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lundi 28 septembre 2015

LA MOUSTACHE DE STALINE Un roman de Danièle KRIEGEL




LA MOUSTACHE DE STALINE

Un roman de Danièle KRIEGEL
(Éditions du Seuil)
            

          Il est difficile de se faire un prénom quand on s’appelle Kriegel et que l’on a une mère Annie célèbre. Danièle aura pourtant son propre parcours personnel qu’elle raconte dans son roman «la moustache de Staline». Il ne s’agit pas à proprement parler d’une autobiographie mais du survol des faits marquants de sa vie depuis son enfance pleine de contrastes et sa jeunesse d’intellectuelle de gauche jusqu’à son alyah, sa montée en Israël en 1980, dans une sorte de défi pour mettre ses actes en accord avec ses convictions puisqu’elle militait au CLESS (Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes). Ce roman, écrit à la première personne, frise d’ailleurs, selon l’auteur, l’impudeur qui n’est pas de mise dans cette famille d’intellectuels discrets.



Danièle Kriegel

Le choc brutal d’une transplantation dans un pays qu’elle découvre avec ses codes inconnus l’a confortera dans sa volonté d’y prendre racine pour finir par l’aimer et y vivre pendant près de trente-cinq ans. Elle avait pour objectif d’être «actrice de son histoire». Ses rapports de Française avec un milieu aux antipodes de ce qu’elle avait connu jusqu’alors ne seront pas sans heurt. Et pourtant elle avait l’avantage de partager déjà la langue apprise aux Langues ‘Ô.
Issue d’une famille juive d'Alsace-Lorraine, elle a hérité de sa mère l’orientation politique de la gauche historique, radicale comme on la qualifie aujourd’hui, qui a ensuite été dévoyée par le Parti communiste et qui a surtout déçu après 1954. Danièle Kriegel restera cependant toujours fidèle à ses idées de gauche, de gauchiste diront ses adversaires francophones qui veulent y voir une connotation anti israélienne. Parce que la religion est devenue l’apanage de l’extrême-droite, elle s’écartera du monde religieux : «En plus de trente ans de vie d’Israélienne, je n’ai pas rencontré Dieu».  Elle cherchera à comprendre, sinon approuver, les thèses de certaines organisations animées par des militaires israéliens en rupture, à l’instar de «Briser le silence» qui condamne la violence faite aux Palestiniens par des militaires.
Ce n’est pas fondamentalement une biographie puisqu’elle reste discrète sur sa vie privée et professionnelle, sur ses deux époux et sur ses enfants comme si elle cherchait à les protéger. Rappelons pour mémoire que Charles Enderlin, journaliste à France 2 qui vient de prendre sa retraite, est le second époux de Danièle Kriegel. En revanche son ouvrage s’intéresse au côté social, politique et historique d’une vie comblée par le journalisme. 
Dans son récit, on devine ses rapports distants avec sa mère qui l’empêchent de poser  trop de questions. Et pourtant les interrogations ne manquaient pas sur les épisodes de la vie de sa mère, résistante contre les nazis dans le réseau M.O.I (main-d'œuvre immigrée), stalinienne intransigeante jusqu'en 1956 pour devenir ensuite anticommuniste et soutien inconditionnelle d’Israël. Elle semble impressionnée par le personnage historique de sa mère ; et pourtant elle n’a de cesse de voir en elle une femme simple et ouverte aux autres. Mais, selon ses propres termes, «ma mère et moi, on s’est ratées : elle m’impressionnait et je l’agaçais». Cela pourrait s’expliquer, peut-être, par le fait qu’il n’y a pas eu de traduction affichée de l’amour réciproque. La réserve s’installe lorsque l’un des parents est une figure célèbre.
Le récit est plein d’anecdotes originales et parfois étonnantes tant en France où elle a côtoyé des intellectuels de grand renom qu’en Israël où elle s’est faite plus discrète. L’épisode de la «soupière» raconté avec truculence en est une. Le lecteur l’appréciera.
L’auteur a vécu les guerres en Israël, «deux guerres du Golfe, deux guerres au Liban, deux Intifada» et elle en parle avec retenue sans chercher à s’en glorifier ou glorifier le pays : «on ne pleure pas, sinon seule, la nuit, sous l’oreiller». En revanche elle ne cache pas les difficultés d’intégration d’une immigrante venant de France, d’une femme venue «vivre chez elle, dans sa famille». Mais elle a résisté 35 ans, et vaincu, en acceptant même de renoncer à son pécher mignon des bûches de Noël «énormes, immenses et arrogantes». Le problème de cette intégration est d’ailleurs toujours d’actualité avec la croissance de l’alyah des Juifs de France. Il est toujours difficile pour les nouveaux immigrés de couper brutalement le cordon ombilical avec la culture française qui n’est pas très développée en Israël.

Ce roman bien écrit, de quelques 170 pages, se lit très simplement, presque d’une traite. Il aborde tous les thèmes que l’on se pose en Israël sans pour autant plonger dans les  réflexions théologiques, idéologiques ou philosophiques compliquées. C’est du concret, c’est du vivant et c’est original. Une expérience vécue dont la nouvelle vague doit s’inspirer. 

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