espoirs ont été égrainés mais tous les peuples ont besoin de rêve pour surmonter les difficultés. François Hollande a mobilisé son camp, a conquis la foule de ses partisans, a cherché à effacer la critique de son appartenance à la « gauche molle » en affichant plus de fermeté, a voulu que la jeunesse croie en lui et à son avenir. Le pays est tellement en difficulté que tout soupçon d’espoir conduit à l’euphorie et pourtant, tout le monde sait que des lendemains difficiles attendent les français. Mais Nicolas Sarkozy avait fait rêver en 2007, François Hollande tente de le remplacer en 2012.

Métamorphose

    Il faut avouer que la surprise était totale devant un homme métamorphosé, certainement grâce aux sondages qui le placent au firmament et parce que dans le malheur économique où se trouve le pays, il prône le changement qui n’est pas forcément porteur de réussite. Mais la droite à été tétanisée par la surprise ; ses réactions ont été désordonnées tant elle n’a pas trouvé le point d’impact mortel. Il est certes difficile de toucher un missile qui s’élève dans le ciel et d’abattre un candidat lisse, à la mine de jeune communiant, qui ne traine aucune casserole derrière lui.
    L’habituel tonique secrétaire général de l’UMP, François Copé, a paru désarmé dans le débat télévisé face à Manuel Valls et, au lieu de s’en prendre au candidat et à son programme, il a préféré remonter aux sources de l’histoire pour viser personnellement le porte-parole du parti socialiste. C’est dire la difficulté face à cette nouvelle icone du parti socialiste qui rassemble tout autour de lui et qui assèche les voix des écologiques. A ce sujet, il faut d'ailleurs se demander si ces derniers n’ont pas volontairement choisi la candidate la plus vulnérable pour augmenter les chances socialistes. 
     L’UMP, prise de court, aura à affuter ses armes pour faire mentir les sondages qui placent François Hollande à 30% des intentions de vote et Nicolas Sarkozy et Marine le Pen au coude à coude pour la deuxième place. Le parti du président avait choisi la stratégie du mépris face à un « petit candidat » qui n’avait ni le charisme et ni la stature d’un habitué des combats politiques et des joutes électorales. La tortue de la fable semble avoir fait son bout de chemin face au lièvre dominant. Giscard d’Estaing avait usé de la même tactique en 1981 en annonçant sa candidature en mars et il avait perdu sa réélection.

    Israël n’a rien à attendre de tous les candidats français car la France doit d’abord penser à elle et à ses citoyens avant de songer à satisfaire les desiderata d’un pays étranger. A la rigueur une politique plus équilibrée et moins systématiquement pro-arabe pourrait satisfaire l’État juif mais la politique internationale se fait au Quai d’Orsay et non à l’Élysée. Alors on peut seulement rêver à une nouvelle idylle franco-israélienne comme celle qui a régné de 1948 à 1958,  à l’instigation des socialistes et des radicaux-socialistes, et qui a été détruite en quelques semaines avec l’arrivée de Maurice Couve de Murville aux côtés du général de Gaulle. Pour Israël ce sera le défi à surmonter avec le candidat François Hollande. A new star française is born le 22 janvier 2012.   

dimanche 22 janvier 2012

OPPOSITION SYRIENNE : QU’IL EST LONG LE CHEMIN ! par Zvi MAZEL


OPPOSITION SYRIENNE : QU’IL EST LONG LE CHEMIN !

Par Zvi  MAZEL
Ancien Ambassadeur d’Israël en Egypte

          C’est en vain que depuis des mois les mouvements d’opposition cherchent le dénominateur commun qui pourrait rassembler les communautés ethniques ou religieuses qui constituent la Syrie. Cette absence de front commun explique en large mesure  pourquoi l’opposition n’est pas reconnue par la communauté internationale et ne reçoit pas l’aide que cette communauté a prodigué à la Libye. Assad peut encore continuer à affirmer qu’il représente la légitimité dans son pays et croire qu’il pourra sauver son régime au prix de quelques concessions.

