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mercredi 29 février 2012

JE NE SUIS PAS ANTISEMITE MAIS


JE NE SUIS PAS ANTISEMITE MAIS...

par Jacques BENILLOUCHE


         Je ne suis pas antisémite mais, à la rigueur, antisioniste ! C'est la nouvelle posture de ceux qui, à présent, affichent ouvertement leur rejet de l'Etat juif en attendant de rejeter carrément son peuple. Cette expression favorite a droit de cité parce que critiquer les juifs est passible des tribunaux. L'antisionisme devient une attitude noble, justifiée par la réputation d'Israël d'être "conquérant face à un peuple palestinien désarmé et opprimé."

          Ce qui se faisait auparavant en catimini prend aujourd'hui des proportions qui semblent tolérées même dans une radio d'Etat, France-Inter en particulier. Il suffit d'écouter cette émission pour être convaincu que les tentatives de réduire l'antisémitisme en France sont vouées à l'échec puisque l'exemple vient d'en-haut. L'animateur avait du mal à prononcer le mot juif et il a dû s'y prendre à plusieurs fois.

           Mais les juifs eux-mêmes ne sont pas à l'abri des critiques car quelle intérêt avait cette auditrice à intervenir pour raconter sa vie privée, sinon pour se mettre en valeur en dépit du bon sens avec le seul objectif de participer à une radio-réalité de bas niveau. Elle s'est mise elle-même dans une situation où seule la volonté de faire parler d'elle primait sur la nécessité de laver le linge sale en famille. Passer à la radio quitte à être proprement malmenée ne mérite aucune compromission. Mais la déontologie de l'animateur reste aussi en question et avant de chercher à analyser les statistiques de la baisse de l'antisémitisme, il serait bon que la liberté de la presse soit mieux encadrée.
video
 Cliquer sur le triangle noir pour écouter l'émission

Pour ceux qui voudraient écouter l'émission directement sur le site de France-Inter cliquer sur le lien 




http://www.franceinter.fr/emission-a-votre-ecoute-coute-que-coute-la-femme-qui-hesitait-a-s-installer-en-isarel

M.A.J du 01/03/12
 
Aux dernières informations, il s'agissait d'une émission humoristique et nous sommes nombreux à l'avoir pris au premier degré. Mea Culpa. Il n'en demeure pas moins, qu'en cette période troublée, certains sujets devraient être abordés avec plus de précaution. 

 

 

VOTE JUIF ET ANTISEMITISME EN FRANCE



VOTE JUIF ET ANTISEMITISME EN FRANCE

Par Jacques BENILLOUCHE
                 
      Le dernier dîner du CRIF a réveillé le fantasme que la communauté juive pouvait, en tant que telle, peser aux élections françaises. Or il faut se rendre à l’évidence que le vote juif n’existe pas en France. Ceux qui rêvent à la constitution d’un groupe de pression influent se trompent, de même ceux qui ont la certitude, comme à l’UPJF (Union des Patrons Juifs de France), de pouvoir fonder un lobby à l’égal de l’AIPAC aux États-Unis. Edward Amiach, un de ses dirigeants, avait confirmé : «Cette association a, depuis sa création, annoncé que son domaine d’activité se situe dans le lobbying pour les juifs de France.» En fait, son organisation confondait espérance et réalité car la différence avec les États-Unis est de taille.
Richard Prasquier président du CRIF

Une minorité passive

Selon les sondages, le nombre de personnes, se déclarant en France de religion juive, atteint à peine 0,7% de la population. Le nombre de citoyens juifs, évalué à 400.000, ne peut pas être comparé aux six millions de juifs américains qui pèsent d’un poids certain dans l’électorat américain. Sauf à utiliser les poncifs des antisémites qui croient à la puissance illimitée du monde juif, la réalité est autre. D’ailleurs, même en Israël, les juifs francophones représentent une infime minorité du corps électoral français avec 33.100 inscrits. Or aux élections de 2007, ils n’ont été que 8.276 à se présenter aux urnes ce qui relativise le score de 84% enregistré par Nicolas Sarkozy. Sans compter que parmi eux figuraient des membres de la communauté religieuse catholique, des diplomates, des arabes palestiniens et des expatriés en mission temporaire. C’est bien peu pour influencer un vote ou pour peser de manière notable sur les candidats. En tout état de cause, les études démontrent que les juifs français se répartissent naturellement sur l’ensemble de l’échiquier politique, de la droite à la gauche. Une seule exception électorale notable a eu lieu en 1981 où la grande majorité des juifs s’était portée contre le président Giscard d’Estaing, donnant l’impression qu’un vote juif l’avait défait.
                L’influence juive sur les options politiques de la France n’est pas significative car alors le Quai d’Orsay n’aurait pas pu conduire une politique strictement anti-israélienne. Les organisations juives sont nombreuses, diversifiées, souvent concurrentes, et peu représentatives. Par ailleurs, il n’y a pas de tradition militante car la majorité de cette communauté, qui se retrouve essentiellement dans des institutions cultuelles, est issue d’une Afrique du nord arabe, où l’engagement politique était soit interdit, soit négligé par manque de culture politique. Certains pensent même que se poser la question du vote juif revient à franchir une ligne rouge. D’ailleurs Serge July a estimé sur RTL que : «Il n'y a pas de vote juif, c'est un pur fantasme, un vieux relent de l'antisémitisme d'autrefois.»

