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dimanche 13 octobre 2013

LA KIPPA, UNE TRADITION ET NON UNE OBLIGATION



LA KIPPA, UNE TRADITION ET NON UNE OBLIGATION

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps



Antonis Samaras

Les esprits religieux se sont échauffés à l’occasion de la visite du premier ministre grec, Antonis Samaras, à Yad Vachem parce qu’il a refusé de porter une kippa lors d’un service commémoratif pour les victimes de la Shoah qui avait lieu dans la crypte du Souvenir. 




Pas d’obligation de kippa pour les non-juifs


Les grands mots ont été utilisés pour fustiger ce refus jusqu’à le qualifier d’incident diplomatique. Un responsable de Yad Vachem a expliqué que : «Les visiteurs sont invités à se couvrir la tête seulement lors de la visite de la crypte Yizkor, où reposent des cendres des victimes des camps de concentrations. Yad Vashem regrette que le premier ministre grec ait refusé de porter une kippa, mais c’était sa décision». 
Erdogan à Yad Vashem

Il est vrai que rares sont ceux qui refusent le port de la kippa à Yad Vashem. Jacques Chirac avait refusé en 1996 de la porter mais avait finalement accepté de couvrir sa tête d’un chapeau. En 2005, le premier ministre turc Tayyip Erdogan avait refusé tout couvre-chef. Mais il ne semble pas que la visite du dirigeant islamiste ait provoqué à l'époque autant de remous qu'aujourd'hui. 
Il faut préciser que, du point de vue de la loi juive, un non-juif n'est pas obligé de porter une kippa, quel que soit l'occasion et même à l’intérieur d’une synagogue. Il pourra le faire par  respect pour ceux qui l’invitent sans que cela soit considéré comme une obligation. Parler donc d’incident diplomatique reste donc du domaine de l’exagération et de la volonté de certains religieux de monter en épingle une simple anecdote.



Pas d’obligation divine

La kippa




Pourtant il n’existe pour les Juifs ni obligation divine et ni injonction rabbinique qui impose de se couvrir la tête. Il s’agit plutôt d’une tradition ou d’une habitude historique. La kippa vient de la racine Kaf signifiant cuillère ou paume pour illustrer sa forme incurvée. Elle a donné l’expression kippour qui se traduit par recouvrement pour symboliser le recouvrement des fautes et kape en yiddish au sens de couvre-chef. On retrouve d’ailleurs en français des dérivations militaires de ce terme dans képi ou capitaine, l’homme qui est à la tête.

La kippa n’a aucune origine biblique ni talmudique selon les textes sacrés. Au fil du temps elle a été certes l’élément qui distinguait les Juifs des païens dans le monde antique. Dans le livre de Chémot, l’Exode, les prêtres appelés Cohanim portaient une tiare d’apparence royale pour se distinguer des fidèles. Ils voulaient aussi éviter d’exposer leur chevelure ce qui pouvait être considéré comme une mesure d’humiliation ou de deuil. À l’époque de la Michna les disciples des Sages avaient simplement pris l’habitude de porter leur talith sur la tête. 
Rabbin Joseph Caro

Il faut attendre le Moyen-âge pour que la kippa devienne un signe de piété. Le Choulhan Aroukh, code de la Loi juive compilé par le rabbin Joseph Caro au XVIe siècle, légiféra «qu'il est interdit de marcher 4 coudées, soit deux mètres, la tête nue». C’est donc un décret unilatéral et humain qui a institué le port de la kippa et qui a cependant été combattu par plusieurs maitres de l’époque. Ils considéraient en effet la kippa comme un «minhag».  
Ce terme hébreu se réfère à une coutume acceptée par une communauté dans le judaïsme mais elle ne  s'appuie ni sur une prescription biblique, ni sur une ordonnance rabbinique, mais sur l'adoption d'une coutume propre à une figure spirituelle importante. Ainsi se couvrir la tête est  une tradition si populaire que la kippa est devenue par la réalité des faits un signe distinctif du judaïsme, alors que le port des tsitsits, franges à ses vêtements, d'origine biblique, n'est observé que par les juifs  les plus pratiquants.



Trois thèses pour le port de la kippa



L’obligation du port de la kippa se fonde sur plusieurs thèses qui ne s’appuient pas spécifiquement sur un ordre religieux.
Prière des Cohanim au Kotel de Jérusalem

La kippa a été intégrée dans la tenue juive pour distinguer le religieux du laïc. Elle était l’apanage des prêtres, des Cohanim. Mais le peuple juif défini comme une «royauté de prêtres» a été disséminé à travers les continents. Dans son exil, il a donc estimé au Moyen-âge nécessaire de porter les insignes de la prêtrise pour assumer son rôle de peuple élu qui lui a été dévolu dans le monde. Tous les Juifs, et non seulement les prêtres, ont considéré la kippa comme un signe distinctif de l’exil.  Dans la Bible, une seule allusion est faite à ce sujet chez le prophète Ezéchiel (24-23)  quand il conseille au peuple qui part en exil de garder sa coiffe sur la tête.

