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mardi 14 mars 2017

Hamon et Mélenchon out, Fillon sur les pas du F.N



HAMON ET MÉLENCHON OUT, FILLON SUR LES PAS DU F.N

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps


       

          Les jeux sont presque faits puisque nous connaissons à présent la plupart de candidats à l’élection présidentielle qui aura lieu les 23 avril et 7 mai prochains, suite aux parrainages publiés par le Conseil Constitutionnel. La démocratie exige du citoyen qu’il vote et qu’il donne son suffrage à celui qui devra conduire la France durant les cinq années à venir. Sans mésestimer les autres «petits» candidats, le choix s’effectuera en fait parmi cinq noms, sans qu’il soit possible à cet instant de prévoir lesquels des deux finalistes seront désignés par les Français. 




            L’électeur de gauche est désorienté pour plusieurs raisons. Pendant plusieurs mois, on lui avait prédit la désignation de Manuel Valls comme candidat probable et souhaité pour représenter le parti socialiste. Son élimination est liée à l’échec de François Hollande durant un quinquennat calamiteux. Les militants se sont alors trouvés orphelins d'un homme de caractère. Les projets portés par la gauche ont été peu nombreux, les promesses n’ont pas été tenues et les résultats se sont faits attendre. D’ailleurs le président a tiré lui-même les conséquences et s’est retiré de la compétition. 
          Benoît Hamon est certes sincère mais il ne fédère pas et son programme relève plus de l’extrême-gauche que d’une gauche moderne, libérale et européenne. Son programme radicalisé est une régression plutôt qu’une avancée politique. 

          Jean-Luc Mélenchon vit dans une autre planète, en homme politique anachronique, rêvant encore d’un programme égalitaire à la sauce soviétique. Il n’a pas évolué, croyant qu’il est le seul à détenir la vérité de gauche. Son objectif est en fait de détruire le parti socialiste pour le punir de ne pas l’avoir choisi. Il ne cherche pas à gouverner car son fonds de commerce reste l’opposition où il peut jouer le bateleur, à l’image d’un Georges Marchais qui se croyait sur une scène de théâtre à la télévision. Il ne veut réellement pas le pouvoir puisqu’il refuse toute stratégie gagnante. 
          Dans l’état actuel des votes, ni lui et ni Hamon ne seront au second tour. Même si la politique n’est pas de la pure arithmétique, s’il rejoignait Benoît Hamon, la dynamique du rassemblement des militants leur permettrait, avec 25% des voix au premier tour, de conduire le second. Mais pour cela il faut vouloir gagner et gouverner. Or ils savent que leur programme est tellement démagogique, illusoire et incohérent qu’il n’est pas applicable. La réalité est pour ceux qui gouvernent ; le rêve est l’apanage de l’opposition.

            Il n’y a pas beaucoup de choses à dire sur Marine le Pen sinon qu’elle a un programme et un électorat aux antipodes de nos convictions. Son populisme, son appel systématique au peuple et son rejet des élites sont faits pour les incultes politiques, pour les ignorants de l’Histoire, pour ceux qui croient aux miracles, et pour ceux qui veulent détruire la France pour qu’elle se recroqueville sur elle-même, à l’écart de l’Occident et loin des réalités de notre monde. Il faut la laisser à ses rêveries, à ses exclusives et à ses illusions. Les Français auront toujours le sursaut républicain de ne pas voter pour elle au deuxième tour.
            La déception a été grande pour de nombreux Français qui espéraient une aventure avec Alain Juppé, un homme d’État et un homme honnête malgré sa condamnation. Il a en effet, gardé le silence pour ne pas compromettre le seul homme auquel il était attaché, Jacques Chirac, qui avait utilisé pour lui et son parti des hommes payés par la Mairie de Paris. Juppé a été jugé complice mais pas un centime ne s’est égaré dans ses poches contrairement à Fillon. Il n’y a pas eu d’enrichissement personnel et il n’avait tiré aucun profit personnel des emplois fictifs pour lesquels il a été condamné. Il aurait pu faire un bon président de plan B si Nicolas Sarkozy ne lui avait pas savonné la planche pour se venger de l’avoir en face de lui à la primaire.