Cour assidue


Sarkozy et Hollande au dîner du CRIF

                On se demande donc pourquoi cette communauté fait l’objet d’une cour assidue de la part des politiques alors qu’elle est extrêmement minoritaire. On a pu constater qu’au dîner du CRIF, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient accepté l’invitation comme beaucoup d’autres personnalités françaises, sans pouvoir qualifier leur présence de politique ou de mondaine. Mais la politique n’était pas étrangère au cours de la soirée et la présence subliminale d’Israël était permanente. En invitant la famille de Guilad Shalit, le président français avait tenu à montrer son attachement stratégique à Israël.
            Les prises de position des juifs ont varié au cours de l’histoire parce qu’elles dépendaient de l’attitude des politiques vis-à-vis d’Israël. La communauté juive d’après guerre, rejointe par les exilés de l’Est très sensibles aux thèses marxistes, était profondément de gauche jusqu’aux années 1970, en raison de l’idylle franco-israélienne qui a duré de 1948 à 1958. Il y a eu ensuite un effritement au profit de la droite quand le Parti Socialiste a pris des positions nettement pro-palestiniennes.  
Ben Gourion, Dayan et Pérès en 1956
            Mais la notion de vote juif est apparue avec la répétition d’actes antisémites qui ont entrainé un sentiment d’insécurité auprès de la communauté juive. L’ambassadeur de France en Israël, Christophe Bigot, a tenu à nous réunir pour un point de presse afin de commenter les statistiques 2011 publiées par le SPJC (Service de Protection de la Communauté juive). Les actes antisémites ont diminué de 16% en passant de 466 à 389 malgré une augmentation du nombre des actions violentes. Le chiffre, le plus bas depuis 10 ans, est dû selon l’ambassadeur à la collaboration de la communauté juive avec les autorités sécuritaires françaises. Mais Christophe Bigot «ne voit aucun lien entre Israël et l’antisémitisme» tandis que les actes antisémites restent élevés, selon lui, parce que «l’antisémitisme est une pathologie» et qu’il n’y a pas de remède efficace pour l’instant.

Le FN et les juifs

Le Pen père et fille

            Mais ces actes antisémites ont déclenché un communautarisme et par conséquent un vote juif, souvent brandi comme une menace de radicalisation contre les candidats. Le Front National a été le seul à utiliser ce vote afin d’amener à lui des électeurs qui devaient, par leur soutien, accréditer l’idée que le parti nationaliste était le seul à rehausser les valeurs de la France et à défendre la communauté juive contre un islamisme envahissant. Marine Le Pen a compris, mieux que son père, que les quelques dizaines de milliers de voix juives peu significatives, qui se porteraient sur elle, ne lui seraient d’aucune utilité mathématique mais qu’elle devait surfer sur le désarroi de cette classe sensible de la population pour prouver qu’elle était la seule à prôner l’éradication du risque intégriste. Elle s’est donc adressée aux juifs, qui naguère avaient été voués aux gémonies par tous les groupuscules antisémites fédérés au sein du F.N, sans pour autant effacer totalement le fantasme antisémite qui attribue  à cette minorité juive l’illusion d’une puissance occulte. Elle a exploité les dérives islamiques des «printemps arabes» pour accroitre l’incertitude et les craintes de cette minorité, tellement aux abois, qu’elle semble prête à s’offrir à l’extrême-droite, même en Israël. 
La nouvelle présidente du Front national n'a de cesse de faire oublier l'antisémitisme chevillé au corps de son père. Marine Le Pen sait pertinemment que, si son parti veut progresser dans l’opinion française, il doit impérativement se débarrasser de l’étiquette infamante, de parti antisémite, qui lui colle à la peau. Seuls les juifs peuvent l’aider à cette fin. Elle a donc revêtu des habits neufs pour saborder ce qui faisait le fond de commerce de l’extrême droite : le racisme, la xénophobie, la préférence nationale. Elle ne tient pas de propos antisémites  mais elle  rejette, du bout des lèvres, les propos scandaleux de son père, qui citait il y a quelques jours Robert Brasillach, écrivain maudit de la collaboration, fusillé à la Libération. Mais le Front National veut attirer à lui le vote juif, non pas pour les quelques milliers de voix négligeables parmi les millions d’électeurs, mais pour lui permettre de se débarrasser des scories antisémites afin d’obtenir un certificat d’honorabilité politique. 
Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg


Le député socialiste, Arnaud Montebourg, et sa compagne journaliste antillaise, Audrey Pulvar,  ont rapporté avoir été pris à partie à Paris, le 28 février, par une quinzaine d'individus se revendiquant du Front national aux cris d'insultes antisémites. Cela prouve que si les dirigeants FN tentent d'afficher une image aseptisée de leur parti, en revanche, leurs militants ont du mal à se défaire des réflexes qui leur ont été inculqués durant de nombreuses années.
Mais la stratégie du parti s'est éloignée des horizons métropolitains. Sachant que le CRIF et d’autres organisations juives ont, pour habitude, de s’aligner systématiquement sur les positions prises par les israéliens, Marine Le Pen essaie d’obtenir un billet d’entrée au sein de la communauté juive. En envoyant un candidat se présenter en Israël au poste de député de la 8° circonscription, elle met les jalons pour se faire recevoir officiellement en Israël. Elle recherche le meilleur brevet de démocratie pour effacer aux yeux des juifs de France, mais aussi des non juifs, les accusations d’antisémitisme. Sa place parmi la droite républicaine lui sera alors accordée. Le vote juif minoritaire, s’il lui était acquis, lui permettrait par ailleurs de la présenter sous un jour acceptable par les juifs américains qui peuvent lui ouvrir les portes d’Israël. Car si Israël la reçoit, elle devient «cachère» et le vote sur son nom prouvera que son parti est devenu républicain et fréquentable.

