ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mercredi 1 mars 2017

Le rattrapage espagnol par Dov ZERAH



LE RATTRAPAGE ESPAGNOL


Le point économique de Dov ZERAH

            

          Malgré un an de blocage politique, un gouvernement qui ne peut qu’expédier les affaires courantes, l’Espagne confirme la solidité de sa reprise économique avec une croissance du PIB de 3,2 % en 2016, le double de la moyenne européenneCe mouvement qui dure depuis 3 ans (3,2 % de 2015 et 1,4 % en 2014), a permis de créer un peu moins de 550.000 emplois en 2016. 




          Même si le taux de chômage est encore à plus de 18 %, il a diminué de 9 points par rapport au pic de 2013. Ces chiffres sont à apprécier en tenant compte d’une population totale de près de 47 millions d’habitants, et une population active de près de 20 millions de personnes.
            Le redressement du marché de l’emploi est un des éléments caractéristiques de cette reprise, car il alimente le soutien de la consommation, et par voie de conséquence, la croissance.
            L’Espagne est en train de recueillir les dividendes d’une véritable politique d’austérité, et de dépasser les effets de la crise internationale des subprimes et de l’explosion de sa bulle immobilière. La potion a été particulièrement sévère :
- Une hausse du chômage qui a touché plus d’un quart de la population active,
-  La diminution des indemnités de chômage,
- La hausse des impôts qui s’inscrit dans un contexte d’un faible taux des prélèvements obligatoires à moins de 40 %,
- Et surtout une baisse, selon l’Institut national des statistiques (INE), de plus de 10 % des salaires nominaux.
File d'attente pour s'enregistrer au chômage

            Cela s’est traduit par une augmentation des inégalités sociales, et une détérioration du climat social qui a eu des effets sur la vie politique. Cela s’inscrit dans le contexte particulier d’un amortisseur social très faible ; les dépenses sociales en Espagne sont parmi les plus faibles d’Europe, avec environ 20 % du PIB.
            Avec la Grèce, l’Irlande et l’Islande, l’Espagne est un des quatre pays à avoir enregistré la plus forte baisse du revenu moyen. Mais l’Espagne est le pays où les inégalités sociales se sont le plus accrues, notamment entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres. Les classes défavorisées représenteraient 40 % de la population, contre 32 % avant la crise. Corrélativement, la part des classes moyennes est passée de 60 à 52 %, et un foyer sur six a été déclassé.

            L’ajustement a été particulièrement brutal, mais il a permis un assainissement des secteurs bancaire et financier ; il a également entrainé la disparition de nombreuses entreprises. Cela constitue une base solide pour le redémarrage. Un des éléments de cette croissance espagnole est le boom touristique : depuis 2013, les recettes du tourisme augmentent de plus de 10 % l’an pour dépasser les 130 milliards€ en 2016.
            La restauration de la compétitivité-coût avec la baisse des salaires nominaux a permis une amélioration du commerce extérieur, confortée par la baisse de l’euro. Les Espagnols ont profité de deux dévaluations, une interne et une externe. La croissance est également soutenue par la fermeté de deux composantes : les dépenses consommation et l’investissement des entreprises.
            Au-delà des mesures d’austérité spécifiques à l’Espagne, le pays a pleinement profité des éléments favorables externes comme la baisse du prix du pétrole, la dépréciation de l’euro et la décrue des taux d’intérêt. Les responsables ont conscience que le contexte change, ce qui explique une décroissance attendue du taux pour les années à venir. Les indicateurs macro-économiques passent progressivement au vert.

            Le déficit public devrait être ramené à 3,1 % en 2017 contre 4,6 en 2016. Quatrième puissance économique de la zone euro, l’Espagne n’a pas respecté les critères de Maastricht depuis la crise de 2008. La Commission européenne a régulièrement laissé planer la menace de sanctions comme l’arrêt du versement des aides structurels, mais ne l’a encore jamais fait…

            Le retour de la croissance et la décroissance du déficit public améliore logiquement le ratio dette publique/PIB qui a reflué en 2016 à 98,5 % après avoir dépassé les 100 %. Il s’ensuit que les taux espagnols à 10 ans restent contenus autour de 1,6 %, et ne connaissent pas la remontée des taux à 10 ans d’autres pays de la zone euro.
            Le progressif rétablissement de la situation espagnole devrait atténuer le risque de sanctions européennes, voire le faire disparaître. Avec ce niveau de croissance économique, 400.000 créations d’emploi sont attendues pour 2017. L’Espagne est en passe d’effacer la crise de 2008. Ce rattrapage ne pourra être durable sans un début de réponse au problème des inégalités sociales.

            Non, l’austérité avec des réformes structurelles n’est pas vouée à l’échec. Oui, en affrontant la réalité et en ayant pris des mesures d’austérité très dures, l’Espagne renoue avec la croissance. Elle est plus dynamique que l’Allemagne et pourrait devenir la locomotive de la zone euro.

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

On se pince, nous autres pauvres Français, on n'en croit pas ce qu'on lit : "Non, l'austérité n'est pas vouée à l'échec", et monsieur Zerah en veut pour preuve qu'il a suffi d'une année de "blocage politique" pour confirmer la solidité de la reprise économique de l'Espagne.

Bien sûr il y a toujours ce très haut taux de chômage à 18%, auquel il faut ajouter la baisse des salaires, la baisse des indemnités chômage, la hausse des impôts, l'augmentation des inégalités sociales, la disparition de nombreuses entreprises, et j'en passe. Mais qu'importe puisque tout ceci "a permis l'assanissement du secteur bancaire et financier" ?

Dommage que le dernier paragraphe, écrit au mode conditionnel, laisse percevoir comme un doute !

Georges KABI a dit…

A vous lire, la croissance economique passe obligatoirement par l'appauvtissement des plus faibles et l'enrichiissement des plus forts.
Si cet enrichissement est veritablement canalise vers de nouveaux investissements, votre theorie pourrait etre juste, mais ce n'est pas le cas ni en Espagne, ni ailleurs.

denis sabrié a dit…

Tout est dit Georges...On tourne en rond...