La kippa devient un insigne moral dans le traité Kidouchim (31a) car elle est assimilée à un signe d’humilité et de crainte divine puisque Dieu est présent au-dessus de la tête. D’ailleurs aux États-Unis la kippa porte le nom de Yarmulke qui signifie la crainte du roi. Elle rappelle aux fidèles la nécessité de maintenir un degré de moralité dans son existence.  
Tonsure romaine

Une troisième explication trouve son fondement dans la volonté de contrer la religion chrétienne puisque les Chrétiens avaient obligation de se découvrir en entrant dans une église. Les Juifs ont donc décidé de faire le contraire. En revanche, la kippa portée par les hommes d’Église, papes et cardinaux, n’a aucun lien avec la kippa juive. Elle avait à l’origine pour but de recouvrir la tonsure, pratique adoptée par certaines Églises chrétiennes, consistant à raser une partie des cheveux d'un clerc en signe de renonciation au monde. La kippa sacerdotale mettait tous les prélats au même niveau.



Signe de ralliement
Kippa de braslav



            Mais la kippa est devenue en Israël un signe de ralliement. Les élèves des écoles talmudiques portent la kippa de velours noir et leurs ainés, le Shtreimel pour les jours de fête. Les hassidim de la secte Braslav arborent une grande kippa blanche tricotée avec gravé, au fronton, le nom du rabbin Nahman, fondateur de la dynastie hassidique de Bratslav. Enfin, la kippa tricotée est portée par les religieux sionistes.
Rabbin Moshé Feinstein

            Le port de la kippa au travail en milieu juif reste conseillé mais il n’est pas obligatoire en milieu non-juif afin d’éviter tout éventuel conflit. Le rabbin Moshé Feinstein avait soulevé le problème de la subsistance matérielle, la Parnassa, qui peut être mise en danger par la kippa. Éminent talmudiste et décisionnaire en matière de Loi juive, expert en Halakha mondialement reconnu,  de facto l'autorité rabbinique suprême pour les Juifs orthodoxes, il a donc suggéré plus de souplesse dans le port de la kippa en milieu non-juif. D’ailleurs pour le Gaon de Vilna aussi il n’y a aucune interdiction d’avoir la tête découverte dans la vie de tous les jours sauf pour les rabbins mais il suggère de se couvrir la tête pendant la prière par mesure de respect.
Le Gaon de Vilna

            Les juifs ultra-orthodoxes, tout en se couvrant la tête d’une kippa en marque de piété, tiennent à se distinguer des non-juifs en portant un chapeau à larges bords borsalino. À l’origine, les rabbins le portaient en permanence pour marquer leur fonction. Puis il est devenu progressivement un signe distinctif pour reconnaitre les adeptes de la communauté orthodoxe. Cette tradition a été importée par les ashkénazes des pays de l’Est puis s’est étendue par mimétisme à toutes les classes religieuses et aux séfarades d’Afrique du nord à leur arrivée en Europe. 
Grand rabbin Bernheim

          On relève ainsi que le Grand rabbin Bernheim, qui n'était pas un orthodoxe bon teint, n’a porté le chapeau que depuis sa nomination au Grand rabbinat. Il voulait marquer sa fonction sacerdotale et signifier qu’il était aussi le rabbin de toute la diversité juive, orthodoxes compris. En fait, Le costume noir et le chapeau borsalino ont remplacé la soutane des rabbins consistoriaux au 19e siècle.



Incident déplacé

Samaras à Yad Vashem



            La levée de boucliers de la part des religieux contre le premier ministre grec est donc déplacée à l’égard d’un ami sincère d’Israël alors que le port de la kippa n’est pas un commandement divin. Il n’y avait aucune raison de frôler l’incident diplomatique. Il ne peut être toléré d’imposer des règles à un illustre dirigeant étranger qui visite notre pays sauf à vouloir se comporter comme les iraniens qui imposent aux femmes journalistes le port du  voile. La religion est une affaire purement privée qui ne peut interférer sur les relations diplomatiques entre États, à fortiori lorsque l’objet du litige n’entre pas dans le domaine de la religion mais des traditions communautaires.


10 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Quand il ne restera plus que les problèmes de kippa à régler, nous pourrons dire que les peuples auront accédé au bonheur !