mardi 28 février 2012

BILLET D’HUMEUR - LA COUR SUPRÊME D’ISRAËL : DÉCEPTION



BILLET D’HUMEUR
LA COUR SUPRÊME D’ISRAËL : DÉCEPTION

Par Jacques BENILLOUCHE

                 
          La Cour Suprême d’Israël (Beit haMishpat ha'Elyon) fait fonction de Cour de Cassation et de Conseil Constitutionnel. Elle est au sommet du système judiciaire israélien dont elle est la plus haute instance. Elle est composée de 14 membres (12 permanents et 2 temporaires) nommés par un comité indépendant de sélection des juges, établi par la Loi Fondamentale de la Magistrature. La Cour suprême est à la fois une Cour d'appel pour le pénal et le civil, et une Haute Cour de Justice, siégeant en première instance, principalement pour ce qui concerne le contrôle juridictionnel des décisions du gouvernement ainsi que pour le contrôle de constitutionnalité des lois.
Elle a fait l'objet de nombreuses polémiques ces dernières années, après s'être déclarée compétente dans les affaires relatives au conflit avec les palestiniens. Elle avait, entre autres, donné son feu vert à l'échange de prisonniers avec le Hamas dans le cadre de la libération du sergent franco-israélien Gilad Shalit, détenu par les islamistes de la bande de Gaza.
Asher Grunis
Le juge Asher Grunis a été intronisé nouveau président le 28 février 2012 au cours d’une cérémonie où tous les grands corps de l’État étaient représentés. En plus des discours des hauts personnages et ministres de l’État, nous avons pu assister à trois discours originaux. Les ambassadeurs du Canada, de Grande-Bretagne et des États-Unis ont souhaité, à la tribune, au nouveau président, leurs souhaits de réussite. L’ambassadeur britannique avait d’abord commencé son discours en hébreu pour le terminer en anglais tandis que le représentant américain avait fait l’effort de s’adresser à l’assistance entièrement dans la langue du pays.
Mais l’absence du représentant français était remarquée et elle n’a pas manqué de susciter une déception. Le problème de Jérusalem est en effet un problème récurrent que les gouvernements français n’ont pas réussi, ou voulu, résoudre. L’ambassadeur Christophe Bigot n’a en effet aucune fonction représentative dans la capitale d’Israël puisque la France ne reconnait pas l’annexion de la partie-Est de Jérusalem qui a pourtant fait l’objet d’une des 14 Lois Fondamentales faisant fonction de Constitution. Adoptée le 30 Juillet 1980 par la Knesset, elle proclame Jérusalem «une et indivisible» comme la capitale de l'État d'Israël.
Se fondant sur la résolution 476 et la résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations unies demandant l'annulation juridique de cette loi israélienne, les gouvernements français successifs appliquent à la lettre ces résolutions. Mais la question juridique se pose de savoir si un représentant d’un pays étranger n’est pas tenu de respecter les lois du pays qui accepte ses lettres de créance. 
Christophe Bigot
L’ambassadeur basé à Tel-Aviv n’a aucune prérogative sur ce qui touche à la Capitale et sa présence officielle est bannie des festivités israéliennes. Le consul général de Jérusalem, qui n’est pas sous sa dépendance juridique ou hiérarchique, joue le rôle déguisé d’ambassadeur auprès de l’Autorité palestinienne sans aucune fonction de représentation auprès des autorités israéliennes de Jérusalem qui l’hébergent.
Les ambassadeurs des pays alliés, présents à la cérémonie, n’ont pas semblé aussi pointilleux et ils estiment que les relations d’État à État, et d’homme à homme, dépassent le seul argument juridique. Pour eux le dialogue prime sur les impératifs juridiques. Christophe Bigot n’y est pour rien dans cet état de fait puisqu’il applique les règles immuables imposées par le ministère français des affaires étrangères. Ce genre d’absence enlève à la France son statut de pays arbitre, pouvant efficacement s’interposer entre les israéliens et les palestiniens. Mais il serait peut-être intéressant de soumettre aux candidats français à la présidentielle cette question de représentativité à Jérusalem qui n’est certes qu’un détail dans les relations franco-israéliennes mais qui représente un symbole qui peut prouver que, dorénavant, les affaires internationales se traitent à l’Élysée et non pas au Quai d’Orsay. Vœu pieu certes mais le rêve n’est pas une fatalité.    

lundi 27 février 2012

SLATE : Une frappe israélienne sur l'Iran est un casse-tête militaire


SLATE : Une frappe israélienne sur l'Iran est un casse-tête militaire

par Jacques BENILLOUCHE

Envoyer plus d'une centaine de chasseurs et de bombardiers à des milliers de kilomètres de leurs bases est une opération risquée, incertaine et très compliquée. 

Le chef adjoint des forces armées iraniennes, le général Mohammad Hejazi, a menacé, devant les rumeurs persistantes d’une attaque israélienne, de prendre le premier l'initiative des hostilités. «Notre stratégie consiste maintenant si nous sentons que nos ennemis veulent mettre en danger les intérêts nationaux de l'Iran, à agir alors sans attendre leurs actions.» Téhéran, qui se sent en position de force, face au conflit ouvert entre Washington et Jérusalem, cherche à exposer auprès des puissances mondiales les risques de cette menace militaire. Il profite par ailleurs du geste conciliant de Barack Obama, qui l’autorise à enrichir de l’uranium jusqu’à 5%, pour tenter une nouvelle négociation....

 Lire la suite en cliquant sur le lien :

 http://www.slate.fr/story/50457/israel-nucleaire-iran-attaque-chances

 

vendredi 24 février 2012

LES BELLES FACETTES DE FACEBOOK par Daniel GAL



        Notre ami Daniel GAL nous communique un billet d’humeur où il prouve qu’il sait à la fois manier la langue française et les jeux de mots. Un petit air pur dans la grisaille de la politique.


LES BELLES FACETTES DE FACEBOOK

Par Daniel GAL

Ancien ambassadeur  israélien


Pascal, le grand penseur et philosophe français, déplorait le fait que malheureusement les hommes s'étaient employés durant leur vie à construire des murs plutôt que des ponts. Et voila que Facebook nous prouve le contraire. Les murs jouent le rôle de ponts. Ils vous permettent de communiquer de dialoguer, d'échanger des idées, de partager des musiques et de belles photos, de cultiver des amitiés et d'en créer de nouvelles. Les distances disparaissent et les frontières aussi.

Je viens de lire que durant son prochain voyage aux États-Unis notre président Shimon Pérès visitera le centre principal de Facebook et lancera son mur international de Facebook par l'intermédiaire duquel il s'adressera aux jeunes du monde entier ; ceux des pays amis et ceux qui ne le sont pas encore mais le seront un jour.