OPPOSITION KURDE

          Ce qui s’est passé la semaine dernière illustre à quel point l’unification de l’opposition reste une chimère : aucun consensus ne semble en vue pour l’après-révolution. Le Conseil National Kurde – CNK – qui rassemble une grande partie de la minorité kurde a déclaré, le 18 janvier, qu’il suspendait sa coopération avec les autres mouvements d’opposition, faute d’avoir reçu des réponses satisfaisantes concernant la reconnaissance de la spécificité kurde à l’intérieur de la Syrie. Le Conseil  établi par le Congrès National Kurde, lors de sa réunion du 26 octobre dernier, regroupe 10 partis et environ 150 personnalités. Il devait prendre contact avec les organisations d’opposition pour souligner la nécessité de trouver démocratiquement une solution au problème kurde et plus précisément d’accepter le principe de l’auto-détermination kurde dans le cadre d’une Syrie unifiée.
          Au terme des deux mois alloués pour mener à bien cette mission, le constat fut amer : aucune des organisations contactées n’avait accepté de se prononcer.  Le CNK n’a pourtant pas l’intention de se tourner vers le régime Assad, avec lequel tous les ponts ont été rompus. Assad se refuse toujours à remettre en liberté les manifestants kurdes arrêtés malgré l’amnistie prononcée conformément aux engagements pris vis-à-vis de la Ligue Arabe. Rappelons que les kurdes, qui sont des musulmans sunnites mais ne sont pas arabes, représentent près de dix pour cent de la population syrienne, soit deux millions. Un quart d’entre eux n’a pas la nationalité syrienne – ou toute autre nationalité – et ne bénéficie d’aucun droit social ou autre. Le gouvernement poursuit une politique d’arabisation forcée ; l’usage de la langue kurde est interdit et les nouveau-nés ne peuvent être déclarés avec un prénom kurde. Il s’en suit de nombreux conflits durement réprimés. Au début de l’année dernière Assad s’était engagé à étudier la question des kurdes apatrides mais rien n’a été fait à ce jour.

OPPOSITION DIVISEE
Conseil de Salut National

          On peut tout de même se demander pourquoi des organisations d’opposition qui combattent la dictature et veulent établir une démocratie laïque se refusent à promettre une solution équitable du problème kurde.
          Toujours la semaine dernière, en fait ce même 18 janvier, une centaine d’intellectuels alaouites ont déclaré sur Facebook qu’ils soutenaient «l’intifada de la liberté» du peuple syrien et appelant tous les alaouites à participer au renversement du régime et à le remplacer par une nouvelle république syrienne reposant sur les lois, la démocratie et l’égalité de tous les citoyens. Ils déclaraient encore que nombre de membres de leur communauté partageaient leur point de vue, craignant que le pays ne plonge dans une sanglante guerre civile.
          Ces intellectuels en appelaient à toutes les organisations d’opposition, leur demandant de condamner les manifestations de haine contre telle ou telle communauté, manifestations qui sont dangereuses pour le pays. C’est la première fois que des personnalités appartenant à la communauté alaouite, qui est celle d’Assad et qui dirige le pays, osent dire ouvertement qu’ils coupent leurs liens avec leurs frères au pouvoir, lesquels menacent de plonger le pays dans une guerre civile dont la communauté serait la première victime. Cela signifie qu’au sein de cette communauté, plus d’un est convaincu que le président sera en fin de compte incapable de surmonter la crise. Là encore, les autres organisations d’opposition n’ont pas répondu à cet appel.

