ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mardi 31 janvier 2012

SLATE - Rafale : l'Inde sauve la mise à Dassault


SLATE - Rafale : l'Inde sauve la mise à Dassault

par Jacques BENILLOUCHE

Après de nombreux échecs, la vente presque assurée de 126 avions de combat français à l'Inde est une considérable bouffée d'oxygène pour le groupe, ainsi que pour l'industrie militaire française.

 

L'annonce, mardi 31 janvier, de la décision du gouvernement indien d'entrer en négociations pour l'achat de 126 Rafale est une décision qui tombe à pic pour le groupe Dassault et pour l'industrie française de la défense. 

Lire la suite en cliquant sur le lien :

http://www.slate.fr/story/49375/rafale-dassault-inde



lundi 30 janvier 2012

RTS : LE GROUPE DASSAULT DANS LA LUTTE FINALE

RADIO TELEVISION SUISSE

LE GROUPE DASSAULT DANS LA LUTTE FINALE

Jacques BENILLOUCHE

Au micro de

Laurent KELLER


Emission FORUM du 30 janvier 2012


          Les experts militaires internationaux ont donné leur classement des avions militaires. Le Rafale vient en deuxième position après le F22 américain tandis que le Gripen suédois se place loin derrière l’Eurofighter Typhoon européen. Mais malgré des caractéristiques techniques reconnues, aucun Rafale n’a été vendu par le groupe Dassault, hormis ceux vendus à l’armée française. Nous sommes dans la dernière ligne droite pour trois contrats en négociation : le Brésil avec une commande de 36 avions, la Suisse pour 18 Rafales et l’Inde pour 126 avions de chasse, le contrat de l’année et celui de la dernière chance.

Le Rafale

          Il semble que le groupe Dassault ait modifié ses techniques commerciales pour les rendre plus agressives en raison de l’urgence de la situation. Il a envoyé directement un courrier aux parlementaires suisses pour leur proposer l'acquisition, avec une forte réduction, de 18 Rafales pour 2,2 milliards d'euros, soit 122 millions pièce au lieu de 150 à 175 le tarif catalogue. Ce prix est inférieur de 3 millions à celui du Gripen qui n’a pas rempli les spécifications minimales exigées par les militaires suisses. Il est vrai que certaines armées, qui ne sont pas confrontées à un danger radical, choisissent un avion non pas parce qu’il se mesure au combat mais sur la base d’arguments purement comptables.

Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission

dimanche 29 janvier 2012

L’IDYLLE FRANCO-ISRAELIENNE de 1948 à 1958 Partie-3


L’IDYLLE FRANCO-ISRAELIENNE de 1948 A 1958

Par Jacques BENILLOUCHE

Partie-3/3

Lien pour la première partie :

Lien pour la seconde partie :




Entente Amicale
David Ben Gourion
     
          Alors que la France et la Grande-Bretagne s’organisaient pour contrer Nasser, Israël préparait de son côté différents plans d’offensive pour mettre fin aux attaques des fédayins venus d'Egypte et de Gaza. Cependant Ben Gourion, contrairement à une réputation erronée de guerrier, n’était pas partisan de la guerre mais, s’il devait la subir, il s’y engageait à fond comme il l’a démontré durant la guerre d’indépendance. Malgré les insistances de son chef d’État-Major, il hésitait à  donner le feu vert à Moshé Dayan d'attaquer l'Egypte qui laissait passer les terroristes, sauf s'il trouvait un arrangement avec les français.
          Le 28 septembre 1956 un bombardier français conduisit en France une délégation secrète composée de Moshé Dayan, Shimon Pérès, Golda Meir et Moshe Carmel, le ministre des transports, après une halte technique dans la base de Bizerte. La gravité de la situation ne donna lieu, dans les souvenirs du chef de Tsahal, qu’à un compte-rendu original de cette escale. Il s’était surtout souvenu d’avoir reçu, « une bouteille de rouge, des fromages, un pain et un mètre de saucisse » laissant ainsi accréditer que ses souvenirs culinaires restaient les plus marquants. Il est vrai qu'il avait la réputation d'être un bon vivant.
    Cette visite brève eut une conséquence heureuse et fructueuse pour Israël puisqu’elle permit à Moshé Dayan et Shimon Pérès d’obtenir toutes les livraisons d’armes, de chars AMX et d’avions Mystère IV, tardant à se débloquer malgré la signature des contrats. Le 1er octobre 1956, ils furent reçus dans l’appartement de Louis Mangin, conseiller de Bourgès-Maunoury, parce que le chef d’État-major français craignait que le secret soit éventé : « je ne peux pas recevoir dans mon bureau le général Dayan, grand mutilé de guerre; il porte un bandeau noir sur l’œil gauche et il n’est pas facile à camoufler ». Tandis que Pérès, Dayan et même Begin, de passage «par hasard» à Paris, s’affichaient inconsciemment dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, le Général Beauffre, aidé de l’amiral Barjot, planifiait la campagne de Suez de 1956 qui pris le nom de code « Kadesh ». Le général Challe, qui se distingua plus tard en Algérie, raccompagna Dayan en Israël ce qui leur permit de tisser, durant le voyage de retour, des liens étroits de professionnels. 
Général Maurice Challe

Équipe de « jeunots »

           Mais aucune décision ne fut arrêtée lors de cette rencontre car les dirigeants à Paris étaient décontenancés par l’équipe de «jeunots» israéliens conduite par Moshé Dayan, 41 ans, et le gamin Shimon Pérès, 33 ans alors que l’État-Major français comptait des vieux militaires illustres qui s’étaient distingués durant la Seconde Guerre Mondiale. Les français exigèrent donc d’avoir la caution personnelle du premier ministre israélien. 
Christian Pineau et Ben Gourion
         Le 21 octobre 1956, en fin d’après midi, Christian Pineau, ministre français des affaires étrangères, reçut un coup de téléphone du cabinet du chef du gouvernement lui enjoignant de se rendre seul, avec sa voiture personnelle banalisée et sans chauffeur, à Sèvres, près de l’aérodrome militaire de Vilacoublay, proche de Paris, dans le pavillon d'un couple de juifs français, les Elgozy. A son arrivée, il est introduit dans la salle à manger bourgeoise où un repas simple sans protocole lui était servi par la maitresse de maison. Il trouva attablés autour d’un potage, non seulement son collègue Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense, mais aussi quatre israéliens de premier plan, David Ben Gourion, Moshe Dayan, «le borgne qui fait peur aux arabes», comme on disait à l’époque, Golda Meir et Shimon Pérès. Le premier ministre israélien venait d’atterrir secrètement à quelques kilomètres du pavillon tandis que Guy Mollet, le chef du gouvernement les rejoignit un peu plus tard.
    Une atmosphère pesante régnait parmi les convives. Le potage avalé, Ben Gourion  dévoila, devant ses interlocuteurs français médusés, sa vision de l’avenir. Ils attendaient de lui sa caution pour l’expédition militaire de Suez mais ils assistèrent à un véritable cours de sciences politiques où il excellait. Il leur dessina, pendant plus de vingt minutes précieuses, le Grand Israël, Eretz Israël, taillé dans un Proche-Orient remodelé à sa convenance. Le résumé de ses propos a été divulgué bien plus tard par Moshe Dayan lui-même. Il révèle un aspect essentiel du personnage qui contredit la mythologie bâtie autour de lui. Au lieu de prendre une posture de va-t-en-guerre, qui lui collait abusivement à la peau, Ben Gourion se montra à Paris circonspect quant à une action militaire immédiate. Il s’agissait soit d’une stratégie justifiée par la position de force où il se trouvait ou bien alors, d’une réelle retenue devant les risques qu’il faisait courir à son peuple. Il estimait à juste titre que le conflit avec Nasser concernait d'abord la France et la Grande-Bretagne qui avaient été spoliées par des nationalisations. Israël n'était pas concerné par le Canal de Suez. Par ailleurs, il avait obtenu toutes les armes qu’il avait réclamées. Il avait donc annoncé à ses interlocuteurs médusés qu’il n’était pas prêt à faire la guerre à l’Égypte. Il n’avait aucune volonté de caprice mais, en tant que visionnaire pragmatique,  il avait conscience des limites de son armée et des intérêts immédiats d’Israël.

