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dimanche 27 novembre 2016

Israël et l'illusion Trump



ISRAËL ET L’ILLUSION TRUMP

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
          La droite israélienne et les nationalistes ont été satisfaits de l’élection de Donald Trump et ils s’en sont glorifiés comme s’ils avaient contribué à ce succès. Ils ne connaissaient pourtant pas avec précision ses intentions en ce qui concerne sa politique vis-à-vis d’Israël, à part quelques slogans lâchés durant la campagne. Ils espèrent que l'élection de Donald Trump en tant que président des États-Unis se traduira par une remise à zéro de la politique et des politiques au Moyen-Orient.



          Naftali Bennett est monté au créneau pour saluer le dirigeant américain qui allait lui permettre, selon lui, de cautionner sa politique dans les territoires et en particulier sa politique de construction de logements. Il a déclaré : «la victoire de Trump est une formidable opportunité pour Israël d'annoncer immédiatement son intention de revenir sur l'idée d'établir la Palestine au coeur du pays - un coup direct à notre sécurité et la justice de notre cause».
          Mais il s’est fait taper sur les doigts par son premier ministre qui n’a pas apprécié ses gesticulations personnelles alors que le gouvernement prépare une position commune lorsque le président des États-Unis aura précisé son programme.
Cependant la méfiance s'installe car, sur plusieurs points, Trump a lissé sa stratégie, certainement sous l’impulsion de ses conseillers qui jouent le pragmatisme, une fois l’élection acquise. La prudence est donc de mise. Trump est aussi imprévisible surtout après sa volonté exprimée de se désengager des conflits extérieurs pour laisser les protagonistes gérer seuls leurs tensions. Devant la réalité de la situation, il n’est pas impossible qu’il opte pour une recomposition des pouvoirs au Moyen-Orient après les échecs en Irak et en Syrie. Il avait effectivement annoncé qu’il ferait tout ce qui est dans ses moyens pour parvenir à un accord entre les Israéliens et les Palestiniens. Mais dans une interview au Wall Street Journal après son élection, il semble à présent nuancé puisqu’il ne veut plus faire pression sur les Palestiniens comme il l’avait envisagé.

  Il est resté dans une terminologie vague, à l'instar de l'expression «rendre l’Amérique grande à nouveau» sans en donner la méthodologie. Les Israéliens attendent d’en savoir plus sur sa façon d’atteindre «l’accord ultime». Il a d’ailleurs changé d’opinion à ce sujet. Il avait déclaré vouloir rester «neutre» mais les 25 millions de dollars versés par le magnat juif Sheldon Adelson à son équipe de campagne ont eu l’effet d’un encouragement à modifier ses intentions. Comme par enchantement, ce don a débloqué la rencontre entre Trump et Benjamin Netanyahou au cours de laquelle il a confirmé que «les États-Unis reconnaîtraient Jérusalem comme la capitale indivisible de l’État d’Israël». Il sait cependant que le transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem irait à l’encontre du droit international mais il n’en fait pas cas pour l’instant. D’autres avant lui, Bush junior en particulier, avaient fait la même promesse qu’ils n’ont pas tenue.
Sheldon Adelson et sa femme

Les Israéliens avaient misé sur l’important entourage juif du nouveau président élu pour anticiper une politique favorable à leurs thèses mais il s’agissait d’une campagne électorale où tous les excès et toutes les promesses étaient permis. Trump ne s’est pas encore tout à fait prononcé à ce sujet laissant ses conseillers juifs s’engager à sa place. Ils ont d’ailleurs apporté leur soutien aux constructions dans les implantations en estimant que cela ne constituait pas un obstacle à la paix. 
En effet, Jason Greenblatt, co-président du Comité consultatif sur Israël de la campagne de Trump, a déclaré à la radio de Tsahal : «Ce n’est certainement pas le point de vue de M. Trump d’estimer que les activités de colonisation doivent être condamnées et constituent un obstacle à la paix, car celles-ci ne constituent pas un obstacle à la paix». Cette déclaration a permis aux nationalistes juifs de s’engouffrer dans la brèche qui a été ouverte. En écho, l’ambassadeur palestinien à l’ONU, Riyad Mansour a menacé de «libérer toutes les armes dont les Palestiniens disposent» ce qui semble avoir donné le signal aux terroristes d’agir en lançant l’Intifada du feu.
Jason Greenblatt