TROIS OPPOSITIONS CONCURRENTES
Conseil National Syrien

          Quelles sont ces organisations ? On peut les repartir en trois groupes : le plus important est le Conseil National Syrien. Formé le 2 octobre dernier à Istanbul, Il comprend un certain nombre de mouvements sunnites : une formation libérale créée en 2005, «La déclaration de Damas pour un changement démocratique» ; les Frères Musulmans, qui sont majoritaires au Conseil ; diverses personnalités sunnites indépendantes ; quelques représentants kurdes ; enfin des représentant des chrétiens assyriens. 
          A la tête de ce conseil on trouve Borhan Gallion, homme politique réfugié en France et n’appartenant à aucun parti. Officiellement le Conseil se bat pour créer un régime laïc où tous les citoyens seront égaux sans distinction de sexe, d’appartenance ethnique, religieuse ou politique. Un programme ambitieux sans doute là  pour jeter de la poudre aux yeux, compte tenu de la présence des Frères Musulmans. D’ailleurs le fait que le Conseil ne soit pas prêt à écouter les kurdes ne peut que renforcer les doutes concernant la façon dont il compte traiter les minorités. Officiellement le Conseil se prononce contre la création de milices sur une base communautaire et contre toute intervention extérieure, tout en demandant à la communauté internationale de protéger les citoyens syriens contre les forces de sécurité du régime. Une position bien ambiguë. Sans intervention militaire extérieure, comment protéger les citoyens ? On a bien vu que les observateurs de la Ligue Arabe étaient incapables d’arrêter les massacres.
          Deuxième groupe, la Coordination Nationale Syrienne des Forces pour le Changement démocratique, qui regroupe un certain nombre de partis de gauche, dont un parti communiste, un parti kurde et quelques opposants. La coordination a, elle aussi, refusé le dialogue avec les kurdes.
          Troisième et dernier groupe, l’Armée Syrienne Libre sous les ordres du Colonel Riad el Asa’ad. Composée de déserteurs de l’armée régulière, elle compterait vingt mille hommes, chiffre difficile à vérifier. Dotée d’armement léger, elle se livre au sabotage d’installations des forces de sécurité et apprend aux civils à se défendre. Dernièrement le flot des déserteurs est en hausse ; toutefois l’A.S.L n’est pas en état d’affronter les forces régulières.

STRATEGIE DE COMBAT

          Le Conseil National Syrien et la Coordination Nationale ont signé un accord de coopération le 31 décembre. Ces deux organisations s’engagent à  formuler ensemble la stratégie de combat, gérer la période de transition et déterminer la nature de la Syrie nouvelle. Difficile pourtant de concilier l’islamisme radical de l’une avec le gauchisme non moins radical de l’autre.  Le Conseil a par ailleurs conclu un accord avec l’Armée Syrienne Libre le 12 janvier. Il s’agit de coordonner l’action de l’opposition et de protéger les populations civiles, d’encourager les défections et de respecter l’indépendance de cette armée libre.
          Il faut encore mentionner Abdel Halim Haddam, ancien vice-président et ministre des Affaires étrangères de Hafez Assad qui, entré en conflit avec son fils Bassar, a dû s’enfuir en 2006 en France, où il réside. Il a créé un Front de Salut National formé essentiellement d’anciens politiciens. Le Conseil National Syrien s’en méfie du fait de son lourd passé. Abdel Halim Haddam demande ouvertement l’intervention du Conseil de Sécurité et même l’envoi de troupes.
          Bref, nonobstant des efforts d’unification sporadiques, l’opposition est incapable de présenter un front unique. Ses membres sont en contact avec la Ligue Arabe qui se refuse pourtant à la reconnaître comme le représentant légitime de la Syrie. Bien que la participation de ce pays à la Ligue Arabe ait été «suspendue», la Ligue traite avec Bassar et n’est pas disposée pour le moment  à demander l’intervention du Conseil de Sécurité, encore moins l’envoi de troupes.

ALLIES SOLIDES
Officiers russes et syriens à Tartous

          Bassar Al-Assad dispose encore de solides alliés. La Russie, qui a envoyé des navires de guerre au port syrien de Tartous pour montrer sa solidarité, est prête à mettre son veto contre toute velléité d’imposer des sanctions. L’Iran ne ménage pas ses efforts pour aider Assad et prendrait part à la répression des manifestations. Le Hezbollah, qui a besoin qu’Assad se maintienne au pouvoir pour continuer à recevoir armes et munitions, soutient le régime et aurait envoyé des hommes sur place. Malgré les déclarations fracassantes de certains dirigeants occidentaux, pour lesquels la chute du régime est une question de semaines, Assad tient bon. L’opposition syrienne n’a toujours pas réussi à mobiliser les classes moyennes sunnites de Damas et d’Alep ; les minorités chrétiennes et druzes restent dans l’expectative ; les kurdes, enfin, n’ayant pas reçu d’encouragement, hésitent à se lancer dans la bataille.
          Samedi le chef du Conseil National Syrien s’est rendu au Caire pour demander à la Ligue Arabe de soumettre enfin la question syrienne au Conseil de sécurité. Il souhaite voir des zones tampon entre soldats et populations civiles, des zones interdites de vol et peut-être même une force internationale de protection. Il y a peu de chances pour que sa demande soit écoutée. La Ligue Arabe va se contenter d’accepter les recommandations du chef de la délégation d’observateurs, qui vient de déclarer que la présence de la délégation avait entraine une baisse spectaculaire de la violence et du nombre des victimes. Des déclarations qui ne font pas l’unanimité. Quoi qu’il en soit, le drame syrien est loin de toucher à sa fin.

