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mercredi 24 juillet 2013

ISRAËL FACE AU RÉVEIL DU NATIONALISME KURDE



ISRAËL FACE AU RÉVEIL DU NATIONALISME KURDE

Par Jacques BENILLOUCHE 
copyright © Temps et Contretemps
           

Les Kurdes sont un peuple d'origine indo-européenne réparti dans la  région du Kurdistan, à cheval sur quatre pays : Turquie (12 millions), Iran (7 millions), Irak (6 millions) et Syrie (2 millions). En communauté de destin avec les Arméniens et les Juifs, ils ont toujours été persécutés et massacrés sans pouvoir créer leur propre foyer national. Ils se battent depuis des décennies pour obtenir un État indépendant ou au moins, une autonomie et des droits culturels dans la région où ils vivent.





Rupture israélo-turque



En juin 2010, ils avaient été pris dans un étau turco-syrien lorsque des troupes syriennes avaient été engagées dans des combats acharnés. Ils avaient alors subi la destruction de quatre villes du nord, entrainant la mort de plusieurs centaines d’entre eux. Israël et l’Occident n’avaient pas  réagi ; chaque pays avait à l’époque ses propres raisons. Les Israéliens s’étaient résolus à geler leur soutien actif aux Kurdes au profit du développement de relations exclusives avec la Turquie. Mais le coup de froid dans la diplomatie avec  la Turquie les ont libérés de leur réserve. 
Abdullah Öcalan

Les israéliens n’avaient jamais cessé de soutenir matériellement les groupes d’opposants et d’armer les militants nationalistes qui ont d’ailleurs fait quelques infidélités à l’État juif. Ainsi, les Israéliens n’avaient pas apprécié qu’Abdullah Öcalan, leader du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), s’allie avec le Hezbollah et la Syrie dans sa stratégie de lutte contre son ennemi turc. Le Mossad avait d’ailleurs été accusé d’avoir participé à son enlèvement à Nairobi en 1998 pour le remettre aux Turcs.



Alliance historique



Les relations avec les Kurdes sont anciennes puisqu’elles datent de 1958. Dans le cadre d’une alliance avec le Shah d’Iran, Israël avait armé et entrainé les Kurdes du nord de l’Irak pour les aider à lutter contre le gouvernement de Bagdad. Le soutien s’est transformé, en 1963, en une aide matérielle massive acheminée par l’intermédiaire de l’Iran et en un soutien humain avec l’envoi de conseillers techniques et de médecins. Les officiers kurdes reçurent directement, dans les montagnes du Kurdistan, des cours de formation dispensés par des officiers de Tsahal. 
Massoud Barzani

Les Kurdes n’ont d’ailleurs pas manqué de renvoyer l'ascenseur en 1967, durant la Guerre de Six-Jours. Devant la mobilisation générale des armées arabes contre Israël, ils ont fomenté des troubles dans leur région pour forcer les troupes irakiennes à se détourner en partie des frontières israéliennes. Cela explique ainsi la faible participation des Irakiens à la guerre de 1967. En remerciement, l’État juif avait fourni aux Kurdes le matériel russe récupéré sur les armées égyptienne et syrienne en déroute. Le leader kurde de l’époque,  Massoud Barzani, avait confirmé avoir reçu plusieurs millions de dollars d'aide de la part d’Israël pour financer sa révolte.



Choix stratégique d’Israël





Mais Tayyip Erdogan, qui avait brusquement fait le choix de l’alliance avec les États arabes, a vu, dans le réchauffement du front kurde, la main manifeste des Israéliens dans une tentative de le déstabiliser à travers des attaques kurdes contre des bases militaires et contre des cibles navales.

 Cette réactivation du front kurde n’était certes pas pour déplaire à Israël car l’armée turque avait alors fait pression sur son gouvernement pour obtenir les nouveaux armements qui lui faisaient défaut depuis la rupture avec Israël. Les fournitures d’armes avaient en effet cessé et en particulier les systèmes de missiles israéliens, les roquettes antichars «Spike», les missiles «Barak-8» pour la marine, les blindés «Namer» pour le transport de troupes et les drones. Benjamin Netanyahou avait décidé d’adopter une attitude ferme à l’égard des dirigeants turcs.
Blindé Namer



Activisme kurde



Le premier ministre israélien avait constaté qu’avant la révolution syrienne, le Hezbollah avait déjà rejoint l’axe turco-syrien pour aider les Syriens à bloquer les Kurdes pourchassés jusqu’à la frontière libanaise. Le président syrien voulait empêcher les combattants kurdes d’y trouver refuge. De nombreux barrages avaient d’ailleurs été établis dans plusieurs villes libanaises pour traquer les Kurdes dans leur fuite et les massacrer. 
Combattantes kurdes
  

Estimant que le moment était venu de peser dans la situation de la région, les deux principales formations kurdes de Syrie, farouchement opposées au président Bassar el-Assad, avaient décidé de se regrouper au sein d’une seule entité après des négociations tenues au Kurdistan irakien. Le Conseil national kurde, qui regroupe une douzaine de partis, et le Conseil populaire du Kurdistan occidental sont désormais unis sous la bannière du «Conseil suprême kurde» après des discussions auxquelles a participé le dirigeant du Kurdistan irakien, Massoud Barzani.