L’administration Trump a déjà réévalué sa politique au Moyen-Orient dans un document publié par Haaretz et dans lequel, en résumé, Trump a l’intention de réduire l’implication des États-Unis au Proche-Orient : «Dans le cadre de son intérêt minimal pour les affaires étrangères, Trump ne voit pas le Moyen-Orient comme un bon investissement. Il est en outre raisonnable de supposer qu’il cherchera à réduire la participation américaine dans la région, tout en s’engageant dans le même temps à maintenir la lutte contre l’État islamique et l’élan créé dans la bataille pour les villes de Mossoul en Irak et Raqqa en Syrie, qui continuera de jouir du soutien de son administration». 
Cette diminution de l’implication américaine est loin d’être conforme aux intérêts sécuritaires d’Israël. D’ailleurs le spécialiste des questions du Moyen-Orient au centre Dayan de l’université de Tel-Aviv, Bruce Maddy estime que : «Si les États-Unis ne sont pas impliqués dans la région, l’équilibre des pouvoirs sera affecté négativement. Le renforcement de l’influence russe et les efforts consentis par l’Iran et la Turquie pour faire étalage de leur pouvoir ne jouent pas en faveur de l’intérêt d’Israël. Les États-Unis ont un rôle à jouer dans le maintien d’un équilibre des pouvoirs dans lequel Israël peut prospérer et survivre. Sans cet équilibre, le Moyen-Orient est plus dangereux».
Bruce Maddy

Alors que la politique étrangère américaine, des Démocrates ou des Républicains, a toujours été interventionniste pour protéger les intérêts d’Israël, Trump a annoncé qu’il ne sera pas interventionniste. Les États-Unis laisseront donc un vide qui sera vite comblé par les Russes bien sûr, les amis de François Fillon, et certainement par les Iraniens alliés de Bachar Al-Assad. Cela donnera des ailes au Hezbollah qui s’empressera de menacer le nord d’Israël. 
Trump a affirmé au New York Times que «l’approche consistant à combattre en même temps l’État islamique et Assad était une folie et une idiotie. Ils se battent entre eux, et pourtant, nous les combattons tous les deux. Je pense que l’État islamique est pour nous un problème beaucoup plus grand qu’Assad, j’ai toujours ressenti cela. On ne peut pas combattre deux personnes qui se battent entre elles et les combattre ensemble. Il faut choisir l’un ou l’autre». Pour Trump il s’agit uniquement de viser le groupe terroriste en ménageant Assad.

C’est une indication claire qui est donnée aux alliés américains de la région qui devront dorénavant considérer qu’ils «seront livrés à eux-mêmes», générant ainsi une course aux armements dans la région qui ne sera pas dans l’intérêt d’Israël. Les nationalistes juifs ont pavoisé à l’élection de Trump, ils risquent de déchanter face à l’égoïsme de celui qui songe avant tout à «rendre l’Amérique grande à nouveau». Leur réveil sera brutal. Benjamin Netanyahou, qui dispose de relais politiques aux États-Unis, a déjà mesuré l’impact de cette nouvelle élection et c’est pourquoi il attend d’en savoir un peu plus sur les réelles intentions de Trump. Il a exigé le silence dans ses troupes et surtout l’interdiction de rencontre avec les nouveaux hauts dirigeants américains. Il craint en fait une grande désillusion.

2 commentaires:

Georges KABI a dit…

J'ai toujours ete tres etonne de lire des declarations de Juifs ou d'Israeliens soutenant ou combattant des leaders non-juifs et non-israeliens dans des elections. Que s'imaginent-ils? Que tel ou tel candidat fera les siennes les theses de tel ou tel gouvernement israelien? Et si ces theses ne servent pas leurs interets, seront-ils consideres comme hostiles?

Elizabeth GARREAULT a dit…

Merci pour cette belle mise au point. Effectivement, c'est très bien d'expliquer pourquoi Bibi se tait depuis l'élection de Trump.