Contrepartie française
Centrale nucléaire Dimona

      Mais il avait finalement cédé et les observateurs politiques se sont perdus en conjectures. Rien n’avait transpiré à l’époque du débat secret qui s'était engagé entre la France et Israël. Le journaliste de la presse française qui faisait autorité à l’époque et qui était très introduit dans les milieux politiques, Hubert Beuve-Méry, avait laissé filtrer quelques interrogations explicites : «Quels sont les mobiles du revirement israélien ? Quand on connaît la détermination du cabinet israélien, on peut penser que de sérieuses assurances ont été données au chef du gouvernement de Jérusalem.» Le directeur du journal «Le Monde» détenait certainement la clef de la question mais, en grand professionnel, il savait garder les secrets d’État.
        Il ressort des Mémoires des différents acteurs que Christian Pineau, dès la fin de l’intervention de Ben Gourion, avait été envoyé à Londres pour informer les anglais que les israéliens hésitaient ou refusaient à donner leur accord à une intervention militaire. En fait, le président du Conseil français voulait éloigner le représentant du Quai d’Orsay pour entreprendre une autre négociation, encore plus secrète que la première. Il s’agissait d’un secret dans le secret, si secret que le ministre des affaires étrangères, pourtant réputé ami d’Israël, en a été écarté. A vrai dire, le Quai d’Orsay, de réputation pro-arabe, était plus visé que lui car le ministère pouvait s'opposer à ce que le gouvernement était prêt à concéder.
          Dans le dos du chef de la diplomatie française, occupé à Londres à persuader Anthony Eden d’agir sans l’aide d’Israël, les dirigeants israéliens David Ben Gourion, Moshe Dayan, Golda Meir et Shimon Pérès discutaient avec Guy Mollet, président du Conseil, Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense et Maurice Challe, chef d'État-major des armées, de coopération nucléaire mais aussi de stratégie militaire. Ben Gourion connaissait la faille de la couverture aérienne de son pays et il fit part à ses interlocuteurs de ses inquiétudes sur la protection des villes israéliennes.
Moshe Dayan durant la campagne de Suez
          Lors de la réunion de Sèvres, Ben Gourion s’est laissé persuader, le 21 octobre, de lancer les paras de Dayan dans le Sinaï en échange d’un engagement de la France de donner la bombe nucléaire à Israël. Mais sachant que les gouvernements français de la IV° république étaient instables, Ben Gourion avait exigé des français un document car il tenait à garder une trace écrite. C’est donc sur des feuilles fournies par l’hôtesse que le «protocole de Sèvres» a été ratifié. On croyait ces feuillets perdus à jamais mais il est confirmé que les israéliens ont gardé un exemplaire ainsi que Christian Pineau. Il n’est pas établi que ce protocole ait eu une valeur juridique puisqu’il n’avait pas reçu les sceaux du ministère mais il représentait un document symbolique qui a d’ailleurs été exploité plusieurs années plus tard, lors d'une situation dramatique.

L’accord secret nucléaire

         L'accord secret, en sept points tenant sur trois feuillets manuscrits, précisait que les israéliens prendraient l'initiative du déclenchement de la guerre dans le Sinaï puis les français et les britanniques interviendraient quelques jours après. En échange, les israéliens ont obtenu  des français une couverture navale et aérienne de leur territoire. Plusieurs avions français, peints aux couleurs israéliennes, mais pilotés par des aviateurs français, ont été envoyés en Israël avec pour mission de n’intervenir que pour défendre le territoire sans engager de missions d’attaques. Le gouvernement français acceptait par ailleurs à livrer des avions à réaction à Tsahal (Mystère II, Mystère IV, Vautour) et des chars légers AMX-13 et à développer une coopération nucléaire. 
          C'est à cette occasion qu'une étroite coopération franco-israélienne s'amorça grâce aux efforts de Shimon Pérès qui réussit à acquérir, auprès de la France, le premier réacteur nucléaire de Dimona et, auprès de l'avionneur français Dassault, le Mirage III, un avion de combat à réaction le plus évolué de l'époque.
Ariel Sharon durant la campagne de Suez
          Ben Gourion avait accepté de donner sa caution personnelle à l’expédition éclair qui devait mener les troupes israéliennes, le 29 octobre, sous la conduite du général Dayan et d’un jeune colonel de 28 ans, Ariel Sharon, jusqu’au Canal de Suez avec la protection aérienne franco-anglaise. L’opération n’ira pas à son terme car le président Eisenhower, à peine élu et soumis à la menace nucléaire russe, préféra faire plier les alliés en les obligeant à évacuer l’Egypte. Cet incident confortera les français dans la décision de fabriquer leur propre bombe atomique en y associant leur nouvel allié Israël.
         L’expédition de Suez n’a jamais eu l’aval du ministère français des affaires étrangères qui avait été mis en dehors des secrets des préparatifs. « Surtout pas un mot au Quai d’Orsay » avait imposé le ministre de la défense. En revanche les industries militaires des deux pays avaient trouvé une source de coopération par la volonté d’hommes français et israéliens qui partageaient la même affinité politique socialiste, à fortiori lorsque le souvenir de la Résistance restait encore vivace dans les esprits. 
        L'idylle franco-israélienne dura dix ans dans l'intérêt des deux pays, alors dirigés par des socialistes, à la fois pour le développement des échanges commerciaux et pour la collaboration des industries de haute technologie. Cette proximité avec la France donna à Israël une grande assurance face aux injonctions russo-américaines de l'époque. L'entente se poursuivit pour atteindre son apogée à l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle qui décida d'y mettre fin.


dimanche 22 janvier 2012

OPPOSITION SYRIENNE : QU’IL EST LONG LE CHEMIN ! par Zvi MAZEL


OPPOSITION SYRIENNE : QU’IL EST LONG LE CHEMIN !

