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samedi 8 avril 2017

Manoeuvres pré-électorales en Israël



MANŒUVRES PRÉ-ÉLECTORALES EN ISRAËL
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
          Le Premier ministre Netanyahou songe sérieusement à avancer le scrutin prévu pour l’année 2019, pour deux raisons fondamentales. D’une part, il veut mettre fin aux tensions au sein de son gouvernement de coalition et d’autre part, il veut prendre de vitesse la justice avant qu’elle ne l’inculpe officiellement. Il anticiperait ainsi la chute de son gouvernement en décidant de tenir des élections législatives au début de 2018. Cela pousse donc les partis actuels et les partis en formation à se mettre en ordre de bataille.



            Le paradoxe est qu’aucune raison sécuritaire ne s’impose, que le terrorisme local a été pratiquement vaincu, que l’économie se porte toujours bien et que le chômage est éradiqué. Face à cette situation idyllique qui n’obère pas l’avenir, les candidats se mettent sur les rangs pour remplacer le premier ministre, entraînant une concurrence au sein même du gouvernement et au sein du Likoud. Avigdor Lieberman et Naftali Bennett, croyant que leur moment politique est arrivé, s’invectivent ouvertement. Leur dernière querelle porte sur la place des femmes à l’armée qui est souhaitée par le premier et qui est intolérable pour le leader des sionistes religieux, devenu plus respectueux des dogmes orthodoxes.
Jason Greenblatt et Mahmoud Abbas

            Netanyahou a de multiples raisons d’anticiper le scrutin car il s’inquiète des gesticulations américaines. Donald Trump est imprévisible et sa volonté de régler le problème israélo-palestinien créé une incertitude. La visite de Jason Greenblatt en Israël et à Ramallah a été perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures puisque le conseiller de Trump a exigé du gouvernement israélien qu’il gèle toutes les constructions à l’extérieur des implantations de Cisjordanie et qu’il limite les constructions à l’intérieur de ces blocs. Les nationalistes israéliens s’opposent à ce diktat et pourraient imposer une fin de non-recevoir au nouveau président avec les conséquences que l’on imagine.

            Les gesticulations politiques de Donald Trump commencent à inquiéter car, à la suite de la visite du roi Abdallah II de Jordanie à Washington le 5 avril 2017, le président a réitéré son désir de parvenir à un accord de paix entre Israël et les Palestiniens.  Mais nul n’ignore sur quelles bases tangibles une solution sera proposée, sinon imposée. Bennett n’approuvera certainement aucune décision qui viendrait à l’encontre des convictions des militants de son parti et des habitants des implantatioins. Il a compris que Netanyahou cherche à anticiper les difficultés en usant d’un nouvel alibi pour justifier le retour aux urnes, la fermeture de la radiodiffusion publique israélienne (IBA). Malgré son revirement et pour faire prévaloir son nouveau point de vue, Netanyahou est prêt à aller aux élections en provoquant Moshé Kahlon. Le leader de Koulanou, qui ne cesse d’avaler des couleuvres, n'est pas tombé dans le piège tendu et a refusé des élections qui lessiveraient son parti. Il a préféré se plier aux injonctions du premier ministre.   
            Enfin les affaires judiciaires s’accumulent et commencent à prendre de l’ampleur ; mais c’est sans compter sur le fin tacticien qui envisage de faire passer les trois enquêtes judiciaires le concernant au deuxième plan grâce à une campagne électorale bienvenue, qui interromprait les investigations durant de longs mois. Il tient à se présenter aux élections avant toute inculpation qui mettrait fin à sa stratégie politique.
Ashkénazi et Gantz

