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jeudi 25 mai 2017

Bilan du voyage de Donald TRUMP



BILAN DU VOYAGE DE DONALD TRUMP

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Il est vrai que peu d’observateurs s’attendaient à un résultat tangible de la visite de Donald Trump au Proche-Orient. Les Israéliens souhaitaient l’annonce du transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et de l’autorisation de construire encore plus dans les territoires, voire l’approbation pure et simple de l’annexion de plusieurs implantations. Les Palestiniens, de leur côté, espéraient un président américain frappant sur la table pour forcer les Israéliens à dialoguer, quitte à les menacer éventuellement de sanctions économiques. C’était trop rêver. Il n’en a rien été pour les deux parties.



Trump à Yad Vachem

            La visite a été terne comme le président lui-même qui a rarement esquissé un sourire. Il donnait l’impression d’avoir été contraint de voyager au point de limiter son déplacement, en coup de vent, à une visite de 28 heures. Certains émettent l’hypothèse que, ayant montré durant sa campagne son absence de familiarité avec la politique étrangère, il a peut-être cherché à «se faire la main» internationale avant sa réunion au sommet de l'Otan à Bruxelles et au G7 de Taormine en Italie.
            Pour ne pas être tout à fait négatif, on peut dire que Trump a réussi à unifier un collectif de pays contre l’Iran et contre son programme militaire. C'est important quand on sait le danger que représente le nucléaire iranien. Barack Obama avait effectivement donné l’impression, à la fin de son mandat, qu’il fallait absoudre l’Iran après la signature de l’accord nucléaire pour le réintégrer dans le concert des nations démocratiques.

            Certes, Trump est arrivé en Israël avec l’assurance que la position d’Israël avait été bien comprise par l’Arabie saoudite qui a approuvé l’idée de lancer un nouveau processus de paix. Mais le nouvel ambassadeur américain, David Friedman, avait prévenu la presse, avant l’arrivée de Trump, que le président américain n’annoncerait pas le transfert de l’ambassade américaine. Certains y ont donc vu une visite purement protocolaire, sans incidence politique. Lors de ses rencontres avec les dirigeants israéliens, Trump a envoyé à plusieurs reprises des messages clairs sur la nécessaire reprise du processus de paix. Il a surtout pointé du doigt la communauté d’intérêt des États-Unis, d’Israël, de l’Arabie saoudite et des régimes sunnites voisins contre l’ennemi commun, l’Iran.
            On imagine la déception de la droite nationaliste israélienne qui avait porté de grandes espérances après l’élection de Trump. Le président américain est resté suffisamment évasif pour ne pas se «mouiller». Le problème des implantations et des constructions dans les territoires n’a fait l’objet d’aucune mention dans ses discours. La question de Jérusalem n’a pas été abordée alors qu’on attendait qu’il désigne la ville comme la Capitale indivisible d’Israël. La solution à deux États a été à peine effleurée. Il donne l’impression de laisser les Israéliens et les Palestiniens s’organiser entre eux, s’ils désirent vraiment la paix. Bref, les promesses de la campagne électorale se sont envolées dans la fumée des rêves les plus insensés.

            Mais fidèle à lui-même, Donald Trump a osé d’autres indiscrétions en déclarant : «Le roi Salman d’Arabie veut voir la paix entre Israël et les Palestiniens» laissant ainsi fuiter une rumeur de relations secrètes. Il confirme implicitement que des contacts sont en cours depuis des mois entre Israël, les monarchies arabes et les États-Unis pour tenter de raviver un processus de paix moribond. En fait l’entourage du président américain laisse entendre que Donald Trump avait prévu des annonces mais qu’il a dû modifier brutalement de stratégie en raison des enquêtes qui sont menées autour de son entourage au sujet des contacts avec la Russie. Il n’a pas changé d’avis mais il a décalé le lancement des négociations en faisant comprendre à Israël qu’il a besoin de lui à l’intérieur du bloc constitué contre l’Iran. Malgré cela, les nationalistes israéliens espèrent toujours et croient encore que Trump est un ami sincère qui les surprendra bientôt.

            Les Palestiniens sont égaux à eux-mêmes parce qu’ils ne réalisent pas qu’ils avaient une opportunité exceptionnelle, qu’ils ont gâchée, de faire entendre leurs revendications. Ils ne se sont pas engagés dans un plan précis à soumettre aux Israéliens pour marquer leurs différences et pour montrer leur bonne volonté. Alors que Trump était en Cisjordanie, ils ont organisé des «manifestations de colère» à Hébron et dans plusieurs autres villes de Cisjordanie sans se rendre compte que leurs actions étaient déplacées, dans un jour aussi important. 
          Cela confirme ainsi que Mahmoud Abbas ne contrôle plus ses troupes et qu’il est totalement décrédibilisé. Il n’a pas évolué dans ses positions habituelles répétant à l’envie que la paix signifie une solution à deux États, dans les frontières de 1967 : «Notre peuple subit, depuis 50 ans, la plus longue occupation de l’histoire et nous demandons aux Israéliens de reconnaître un État palestinien, dont Jérusalem-Est, comme nous reconnaissons Israël» . C’est toujours la même rengaine qui est resservie.

            Si aucun résultat tangible n’a été relevé, Trump a cependant relevé le défi d’être le premier président américain à se rendre devant le Kotel. Aucun autre, même le pro-israélien Bill Clinton, ne l’avait fait avant lui. Pour les Israéliens, c’est un haut fait d’armes qui mérite d’être souligné. Mais pour éviter toute friction avec les Arabes, Trump a fait dire que cette étape «était une visite privée à laquelle les responsables israéliens n’ont pas été autorisés à l’accompagner». Seuls les rabbins du Kotel, pourtant fonctionnaires de l'Etat, ont été autorisés à être à ses côtés. L’honneur arabe est sauf.

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