Par Zvi  MAZEL
Ancien Ambassadeur d’Israël en Egypte

          C’est en vain que depuis des mois les mouvements d’opposition cherchent le dénominateur commun qui pourrait rassembler les communautés ethniques ou religieuses qui constituent la Syrie. Cette absence de front commun explique en large mesure  pourquoi l’opposition n’est pas reconnue par la communauté internationale et ne reçoit pas l’aide que cette communauté a prodigué à la Libye. Assad peut encore continuer à affirmer qu’il représente la légitimité dans son pays et croire qu’il pourra sauver son régime au prix de quelques concessions.

OPPOSITION KURDE

          Ce qui s’est passé la semaine dernière illustre à quel point l’unification de l’opposition reste une chimère : aucun consensus ne semble en vue pour l’après-révolution. Le Conseil National Kurde – CNK – qui rassemble une grande partie de la minorité kurde a déclaré, le 18 janvier, qu’il suspendait sa coopération avec les autres mouvements d’opposition, faute d’avoir reçu des réponses satisfaisantes concernant la reconnaissance de la spécificité kurde à l’intérieur de la Syrie. Le Conseil  établi par le Congrès National Kurde, lors de sa réunion du 26 octobre dernier, regroupe 10 partis et environ 150 personnalités. Il devait prendre contact avec les organisations d’opposition pour souligner la nécessité de trouver démocratiquement une solution au problème kurde et plus précisément d’accepter le principe de l’auto-détermination kurde dans le cadre d’une Syrie unifiée.
          Au terme des deux mois alloués pour mener à bien cette mission, le constat fut amer : aucune des organisations contactées n’avait accepté de se prononcer.  Le CNK n’a pourtant pas l’intention de se tourner vers le régime Assad, avec lequel tous les ponts ont été rompus. Assad se refuse toujours à remettre en liberté les manifestants kurdes arrêtés malgré l’amnistie prononcée conformément aux engagements pris vis-à-vis de la Ligue Arabe. Rappelons que les kurdes, qui sont des musulmans sunnites mais ne sont pas arabes, représentent près de dix pour cent de la population syrienne, soit deux millions. Un quart d’entre eux n’a pas la nationalité syrienne – ou toute autre nationalité – et ne bénéficie d’aucun droit social ou autre. Le gouvernement poursuit une politique d’arabisation forcée ; l’usage de la langue kurde est interdit et les nouveau-nés ne peuvent être déclarés avec un prénom kurde. Il s’en suit de nombreux conflits durement réprimés. Au début de l’année dernière Assad s’était engagé à étudier la question des kurdes apatrides mais rien n’a été fait à ce jour.

OPPOSITION DIVISEE
Conseil de Salut National

          On peut tout de même se demander pourquoi des organisations d’opposition qui combattent la dictature et veulent établir une démocratie laïque se refusent à promettre une solution équitable du problème kurde.
          Toujours la semaine dernière, en fait ce même 18 janvier, une centaine d’intellectuels alaouites ont déclaré sur Facebook qu’ils soutenaient «l’intifada de la liberté» du peuple syrien et appelant tous les alaouites à participer au renversement du régime et à le remplacer par une nouvelle république syrienne reposant sur les lois, la démocratie et l’égalité de tous les citoyens. Ils déclaraient encore que nombre de membres de leur communauté partageaient leur point de vue, craignant que le pays ne plonge dans une sanglante guerre civile.
          Ces intellectuels en appelaient à toutes les organisations d’opposition, leur demandant de condamner les manifestations de haine contre telle ou telle communauté, manifestations qui sont dangereuses pour le pays. C’est la première fois que des personnalités appartenant à la communauté alaouite, qui est celle d’Assad et qui dirige le pays, osent dire ouvertement qu’ils coupent leurs liens avec leurs frères au pouvoir, lesquels menacent de plonger le pays dans une guerre civile dont la communauté serait la première victime. Cela signifie qu’au sein de cette communauté, plus d’un est convaincu que le président sera en fin de compte incapable de surmonter la crise. Là encore, les autres organisations d’opposition n’ont pas répondu à cet appel.

TROIS OPPOSITIONS CONCURRENTES
Conseil National Syrien

          Quelles sont ces organisations ? On peut les repartir en trois groupes : le plus important est le Conseil National Syrien. Formé le 2 octobre dernier à Istanbul, Il comprend un certain nombre de mouvements sunnites : une formation libérale créée en 2005, «La déclaration de Damas pour un changement démocratique» ; les Frères Musulmans, qui sont majoritaires au Conseil ; diverses personnalités sunnites indépendantes ; quelques représentants kurdes ; enfin des représentant des chrétiens assyriens. 
          A la tête de ce conseil on trouve Borhan Gallion, homme politique réfugié en France et n’appartenant à aucun parti. Officiellement le Conseil se bat pour créer un régime laïc où tous les citoyens seront égaux sans distinction de sexe, d’appartenance ethnique, religieuse ou politique. Un programme ambitieux sans doute là  pour jeter de la poudre aux yeux, compte tenu de la présence des Frères Musulmans. D’ailleurs le fait que le Conseil ne soit pas prêt à écouter les kurdes ne peut que renforcer les doutes concernant la façon dont il compte traiter les minorités. Officiellement le Conseil se prononce contre la création de milices sur une base communautaire et contre toute intervention extérieure, tout en demandant à la communauté internationale de protéger les citoyens syriens contre les forces de sécurité du régime. Une position bien ambiguë. Sans intervention militaire extérieure, comment protéger les citoyens ? On a bien vu que les observateurs de la Ligue Arabe étaient incapables d’arrêter les massacres.
          Deuxième groupe, la Coordination Nationale Syrienne des Forces pour le Changement démocratique, qui regroupe un certain nombre de partis de gauche, dont un parti communiste, un parti kurde et quelques opposants. La coordination a, elle aussi, refusé le dialogue avec les kurdes.
          Troisième et dernier groupe, l’Armée Syrienne Libre sous les ordres du Colonel Riad el Asa’ad. Composée de déserteurs de l’armée régulière, elle compterait vingt mille hommes, chiffre difficile à vérifier. Dotée d’armement léger, elle se livre au sabotage d’installations des forces de sécurité et apprend aux civils à se défendre. Dernièrement le flot des déserteurs est en hausse ; toutefois l’A.S.L n’est pas en état d’affronter les forces régulières.