ELECTIONS EGYPTIENNES : LES PAYS ARABES FACE A LA DEMOCRATIE


ELECTIONS EGYPTIENNES

  LES PAYS ARABES FACE A LA DEMOCRATIE

Par Jacques BENILLOUCHE


          L’effet domino de la chute des dictateurs tunisien, égyptien et libyen sonnait comme un vent de démocratie en direction des pays arabes. L’espoir renaissait parmi les populations soumises à la dictature mais il est à présent probable que cette espérance sera stérile. Les résultats des élections qui ont donné vainqueurs les islamistes démontrent qu’en fait, les pays arabes ne semblent pas prêts à la démocratie car le changement a été trop brutal tandis que deux raisons s’opposent à cette évolution.

Soumission à l’islam
Le Coran

          La première cause est liée à la religion qui les enserre dans un carcan réducteur. L’islam n’est pas un récit parsemé de légendes comme la Bible mais la propre parole d’Allah, rapportée par l’archange Djibril à Mahomet [1]. Or la parole divine ne peut pas être contestée par les humains et elle impose que le Coran [2] reste figé dans sa version originale.
         Alors que la Torah est axée sur le spirituel et sur la prééminence de l’homme, l’islam impose des rites pour que les actes de la vie quotidienne soient orchestrés de manière immuable avec une volonté de prendre le pas sur le raisonnement humain. Les adeptes doivent alors totale obéissance en rendant la religion en contradiction totale avec l’essence même de la démocratie.
        Alexis de Tocqueville [3], le théoricien de la démocratie occidentale, défendait la liberté individuelle et l'égalité politique. Or le danger majeur pour les pays arabes se trouve dans le renoncement à la liberté, prôné par les partisans de l’islamisme. Le principe d’égalité exigé par la démocratie est combattu par la Charia [4] qui insiste sur l’inégalité entre les humains. La notion d’esclave est d’ailleurs justifiée dans le Coran : « Abolir l’esclavage relevait quasiment de l’inconcevable. Interdire ce que Dieu permet est un crime presque aussi grand que de permettre ce qu’Il interdit ». 
          Jusqu’alors les pays arabes ont verrouillé leurs frontières pour ne pas être contaminés par les traditions des sociétés occidentales afin d’éviter la porosité entre les populations en terre musulmane. L’histoire moderne prouve qu’aucun pays musulman n’est entré ou n’est resté longtemps dans la démocratie puisque toutes les tentatives ont été vouées à l’échec.
          L’exemple de la Turquie est élogieux et démontre que l’expérience n’a été que de courte durée. Venus au pouvoir grâce à des élections libres, les islamistes de l’AKP ont progressivement éliminé ceux qui pouvaient leur porter ombrage. Les généraux ont été envoyés à la retraite et les plus récalcitrants ont eu à répondre de leur rébellion devant les tribunaux. La Constitution moderne a été modifiée dans le silence de l’opposition pour réduire le pouvoir des militaires qui garantissaient la laïcité. Ces péripéties prouvent qu’il n’y a qu’un seul islamisme et que ceux qui croient à l’existence d’un islamisme « light », dit modéré, se trompent. L’accès des islamistes au pouvoir se concrétise souvent par une perte de démocratie puisque, en se fondant sur leurs dogmes religieux, ils confisquent les libertés au détriment de l’intérêt de leur peuple.

L’emprise de la Oumma

          Les citoyens musulmans ne contrôlent pas leur avenir car il dépend de la volonté d’Allah qui impose ses directives à la Oumma [5], la communauté des croyants, en imposant une emprise de la religion sur tous les aspects de la société et en frisant parfois la doctrine totalitaire. Les pays arabes ne pourront se réconcilier avec la démocratie que si l’islam est séparé de l’Etat puisque la Charia récuse à l’homme le droit de légiférer et que seule la loi de Dieu prime sur toutes les lois profanes.
          Les dictateurs arabes abusent de ces concepts afin de briser toute velléité de combattre le carcan d’un régime totalitaire en utilisant la théocratie pour s’opposer à la démocratie. Alors, pour motiver des peuples brisés sous le joug d’un tyran, ils se servent du joujou du djihad [6], la guerre sainte, dans une sorte de défouloir pour détourner leur attention sur les réalités modernes de la société. Dans ce combat permanent, les militants qui s’entrainent pour le djihad n’ont plus le temps de s’intéresser à leur sort et aux sollicitations du monde moderne trop attaché à défendre les droits de l’Homme.

