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mardi 11 avril 2017

GAZA : Le beurre ou les canons


GAZA : LE BEURRE OU LES CANONS
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
Missile S-350

          Les dirigeants du Hamas à Gaza doivent choisir entre l’acquisition d’armement coûteux et le bien-être de leur population. Avec l’aide de l’Iran, qui leur a permis d’acquérir la technologie balistique, le Hamas et le mouvement du djihad islamique ont dépensé des sommes énormes pour leur nouveau missile baptisé S-350. Des centaines de milliers de dollars ont été investis pour accéder aux technologies balistiques et à celles d’excavation souterraine. Des fonds gaspillés qui risquent de partir en fumée, au sens propre comme au sens figuré. Pour couvrir le budget de ces nouvelles dépenses, le Hamas n’a pas été en mesure de compenser les réductions salariales imposées par Ramallah.



Manifestation à Gaza le 8 avril 2017

            La population n’est pas restée inactive face à des coupes budgétaires qui portent atteinte à sa situation économique déjà fortement touchée. De nombreuses manifestations ont eu lieu ce 8 avril à Gaza pour critiquer les réductions drastiques de salaires. Les manifestants se sont rassemblés sur la place al-Saraya et scandé des slogans contre le mouvement en appelant les dirigeants du gouvernement palestinien, en particulier le premier ministre Rami Hamdallah et le ministre des finances Shukri Bishara à démissionner. Nombreux à Gaza estiment que la décision de réduire leurs salaires est politique et non économique en raison d’une «discrimination contre Gaza» sur la base «de justifications futiles et de fausses excuses».
            Accusée par le Hamas, l’Autorité palestinienne retorque que ces réductions ont été appliquées à tous les fonctionnaires y compris ceux de Cisjordanie et qu’il n’y avait aucune discrimination vis-à-vis de Gaza. Les manifestants ont exigé un gouvernement d’unité nationale, seul capable selon eux de traiter les habitants de Gaza comme une priorité absolue. Le Hamas prétend que les manifestants seraient le fait des milliers d’employés partisans du Fatah.  Le secrétaire général adjoint du Fatah, Fayis Abu Eita, a précisé que «ces foules à Gaza sont venues confirmer leur soutien complet au président Abbas en faisant appel à lui pour annuler ces mesures injustes. Le peuple blâme les réductions de salaires qui enlèvent la nourriture de leurs enfants». Rien n’est cependant dit sur les gaspillages militaires qui entraînent que des centaines de familles vivent dans la pauvreté tandis que les dirigeants de Gaza ne font rien pour combattre chez eux le plus haut taux de chômage du monde.
Les manifestants brandisent leurs chaussures par manque de respect contre leurs dirigeants

            Parce que les fonctionnaires de Gaza ont reçu leur salaire de mars avec une réduction de 30%, ils ont manifesté leur colère en masse dans la ville. L’Autorité palestinienne a accusé le Hamas de percevoir des impôts à Gaza dont la grande partie est gérée de manière autonome et sans contrôle, pour ses besoins locaux alors que le Hamas n’envoie pas sa quote-part à Ramallah.
            Paradoxalement les missiles du Hamas sont rudimentaires par rapport à l'arsenal militaire israélien. Mais ils constituent une menace pour le sud du pays et entraînent un changement considérable dans l'équilibre stratégique du conflit israélo-palestinien. La force de dissuasion palestinienne est de plus en plus efficace car le Hamas améliore ses missiles de façon remarquablement rapide avec l’aide active de l’Iran. Certains missiles sont de fabrication artisanale mais les effets négatifs ne se comptent pas en nombre de tués mais en influences psychologiques négatives sur la population juive.

            Le Hamas a réussi à fabriquer et à se procurer ces armes, en dépit de toutes les conditions difficiles liées au blocus de Gaza. Ces missiles ont pour but de limiter les opérations kamikazes avec un effet identique à l’envoi d’engins de destruction. Il faut cependant savoir gré à Mahmoud Abbas d’avoir affirmé que les missiles importés ou de fabrication locale sont inutiles et ont un effet négatif, d’une part contre Israël mais surtout contre la population civile.
Sinwar en chemise claire

            Le Hamas doit choisir entre le beurre ou les canons. En privilégiant le réarmement stérile de ses milices, il ne doit donc pas s’étonner si la rue réagit négativement quand elle réclame des fonds pour sa subsistance et pour nourrir ses enfants. Il est à craindre que le remplacement, le 13 février 2017, d’Ismaël Haniyeh par  Yahya Sinwar, l’un des fondateurs de la branche armée du mouvement islamiste, n’aggrave la situation si des options militaires sont privilégiées par rapport à l'amélioration des conditions de vie de la population de Gaza.

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