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mardi 6 juin 2017

Election député français : second tour DRORY-HABIB



ÉLECTION DÉPUTÉ FRANÇAIS : SECOND TOUR DRORY - HABIB

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Les électeurs ont voté et les chiffres trouvent une interprétation dans chacun des clans de l’électorat. Les Français de l’étranger doivent à présent désigner, au second tour, le député de la circonscription de l’étranger, englobant Israël, la Grèce, l’Italie, Chypre, Malte et la Turquie. Meyer Habib est arrivé premier en Israël avec 71% des voix mais avec une participation déplorable de moins de 6,2%. Les Francophones qui sont les premiers à manifester dans les réseaux sociaux leur mécontentement et leur mauvaise humeur quant à la politique franco-israélienne, n’ont pas pris le temps de se rendre aux urnes. C'est le paradoxe.





Daphna Poznanski
            Cependant sur toute la circonscription, la candidate REM, Florence Drory, est arrivée en tête avec 36,7% face à Meyer Habib (LR-UDI) 35,5%, Daphna Poznanski (indépendante) 5,9% et Benjamin Djiane (PS) 2,1%. Il s’agit de la circonscription dont le député est le plus mal élu de France puisque seules 11.044 voix se sont exprimées sur un total de 121.399 inscrits. C’est le revers de la démocratie.

            En termes de votants, Israël pèse peu dans la circonscription car seulement 4.658 voix se sont exprimées en Israël contre 6.386 pour les autres pays. Le faible taux de participation des francophones israéliens s’explique par l’éloignement des bureaux de vote de certaines zones d’habitation, par le désintérêt pour la politique française et surtout par la volonté des immigrants de tourner la page française, une fois leur pied posé en Israël. Ils ont par ailleurs tellement de problèmes à régler avec leur intégration, souvent difficile, que les questions de pure politique française deviennent secondaires pour eux.
            En plaçant la candidate REM en tête, les électeurs ont confirmé leur choix de favoriser une majorité présidentielle pour que le programme d’Emmanuel Macron puisse être appliqué. Mais rien n’est encore joué. Tout dépendra du report des voix d’électeurs peu disciplinés face aux consignes des appareils politiques. Les électeurs votent la plupart pour une personne et peu pour un parti. Daphna Poznanski est une ancienne militante PS qui avait mis en avant son suppléant «Alexandre Pieri, ingénieur français établi à Turin, référent en Italie du mouvement En Marche». Cette proximité avec REM pourrait tenter certains de ses électeurs à se tourner vers Florence Drory. Par ailleurs, il est difficile d’imaginer Benjamin Djiane, ancien conseiller de Manuels Valls et candidat du PS, donner des consignes de vote pour le parti Les Républicains. L’abstention des sympathisants PS pourrait devenir une généralité. Les autres candidats, dont le cumul des voix peut faire la différence, se prononceront en fonction de leur sympathie ou non avec la droite française.

            Une nouvelle campagne s’ouvre et les candidats en lice ne doivent pas se tromper de combat. Il s’agit d’une élection française et les soutiens étrangers peuvent être non productifs. En appelant à la rescousse le premier ministre Benjamin Netanyahou, qui s’est départi de sa neutralité pour soutenir son ami Meyer Habib, la démarche pourrait être interprétée comme une ingérence inadmissible dans les affaires intérieures françaises. Les électeurs d’Italie, de Grèce ou de Turquie pourraient en prendre ombrage.

            Il ne s’agit nullement de la désignation d’un premier ministre mais de l’un des 577 députés dont les attributions sont limitées. Croire qu’il a des pouvoirs pour modifier la politique étrangère de la France au profit d’Israël est une vue déformée de l’esprit. Lors d’une interview, Claude Goasguen député pro-israélien, membre des Républicains, nous avait parfaitement décrit la situation vue à travers l’œil d’un député expérimenté : «En réalité, la politique étrangère en France est réservée à une poignée d’individus sans contrôle. Le Président de la République, un petit peu le Ministre des Affaires Étrangères qui n’a pas grand pouvoir et le Quai d’Orsay. L’Assemblée nationale ne connaît rien de la politique étrangère de la France. En tant que député j’apprends tout par la presse comme vous. Nous sommes le seul pays à avoir un homme et un seul, à l’Élysée, avec le secrétaire général du Quai d’Orsay, qui décide de tout et qui est par nature en dehors de toute responsabilité politique». C’est une réalité.  Faire croire qu'un seul membre de l'Assemblée pourra influer sur les décisions du gouvernement est un leurre ou une promesse de campagne irréalisable. En revanche le groupe d'amitié France-Israël de l'Assemblée nationale, dont Meyer Habib ne fait paradoxalement pas partie, pourrait être très efficace par sa pondération. (Cliquer sur le lien pour voir les membres du groupe)
Avec Claude Goasguen dans son bureau de l'Assemblée

        Le député élu peut faire un travail d’information auprès du Quai et de ses collègues pour que l’opposition à Israël soit atténuée, ou du moins équilibrée. Mais la France, et c’est normal, défend sa propre politique qui ne peut pas tenir compte des intérêts particuliers d’un pays étranger. Sur le plan économique, 8 millions de Juifs ne pèsent pas lourd face à 200 millions d’Arabes. Le député a donc une influence limitée dans ce domaine mais s’il fait partie de l’opposition, alors aucun cadeau ne lui sera fait par le gouvernement et il ne sera jamais entendu.