STRATEGIE DE COMBAT

          Le Conseil National Syrien et la Coordination Nationale ont signé un accord de coopération le 31 décembre. Ces deux organisations s’engagent à  formuler ensemble la stratégie de combat, gérer la période de transition et déterminer la nature de la Syrie nouvelle. Difficile pourtant de concilier l’islamisme radical de l’une avec le gauchisme non moins radical de l’autre.  Le Conseil a par ailleurs conclu un accord avec l’Armée Syrienne Libre le 12 janvier. Il s’agit de coordonner l’action de l’opposition et de protéger les populations civiles, d’encourager les défections et de respecter l’indépendance de cette armée libre.
          Il faut encore mentionner Abdel Halim Haddam, ancien vice-président et ministre des Affaires étrangères de Hafez Assad qui, entré en conflit avec son fils Bassar, a dû s’enfuir en 2006 en France, où il réside. Il a créé un Front de Salut National formé essentiellement d’anciens politiciens. Le Conseil National Syrien s’en méfie du fait de son lourd passé. Abdel Halim Haddam demande ouvertement l’intervention du Conseil de Sécurité et même l’envoi de troupes.
          Bref, nonobstant des efforts d’unification sporadiques, l’opposition est incapable de présenter un front unique. Ses membres sont en contact avec la Ligue Arabe qui se refuse pourtant à la reconnaître comme le représentant légitime de la Syrie. Bien que la participation de ce pays à la Ligue Arabe ait été «suspendue», la Ligue traite avec Bassar et n’est pas disposée pour le moment  à demander l’intervention du Conseil de Sécurité, encore moins l’envoi de troupes.

ALLIES SOLIDES
Officiers russes et syriens à Tartous

          Bassar Al-Assad dispose encore de solides alliés. La Russie, qui a envoyé des navires de guerre au port syrien de Tartous pour montrer sa solidarité, est prête à mettre son veto contre toute velléité d’imposer des sanctions. L’Iran ne ménage pas ses efforts pour aider Assad et prendrait part à la répression des manifestations. Le Hezbollah, qui a besoin qu’Assad se maintienne au pouvoir pour continuer à recevoir armes et munitions, soutient le régime et aurait envoyé des hommes sur place. Malgré les déclarations fracassantes de certains dirigeants occidentaux, pour lesquels la chute du régime est une question de semaines, Assad tient bon. L’opposition syrienne n’a toujours pas réussi à mobiliser les classes moyennes sunnites de Damas et d’Alep ; les minorités chrétiennes et druzes restent dans l’expectative ; les kurdes, enfin, n’ayant pas reçu d’encouragement, hésitent à se lancer dans la bataille.
          Samedi le chef du Conseil National Syrien s’est rendu au Caire pour demander à la Ligue Arabe de soumettre enfin la question syrienne au Conseil de sécurité. Il souhaite voir des zones tampon entre soldats et populations civiles, des zones interdites de vol et peut-être même une force internationale de protection. Il y a peu de chances pour que sa demande soit écoutée. La Ligue Arabe va se contenter d’accepter les recommandations du chef de la délégation d’observateurs, qui vient de déclarer que la présence de la délégation avait entraine une baisse spectaculaire de la violence et du nombre des victimes. Des déclarations qui ne font pas l’unanimité. Quoi qu’il en soit, le drame syrien est loin de toucher à sa fin.

ELECTIONS EGYPTIENNES : LES PAYS ARABES FACE A LA DEMOCRATIE


ELECTIONS EGYPTIENNES

  LES PAYS ARABES FACE A LA DEMOCRATIE

Par Jacques BENILLOUCHE


          L’effet domino de la chute des dictateurs tunisien, égyptien et libyen sonnait comme un vent de démocratie en direction des pays arabes. L’espoir renaissait parmi les populations soumises à la dictature mais il est à présent probable que cette espérance sera stérile. Les résultats des élections qui ont donné vainqueurs les islamistes démontrent qu’en fait, les pays arabes ne semblent pas prêts à la démocratie car le changement a été trop brutal tandis que deux raisons s’opposent à cette évolution.

Soumission à l’islam
Le Coran

          La première cause est liée à la religion qui les enserre dans un carcan réducteur. L’islam n’est pas un récit parsemé de légendes comme la Bible mais la propre parole d’Allah, rapportée par l’archange Djibril à Mahomet [1]. Or la parole divine ne peut pas être contestée par les humains et elle impose que le Coran [2] reste figé dans sa version originale.
         Alors que la Torah est axée sur le spirituel et sur la prééminence de l’homme, l’islam impose des rites pour que les actes de la vie quotidienne soient orchestrés de manière immuable avec une volonté de prendre le pas sur le raisonnement humain. Les adeptes doivent alors totale obéissance en rendant la religion en contradiction totale avec l’essence même de la démocratie.
        Alexis de Tocqueville [3], le théoricien de la démocratie occidentale, défendait la liberté individuelle et l'égalité politique. Or le danger majeur pour les pays arabes se trouve dans le renoncement à la liberté, prôné par les partisans de l’islamisme. Le principe d’égalité exigé par la démocratie est combattu par la Charia [4] qui insiste sur l’inégalité entre les humains. La notion d’esclave est d’ailleurs justifiée dans le Coran : « Abolir l’esclavage relevait quasiment de l’inconcevable. Interdire ce que Dieu permet est un crime presque aussi grand que de permettre ce qu’Il interdit ». 
          Jusqu’alors les pays arabes ont verrouillé leurs frontières pour ne pas être contaminés par les traditions des sociétés occidentales afin d’éviter la porosité entre les populations en terre musulmane. L’histoire moderne prouve qu’aucun pays musulman n’est entré ou n’est resté longtemps dans la démocratie puisque toutes les tentatives ont été vouées à l’échec.
          L’exemple de la Turquie est élogieux et démontre que l’expérience n’a été que de courte durée. Venus au pouvoir grâce à des élections libres, les islamistes de l’AKP ont progressivement éliminé ceux qui pouvaient leur porter ombrage. Les généraux ont été envoyés à la retraite et les plus récalcitrants ont eu à répondre de leur rébellion devant les tribunaux. La Constitution moderne a été modifiée dans le silence de l’opposition pour réduire le pouvoir des militaires qui garantissaient la laïcité. Ces péripéties prouvent qu’il n’y a qu’un seul islamisme et que ceux qui croient à l’existence d’un islamisme « light », dit modéré, se trompent. L’accès des islamistes au pouvoir se concrétise souvent par une perte de démocratie puisque, en se fondant sur leurs dogmes religieux, ils confisquent les libertés au détriment de l’intérêt de leur peuple.

