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dimanche 5 mars 2017

Indifférence par Claude MEILLET



INDIFFÉRENCE

L'opinion de Claude MEILLET

copyright © Temps et Contretemps

            Claude Meillet nous propose son premier article qui adopte un ton décalé tout en traitant de l’actualité brûlante.
Claude MEILLET

            Et si cette idée reçue cachait une réalité beaucoup plus inquiétante, se dit-il en reposant son journal ? La croissance du niveau d’abstention dans tout type d’élection, provient du vide des propositions qui sont présentées, proclamait un article en première page. Les média, les experts font leur miel de cette carence unanimement établie. Haro consensuel sur le baudet politique. Lui revenait en mémoire cet adage pascalien, «Peu de chose nous console car peu de chose nous afflige».  Et si cette condamnation facile répondait en fait à une grande flemmardise intellectuelle ?






            Il passa en revue quelques-uns des exemples qui confortaient cette intuition. Même s’il la ressentait un peu comme honteuse mais réelle. Une forte minorité d’électeurs français trouvaient dans les sagas judiciaires, mettant en cause en série certains candidats à la présidence, un bon motif pour ne pas voter ou à voter blanc. Mais Jonathan, observateur motivé par l’enjeu sociétal en cours, trouvait lui, qu’en fait sur le fond, l’éventail des offres dépassait l’importance de ce mauvais feuilleton. Extrême-droite, droite, centre, gauche, extrême-gauche, les programmes, les options, pour une fois clairement posées sur la table, donnaient à chacun l’opportunité de faire son choix. Le soupçon d’amoralité, aussi justifié qu’il puisse être, lui apparaissait finalement comme un prétexte.  La neutralité, ici, couvre le manque d’engagement. L’indifférence est un refuge.
            Comme, en y réfléchissant, l’incrédibilité croissante de l’opinion israélienne vis-à-vis d’une fin du conflit israélo-palestinien, pouvait apparaître comme une démission de la volonté. Là aussi, des raisons objectives pouvaient renforcer cette position. «Les Palestiniens n’ont pas raté une occasion de rater toutes les occasions» expliquait un responsable israélien.  Ou encore, en paraphrasant Henry Kissinger, «Palestine, quel numéro de téléphone ?», face à la dualité Fatah/Hamas. Sauf que, l’acceptation du fatalisme, la résignation au statu quo, ouvrent la voie aux solutions extrêmes. D’un côté le mysticisme religieux, la projection historique sur la réalité présente, l’approfondissement de l’occupation, de l’autre l’envahissement de la frustration, la contagion du radicalisme, la perpétuation du rejet, se retrouvent dans une opposition frontale mortifère. Là, le découragement devient abandon. L’indifférence est une défaite.

            Plus gravement, l’indifférence est contagieuse, développa intérieurement Jonathan. Voilà que la maladie de la «post-vérité» gangrène la connaissance de la réalité. Avec son champion toute catégorie, Donald Trump. Et ses fameuses «fake news».  Théorisées par sa communicatrice chef, avec ses «alternative facts», les faits alternatifs. Ceux que l’on déclare vrais. Plus vrais que vrais, aurait lancé Coluche. La réalité est celle que l’on décide. Sans considération et souvent en contradiction avec la vérité. Post vérité, en fait contre vérité, qu’une partie de plus en plus grande de publics accepte, sans barguigner, parfois par idéologie il est vrai, mais souvent par pur laisser-aller.
            Comme toujours, la réflexion de Jonathan rebondit sur l’autre côté, celui du verre à moitié plein. Car, l’indifférence peut être aussi un moyen intellectuel de gestion de la réalité. Il se souvint de ce grand patron anglais d’une société internationale de service. Alors qu’ils passaient en taxi devant la Tour Eiffel, quand Jonathan lui dit «regardez», lui répondit, sans tourner la tête, «quel est le délai de fourniture du logiciel ?». Sans compter la revendication directe à l’indifférence par François Mitterrand pour traiter en dehors de toute émotion les affaires d’État.

            L’indifférence est une vertu.  Elle peut aussi être une défense. C’est que savent, intuitivement, les jeunes générations, un peu partout dans le monde, qui, pour créer leur monde, leur nouveau monde, se libèrent des modes de pensée, des positions, des jugements des générations aux commandes.
            En définitive, Jonathan se créa, tout seul, sa propre conviction. Subir l’indifférence, ou choisir la différence, c’est abandonner ou activer la réflexion. Comme toujours, c’est Pierre Dac qui a raison : «Avant de commencer à penser, il faut bien réfléchir».

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Indifférence, se pourrait-il que ce soit aussi ce que l'auteur attend de nous, pour juger de sa pirouette qui nous promène de Pascal à Coluche, et de Coluche à Pierre Dac ?