Marc a dit…

Article très intéressant. Ceci dit, comme vous le soulignez, le 1er ministre aurait pu (du?) - à défaut de porter la kippa - au moins se couvrir la tête juste en signe de respect et de recueillement, particulièrement dans ce lieu.


La diplomatie c'est d'abord prendre en considération la complexité de celui avec qui on échange.

andre a dit…

Le Premier ministre grec ne veut pas d'une photo deui avec une kippa sur la tête .Il craint qu'elle soit détournée par les racistes et les antijuifs d' Aube dorée .
Voilà tout !
Tout le reste n'est que verbiage.
André MAMOU

Gérard AMSELLEM a dit…

C'est vrai....mais si,on supprime les traditions, il reste quoi ? La,tradition est le fil conducteur des générations....elles ne sont pas immuables ni sacrées mais c'est l'A3ada ! »

Unknown a dit…

A propos de la Grèce, les tour-operators indiquent ceci :
"Les visites de certains sites imposent une tenue vestimentaire adéquate. Pas de short pour les hommes, les femmes devant porter des jupes descendant en-dessous des genoux et avoir les bras couverts. Votre guide vous communiquera l'information avant chaque nouvelle journée."

Cette mesure s'applique notamment sur les sites antiques comme celui d'Olympie où ne subsistent que quelques ruines. Le premier ministre grec aurait donc pu faire un effort au nom de la réciprocité.

David Nataf a dit…

Bonsoir me Benillouche,
Pourriez vous nous dire à partir de quels éléments vous qualifiez les breslevs de sectes ?

Merci par avance

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ David NATAF

Je ne vois pas pourquoi vous semblez prendre le terme secte sous une connotation péjorative.

Selon tous les dictionnaires le mot secte désigne soit un ensemble d'individus partageant une même doctrine philosophique ou religieuse soit un groupe de fidèles qui se sont détachés de l'enseignement officiel d'une religion pour créer leur propre doctrine ou leurs propres pratiques.

Une secte peut aussi désigner une branche d'une religion, une école particulière. En ce sens, ce mot n'a rien de péjoratif.

La dynastie hassidique de Bratslav est effectivement une branche du hassidisme fondée par le rabbin Nahman de Bratslav, arrière-petit-fils du Baal Shem Tov. Cette dynastie se distingue profondément des autres courants hassidiques par sa doctrine, ses pratiques et sa croyance que nul ne peut succéder à Rabbi Nahman, ce qui a valu à ses adeptes la dénomination de toyte hassidim (« hassidim morts »).

Merci pour votre commentaire.

massiloupiot a dit…

"La diplomatie c'est d'abord prendre en considération la complexité de celui avec qui on échange. "

En effet, on m'a appris que lorsqu'on était en visite à l'étranger, il fallait toujours se plier aux coutumes locales.

Mais il y a l'autre point de vue, celui de l'hospitalité qui voudrait que notre hôte se sente comme chez lui et dès lors bénéficie d'une certaine tolérance par rapport à sa propre culture.

En France, on n'a jamais obligé un chef d'Etat arabe ou africain à enlever son couvre-chef alors que cela contrevient à une de nos règles élémentaires de politesse qui veut qu'un homme reste tête nue à l'intérieur d'un bâtiment. Pour une femme, cela reste permis. A l'exception du tchador, qui devrait être ôté car contraire aux Lois laïques de ce pays. Mais en pratique, ce n'est jamais le cas.

Alors voilà: si la France y arrive, il n'y a aucune raison qu'Israël n'y arrive pas également.

massiloupiot a dit…

"La diplomatie c'est d'abord prendre en considération la complexité de celui avec qui on échange. "

En effet, on m'a appris que lorsqu'on était en visite à l'étranger, il fallait toujours se plier aux coutumes locales.

Mais il y a l'autre point de vue, celui de l'hospitalité qui voudrait que notre hôte se sente comme chez lui et dès lors bénéficie d'une certaine tolérance par rapport à sa propre culture.

En France, on n'a jamais obligé un chef d'Etat arabe ou africain à enlever son couvre-chef alors que cela contrevient à une de nos règles élémentaires de politesse qui veut qu'un homme reste tête nue à l'intérieur d'un bâtiment. Pour une femme, cela reste permis. A l'exception du tchador, qui devrait être ôté car contraire aux Lois laïques de ce pays. Mais en pratique, ce n'est jamais le cas.

Alors voilà: si la France y arrive, il n'y a aucune raison qu'Israël n'y arrive pas également.

esther p a dit…

Pourquoi citer Bernheim en exemple après ses malversations qui sont du domaine public?!