Presqu'un miracle. Et pour vous faire entendre nul besoin de microphone ou de hauts parleurs, ni d'élever la voix.

IL SUFFIT SEULEMENT D'UN MUR-MUR

Barack veut devenir ton ami

jeudi 23 février 2012

ISRAËL-IRAN : LE BRAS DE FER Par Gérard AKOUN


ISRAËL-IRAN : LE BRAS DE FER

Par Gérard AKOUN
Judaïques FM
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La mission dite de la «dernière chance» de l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique, s’est soldée par un échec. Les iraniens ont refusé l’entrée  de certains sites aux inspecteurs de l’Agence, ceux dans lesquels les iraniens sont fortement soupçonnés d’enrichir l’uranium nécessaire à la fabrication de bombes atomiques. Deux sites en particulier, celui de Parchin, implanté dans un camp militaire, et celui de Fordo, enterré sous une montagne, et donc difficile à attaquer, n’ont pu être visités. Ce refus de la transparence ne peut que confirmer «la possible dimension militaire» du programme nucléaire iranien, évoquée dans son dernier rapport par l’AIEA en novembre 2011. 

Peu d’illusions

Les occidentaux, ne se faisaient pas trop d’illusions  sur les résultats de cette mission et les israéliens, encore moins,  dans la mesure où le danger est à leur porte. Faut-il donc attaquer, et détruire si possible, les sites nucléaires iraniens ou se contenter d’alourdir les sanctions économiques décrétées par les États-Unis et l’Europe, en attendant, en espérant, que leurs effets sur la vie économique en Iran provoqueront  la chute du régime ou du moins l’arrivée à la tête de l’État de dirigeants plus modérés ?
Tel est le dilemme auquel se trouvent confrontés Israël et ses alliés, ou plus exactement Israël et l’allié américain. Tous deux sont persuadés qu’il faut empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire : pour les dirigeants politiques israéliens, alors que les responsables  militaires sont plus partagés, il n’est plus temps de tergiverser, le seuil d’alarme maximum est atteint ; il faut, sans plus attendre, attaquer seul s’il le faut, sans le soutien américain. C’est du moins ce qu’ils déclarent. Les américains font une analyse moins pessimiste de la situation ; ils considèrent que l’Iran ne sera pas capable d’avoir sa bombe avant quinze mois au minimum, qu’il faut donc laisser le temps aux sanctions de produire  leur effet, et les appuyer  par des attaques cybernétiques  ou à l’encontre des atomistes iraniens, mais vous pensez bien que cela n’est pas dit officiellement. Barack Obama est d’autant plus opposé à une action militaire qu’il est en pleine campagne électorale, et qu’il ne tient pas à ce que l’Amérique s’engage dans un nouveau conflit alors qu’il est en passe de se retirer de deux bourbiers, l’Irak et l’Afghanistan !!

Option ultime
Centrale de Busheihr

On comprend l’inquiétude d’Israël, mais a-t-il réellement les moyens d’assumer, seul, un bombardement de plusieurs sites nucléaires dans le même laps de temps.  Il y a bien eu des précédents réussis,  Osirak en Irak en 1981, Daïr Alzour en Syrie en 2007 mais il s’agissait à chaque  fois de détruire un seul objectif  et les capacités de réactions conventionnelles de ces deux pays étaient faibles. Il n’en est pas de même pour l’Iran.  La riposte ne se fera  pas attendre, Israël sera soumis à des bombardements de l’Iran et à des attaques du Hamas et du Hezbollah. Il n’est pas impossible que Bachar El Assad utilise la diversion d’une guerre avec Israël pour rassembler le peuple syrien autour de lui.  Il est aussi évident que la Russie, principalement, et la Chine qui soutiennent leurs alliés iraniens et syriens au Conseil de Sécurité,  ne resteront pas inertes. Sans intervenir directement dans le conflit, ils devraient leur apporter un soutien logistique et diplomatique.
On peut raisonnablement supposer que les dirigeants israéliens ont pris en compte tous ces éléments ; on ne peut que leur faire confiance. La guerre  devrait toujours être l’option ultime mais il est vrai qu’un pays peut y être contraint. Il faut espérer que nous n’en sommes pas encore là, que ce ne sont que des bruits de bottes et que, passées les élections législatives du 2 mars, l’Iran ne commettra  pas l’erreur de mettre en doute, comme peut le laisser supposer son refus de collaborer avec l’AIEA, la détermination d’Israël, avec ou sans l’accord des américains, à l’empêcher de disposer d’un armement nucléaire. Il se pourrait que les ayatollahs s’imaginent que le petit Satan, c’est ainsi qu’ils dénomment Israël, ne puisse agir sans l’autorisation des États- Unis, le grand Satan, même lorsque la sécurité du pays est en jeu. Ce serait là une grave erreur aux conséquences catastrophiques pour toute la région et au-delà.

mardi 21 février 2012

VISITE A NAPLOUSE, LA VILLE AUX NOMBREUX SYMBOLES


VISITE A NAPLOUSE, LA VILLE AUX NOMBREUX SYMBOLES

Par Jacques BENILLOUCHE

Tombeau de Joseph
                 
          Naplouse (Shekhem en hébreu) est la ville la plus importante de Cisjordanie, à 63 kms au nord de Jérusalem. Elle compte environ 135.000 habitants et abrite des lieux saints musulmans, chrétiens, samaritains et juifs et en particulier le tombeau de Joseph. Naplouse, faisant partie de la zone A définie aux accords d’Oslo de 1993, a été évacuée par les israéliens et est totalement administrée par l’Autorité palestinienne.