            François Fillon avait réussi à faire croire qu’il était un homme neuf, qu’il n’était pas responsable de l’échec du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il avait pour lui d’être l’élève de Philippe Seguin et, comme lui, d’être gaulliste de gauche avec une sensibilité sociale. Il a vite fait illusion avec son programme économique de rigueur et sa «défense des riches» avec ses goûts de luxe et son château. Mais les révélations du Canard ont assommé ceux qui l’on soutenu et qui ont découvert un homme d’argent, prêt à tout pour en gagner, capable d’exploiter toutes les astuces pour être rémunéré et pour entretenir sa garde-robe de luxe. En échange de quoi ? Telle est la question. 
          Les juges décideront s’il a failli mais son comportement fait mauvais genre et frise l’immoralité, même s’il s’avère que la loi n’a pas été transgressée. Tous ces milliers d’euros dans ses poches ou celles de ses proches font mauvais effet face à des Français qui ne peuvent pas boucler leurs fins de mois et qui selon lui, doivent subir une politique de rigueur.
            Il a eu de mauvais communicants qui l’ont mal conseillé. Il lui aurait suffi, le premier jour de la diffusion du Canard, de reconnaître ses erreurs et de s’engager à rembourser pour que son attitude soit jugée noble et son affaire classée. Il savait pourtant parfaitement qu’une transaction était préférable à un long et mauvais procès.
            Sa volonté de se maintenir coûte que coûte pour ne pas laisser sa place à celui qui était censé être son ami frisait le suicide politique. Ses chances se réduisaient, ses amis l’ont quitté, son équipe de campagne était décimée, sa parole de démissionner s’il était mis en examen a été violée. Il a choisi la politique du pire, moi ou le chaos, en hypothéquant l’avenir de son parti. Les problèmes judiciaires sont du domaine des tribunaux mais la morale et l’efficacité appartiennent aux électeurs. Il pouvait sauver son parti et tous les militants qui avaient rêvé de l’alternance. Il a préféré être sur le Titanic et sombrer avec lui. Sa méthode de défense, pour un futur président était tragique. Il a attaqué les institutions régaliennes, les juges, la police et la justice dont il devrait être le protecteur naturel. Il a fustigé les media qui, pour une fois, ont fait leur travail et publié des faits et rien que des faits, qui d’ailleurs ont été reconnus par lui. Il a dévalorisé la parole politique.
            Alors ses dernières décisions ont fait fuir ses proches qui ont compris qu’ils ne pouvaient pas cautionner son virage à l’extrême-droite. La panique ne justifie pas que l’on vende son âme au diable et c’est ce qui motive cet article. Tant qu’il s’agissait de choix politiques nobles et cohérents, nous avons gardé le silence. Mais l’image que l’on se faisait de François Fillon est ternie. Moins par idéologie que par opportunité, il s’est rapproché de l’extrême-droite qui a rempli la place du Trocadéro et pour lui être agréable, il a parlé de la France des Cathédrales qui le soutenait, sous-entendant la phrase antisémite prononcée par de Gaulle à Londres : «J'attendais la France des Cathédrales, et c'est celle des synagogues qui est venue».

            Son virage à l’extrême-droite est sa nouvelle stratégie parce qu’il pense que c’est sa seule chance de remonter la pente. Mais toutes les méthodes ne sont pas bonnes. Son comité de campagne a publié une caricature antisémite d’Emmanuel Macron qui représente plus qu’une maladresse même si elle a été par la suite condamnée ; cela donne une idée de l’esprit nauséabond qui règne parmi ses soutiens et le vrai visage de la campagne de Fillon.
            Les sondages sont tellement désastreux que Fillon pense que son seul salut consiste à confisquer des voix parmi les électeurs de Marine le Pen. Il ne cherche plus à s'opposer à Emmanuel Macron dans un combat qu’il juge sans issue. Alors, il vient d’inclure dans sa nouvelle équipe un homme politique sulfureux qui avait choisi de rester dans l’ombre. Alors que le général de Gaulle, auquel il se réfère constamment, avait pris à ses côtés le socialiste illustre Guy Mollet, François Fillon a préféré s’attacher les services de Charles Million, dont l’ami Patrick Buisson, adorateur du FN, était le mauvais génie de Nicolas Sarkozy. 
Millon en soutien de Fillon

          C’est dire la panique dans laquelle se trouve Fillon pour être amené à ces extrémités. Il est vrai que Millon fait partie comme lui de la droite conservatrice catholique lyonnaise mais son passé frontiste lui colle encore à la peau. Aux élections régionales de 1998, ne disposant pas de la majorité absolue pour diriger l'exécutif, Million avait accepté de s’allier avec le FN pour remporter la présidence du conseil régional de Rhône-Alpes, de même que l'ensemble des vice-présidences de commission.
            Les clefs de la victoire de François Fillon se trouvent dans la droitisation de sa campagne, théorisée par Patrick Buisson. Il ne reste plus rien des milieux séguinistes de gauche des années 1990. Il est rejoint progressivement par les libéraux issus de l’extrême droite anti gaulliste, celle des mouvements Occident et Ordre nouveau symbolisés par Gérard Longuet, Hervé Novelli ou encore de la grande prêtresse de la communication Anne Méaux. Il a accueilli à bras ouverts le mouvement «Sens commun» débarrassé de ses éléments Sarkozistes afin de sécuriser le noyau dur de l’électorat catholique pratiquant, aux thèses maurrassiennes, qui lui a sauvé sa manifestation au Trocadéro. L’ancien ministre de la Défense Charles Millon, qui a souvent été vu dans les locaux de campagne du candidat, a donc mis ses réseaux catholiques à la disposition de Fillon pour rendre coup sur coup à Marine le Pen et même à Nicolas Dupont-Aignan.

