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mercredi 18 décembre 2013

ORAN 5 JUILLET 1962 : LE MASSACRE CENSURÉ Par Jean CORCOS


ORAN 5 JUILLET 1962 :  LE MASSACRE CENSURÉ

Par Jean CORCOS
 copyright © Temps et Contretemps

Des soldats français le 14 juin 1962 sur la Place d'Armes à Oran

Ma dernière émission abordait un sujet historique totalement occulté dans la mémoire nationale. Le 5 juillet 1962, deux jours après le transfert de souveraineté et jour de la proclamation de l'indépendance de l'Algérie, alors que la guerre était officiellement finie avec la France depuis plusieurs mois, plusieurs centaines d'Européens furent massacrés dans des conditions épouvantables dans la ville d'Oran, quasiment sous les yeux de l'armée française encore présente en nombre dans la ville. 

 




Une boucherie



Non seulement les troupes ne firent pratiquement rien pour empêcher cette boucherie, mais en plus, la nouvelle fut ignorée des grands médias, et ce silence dure quasiment depuis plus de 50 ans. Il y a quelques semaines, une pétition internationale était enfin lancée [1] dont voici un extrait : «Le 5 juillet 1962, en ce premier jour de célébration de l'indépendance de l’Algérie, s'est commis à Oran un véritable crime contre l'Humanité. Crime passé sous silence, comme tant d'autres encore ! Mais 51 ans après, n’est-il pas temps que toute la lumière soit faite enfin sur ce massacre ? 51 ans après, n'est-il pas temps que les archives algériennes et françaises soient enfin ouvertes à tous les historiens et qu'une enquête internationale digne de ce nom soit entreprise ?»

Pour en parler, j'ai donc eu comme invité un des initiateurs de cette pétition, Gérard Rosensweig, français rapatrié d'Algérie, et témoin des évènements (il avait 20 ans en 1962). Pour planter le décor, il a apporté quelques précisions en réponse à mes questions. Oran, première ville européenne d'Afrique à l'époque, comptait au début de la guerre d'Algérie 350.000 habitants dont 190.000 Chrétiens et Juifs. 

L'Oranais fut relativement épargné par le terrorisme durant les premières années avec environ 10 tués par mois. Mais vers la fin commencèrent - avec des horreurs des deux côtés - le cycle infernal des attentats et des représailles entre l'O.A.S et le F.L.N. L'armée a commencé à se désengager dès le mois d'octobre 1961, les enlèvements d'Européens ont débuté dès le mois de mars, au moment du cessez-le-feu. Combien étaient-ils encore dans la ville en ces premiers jours de l'indépendance? D'après mon invité, seulement 20.000, pour un tiers ceux qui espéraient vraiment rester, pour un tiers ceux qui avaient retardé leur départ, les autres étant simplement coincés car alors l'exode se heurtait à un embouteillage total, les bateaux et avions étant pris d'assaut.



Chasse à l’Européen



Le 5 juillet, à Oran comme dans toute l'Algérie, de grands défilés se préparaient pour célébrer l'indépendance. La veille, de nombreux musulmans avaient prévenu leurs amis français de ne pas sortir ce jour là. Et, de fait, tout va se passer très vite : aux environs de 11 heures le matin, les premiers coups de feu sont entendus en plein centre ville, sur la Place d'Armes qui jouxte les quartiers juifs de la ville. Alors commence une «chasse à l'Européen», avec des tueries sur place, à l'arme blanche ou à l'arme automatique, dans la rue, dans des cafés et des commerces, une partie des victimes étant conduites au commissariat central ou au «Petit lac» (quartier musulman), où tous seront assassinés. Des scènes atroces sont rapportées dans les ouvrages de référence [2] [3], mais j'ai préféré qu'elles ne soient pas évoquées à l'antenne ...

Combien de victimes au total ? D'après Gérard Rosensweig, on ne connaitra jamais le bilan définitif, mais en recoupant les témoignages on serait dans une fourchette comprise entre 700 et 1.000 tués - hommes, femmes, enfants - ce qui correspondrait pour l'estimation haute à une fois et demi Oradour sur Glane !

Qui a commis cet horrible massacre ? J'ai soumis à mon invité plusieurs explications. Première hypothèse, cette tuerie a été spontanée, c'est une foule algérienne déchainée qui a fait une sorte de pogrom pour se venger des exactions de l'OAS quelques semaines auparavant. Deuxième explication donnée par le politologue Bruno Etienne, disparu il y a quelques années, met en cause une Katiba - compagnie - particulière de l'Armée de Libération Nationale (ALN) venue du Maroc, et hostile au gouvernement du GPRA qui venait de s'installer à Alger ; il se serait agi somme toute de saboter les modérés et surtout les accords d'Evian. Troisième explication, ce fut décidé par le commandement local du FLN à Oran, mené par les partisans de Ben Bella qui devait très vite renverser Benyoucef Benkhedda à la tête du pays. Quatrième explication, de toute façon c'était le dernier acte d'un plan prévu très longtemps à l'avance par le FLN et qui, malgré sa propagande, ne voulait absolument pas d'une Algérie multiethnique après l'indépendance.