L’emprise de la Oumma

          Les citoyens musulmans ne contrôlent pas leur avenir car il dépend de la volonté d’Allah qui impose ses directives à la Oumma [5], la communauté des croyants, en imposant une emprise de la religion sur tous les aspects de la société et en frisant parfois la doctrine totalitaire. Les pays arabes ne pourront se réconcilier avec la démocratie que si l’islam est séparé de l’Etat puisque la Charia récuse à l’homme le droit de légiférer et que seule la loi de Dieu prime sur toutes les lois profanes.
          Les dictateurs arabes abusent de ces concepts afin de briser toute velléité de combattre le carcan d’un régime totalitaire en utilisant la théocratie pour s’opposer à la démocratie. Alors, pour motiver des peuples brisés sous le joug d’un tyran, ils se servent du joujou du djihad [6], la guerre sainte, dans une sorte de défouloir pour détourner leur attention sur les réalités modernes de la société. Dans ce combat permanent, les militants qui s’entrainent pour le djihad n’ont plus le temps de s’intéresser à leur sort et aux sollicitations du monde moderne trop attaché à défendre les droits de l’Homme.

Nature des régimes

          Le deuxième obstacle à la démocratie tient à la nature des régimes politiques mis en place. En dehors des monarchies féodales, les pays arabes ont simplement copié les dictatures européennes du vingtième siècle [7] en exploitant les mêmes ingrédients : un leader adoubé par le peuple, un parti unique pour museler l’opposition, une armée aux ordres du chef, des services secrets omnipuissants et omniprésents, un nationalisme qui prône la prééminence de l’identité arabe sur toutes les autres ethnies, une économie centralisée et étatisée, et enfin le frein au progrès pour étouffer toute volonté de s’émanciper. 
          Par ailleurs, les sociétés arabes sont constituées en clans qui permettent aux dictatures de s’appuyer sur les liens tribaux tandis que les promotions des écoles militaires cimentent leur pouvoir. Ces clans se substituent à la constitution de partis politiques  en réprimant, par la force et la terreur, toute velléité d’instituer la démocratie.
          Les américains ne sont pas exempts de responsabilité parce qu’ils ont toujours imposé leur double jeu. Par des discours, ils incitent à la démocratie et soutiennent les mouvements d’opposition à l’étranger tout en protégeant les régimes autoritaires dans l’intérêt des Etats-Unis. En fait, la volonté hégémonique des propriétaires pétroliers fait le jeu des démocraties qui se garderaient bien de changer la donne. Le génie des dictatures à inventer une machine d’acquisition de revenus à leur profit personnel les amène à négliger des populations réfugiées dans la soumission et la résignation.
      Cette puissance financière, doublée d’une puissance démographique, aurait pu concrétiser des projets ambitieux dans la technologie, dans le développement social, dans le bien-être général, dans l’acquisition de monopoles européens et dans la mainmise sur les potentats occidentaux. En fait l’inverse a été atteint. Les revenus sont reversés à une minorité qui les accapare et les stocke dans les coffres des banques occidentales à des fins purement personnelles sinon crapuleuses. Par ailleurs, pour asseoir leur pouvoir non partagé, les despotes dilapident une grande partie des revenus des hydrocarbures dans l’achat d’armes afin de protéger leurs privilèges par la force.
          Les occidentaux avaient besoin des dictateurs qui s’opposaient au réveil démocratique, qui garantissaient leurs approvisionnements en hydrocarbures à des coûts compétitifs tout en sauvegardant les intérêts économiques et en combattant les terroristes à l’instar des Frères musulmans en Egypte. Mais ce double jeu a joué contre l’apprentissage de la démocratie alors que les actes terroristes se multipliaient sous l’effet de l’oppression des dictateurs à l’encontre de leur peuple.
          Il n’est pas certain que les dictatures tunisienne, égyptienne et libyenne soient remplacées par des démocraties au sens où l’entend l’occident. D’ailleurs Nasser a été remplacé par Moubarak et Bourguiba par Ben Ali. La force succède à la force. Les régimes dictatoriaux génèrent leur propre anticorps alors que la démocratie souhaitée par les peuples arabes risque de se diluer dans un pouvoir islamique qui n’aura de modéré que le nom. Les pays arabes doivent se résoudre à soigner leur malédiction héréditaire qui porte le nom de dictature s’ils veulent se réconcilier avec la démocratie.

[1] http://islammedia.free.fr/Pages/Histoire_mohamed/derniers.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Coran

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_de_Tocqueville

[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Charia

[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Oumma

[6]  http://fr.wikipedia.org/wiki/Djihad

[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictatures_europ%C3%A9ennes_depuis_le_XXe_si%C3%A8cle

mercredi 18 janvier 2012

Slate : Coup de froid entre Washington et Jérusalem


Slate : Coup de froid entre Washington et Jérusalem

par Jacques BENILLOUCHE

Barack Obama tente de calmer le jeu et d'éviter une confrontation avec l'Iran que Benjamin Netanyahou juge indispensable pour contrer un danger mortel pour Israël.

 Le 16 janvier 2012, un communiqué bref était adressé par le chef d’État-Major israélien: «Après consultation étroite entre le commandement américain européen (EUCOM) et les Forces de défense israéliennes (FDI), l'exercice «Défi Austère 12 » sera réalisé au cours du second semestre de 2012.» Les raisons de ce report, qui risque de conduire en fait à une annulation pure et simple des exercices militaires, ne sont pas explicitées mais deux thèses opposées sont aujourd'hui avancées. Elles illustrent toutes deux la divergence de taille entre Washington et Jérusalem sur la façon de répliquer à la menace militaire et nucléaire iranienne....

Lire la suite en cliquant sur le lien

http://www.slate.fr/story/48839/Iran-coup-de-froid-israel-etats-unis-conflit-nucleaire

lundi 16 janvier 2012

SlateAfrique : Plaidoyer pour Habib Bourguiba le visionnaire


SlateAfrique :

Plaidoyer pour Habib Bourguiba le visionnaire 

par Jacques BENILLOUCHE

Anniversaire des onze ans de la mort de l'ancien président Habib Bourguiba , Monastir, 6 avril 2011

Un an après la révolution tunisienne, les nouveaux dirigeants semblent vouloir faire table rase du passé en cherchant à effacer la mémoire du premier président de la Tunisie, Habib Bourguiba, qui avait consacré toute sa vie à se battre pour obtenir l’indépendance de son pays. On ne compte pas les procès intentés par la France coloniale et les années de prison qui ont émaillé la vie du leader charismatique. Mais, il avait choisi la voie pacifique avec son esprit visionnaire qui rend aujourd’hui ses discours tout à fait d’actualité....