Nature des régimes

          Le deuxième obstacle à la démocratie tient à la nature des régimes politiques mis en place. En dehors des monarchies féodales, les pays arabes ont simplement copié les dictatures européennes du vingtième siècle [7] en exploitant les mêmes ingrédients : un leader adoubé par le peuple, un parti unique pour museler l’opposition, une armée aux ordres du chef, des services secrets omnipuissants et omniprésents, un nationalisme qui prône la prééminence de l’identité arabe sur toutes les autres ethnies, une économie centralisée et étatisée, et enfin le frein au progrès pour étouffer toute volonté de s’émanciper. 
          Par ailleurs, les sociétés arabes sont constituées en clans qui permettent aux dictatures de s’appuyer sur les liens tribaux tandis que les promotions des écoles militaires cimentent leur pouvoir. Ces clans se substituent à la constitution de partis politiques  en réprimant, par la force et la terreur, toute velléité d’instituer la démocratie.
          Les américains ne sont pas exempts de responsabilité parce qu’ils ont toujours imposé leur double jeu. Par des discours, ils incitent à la démocratie et soutiennent les mouvements d’opposition à l’étranger tout en protégeant les régimes autoritaires dans l’intérêt des Etats-Unis. En fait, la volonté hégémonique des propriétaires pétroliers fait le jeu des démocraties qui se garderaient bien de changer la donne. Le génie des dictatures à inventer une machine d’acquisition de revenus à leur profit personnel les amène à négliger des populations réfugiées dans la soumission et la résignation.
      Cette puissance financière, doublée d’une puissance démographique, aurait pu concrétiser des projets ambitieux dans la technologie, dans le développement social, dans le bien-être général, dans l’acquisition de monopoles européens et dans la mainmise sur les potentats occidentaux. En fait l’inverse a été atteint. Les revenus sont reversés à une minorité qui les accapare et les stocke dans les coffres des banques occidentales à des fins purement personnelles sinon crapuleuses. Par ailleurs, pour asseoir leur pouvoir non partagé, les despotes dilapident une grande partie des revenus des hydrocarbures dans l’achat d’armes afin de protéger leurs privilèges par la force.
          Les occidentaux avaient besoin des dictateurs qui s’opposaient au réveil démocratique, qui garantissaient leurs approvisionnements en hydrocarbures à des coûts compétitifs tout en sauvegardant les intérêts économiques et en combattant les terroristes à l’instar des Frères musulmans en Egypte. Mais ce double jeu a joué contre l’apprentissage de la démocratie alors que les actes terroristes se multipliaient sous l’effet de l’oppression des dictateurs à l’encontre de leur peuple.
          Il n’est pas certain que les dictatures tunisienne, égyptienne et libyenne soient remplacées par des démocraties au sens où l’entend l’occident. D’ailleurs Nasser a été remplacé par Moubarak et Bourguiba par Ben Ali. La force succède à la force. Les régimes dictatoriaux génèrent leur propre anticorps alors que la démocratie souhaitée par les peuples arabes risque de se diluer dans un pouvoir islamique qui n’aura de modéré que le nom. Les pays arabes doivent se résoudre à soigner leur malédiction héréditaire qui porte le nom de dictature s’ils veulent se réconcilier avec la démocratie.