Le tombeau de Joseph
Tombeau Joseph après incendie

La Bible, dans la Genèse,  raconte que Joseph, l'un des douze fils de Jacob, vendu en esclave par ses frères jaloux, devint l’homme le plus puissant d’Égypte à côté de Pharaon. Lorsque la famine frappa la terre, il fit venir les enfants d'Israël en Égypte, où ils s’installèrent dans le pays de Goshen. Les textes bibliques, l’Exode et Josué,  rapportent que Moïse, en quittant l’Égypte avec son peuple, emporta les ossements de Joseph car celui-ci avait formellement adjuré les enfants d'Israël: «Dieu ne manquera pas de vous visiter et alors vous emporterez mes os de ce pays». Les ossements de Joseph furent inhumés à Naplouse, dans le lopin de terre que Jacob avait acquis.
                L’armée nous a autorisés à visiter la ville car elle est interdite aux israéliens et n’est  accessible qu’une fois par mois pour permettre aux pèlerins juifs de prier sur la tombe de Joseph. Le ministre de l’information et de la Diaspora, Youli Edelstein, s’était proposé de nous y accompagner, avant l’afflux des dizaines d’autobus de religieux escortés par un régiment de 500 soldats.
Youli Edelstein

            La visite a eu lieu volontairement de nuit pour éviter d'éventuels troubles avec la population palestinienne. Naplouse symbolise en effet la ville des combats, durant les deux Intifada ou révoltes populaires des palestiniens, contre l’armée israélienne. Bien que ville autonome, elle reste parfois soumise aux incursions de l’armée pour dénicher les terroristes qui s’y cachent. Et pourtant, une fois par mois, grâce à une coopération volontaire et totale, les forces de l’Autorité palestinienne et israéliennes organisent l’arrivée de milliers de pèlerins, après que la ville ait été mise sous couvre-feu.
          L'implantation voisine de Elon Moreh, installée au sommet d'une colline dans un décor de carte postale, avec ses classes religieuses de 350 élèves, constitue la protection spirituelle du Tombeau de Joseph.
Elon Moreh

Une ville isolée du monde

La police palestinienne est restée discrète, pour ne pas dire invisible, le long de notre trajet délimité qui traverse toute la ville. Symbole d’une ville fermée, isolée à l’écart du monde juif et sans lien avec l’extérieur, enfermée dans ses frontières réduites au contour de la ville, Naplouse continue à vivre. Mais elle représente, une fois par mois, le symbole d’une coopération militaire réussie entre policiers palestiniens et armée israélienne, dans la tradition pacifique de deux camps qui s’observent sans cacher leur volonté d’en découdre.
Mais c’est aussi le symbole de l’entêtement dogmatique d’une population arabe qui refuse le contact et surtout l’accès à des pèlerins juifs orthodoxes qui tiennent à prier sur la tombe d’un juif représentant lui-même le symbole de l’exil et du retour dans son pays, après avoir fait fortune chez les «goys», les non-juifs.
Ces juifs orthodoxes arborant leurs papillotes, venus en masse vêtus de leur caftan noir, donnent l’impression de s’adonner à un nouveau paganisme. Alors que les synagogues sont des lieux vidés de toute décoration profane et que la religion impose de ne se prosterner que devant Dieu, non matérialisé,  les orthodoxes que nous avions rencontrés, tenaient à marquer leur douleur extrême, se prosternaient devant le tombeau en jouant aux pleureuses et en se couchant sur le seul symbole des restes de Joseph. Israël n'est pas à ce seul paradoxe près.

Le tombeau de Joseph


La politique et ses droits
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Le ministre Youli Edelstein personnifie le symbole de la présence et de l’influence des politiques dans la tradition juive. Cet ukrainien, élevé sous les principes laïcs, sinon athées, de l’ancienne URSS, portait certes la kippa exigée par les rabbins mais s’est estimé contraint, avec peu de conviction, de réciter les psaumes avec ses alliés politiques au gouvernement. Membre du Likoud mais proche du parti nationaliste, Israël Beiteinou d’Avigdor Lieberman avec qui il a des affinités communautaires, il caresse dans le sens du poil les juifs orthodoxes, membres d’une coalition de bric et de broc, mais qui a l’avantage de durer dans l’inertie totale.
Naplouse veut donner le symbole d’une ville qui veut continuer à vivre comme si la guerre n’existait pas avec son souk achalandé et ses rues tortueuses ressemblant à celles des villes arabes. Les palestiniens ne font aucun effort d'investissement pour la restauration de cette ville, comme d'autres de Cisjordanie, comme s'ils voulaient garder les stigmates de la guerre toujours présents dans l'inconscient palestinien. Et pourtant, elle reste célèbre pour son industrie du savon à base d’huile d’olive qui a été la marque de la ville durant plusieurs siècles. A travers les dédales des rues et malgré la nuit, on pouvait encore distinguer l’architecture de rues pavées datant du temps des Croisés, abandonnées à l’usure du temps, faites de voies en labyrinthes, conçues justement pour compenser l’absence de remparts servant à la défense de la ville.
Les traces de la guerre sont encore visibles à travers des ruines et une architecture endommagée par la violence de la seconde Intifada. Mais les palestiniens sont eux-aussi responsables de destruction puisque, par deux fois en 1996 et en 2000, ils avaient mis le feu à une école religieuse juive bâtie autour du tombeau qui avait été saccagé. L’armée avait tenu à reconstruire le site qui nous a accueillis dans une ambiance empreinte de mysticisme.
Saccage de la tombe de Joseph par les palestiniens
Mais la politique retrouvait ses droits. Interrogé à la fin de notre visite, le ministre a retrouvé sa sémantique pour critiquer le gouvernement auquel il appartient : «Nous devons reprendre le contrôle total de ces lieux pour permettre l’accès libre aux religieux et aux touristes ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Le premier ministre est soumis à des pressions, pour des raisons que je ne peux pas comprendre. Nous devons trouver un arrangement politique avec les palestiniens à ce sujet»
Il avait certainement tenu à nous faire part de ce message destiné à une autre frange de la population, à l’autre extrême du gouvernement, qui risque pour des raisons spéculatives de s’orienter, aux prochaines élections, vers d’autres horizons politiques, des horizons encore mieux offrants. A l'occasion de cette visite, Naplouse nous a donnés le spectacle de la mixité entre la politique laïque et les traditions orthodoxes.