            Les manœuvres ont donc commencé de toute part. Ainsi en tout premier lieu, deux anciens chefs anciens d'État-major, Benny Gantz et Gabi Ashkenazi, appuyés par l’ancien ministre de l’Éducation Shai Piron, ont décidé de lancer non pas un nouveau parti, mais un mouvement social intitulé Pnima pour lutter contre la polarité dans la société israélienne. Ils visent à unifier la société polarisée en Israël. Benny Gantz a déclaré à ce sujet : «Je peux dire que d'un point de vue de la sécurité, Israël est un endroit solide et résistant, mais nous discutons ici d'une autre question, qui n’est pas moins importante, notre capacité à vivre ici. La direction politique de l'État d'Israël n'a pas réussi à relever ce défi et j'espère que ce que nous faisons va créer quelque chose à partir du bas vers le haut, une tendance à laquelle les politiciens vont se joindre. Nous comprenons qu'il sera difficile et qu'il y aura des problèmes, mais nous croyons que cela est possible». Gabi Ashkenazi lui a fait écho : «tout le monde devrait être préoccupé par les phénomènes que nous voyons. La solidarité, la justice et l'égalité sont les choses qui nous ont motivés à ce jour et ils sont en danger. Je pense que nous devons nous lever et faire quelque chose. Si nous réussissons, je crois que nous allons changer la société». Il est fort probable qu’il s’agisse de la première étape vers une nouvelle structure politique qui participera certainement aux prochaines élections. Benny Gantz est cependant lié par la règle imposée aux officiers généraux. Ayant quitté l’uniforme le 16 janvier 2015, il ne pourra être candidat qu'à partir du 17 janvier 2018.
Israël Katz

            Au sein du Likoud les leaders militants s’organisent aussi. Le ministre des transports Israël Katz, qui n’a jamais caché ses ambitions, a annoncé à la radio militaire le 5 avril qu’il se présentera pour le leadership de son parti mais seulement si Benjamin Netanyahou n’était pas candidat. Il prend ainsi date tout en poussant le premier ministre vers la sortie en cas d’inculpation. Mais il devra tenir compte de la concurrence d’un revenant, Gideon Saar, qui a annoncé son retour en politique après trente mois sabbatiques.
Guideon Saar

            C’est un grand militant du parti qui avait atteint le sommet pour ensuite décider, en septembre 2014, de se retirer parce qu'il avait compris que la première place était prise pour longtemps encore. Il avait occupé les postes prestigieux de ministre de l’Éducation et de l’Intérieur et vient de décider de mettre fin à son exil politique : «Comme vous le savez, il y a deux ans et demi j'ai décidé de prendre une pause de la vie politique, après près de 20 années de service public. Je voulais être avec ma famille. J'ai eu une période très agréable et calme. Ce temps est fini, et je suis venu dire que le hiatus est terminé, je suis de retour à l'activité publique et politique dans notre mouvement - le Likoud. Mon objectif est de renforcer le Likoud pour relever les défis de l'avenir, de faire en sorte que le mouvement du Likoud, qui est le premier mouvement national en Israël, dirigera le pays dans l'avenir».
            Ce n’est pas un hasard s’il a choisi ce moment qui préfigure une vacance du pouvoir. Mais il a choisi le retour dans son parti alors que des rumeurs le voyaient déjà faire cavalier avec Moshe Yaalon, ancien ministre de la défense, qui lui-aussi a décidé de créer un nouveau parti. Mais pour l’instant, il semble seul dans son projet.
            Et pendant ce temps, le centriste Yaïr Lapid caracole en tête dans les sondages. Le Likoud et Netanyahou tiennent à présent à lui couper l’herbe sous les pieds car il s'agit d'un prétendant sérieux au poste de premier ministre. Les manœuvres ont donc commencé au sein de tous les partis politiques qui appréhendent ces nouvelles élections parce qu’elles peuvent changer la physionomie politique avec l’arrivée de nouvelles grosses pointures dans le débat. Une certitude cependant, l'élimination presque certaine du parti travailliste de la course au pouvoir.

3 commentaires:

Yaakov NEEMAN a dit…

Changer de capitaine alors qu'un risque de gros temps se profile à l'horizon serait suicidaire.

Marianne ARNAUD a dit…

Comparaison n'est pas raison, nous répète-t-on sans arrêt, mais Netanyhou est à bien des égards sur lesquels je ne m'étendrai pas, votre Fillon.
Il vous faut maintenant mettre la main sur votre Macron !
Sera-ce Benny Gantz ? Le discours est raccord : "...j'espère que ce que nous faisons va créer quelque chose à partir du bas vers le haut..."
Sera-ce Gabi Ashkenazy ? "...je pense que nous devons nous lever et faire quelque chose..." C'est bien aussi !
Cette campagne s'annonce presque aussi plaisante que la nôtre !

Bernard MEYER a dit…

@yaakov Neeman
Désolé mais "c'est l'histoire qui fait l'homme et non l'homme qui fait l'histoire" Hannah Arendt
Cordialement
Bernard Meyer