Les israéliens, qui s’inspirent de leur histoire, verraient avec intérêt la création d’un foyer national kurde autonome. L’entité nouvelle, d’une part rognerait sur la taille des pays qui lui sont hostiles et d’autre part, constituerait un contrepoids efficace face à un Iran islamiste, envahissant et prosélyte. Par ailleurs, la frontière entre l’Iran et un Kurdistan nouveau, allié d’Israël, permettrait d’avoir un œil sur les activités occultes de l’Iran.



Alliance de circonstance


Maher Al-Assad


Pour contrer à la fois les Kurdes et la Syrie, l'armée turque a renforcé son dispositif le long de la frontière syrienne avec l'envoi de batteries de missiles sol-air et de véhicules de transport de troupes à Mardin, au sud-est. Bassar Al-Assad, a réorganisé de son côté son État-Major en donnant une place de choix à son frère cadet, le général Maher Al-Assad pour permettre à l’armée syrienne d’être à nouveau en ordre de bataille pour contrer les troupes rebelles.

Par ailleurs, cherchant à exploiter les relations conflictuelles entre la Turquie et le PKK, le président syrien a décidé d’utiliser les troupes kurdes contre Erdogan. Il a autorisé les Kurdes d’Irak à passer la frontière en masse pour se positionner à la frontière syrienne et a obtenu en contrepartie la neutralité des Kurdes dans la révolution. Il les a même autorisés à opérer le long de la frontière turque. 
Kurdistan syrien

Le président syrien a fait preuve de génie politique puisqu’il a offert aux Kurdes la possibilité de s’implanter au Kurdistan syrien. Il a ainsi évité à cette minorité du nord de la Syrie de rejoindre les rebelles syriens et a récupéré ses troupes du nord pacifié pour les envoyer consolider le front sud. Enfin il a créé un nouveau point de fixation contre la Turquie qui se trouve obligée de faire face à une nouvelle menace à sa frontière méridionale.
Kurdes en parade

Selon des sources sécuritaires israéliennes, les troupes du nouveau «Conseil Suprême Kurde», qui ont uni leurs combattants et leur armement, ont déjà pris le contrôle de deux villes frontalières syro-turques : Afrin et Aïn Al-Arab. Ils envisagent ainsi de perpétrer de nombreux raids contre la Turquie pour obtenir, par les armes, l’autonomie du Kurdistan syrien. Le peuple kurde parait être revigoré après des années de répression et il envisage à présent d’exploiter la révolution syrienne à son profit. Il semble être le seul gagnant du chaos syrien.



Autonomie du Kurdistan syrien



Les révolutions arabes et la guerre en Syrie ont entrainé l’éveil des minorités et ont fait  renaitre les appétits des Kurdes qui n’hésitent plus à engager le fer avec ceux qui constituent un obstacle. Leurs ennemis déclarés à présent sont les djihadistes qui veulent s’installer dans leur fief. Une trentaine de combattants islamistes ont été tués ce qui a abouti à l’expulsion des fondamentalistes de Qamishli, une ville frontalière avec la Turquie.
Saleh Muslim
 

Les Kurdes estiment que le moment est venu d’instaurer une autonomie territoriale et économique sur une région constituée des neuf localités kurdes, volontairement évacuées par l’armée syrienne, où ils sont majoritaires. Les djihadistes représentent le seul obstacle à leur projet et les Kurdes veulent exploiter l’hostilité croissante de la part de l’Armée syrienne libre (ASL) et de la population ainsi que des grandes puissances. Saleh Muslim, chef du Parti de l’union démocratique (PYD), émanation syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a d’ailleurs déclaré : «Nous pensons que la crise en Syrie n’est pas près de se terminer, donc nous avons besoin de créer une entité autonome démocratique dans le Kurdistan occidental, c’est-à-dire la province de Hassaka et des parties de la province d’Alep».

Approvisionnement énergétique
 

Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a mis en garde les Kurdes contre toute velléité autonomiste car elle «aura pour effet d’envenimer les combats, et d’aggraver la situation intenable en Syrie». La prise de la ville syrienne de Ras al-Ain, près de la frontière turque, par le PYD a exacerbé les tensions car elle met en danger l’approvisionnement en énergie en provenance du Kurdistan irakien à travers l’oléoduc reliant Kirkouk et Ceyhan en Turquie. Les Turcs craignent que l’autonomie kurde en Syrie soit contagieuse jusqu’à encourager le séparatisme kurde en Turquie.