lundi 20 février 2012

EDWARD AMIACH : UN VRAI HOMME POLITIQUE



EDWARD AMIACH : UN VRAI HOMME POLITIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE
            
Edward Amiach est un vrai homme politique, au sens noble du terme, parce qu’il se soucie d’abord de ses concitoyens avant de défendre ses intérêts personnels. Il a considéré que sa candidature gênait plus qu’elle n'apportait de plus-value et il ne s'est pas entêté. Alors, pour éviter la division, il a annoncé, dans une longue lettre circonstanciée, le retrait de sa candidature à la députation dans la 8ème circonscription incluant Israël. Il a peur de prendre «le risque d’assister finalement à un vote idéologique qui provoquera la frustration de ne pas répondre aux attentes des électeurs.»  

Je connais la mentalité des hommes d’affaires pragmatiques et ses convictions ne cadraient pas avec la nécessité de se lancer dans une bataille d'égos, au risque de diviser pour gagner : «je refuse de prendre le risque de provoquer une dispersion des voix». Le peuple juif a toujours souffert de sa division et le nombre de candidats en est la preuve. Au lieu de se rassembler pour être forts face à nos ennemis, nous affichons ouvertement notre absence de solidarité alors que l'intérêt général l'exige. Chacun pense être le meilleur et parfois, ce qui est plus grave, on préfère le chaos à la victoire de l'autre.
Je ne le connaissais pas avant d'avoir fait l’interview qu’il m’avait accordée. Il avait une façon d’afficher sa sincérité, pour ne pas dire sa naïveté, qui donnait l’impression qu’il était trop pur pour entrer en politique, dans ce monde d’invectives, d’intérêts privés, de coups bas et d’insultes. C’est un dirigeant d’entreprise à principes rigides alors que les principes n’ont rien à faire dans le combat politique. Il suffit de voir le faible nombre de responsables de sociétés à l’Assemblée pour constater que les hommes d'affaires n'ont ni la niaque et ni la hargne pour le combat politique.
Il quitte la scène des élections de 2012 sur la pointe des pieds, en homme politique responsable, qui a vu l'intérêt de sa communauté avant le sien. Mais durant ces quelques mois, il a gouté à cette drogue qui le mènera certainement, à nouveau, dans un autre registre, vers le combat pour la défense d’Israël. Une lutte digne mais dure, éprouvante mais enrichissante.

A bientôt Edward !  

SLATE - Nucléaire iranien: Washington et Jérusalem en conflit ouvert


SLATE - Nucléaire iranien: Washington et Jérusalem en conflit ouvert

par Jacques BENILLOUCHE

Obama veut croire aux sanctions et à la diplomatie tandis que pour Netanyahou le président américain ne comprend rien au Moyen-Orient et met l'existence même d'Israël en danger.

F15 israéliens et ravitailleur

          Les Américains et les Israéliens font le même diagnostic depuis longtemps sur le problème du programme d'armement nucléaire iranien, il est dangereux et il faut l'arrêter, mais ils divergent de plus en plus sur les moyens à utiliser pour le stopper. Israël est convaincu que les sanctions occidentales ne donneront aucun résultat et s’étonne que Mahmoud Ahmadinejad puisse narguer les occidentaux en s’affichant à la télévision, le 15 février, en train de charger les barres de combustible de son réacteur nucléaire.

Lire la suite en cliquant sur le lien :

http://www.slate.fr/story/50323/INTERNATIONAL-nucleaire-iranien-washington-jerusalem-conflit

 

 

 

 

 

 

dimanche 19 février 2012

EGYPTE : LE DOULOUREUX RÉVEIL AMÉRICAIN


EGYPTE : LE DOULOUREUX RÉVEIL AMÉRICAIN

Par Zvi MAZEL
Ancien ambassadeur d’Israël en Égypte

Caricature parue dans l'hebdomadaire Al Ahram Weekly
Un scorpion qui avait besoin de traverser une rivière, demanda à une grenouille de le mener jusqu'à l'autre rive, sur son dos.
- Il n'en est pas question, répondit la grenouille. Je te connais et je sais que si je te laisse monter sur mon dos, tu me piqueras pour me tuer.
- Mais alors, je vais mourir noyé, répondit le scorpion.
La grenouille finit par accepter, mais alors qu'ils étaient à la moitié du parcours, le scorpion la piqua, lui injectant son venin mortel.
- Mais qu'est-ce que tu as fait, malheureux, s'écria la grenouille. Maintenant, tu vas mourir, toi aussi !
- Je n'y peux rien, dit le scorpion, nous sommes au Moyen-Orient.

Alors que la crise perdure entre les deux pays, l’Amérique découvre avec effarement l’étendue de la haine qu’elle inspire au pays des pharaons.  Comme le reste des  puissances occidentales, elle avait cru à un illusoire printemps arabe sans voir que l’islamisme arabe était incompatible avec la démocratie.