[1] http://islammedia.free.fr/Pages/Histoire_mohamed/derniers.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Coran

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_de_Tocqueville

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Charia

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Oumma

[6]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Djihad

[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictatures_europ%C3%A9ennes_depuis_le_XXe_si%C3%A8cle

jeudi 19 janvier 2012

VALEURS DU JUDAÏSME ET FRONT NATIONAL par Gérard AKOUN


VALEURS DU JUDAÏSME ET FRONT NATIONAL

Par Gérard AKOUN
Judaïques FM


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          Interrogé par le journal Sud Ouest sur les tentatives de madame Le Pen de courtiser la communauté juive en vue de l’élection présidentielle, Gilles Bernheim,  le Grand Rabin  de France, a répondu que «les valeurs du judaïsme  sont incompatibles avec celles du Front National et, quel que soit le positionnement de Marine Le Pen aux côtés d’Israël, cela ne changera rien». Il faut  saluer  cette déclaration claire et ferme du Grand rabbin qui rappelle aux juifs  de ce pays, qui seraient tentés d’apporter leurs voix à madame Le Pen, que l’acceptation de l’étranger, - nous répétons chaque année à Pessah, respecte l’étranger car tu as été étranger au pays d’Egypte - la tolérance, le respect des faibles, la justice, le partage, illustrés  dans de nombreux textes bibliques, ne sont pas des valeurs partagées par le Front National. C’est même tout le contraire.

Rejet de l’étranger

          Que défend, que propose Mme Le Pen ? Le rejet de l’étranger, en l’occurrence l’immigré, le rejet de la différence, la préférence nationale, le repli sur les valeurs traditionnelles de la France, il faut lire chrétiennes, dont sont évincés, ceux qui ne sont pas chrétiens. Le Grand rabbin a eu raison de prendre position, dans ce qui  n’est pas seulement un débat politique dans lequel, au nom du respect de la laïcité, il aurait tort de s’immiscer, mais un débat idéologique. Tout ce qui est  synonyme d’exclusion, retentit, devrait retentir, comme une sonnette d’alarme, dans la tête de chacun et de chaque juif en particulier, mais ce ne semble pas être le cas en cette veille d’élection : en 2002, 70% des personnes interrogées dans les sondages estimaient que le parti lepéniste représentait un danger pour la démocratie ; elles ne sont plus, en 2012 que 51%. 


          Marine Le Pen a réussi, depuis qu’elle a pris la direction du Front National, à en gommer le côté extrémiste et repoussoir, à le banaliser. Il lui reste, et elle s’y emploie, à effacer les traces de l’antisémitisme viscéral dont son père faisait preuve. Elle cherche, à ce que la communauté juive, organisée ou non, lui décerne un brevet d’antiracisme, du moins à l’égard des juifs et il lui semble que le meilleur chemin pour y parvenir, passe par Israël. En décembre 2011, Louis Aliot, son compagnon et numéro 2 du FN, s’était rendu en Israël pour y présenter le candidat du FN au poste de député de la 8ème circonscription des français de l’étranger. Il avait déclaré : «vu le contexte politique actuel, je pense que Marine Le Pen incarne un espoir important et je suis certain que nous aurons beaucoup de voix dans la communauté juive en France et parmi les franco-israéliens». 

Marine Le Pen et Louis Aliot

Discours anti-musulman

          Le discours anti-musulman de Mme Le Pen  devait, pensait-il, lui assurer en Israël une complicité dans les milieux officiels, au moins dans la droite ou l’extrême droite israélienne qui aurait eu, en France, valeur d’adoubement.  Les 51% de français qui estiment que l’on accorde trop de droits à l’islam et aux musulmans de France, se seraient sentis confortés dans leur xénophobie et parmi eux, bien entendu, des juifs qui penseraient  soutenir Israël en votant pour le FN.  C’est à ces juifs en particulier que le Grand rabbin de France s’est adressé en  disant : «quel que soit  le positionnement de Marine Le Pen aux côtés d’Israël, cela ne changera rien».
          Les valeurs  du judaïsme  ne peuvent  fluctuer  en  fonction d’un soutien plus ou moins important, plus ou moins chaleureux à l’Etat d’Israël. Les valeurs du judaïsme ne  peuvent être tributaires de calculs politiques et Louis Aliot n’a donc  pas eu, heureusement, en Israël,  un accueil à la hauteur de ses espérances.
          Nous continuerons à combattre l’exclusion, le rejet de l’autre, le racisme, la xénophobie, ces maux dont nous avons longtemps souffert, car ils sont contraires à nos valeurs. Et nous les combattrons encore même si, aujourd’hui,  nous n’en sommes plus les premières victimes. Mais nous savons aussi qu’un parti construit sur une base raciste, s’il peut changer de cible, restera un parti raciste : pour Mme Le Pen qui ne se veut pas antisémite, le musulman d’aujourd’hui  est le juif d’hier.