            Malgré les déboires et sa mise en examen probable, François Fillon gardera ses fans inconditionnels qui ferment les yeux et bouchent leurs oreilles sur des accusations pourtant fondées. Inconditionnels d’un homme aux abois, ils sont fanatisés parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont l’objet d’une escroquerie intellectuelle puisque François Fillon ne pourra sauver son élection qu’en l’orientant vers des thèses antisémites, prônées par une nouvelle équipe nouvellement remaniée. Sa stratégie ne semble plus être de battre Emmanuel Macron mais de réduire les voix de la droite qui se sont réfugiées chez Marine le Pen et qui sont évaluées à près de 8%. Il pense qu’il peut figurer face à Macron au second tour même s’il doit aliéner sa liberté et sa dignité. C’est tout un programme mais le scénario est risqué et compliqué. 
          Aujourd’hui voter pour Fillon, c’est voter pour un succédané du FN avec des militants proches des milieux antisémites, avec autant de populisme et autant d’incohérence. Nous n'avons pas toujours été des opposants à Fillon mais quand il fricote avec les frontistes, alors il perd de sa crédibilité. Il avait pourtant notre sympathie, mais c'était avant même qu'il ne se présente à la primaire :  https://benillouche.blogspot.co.il/2016/11/fillon-heritier-de-mendes-france-et-de.html

8 commentaires:

Jard a dit…

Fillon antisémite? Je vous aime bien mais je vais essayer d'arrêter de vous lire.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Jard

Dire que Fillon est proche des milieux antisémites ne fait pas de lui un antisémite mais il les couvre.

Vous n'êtes pas tenu de me lire. Il y a tellement de publications qui s'adressent à ces convaincus; votre esprit sera encore plus sclérosé.

Véronique Allouche a dit…

Article à charge et sans nuances. Alain Madelin, l'un des principaux fondateurs d'Occident, a rejoint l'équipe de Macron sans que ce dernier s'en émeuve.... pas plus que les journalistes ou si peu!
Quant à la caricature antisémite révoltante qui véhicule tous les clichés que l'on croyait disparus, Fillon s'en est excusé et a demandé des sanctions. Était-il seulement au courant? Peut-on émettre l'hypothèse d'une traîtrise dans son propre camps? Non, mieux vaut le manque de réflexion et la hâte de diffuser des faits plutôt que de prendre le temps de questionner le fond.
Et enfin concernant l'anecdote de sa garde-robe payée par un ami, le Canard devrait s'associer à Gala, "journal" (si l'on peut dire) pour midinettes tant il tombe dans le people et dont vous vous faites l'écho les yeux fermés, sans critique aucune!
Cordialement....puisque je me plie à l'élémentaire courtoisie.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

C'est un article à charge parce que les circonstances l'exigent. La preuve Fillon avait ma sympathie :

https://benillouche.blogspot.co.il/2016/11/fillon-heritier-de-mendes-france-et-de.html

Max Semory a dit…

Cher Jacques, vous y allez peut-etre un peu trop fort sur F.Fillon.Le Canard Enchaine nous a probablement manipule puisqu'il a tique sur le seul FF alors que mon petit doit me dit que quelques 150 parlementaires utilisent reellement ou fictivement un membre de leur famille comme assistant parlementaire!! De la a penser a un coup monte pour demonter FF, certains auraient tendance a le penser, a y voir, notamment, le zele de la justice. Parmi eux, a un degre plus ou moins aigu: Notre cher Alain Finkielkraut, pourtant non sympatisant de la droite, dans un recent entretien avec Elisabeth Levy sur Causeur/RCJRadio et Denys de Bechillon, juriste et professeur a l'universite de Pau, dans un entretien publie le 8/3 et intitule "Les interrogations constitutionnelles soulevees par FF ne sont pas illegitimes". La politique est tres sale, surtout en periode electorale ou tous les coups sont permis, et il faut se garder de tomber trop vite dans le panneau. Sans rancune, mon ami.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@Max

Je crois que tu es hors-sujet en ce qui concerne mon article. Mon article n'a pas parlé du Canard, n'a pas soulevé les problèmes des assistants parlementaires. J'ai soulevé le problème de son discours au Trocadéro, de ses fans très spéciaux qui ont empli la place, de son rapprochement avec Charles Million compère du célèbre frontiste Buisson. Dès que j'entends parler du FN, je sors mon clavier.
Amitiés

denis sabrié a dit…

Merci pour votre sens de l'observation, un véritable Maître, bien sur on aimerait une vision optimiste de la politique de ce pays mais malheureusement la France reste dans le déni...va t elle se réveiller..?

V. Jabeau a dit…

Ça fait depuis très longtemps que Fillon a clairement indiqué qu'il est plus proche de la droite maurassienne que séguiniste. Les hommes politiques disent toujours ce qu'ils sont et ce qu'ils pensent. Mais on oublie, on ne veut pas y croire. Aucun candidat n'a la carrure et c'est comme cela depuis 1995.Quant aux Juifs français , qui pour la plupart aiment passionnément leur pays, leur nombre et leur légitimisme faint qu'ils ne seront, au mieux et malgré les grands mots, qu'une variable d'ajustement. On en prendra notre parti ou on s'en ira doucement.