Lire la suite et voir les vidéos inédites en cliquant sur le lien :

http://www.slateafrique.com/80993/tunisie-plaidoyer-habib-bourguiba-heritage-ennahda


 

UN PRINTEMPS AUX FRUITS AMERS par Zvi MAZEL


UN PRINTEMPS AUX FRUITS AMERS :

            L’ANNULATION DU PÈLERINAGE SUR LA TOMBE D’ABOU HATSEIRA

                                                                      Par Zvi Mazel
                                               Ancien Ambassadeur d’Israël en Egypte

Tombeau de Rabbi Abou Hatseira
            Le pèlerinage annuel sur la tombe de Rabbi  Abou Hatseira n’aura pas lieu.  Ainsi en ont décidé les autorités égyptiennes, évoquant «les circonstances» qui ne permettraient pas d’assurer la sécurité des délégations juives venant s’incliner sur la tombe du saint homme. De source égyptienne, on a aussi appris que les ambassades des pays envoyant le plus grand nombre de pèlerins – Israël, le Maroc et la Russie ( ?) avaient été informées que leurs ressortissants ne recevraient pas de visa.

                                   Un marocain en Égypte

          Bien sûr il se trouvera des gens pour dire qu’il s’agit d’une décision bien compréhensible compte tenu de l’instabilité qui règne dans le pays, des manifestations de haine contre Israël et de la montée en puissance de l’antisémitisme, d’autant que les partis islamistes sont en passe de remporter plus de 70 pour cent des sièges au parlement. D’autres voient les choses différemment: ils avaient espéré trouver plus de tolérance et de respect pour la liberté de religion dans la nouvelle Égypte émergeant de la révolution.
          Né en 1805 au Maroc, Yaakov Abuhatseira,  «Abir Yaakov» pour les  juifs du Maroc,  grand-père du Baba Salé inhumé à Nétivot,  était en route vers  Jérusalem  quand il décéda vers 1880 dans la petite ville de Damanhour à une soixantaine de kilomètres au sud-est d’Alexandrie. Il est l’objet d’une grande vénération pour sa connaissance de la Torah et de la Kabbale. Juifs égyptiens et juifs marocains venaient chaque année sur sa tombe à la date anniversaire de sa mort au début du mois de janvier pour la «Hiloula» traditionnelle. 
Rabbi Abou Hatsera

          Interrompu après la seconde guerre mondiale et la création de l’État d’Israël, le pèlerinage reprit avec la paix entre Israël et l’Égypte. C’est par milliers que les fidèles venaient du Maroc et d’Israël. Seulement, lorsque la paix se fit froide, sinon glaciale, la venue des pèlerins juifs commença à provoquer des réactions hostiles. Des campagnes de presse à caractère ouvertement antisémite dénoncèrent la tenue de la célébration, où certains voulurent voir un effort pour «judaïser» l’endroit  ou même y établir une colonie de peuplement israélienne, tête de pont d’une tentative de conquête du pays ; «on nous dit qu’un saint homme juif est enterré ici», a déclaré un habitant de la petite ville , cité par la Gazette égyptienne, «mais je vous le demande, un juif peut-il être saint ?»

                             Sentiments antisémites

          Les sentiments anti-israéliens exacerbés lors de la seconde intifada ont entrainé l’interruption du pèlerinage tandis qu’un procès a été intenté contre le gouvernement égyptien par un groupe d’opposants, l’accusant de mettre en danger l’Égypte en laissant entrer les pèlerins juifs. Il se trouva un tribunal pour ordonner, en première instance, la destruction du tombeau et l’arrêt définitif de la Hiloula. Le gouvernement fit appel de ce jugement et l’instance supérieure en «gela» provisoirement l’exécution. Le pèlerinage reprit en 2004 et un généreux donateur juif procéda à la nécessaire restauration de la tombe, qui était très dégradée.
          Refusant de céder à l’opposition islamiste, le gouvernement Moubarak avait tant bien que mal assuré le maintien de la célébration annuelle et la sécurité des pèlerins. Accusé d’être dictatorial et de violer les droits de l’homme, ce gouvernement est tombé. Paradoxalement, sa chute a dopé les attaques contre les juifs et contre Israël. Longtemps interdit, le mouvement des Frères Musulmans, fort de ses succès électoraux, n’hésite plus à étaler au grand jour l’idéologie antisémite de son fondateur, Hassan al Banna – «Les juifs sont responsables du déclin de l’islam et de l’Occident» -, et de son principal théoricien, Sayed Qotoub, auteur de «mon combat contre les juifs».

                       Les Frères musulmans à l’œuvre

          Cette année, à l’approche de la date du pèlerinage, ce fut un véritable déferlement de haine dont le but était d’empêcher l’arrivée des pèlerins juifs. Sous l’impulsion des Frères Musulmans, une quinzaine de représentants de partis et de mouvements politiques ont tenu une conférence de presse à Damanhour. Gamal Heshmat, député nouvellement élu du parti des Frères, qui porte le nom trompeur de «Parti de la liberté et de la justice», a annoncé la couleur : pour les juifs, venir serait «une opération suicide compte tenu de la résistance à la présence des juifs en Égypte ». Il a enchainé : «Le problème Abou Hatseira est le problème du peuple égyptien qui rejette la normalisation et aussi la présence de tout sioniste sur la terre égyptienne». Il reconnait que les accords de Camp David parlent de normalisation mais déclare «Nul ne peut obliger les habitants de Damanhour à accepter la normalisation». Il s’engage solennellement, avec l’aide de ses compagnons, à barrer la route à tout juif voulant pénétrer à Damanhour. Il existe selon lui d’autres solutions, et notamment la destruction du tombeau et le transfert des restes en Israël.
          Quant au délégué du parti Karame, à tendance nassériste, dont le chef appelle ouvertement à l’abolition du traité de paix, il voit dans le pèlerinage un premier pas vers une mainmise d’Israël sur l’Égypte. Le président de l’organisation des avocats de Damanhour, quant à lui,  annonce que son organisation va intenter un nouveau procès pour obtenir la destruction de la tombe et des tombes juives à proximité, conformément à  l’article 5 d’une loi de 1966 stipulant qu’il est permis de détruire un cimetière dans l’intérêt du public si on n’y a procédé à aucun enterrement pendant quinze ans, oubliant qu’il s’agit d’un site sacré pour les juifs.
          Il compte s’appuyer sur les attendus du jugement rendu en 2001 mentionné plus haut, dont voici des morceaux choisis : «Lorsque les juifs vivaient en Égypte, ce n’étaient que des tribus nomades sans aucune civilisation qui faisaient paître leurs troupeaux et vivaient dans des tentes : ils n’ont laissé aucune trace significative de leur présence au temps des Pharaons.  Le tombeau d’Abu Hatseira n’est donc que le tombeau d’un simple individu et non le vestige d’un lieu saint ayant une valeur culturelle ou religieuse quelconque, susceptible d’être considéré comme faisant partie de l’héritage de l’Égypte. Il s’en suit que la décision de Farouk Hosny, ministre de la culture, selon laquelle la tombe d’Abou Hatseira et les tombes juives à proximité sont aussi valables que des sites islamiques ou coptes, est en violation de la loi ; cette décision repose sur une erreur historique qui porte atteinte à l’essence du peuple égyptien, lequel est seul souverain de toutes les générations de la patrie. »