            Dans une circonscription où toutes les religions sont représentées, l’activisme religieux à l’égard des orthodoxes juifs est contre-productif. Meyer Habib avait subi les foudres de ceux qui n’avaient pas apprécié sa démonstration inédite à l’Assemblée. En portant la kippa dans le lieu le plus défenseur de la laïcité, il avait lancé un message d’intolérance aux Chrétiens et Musulmans français.
            La lutte du deuxième tour sera féroce. Certains soutiens d’Habib n’hésitent déjà pas à frapper au-dessous de la ceinture en prétextant l'inégibilité à l’encontre de Florence Drory. Nous sommes loin des idées et des programmes. Mais certains soutiens restent sourds.  Ce sont des habitués du genre puisqu’en 2012, leurs actions avaient entraîné l’élimination de trois candidats. Déjà certains donnent le ton : «Il va falloir que Meyer Habib traîne tous les religieux vers les bureaux de vote». Ils font référence aux autobus mis à la disposition des orthodoxes pour amener les jeunes électeurs français des écoles talmudiques vers les bureaux de vote.  C'est de bonne guerre en Israël où la méthode est utilisée lors des élections israéliennes. Encore faut-il que le budget électoral français le permette.  
Proramme de Meyer Habib en 2013

            Meyer Habib a eu un mandat terne sans réalisation concrète. Il a effectivement axé son mandat sur des gesticulations israéliennes, sur le soutien au groupe extrémiste Bétar ou la Ligue de défense juive interdite en Israël, et sur l’aide financière exclusives aux Juifs orthodoxes dont une grande partie a une position anti-israélienne. On s’étonne d’ailleurs qu’un parti laïc comme l’UDI puisse cautionner ces démonstrations d’ordre religieux qui font désordre. Les invectives lancées du haut de la tribune à l'Assemblée nationales, lors des questions au gouvernement, ne peuvent impressionner que ceux qui aiment les démonstrations de force dans une enceinte dédiée à la démocratie. Le voyeurisme à destination de la droite israélienne ne paie pas toujours.
            La position ambiguë de Meyer Habib crée un malaise en France, et surtout au sein de l’Assemblée nationale. On ne sait plus s’il représente la France ou alors la Knesset israélienne. Avec ses excès, il pousse certains dirigeants français à se positionner contre la bi-nationalité ce qui serait une catastrophe pour les Francophones : «vous comprendrez pourquoi il faut en finir avec la double nationalité pour les élus de la république. Ce zozo du peuple élu est payé par vos impôts». Le député Jean Glavany (cliquer sur le lien pour voir la vidéo) l’accuse même d’être le porte-parole du Likoud : «Parfois je me demande si vous êtes du Parlement français ou du Parlement israélien». Cette accusation de double allégeance nuit à l’intérêt des Francophones d’Israël.
            Emmanuel Macron a apporté un souffle nouveau à la politique française. Les Français d’Israël attendent donc un renouveau; encore faut-il qu’ils montrent un front uni ce qui n'est pas le cas. Les prétentions du 577ème député français doivent être à la mesure de son potentiel d’action. Ses propositions doivent être réalisables et non pas démagogiques. Les Francophones n’ont pas les moyens de se situer dans la haute politique ; ils demandent des choses simples liées à leurs retraites, leurs diplômes, leurs soins ou leur besoins sociaux. La politique politicienne ne les aidera pas dans leur quête au bonheur d’expatrié.  La liste des promesses non réalisées est ainsi longue. Certes cela apporte un espoir inutile aux électeurs naïfs qui croient que tout est possible quand on sait porter la voix. Il faut être réaliste et éviter le populisme et la démagogie.       




3 commentaires:

andre a dit…

Les électeurs français d' Israël qui ont voté, ont choisi Meyer Habib à plus de 70% . Il est vain de vouloir qu'ils changent d'avis ! C'est la seule circonscription de l'étranger où le candidat LREM n'est pas certain de l'emporter . Pourquoi cet article pathétique ? Attendons les résultats du scrutin .
André M
Tribune juive

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ André

Pourquoi pathétique ? Une analyse n'est jamais pathétique sauf lorsqu'elle rapporte des informations fausses. C'est un article serein.

Je vous rappelle en revanche votre commentaire plein d'analyse fine après un article précédent : "L'élection se jouera en Israel et Meyer HABIB n'a pas démérité". Justement l'élection se jouera ailleurs qu'en Israël. Nous avions eu droit aux mêmes certitudes à l'occasion de l'élection de Sarkozy et de Fillon.

andre a dit…

Pour Hollande, Valls et Hamon , Il y a eu le même déversement de " pathos" au lieu de l'analyse des forces en présence .!
Que Meyer Habib soit le seul candidat qui ne soit pas submergé par la vague LREM devrait inciter à la prudence pour les commentaires.
On verra le 18 au soir !
Quant à Macron, Il n'est pas le représentant de la Gauche profonde ! Même si les socialistes que la mer va engloutir le prennent pour le radeau de la Méduse . Il va gérer les affaires de la France avec énergie et défaire le carcan qui emmaillotte l'économie.
André M
Tribune juive