Aide militaire et civile

Les États-Unis ont déversé près de 70 milliards de dollars sur l’Égypte depuis que ce pays a fait la paix avec Israël en 1979. L’aide civile devait servir à améliorer le système scolaire et l’infrastructure, à développer l’économie et à promouvoir la démocratie. L’aide militaire avait pour but d’assurer la stabilité du pays et de permettre à l’Égypte de maintenir son rôle de leader du monde arabe face à l’Iran et à la menace du terrorisme. Des centaines d’avions F-16, de chars Abrams et d’autres armements sophistiqués sont venus remplacer l’équipement vieillot qui datait de l’ère soviétique. Des exercices conjoints se tenaient régulièrement tandis qu’année après année de jeunes officiers partaient suivre des formations aux États-Unis et s’initier aux valeurs de la démocratie.
Pendant le long «règne» de Moubarak, l’armée a été souvent qualifiée de «partenaire silencieux» du régime. Les généraux ne cherchaient pas à s’immiscer dans la conduite du pays, mais s’emparaient en douceur de secteurs économiques de plus en plus étendus : d’abord les industries militaires, puis des industries tout court, des sociétés commerciales et jusqu’à des institutions culturelles (un général a été nommé à la tête de l’opéra), arrivant ainsi à détenir un tiers de l’économie égyptienne. Ce partenariat n’était pas à sens unique. Lors de la grande crise du pain en 2008, l’armée a fait tourner ses fournils pour pallier la pénurie, en mettant sur le marché quantité de pains à prix subventionnés. Prudents, les généraux ne laissaient pas les islamistes infiltrer les troupes et bloquaient l’avancement des religieux trop zélés. Ils n’avaient en effet pas oublié que c’est un extrémiste du mouvement Jihad qui a assassiné le président Sadate lors d’un défilé militaire. Moubarak, qui avait réchappé à cet attentat, était d’ailleurs convaincu qu’en laissant ses généraux s’enrichir il s’assurait leur fidélité et leur dévouement.

Go now !

Pourtant il a suffi d’une seule semaine de manifestations violentes au Caire  en janvier 2011 pour que l’Amérique abandonne son vieil allié auquel le président Obama a lancé d’un ton méprisant «go ! go now !», en précipitant sa chute. Obama s’imaginait sans doute que, libéré des chaines de la dictature, le peuple égyptien prendrait le chemin de la démocratie et renforcerait ses liens avec les États-Unis. C’était une lourde erreur. On a assisté à une explosion de haine contre ce pays tandis que les partis islamistes les plus extrémistes raflaient 75 % des sièges dans le nouveau parlement issu des élections les plus libres que l’Égypte ait connues. Les  Frères Musulmans, récoltant les fruits de leur long travail au sein des populations les plus démunies s’ajoutant à une éducation islamique qui prend les enfants dès leur plus jeune âge pour les encadrer jusqu’à ce qu’ils quittent l’école, ont terrassé la démocratie par knock-out.

Frères musulmans égyptiens
Aujourd’hui l’Amérique assiste, impuissante, au spectacle d’une junte militaire plus brutale encore que Moubarak et qui réprime sauvagement les manifestations, faisant des dizaines de morts, des milliers de blessés et enfermant les protestataires par centaines dans ses prisons. Une junte qui s’est permis d’accuser l’université américaine, située non loin de la place Tahrir, de fomenter des troubles et même d’avancer que c’est de cet établissement que sont partis des coups de feu sur les forces de l’ordre, les obligeant à riposter  et  faisant des victimes dans la foule.  Faire porter la responsabilité de ses actes sur un autre est une technique bien connue en Égypte et les américains font un excellent bouc émissaire.

ONG non grata
Devant le siège de l'ONG National Democratic Institute

En décembre dernier les autorités égyptiennes ont effectué une descente simultanée dans les bureaux de 17 ONG, dont plusieurs américaines. Des documents ont été saisis et les bureaux fermés. Une mesure qui a été interprétée comme un acte de provocation délibéré vis-à-vis des États-Unis. Difficile en effet d’imaginer qu’un gouvernement, nommé et contrôlé par la junte, se serait permis d’agir sans avoir obtenu le feu vert. Les égyptiens ont beau dire qu’il s’agit d’une question purement juridique et que les ONG ne disposaient pas des autorisations nécessaires, ajoutant que lorsqu’elles auraient obtenu ces autorisations elles pourraient rouvrir leurs portes, ce n’est guère convaincant. Au lieu de faire un raid sans préavis, pourquoi ne pas avoir d’abord averti les États-Unis que, si les organisations ne régularisaient pas leur situation dans un délai donné, elles seraient passibles de sanctions ? Aujourd’hui 43 employés de ces ONG, dont 19 citoyens américains, sont retenus en Égypte. Plusieurs américains se sont réfugiés dans leur ambassade.
La junte militaire n’a pas l’air de s’inquiéter outre mesure de la tournure des événements. On a l’impression qu’elle n’est pas mécontente de détourner vers les américains les sentiments de frustration d’un peuple qui attend vainement une amélioration de son sort après la révolution. Sur le plan de la politique intérieure, c’est bien joué : Frères Musulmans et Salafistes, qui voient dans la démocratie américaine leur véritable ennemie, sont à cent pour cent derrière la junte. Quand le Congrès américain a menacé de suspendre l’aide américaine, 71% des personnes interrogées ont répondu que l’Égypte n’avait pas besoin de cet argent ( !) et que, d’ailleurs, les pays arabes pourraient prendre la place des États-Unis. Un argument repris tant par le chef du gouvernement que par le directeur d’Al Azhar.

Risque sur les accords avec Israël
Frontière israélo-egyptienne
 
Issam Alarian, l’un des leaders des Frères, a tout de même lancé un avertissement : si les américains suspendent leur assistance, et bien il faudra revoir les accords de paix avec Israël car cette assistance en fait partie. Ce qui est parfaitement faux ; cette question n’est évoquée nulle part dans le traité.  C’est dans le cadre de leur alliance stratégique avec l’Égypte que les États-Unis accordent à ce pays des milliards de dollars chaque année. On peut d’ailleurs rappeler que la junte, qui s’est engagée a respecter les accords internationaux, est tenue d’honorer un traité que l’Égypte a signé et qui a grandement contribué à sa stabilité.
Tout de même, où donc ont disparu les excellentes relations qui régnaient, nous disaient-on, entre l’État-major américain et ses collègues égyptiens ? Ne pouvait-on s’attendre à un minimum de  reconnaissance  pour les sommes considérables investies dans le développement du pays et la modernisation de son armée ? Et qu’en est-il de ces générations de jeunes officiers qui ont été formées aux États-Unis ?  La junte est elle prête à tirer un trait sur tout cela, dans l’espoir de trouver grâce aux yeux des Frères et d’éviter ainsi d’avoir à répondre de l’attitude de l’armée au cours des années Moubarak?
L’opinion publique américaine est sérieusement échauffée ; des membres du Congrès réclament l’arrêt de l’aide  tant que les employés des ONG n’auront pas reçu l’autorisation de partir. L’administration Obama est dans l’embarras, consciente qu’elle doit faire quelque chose, mais hésitant à prendre des mesures qui sonneraient le glas de la coopération stratégique avec l’Égypte.
Moralité : loin de conduire à une plus grande ouverture et à la démocratie, la chute de Moubarak a donné naissance à un régime tout aussi dictatorial et à une crise de grande ampleur avec les États-Unis. Mais ce pays n’arrive pas à comprendre la profondeur des sentiments anti-américains et se refuse à voir que son alliance stratégique est moribonde. Quant aux Frères Musulmans, ils ont beau être conscients de l’importance de l’aide américaine pour l’Égypte, ils continuent à voir dans la démocratie américaine un obstacle majeur sur le chemin de l’instauration d’un régime islamique – et du rejet du traité de paix avec Israël.