                                  Les juifs du pharaon

          Faut-il rappeler que les juifs ont continué à résider en Égypte  trois mille ans après l’ère des Pharaons, et qu’ils vivaient sur les rives du Nil bien avant l’arrivée de l’islam ? Faut-il évoquer leur contribution à l’économie, à la culture et même à la vie politique égyptienne ? Comment oublier les documents découverts à la Gniza du Caire, les juifs illustres comme Maimonide, le Ramban, que les égyptiens ont fait leur ? Plus près de nous, c’est au juif  Joseph Cattawi que le roi Fouad avait fait appel pour en faire son ministre des finances, à une époque – les années vingt et trente – où des athlètes juifs représentaient l’Égypte  aux Jeux Olympiques…
Leila Mourad


          Et n’oublions pas les stars de la scène et de l’écran….de la chanteuse Leïla Mourad au compositeur  Daoud Hosny La montée du nationalisme et de l’antisémitisme a sonné le glas d’une communauté florissante ; il y avait avant la seconde guerre mondiale 34 synagogues dans la seule ville du Caire.  Jetés malgré eux sur le chemin de l’exil, leurs biens spoliés, les 80.000 juifs d’Égypte se sont dispersés aux quatre coins du  globe.
          La question, qui se pose plus que jamais aujourd’hui, est de savoir ce que voulaient vraiment les jeunes qui manifestaient il y a tout juste un an, place Tahrir, pour réclamer liberté et démocratie. Étaient-ils sincères dans leur espoir d’une Égypte véritablement démocratique, tolérante et respectueuse des Droits de l’Homme ? Ou bien, ne parlaient-ils qu’au nom des musulmans sunnites qui sont la majorité ? On a de plus en plus l’impression que l’aube nouvelle dont rêvent les Frères Musulmans n’est qu’une autre forme de dictature où le fanatisme religieux, imprégné d’antisémitisme, fera tout pour s’imposer.

jeudi 12 janvier 2012

GEOPOLITIQUE DE L’EAU, DENONCIATION D’ISRAËL par Gérard AKOUN


GEOPOLITIQUE DE L’EAU, DENONCIATION D’ISRAËL

Par Gérard AKOUN
Judaïques FM
Les chutes du Banias

Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission

Le 13 décembre 2011, la commission des affaires étrangères a examiné le rapport de la mission d’information sur la géopolitique de l’eau, consacrée pour moitié au bassin du Proche-Orient (Liban, Jordanie, Israël, Palestine). Cette mission était composée de six députés UMP, et de cinq députés de gauche. Elle était présidée par Lionel Lucas, UMP, et le rapporteur en fut Jean Glavany, PS.

Apartheid

Le rapporteur a déclaré, de prime abord, au nom de la mission, dans son exposé sur le Proche-Orient que la coopération sur le partage des eaux, entre Israël et la Jordanie «frontière sûre» d’Israël, se passait plutôt bien. Un bon point pour ces deux pays. Il a poursuivi en disant je cite «mais ce qui m’apparaît le plus important et m’amène à dire des choses un peu brutales et peut être provocatrices, c’est que l’eau est, dans le rapport entre les israéliens et les palestiniens, révélateur d’un nouvel apartheid ». Il précise «ce terme comme vous le savez, a désigné la ségrégation raciale en Afrique du sud mais on retrouve bien en Palestine une ségrégation raciale, qu’on appelle pudiquement religieuse, la revendication d’un Etat juif ne serait elle que religieuse ?  Une ségrégation géographique, spatiale, ce mur de la honte élevé pour séparer les deux communautés n’en est il pas le meilleur symbole ? Et la division de la Cisjordanie en  trois  zones  A, B, et C n’en est elle pas aussi une autre illustration ? La ségrégation est aussi hautaine et méprisante à travers les discours de certains responsables israéliens  sur l’incapacité de ces gens là à gérer l’eau, enfin au-delà du problème de l’eau, vexatrice et  humiliante aux check points, voire violente( la répression des manifestations  fait régulièrement des morts) ».
Pardonnez-moi de vous avoir infligé cette longue et désolante citation, mais je voulais que vous puissiez constater par vous-même, qu’il ne s’agissait pas d’un glissement sémantique, mais d’une démonstration que l’auteur, au nom de la mission,  mène à son terme, et qui va bien au-delà du partage de l’eau. Vous aurez remarqué, comme moi, que monsieur Glavany se voulait seulement «un peu brutal et peut être provocateur» quand il comparait le statut des palestiniens en Cisjordanie à celui des noirs, hier, en Afrique du sud. Comment peut-il faire pareille comparaison, quand il sait pertinemment, que, contrairement à l’Afrique du sud qui constituait un seul pays, toute la Palestine mandataire n’est pas israélienne.
La Cisjordanie est un territoire occupé à la suite de la guerre de 1967, qui n’a pas été annexé par Israël. Ses habitants  se reconnaissent palestiniens,  arabes chrétiens ou musulmans, ils ne sont pas victimes d’un apartheid,  ils subissent les rigueurs d’une occupation  et même si comme moi, on déplore les check-points, les colonies, il ne faut pas oublier l’état de guerre qui perdure avec le terrorisme et les attentats meurtriers qui ont frappé les populations civiles.

Mur de sécurité
Clôture sécurité Cisjordanie

Les israéliens ont évacué Gaza qui s’est transformée entre les mains du Hamas en base de lancement d’obus et de missiles contre le sud d’Israël. Quant au mur, force est de constater, même si on est contre tous les murs, que sa construction en Cisjordanie qui a, selon le rapporteur de la mission, pour objet de séparer les populations et de participer à l’accaparement de l’eau au dépens des palestiniens,  a permis l’arrêt presque total des attentats sur le territoire israélien. Monsieur Glavany sait, aussi, que vivent  en Israël, dans les frontières de 1967, qu’il reconnaît je suppose, environ 20% d’arabes  palestiniens, qui ont, eux, la nationalité israélienne et qui bénéficient des mêmes droits que les israéliens  juifs.
Je ne vais pas énumérer ces droits, mais il n’est pas sans savoir que lorsque l’on demande aux arabes israéliens, s’ils souhaiteraient aller vivre dans l’Etat de Palestine qui serait créé, aux côtés d’Israël, ils répondent par la négative  dans leur grande majorité. C’est sans doute. une illustration de la ségrégation !
Le rapporteur de la mission a profité  du fait que, techniquement, le partage des eaux ne soit pas vraiment équitable entre les israéliens et les palestiniens pour épouser toutes les positions des palestiniens, victimes et seulement victimes irresponsables d’un conflit dont la seule responsabilité incombe aux israéliens. Il omet de rappeler que les pays arabes et les arabes palestiniens n’admettent toujours pas l’existence d’un Etat juif  dans cette région qu’ils considèrent comme terre d’islam. En accolant l’épithète infamante d’apartheid à l’Etat d’Israël, Jean Glavany a conforté ceux qui tentent de le délégitimer et  ceux qui  se livrent à des campagnes de boycott d’Israël dans tous les domaines, par analogie aux campagnes menées, hier, contre l’apartheid en Afrique du sud. Les travaux de cette mission n’ont pas aidé à faire progresser la paix dans la région.
Claude Goasguen a eu le mérite de dénoncer, publiquement, ce rapport, mais il a voulu en faire une machine de guerre contre le rapporteur socialiste et son parti, en oubliant de souligner la participation de ses propres amis politiques à cette mission ; ce faisant il a affaibli l’impact de sa dénonciation.  Que ce rapport, partial, partiel, ait pu être adopté à l’unanimité par la mission d’information, puis au sein de  la commission des affaires étrangères par les députés, de droite comme de gauche, qui y siégeaient,  est consternant. En ont-ils mesuré les conséquences ? L’ont-ils lu, l’ont-ils entendu, on peut se poser la question.