Responsabilités

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Mon invité n'a pas tranché sur les responsabilités des massacreurs, mais a tout de suite désigné le principal coupable à ses yeux, le général Katz, commandant en chef des troupes françaises qui ont encore 18.000 hommes dans le secteur et qui n'ont rien fait. Katz savait tout, parce que le Cercle Militaire était à 100 mètres de la Place d'Armes où on a massacré, parce qu'il a même survolé la ville en hélicoptère vers midi et demi. Il n'enverra les premières patrouilles qu'à partir de 17 heures. Il n'a rien fait, car on lui en a donné l'ordre au sommet de l'Etat. A noter, malgré les consignes de ne pas bouger, les deux officiers qui eurent le courage de désobéir dont un musulman, le lieutenant Rabah Kheliff, sauvant ainsi des centaines de personnes.

Les autorités françaises vont donner immédiatement à la presse le chiffre de 25 morts, et les consignes de silence seront rigoureusement suivies ... à commencer par le Général De Gaulle, qui passa à la télévision le soir même. Quels furent les échos, malgré tout ? Il y eut un reportage dans Paris-Match parlant de «chasse à l'Européen» dans Oran - numéro quasi introuvable d'après Gérard Rosensweig - mais sans mention du massacre ; quelques informations, brèves aussi, dans l'Aurore et dans des journaux de Province. Comment expliquer ce silence ? Plusieurs thèses : on est en plein été, les vacances vont commencer ; la population française en a assez de l'Algérie ; les rapatriés ont une mauvaise image, on ne veut pas les écouter. Il en sera de même, aussi, pour les disparus, dont 3.018 noms sont officiellement recensés par le Ministère des Affaires Etrangères - enlevés entre novembre 1954 et mars 1963; soit longtemps après la fin de la colonie française. Leurs noms sont désormais écrits sur un mur, à Perpignan.
Hélène COHEN
On commence à parler un peu de ces évènements sur nos écrans, mais étrangement en passant des documentaires très tard le soir : c'est ainsi qu'est passé à 23h10 le film «L'été où ma famille a disparu» d'Hélène Cohen ; c'est ainsi qu'était diffusé aussi fort tard «Les disparus, histoire d'un silence d'État». Plusieurs explications, à nouveau. La première concerne un épisode tellement honteux pour la France que les mêmes médias, qui ont ressassé jusqu'à plus soif la légende d'une armée israélienne complice pendant les massacres de Sabra et Chatila, ne veulent pas que l'on sache ce qu'a laissé faire l'armée française. La deuxième explication implique la responsabilité ultime du Général de Gaulle qui était devenu l'icône inattaquable de toute la classe politique française, de l'extrême droite à la gauche radicale. Et enfin la troisième explication est relative à l'Histoire racontée en opposant toujours les bons et les méchants, sachant que les Pieds Noirs sont définitivement les méchants pour cette guerre. Et c'est un fait que les documentaires, livres et films dénonçant - à juste titre - les exactions de l'armée française en Algérie et la torture, ont soigneusement mis de côté les épisodes peu glorieux qui ont accompagné l'indépendance.
Gérard Rosensweig a dit à notre antenne que la pétition avait maintenant dépassé les 6.000 signatures, mais qu'il espérait plus, bien sûr. Ont rejoint cet appel pour la vérité historique des personnalités comme les historiens Georges Bensoussan et Pierre Vermeren; le Prix Nobel Claude Cohen-Tannoudji, le courageux romancier algérien Boualem Sansal, des intellectuels engagés comme Pascal Bruckner et Robert Redeker ; hélas (mais est-ce étonnant?), ces malheureux tués, innocentes victimes d'une guerre qui était déjà finie, ne méritent toujours pas l'attention des bien-pensants de notre époque, pour qui il y a des bons morts et des moins bons : pauvre France !


[2] La phase finale de la Guerre d'Algérie, Jean Monneret (l'Harmattan, 2000)

[3] Un silence d'Etat : les disparus civils européens de la Guerre d'Algérie, (Soteca, 2011)

6 commentaires:

Albert GUENOUN a dit…

J'avais 14 ans à cette époque et nous avons touché le sol français le 1er juillet 1962 . Mais le cousin de mon père qui était pharmacien à Oran avait été obligé de rester pour assurer la distribution de médicaments; il a été enlevé avec sa femme le 5 juillet et ils n'ont eu la vie sauve que par leur connaissance de l'arabe et aussi l'intervention d'un membre du FLN qui les connaissaient mais d'autres y sont restés .