samedi 18 février 2012

L’HOMME-CLÉ DE L’ÉQUIPE DE CAMPAGNE DE SARKOZY


L’HOMME-CLÉ DE L’ÉQUIPE DE CAMPAGNE DE SARKOZY

Par Jacques BENILLOUCHE
               
Patrick Buisson

L’ÉTRANGE MONSIEUR BUISSON


Ce n'est plus une rumeur : Patrick Buisson a bien enregistré Nicolas Sarkozy lors de réunions à l'Elysée. Les extraits d'un enregistrement effectué à l'insu de l'ancien président ont été publiés dans la presse.        
Nicolas Sarkozy, enfin candidat, a choisi lui-même son équipe de campagne resserrée. Certaines personnalités sont certes déjà connues, mais l’une d’entre elles, qui a toujours officié dans l’ombre comme conseiller à l’Élysée, en tant que maitre des sondages et expert en médias, a un passé revendiqué dans l’extrême-droite. Encore aujourd’hui, il est à l’origine de la droitisation du programme du candidat qui recherche ouvertement les voix de Front national, après avoir pillé certains de ses thèmes porteurs.
La garde rapprochée de Sarkozy
Patrick Buisson, journaliste, avait rejoint en 1981 l'hebdomadaire d'extrême-droite «Minute», pour se spécialiser dans les articles contre les «socialo-communistes». Il en profite pour décrire l’ascension politique de Jean-Marie Le Pen avec beaucoup d’indulgence, pour ne pas dire de lyrisme.

Il a produit en 1984 avec Alain Renault, ancien secrétaire national du Front national,  François Brigneau et Roland Gaucher «l’Album Le Pen» qui magnifie la personnalité et les projets du président du FN. François Brigneau, de son vrai nom Emmanuel Allot, journaliste, écrivain, éditeur et militant d'extrême droite français, s’était orienté vers la Collaboration durant la Seconde Guerre mondiale et n’avait pas caché son admiration pour Robert Brasillach, fusillé pour faits de collaboration et rencontré à la prison de Fresnes. Au lendemain du débarquement allié en Normandie, il s’était engagé dans la Milice. Roland Gaucher, de son vrai nom Roland Goguillot,  homme politique, journaliste et écrivain nationaliste français, avait commencé sa carrière à l'extrême gauche comme membre du groupuscule trotskyste, Fédération des étudiants révolutionnaires. Mais il devint l’un des fondateurs, en octobre 1972, du Front national.
Patrick Buisson n’avait pas caché ses sympathies pour l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète, qui s’était opposée à l’indépendance de l’Algérie par des actions terroristes en France et en Algérie. Il ira jusqu’à rédiger avec Pascal Gauchon un ouvrage à la gloire de  cette organisation [1]. Pascal Gauchon, membre d'Ordre nouveau, s'associa en juin 1974 à la création du PFN (parti des forces nouvelles) avec François Brigneau, Jean-François Galvaire, Roland Gaucher, Jack Marchal et Alain Robert. Il devint secrétaire général du PFN, mouvement d'extrême droite, de 1974 à 1981.

De 1976 à 1978, Patrick Buisson a collaboré à la revue « Item » qui «se veut un instrument de réflexion pour lutter contre le terrorisme intellectuel de la gauche». La revue donne la parole aux anciens collabos, aux membres du FN et aux amis politiques de Jean-Marie Le Pen. Il développe les thèmes traditionnels de l’extrême-droite et des pétainistes : l’ordre, la morale, la tradition. Il y écrit notamment [2] : « Le seul Ordre qui vaille et qui dure implique un retour à la valeur qui met l'inégalité au service de l'unité et à laquelle les hommes s'épurent et se mesurent. Une société saine assoit sa hiérarchie sur des inégalités fonctionnelles résultant de différences naturelles. Purifier l'ordre social par les forces qui lui sont extérieures, c'est-à-dire reconstruire une société où les rapports et les hiérarchies s'enracinent dans la nature et s'élèvent jusqu'à Dieu. »
Le message de Nicolas Sarkozy est clair. En plaçant au sommet de son équipe de campagne un expert qui a flirté avec des militants et des organisations antisémites, il montre que tous les moyens sont bons pour garantir sa réélection et précise l’orientation droitière qu’il compte donner à sa campagne. Tout est bon pour attirer à lui les voix de Marine le Pen, quitte à s’entourer de tous les gourous qui ont fait les beaux jours de son père. Mais il joue avec le feu car, en tant que candidat prônant des idées d'extrême-droite, il risque de pousser de nombreux électeurs à choisir l'original plutôt qu'une pâle copie et à voter pour Marine Le Pen. La politique a des raisons que la raison ignore.  


 [1] « OAS. Histoire de la résistance française en Algérie », par Patrick Buisson et Pascal Gauchon, 1984.
[2] « Ordres nouveaux, nouveaux désordres », Patrick Buisson, revue "Item" mars-avril 1976.