Oléoduc turc

En fait les combats entre le PYD et les islamistes du nord de la Syrie cachent le véritable combat pour le contrôle des champs de pétrole de la région.  Ainsi dans la province kurde de Hassakeh, la bataille fait rage autour du champ pétrolier Rumeilan, à environ 200 km  à l'est de Ras al-Ain. Mais les appétits personnels resurgissent toujours lorsque l’objectif est presque atteint, entrainant la scission des Kurdes syriens en deux clans. Le premier est représenté par le Qandil qui comprend les partis kurdes de Syrie proches du PKK et l'Union patriotique du Kurdistan plus proche de l'Iran, la Russie et la Syrie et plus critique de la Turquie. Le second front Erbil dirigé par Massoud Barzani est plus proche de la Turquie mais manque d'influence à l'intérieur des régions kurdes de Syrie.

En fait les révolutions arabes sont en train de recomposer le paysage du Proche et Moyen-Orient. Les vieux nationalismes vont peut-être obtenir satisfaction sur leurs vieilles revendications. D’autres peuples, et ils n’en manquent pas dans la région,  vont s’inspirer de ce développement politique pour exiger de nouveaux droits et peut-être de nouvelles autonomies. Il est probable qu’à l’avenir des régions entières de Syrie, d’Irak et même de Turquie vont éclater en entités nouvelles recomposant ainsi les lignes de frontière arbitraires, imaginées par les Anglais et les Français au temps où ils se partageaient le Moyen-Orient.

5 commentaires:

Hasan URAN a dit…

Le terrorisme est l'emploi de la terreur à des fins politiques.sans commentaire.......

Pat Quartier a dit…

Oui,cher Mr Benillouche, ainsi que vous l'écrivez fort jstement, la carte géopolitique du Moyen -Orient est en train de subir-parlons par euphémisme- des "réajustements" certainement susceptibles de remettre en cause le tracé des frontières et des pays créés artificiellement selon leurs interets par les anciennes puissances coloniales, l'Angleterre et la France.
A israel d'en profiter avec machiavélisme en faisant sauter les idées reçuees qui bloquent toute évolution paisible dans la région ;il en faut peu pour que l'Egypte écrase sans faire dans la dentelle israélienne Gaza réoccupe ou mette au pas cette bande de terrain sous qui était sienne avant la guerre des 6 jours.
Israel peut trouver des arrangements avec la Jordanie pour régler économiquement la zone transjordanie peuplée de jordano-palestiniens et leurs descendants.
Profiter de l'éclatement de la Syrie (à encourager sans modération)pour en finir avec le Golan au besoin en suscitant des alliances militaires... et tout cela au nez et à la barbe de "nos amis" Européens à qui il ne faut rien céder pour préserver les intérêts vitaux d'Israel et son avenir qui ne passe pas par par une scission impossible de son petit territoire.
Les stratèges israeliens doivent sortir du statu quo en liquidant avec ses voisins -donc n'en déplaise, par négociations directes surtout sans aide européenne- intelligemment le "problème" palestinien inventé pour lui nuire.
Ce ne serait que justice de l'Histoire en d'éliminer de la région les anciennes puissances avec lesquelles nous sommes en divergence d'intérêt notoire, celles-ci ayant avantage à poursuivre le conflit pour des raisons impérialistes pétrolières et pour certaines se donner l'illusion d'exister.
Nul doute que les grands perdants des suites des bouleversements de la région seront la France, son inutile politique arabe et l'UE.
On peut donc en conclure logiquement que les tensions avec elles ne sont pas prés de s'apaiser,pour parler modérément.
Alors vive les démantélements turques, irakiens, Syriens, Libanais et Palestiniens et autres bonnes surprises à venir.
Champagne!

Sylvain C.T a dit…

Une précision. Les Kurdes ont participé au génocide des Arméniens en 1915. Mais ils le reconnaissent et le principal parti politique kurde au parlement de Turquie a demandé que le gouvernement reconnaisse le génocide.

Jeremie a dit…

les kurdes avancent bien dans leur projet. ils savent se ressembler dans le conseil "supreme", et defendrent un pays qu'ils meritent.

ils marquent des points en Irak , en Syrie, ils leur restent à traiter le gros morceau de la turquie qui va leur accorder vu leur determination une autonomie.

j'ai confiance en eux, ils sont motivés et la region n'a jamais changé depuis le partage france angleterre. des occasions comme celles là se reprettent rarement dans l'Histoire.

pour le moment les Kurdes ont fait un sans faute...

Anonyme a dit…

Un Kurdistan indépendant va apporter un équilibre dans cette région dont les frontières constituent une équation sans solution, car ces frontières ont été tracé à la règle à une époque où à part les intérêts géostratégiques, on ne pensait pas à grand chose d'autre. Les kurdes méritent bien plus un etat que la palestine, qui est un peuple sans aucun fondement,.