mercredi 11 janvier 2012

LES RUSSES SE LÂCHENT....POUR LA BONNE CAUSE



LES RUSSES SE LÂCHENT....POUR LA BONNE CAUSE
La place Rouge à Moscou


Cliquer sur le triangle noir pour voir le show

mardi 10 janvier 2012

SLATE : Du détroit de Tiran au détroit d'Ormuz


SLATE : Du détroit de Tiran au détroit d'Ormuz

par Jacques BENILLOUCHE


Il y a 45 ans, la fermeture unilatérale par Nasser du détroit de Tiran précipitait la Guerre des Six-Jours. La volonté de l'Iran de fermer le détroit d'Ormuz pourrait avoir des conséquences comparables. 


Les hommes politiques font souvent peu de cas des enseignements de l’Histoire. La Guerre des six jours avait été déclenchée comme une «attaque préventive» d'Israël contre ses voisins arabes, à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l'Égypte le 23 mai 1967 . Les israéliens avaient alors prévenu que la fermeture de l’accès à la Mer Rouge et au port d’Eilat serait considérée comme un casus belli. Aujourd’hui, les dirigeants iraniens veulent faire du contrôle du détroit d'Ormuz, la démonstration de leur force, impressionner, tout comme Nasser, les opinions publiques arabes et musulmanes et consolider leur pouvoir. Il s'agit aussi de tester la réaction occidentale et une administration Obama considérée comme faible. Mais il faut savoir jusqu'où ne pas aller car il est invraisemblable que Téhéran s’engage délibérément dans une confrontation armée suicidaire....

Lire la suite en cliquant sur le lien :



lundi 9 janvier 2012

ASHKENAZE OU SEFARADE ?



ASHKENAZE OU SEFARADE ?

Par Jacques BENILLOUCHE



Certains seraient intéressés à connaître la différence entre un rabbin ashkénaze et un rabbin séfarade en Israël. Plus de soixante ans après la création de l’Etat juif, la dichotomie héritée du temps de l’exil est maintenue, sinon amplifiée. Le nouveau maire de Jérusalem, qui joue de la modernité, aurait pu se montrer original en imposant l’union religieuse des juifs autour du seul texte sacré, en dehors de toute référence au passé. La municipalité est parvenue à un accord entre d'une part le Shass et d'autre part, les sionistes-religieux pour nommer deux rabbins en chef. Pour les ashkénazes, il s'agit du rav Arié Stern et pour les séfarades de Itsak Yoseph le fils du rav Ovadia Yosef. 
Rav Yonna Metzger, grand rabbin ashkénaze

 Ségrégation

Cette ségrégation entre orientaux et occidentaux avait été érigée en système en Tunisie, au début du siècle dernier, où deux communautés antagonistes vivaient dans la séparation totale avec deux cimetières, deux rabbins et deux organismes de communauté concurrents. Les Granas voulaient se distinguer des Touensas, plus proches du peuple et de la misère et éloignés de la modernité. Mais la réunification a eu lieu au bénéfice de tous les juifs tunisiens. Même dans la connaissance talmudique approfondie le fossé culturel a été comblé depuis bien longtemps. Dès le IX siècle, le rabbin tunisien de Kairouan Khananel Benkhoushiel avait rédigé le premier commentaire du Talmud de Babylone et le commentaire arabe achevé en 1168 par Moïse ben Maïmon fait encore autorité parmi les juifs des pays musulmans.
Depuis longtemps en France a été abolie cette distinction car, depuis les années soixante, le mixage a permis de revivifier une communauté qui se serait éteinte si les nord-africains n’étaient pas venus la consolider. La nouvelle génération s’identifie en s’estimant uniquement juive. A la rigueur, subsistent encore les différences culinaires mais, même dans ce domaine, les échanges sont flagrants et les frontières abolies. Invité il y a peu chez un ami, de l’Est comme on dit chez nous, j’avais entraîné mes papilles à la dégustation d’un bon hareng et d’un guéfiltefish, plat de fêtes de ces gens venus du froid, mais notre hôtesse nous a impressionnés avec un excellent couscous au poisson prouvant que la fusion est à présent totale. Que répondre à mon petit fils, dont la mère est d’origine austro-polonaise, sur sa réelle identité alors qu’il adore la «pkaïla»?

Réminiscence du passé

Rav Shlomo Amar, grand rabbin sépharade

La nature du juif est toujours de chercher à se distinguer de ses semblables et de vouloir être différent dans sa propre synagogue, sa propre communauté et sa propre association. Mais en voulant imposer cette distinction de manière officielle, dans notre Capitale administrative et religieuse, on laisse perdurer des réflexes des temps anciens et révolus. La réminiscence permanente du passé n’intervient pas comme une volonté de maintenir intacte ses racines mais comme un moyen d’ériger un mur entre les juifs. Autant le maintien des traditions dans la diaspora était une exigence pour la surie du peuple juif, autant cette distinction entre séfarades et ashkénazes n’a plus de raison d’être. Israël s’est enrichi du mélange des cultures et des mixages ethniques.  
Cette séparation volontaire consolide les stigmates de la division et donne du poids aux rabbins lituaniens qui imposent leurs vues et les encouragent à maintenir une ségrégation dans le réseau officiel éducatif. Des incidents récents ont d’ailleurs montré que les anciens réflexes ne sont pas totalement disparus et qu’ils vivent encore enfermés dans leur «schtetel» psychologique et dans le passé, au lieu de vivre le présent.
Il faudrait qu’en Israël cette classification des juifs entre orientaux et occidentaux disparaisse pour laisser place à une seule identité, l’identité juive.