Petite précision nombre de victimes faisaient partie de la communauté juive comme nos anciens voisins Darmon car ils étaient restés par choix vu qu'ils connaissaient l'arabe et qu'ils n'avaient pas pris partie pour l'OAS; leur crédulité les a conduit à être victimes de ce massacre .

La vérité historique doit être rétablie et les responsabilités doivent être clairement affichées dans cet évènement vieux de plus de 50 ans.

Marianne ARNAUD a dit…

En 1990, Aït Ahmed, l'un des chefs historiques du FLN, interrogé par le Figaro Magazine disait : "Avant ? Vous voulez dire du temps de la colonisation ? Du temps de la France ? Mais c'était le paradis ! Des fleurs, des fruits partout, des restaurants. Maintenant nous manquons de tout... mais le parti et la police ont des immeubles neufs."
Et il concluait ses propos par cette repentance : "Hélas ! Je reconnais que nous avons commis des erreurs politiques, stratégiques. Il y a eu envers les Pieds-Noirs des fautes inadmissibles, des crimes de guerre envers des civils innocents dont l'Algérie devra répondre au même titre que la Turquie envers les Arméniens."
Or le 20 décembre 2012, François Hollande déclare, lors d'un voyage triomphal à Alger :
"Pendant 132 ans, l'Algérie a été soumise à un système injuste et brutal. Ce système a un nom, c'est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien."
"Nous, les Français, nous sommes des envahisseurs brutaux et injustes, et nous avons perpétré sur des innocents opprimés, des massacres..."

Propos cités par Joseph Castano

http://popodoran.canalblog.com/archives/2009/03/05/12835509.html

Gérard AMSELLEM a dit…

Le sort de l’Algérie future a été scellé lors du Congres de la Soummam ...l'Algérie sera une Joum3ouria Islmaiya...donc pas de place pour les autres religions même en qualité de dhimmis. Cette décision a été autant stratégique qu'idéologique...il fallait à tout prix galvaniser les troupes du FLN sur une mission sacrée, la libération de la terre mais aussi au nom de l'Islam...on transformait les combattants en moudjahidins...alors l'épisode du massacre d'Oran s'inscrit à la fois dans cette logique mais aussi dans un soif bestiale de revanche, et tout ça sous le regard passif des troupes françaises.

Richard LAVIE a dit…

Ce massacre a été précédé pendant de nombreux mois d'enlèvements de jeunes hommes qui été vidés de leur sang, leur cadavre jetés dans la rue.Quand aux jeunes femmes Elles finissaient leur vie dans les bordels militaires.
La valise ou le cercueil ce n'était pas qu'un slogan.

Max SITBON a dit…

C'est vrai mais je n'oublie pas que Guy Mollet élu sur le programme du Front Républicain de Pierre Mendes France a accepté le poste de President du Conseil dévolu à PMF, et à la première tomate reçue à Alger, nomme Lacoste pro-consul d'Alger et va se lancer dans une surenchère suicidaire menant, sans la nommer, une vraie Guerre. . Ne ratant pas une occasion de faire une mauvaise action. Les socialistes ont instauré la censure de la Presse. La Guerre d'Algérie fut ainsi , de fuite en avant en fuite en avant , poursuivie grâce à une coalition dirigée par un socialiste. Alors pourquoi évoquer 1962 ? Bon dieu mais c'est sur ! De Gaulle était au pouvoir. !!!!!!

Jean François Paya a dit…

LES CAUSES DE CE MASSACRE QUI N'A RIEN EU DE SPONTANE EN PRESENCE DE 18000 HOMMES DE L'ARMEE FRANCAISE
SONT ASSEZ COMPLEXES MAIS MARQUENT
TOUJOURS LES ORIGINES DE L ACTUEL POUVOIR ALGERIEN VOIR LE LIVRE ELECTRONOQUE CI DESSOUS QUI CONTIENT L'ESSENTIEL DE L'ENQUETE QUI FUT OCCULTEE
DERNIERE MISE A JOUR AVEC REPERTOIRE ET SOMMAIRE CORDIALEMENT JF PAYA commentaires possibles (taper sur google)

MASSACRE DU 5 JUILLET 1962 A ORAN - ALGERIE - Calaméo

LIVRE DEDIE AU MILLIER DE VICTIMES DE CETTE JOURNEE TRAGIQUE A DIFFUSER
> http://fr.calameo.com/read/0002846255ab594028a60
LES LIENS CONTENUS DANS CE LIVRE RENVOIENT AUX PLANS ARCHIVES
TEMOIGNAGES ET PHOTOS DE L ENQUETE COMMENCEE SUR LE TERRAIN
A ORAN DES 1962 ET POURSUIVIE DEPUIS SANS INTERRUPTION
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