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dimanche 18 juin 2017

Hold-up par Claude MEILLET



HOLD-UP

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Annoncé, consenti, joyeux, participatif, organisé, bruyamment musical, provocant. Le hold-up de la Gay Pride sur une grande partie de Tel Aviv, n’avait rien de la dramatisation attachée ordinairement à ce type d’évènement. Fesses, pectoraux, seins nus, biscottos, chaussures à talons sur des pieds masculins, bamboula, contorsions, roulements de tambours, enlacements, tenues excentriques ou pas de tenue du tout, s’offraient généreusement au spectacle. Et sur fond de décor bleu violent du ciel et bleu miroitant de la mer, le défilé de chars-orchestre traversait l’envahissement de la foule spectatrice. Parmi les spectateurs, Jonathan s’était amusé de ce hold-up pacifique et coloré.





            Le hold-up réussi, ce dimanche d’élection législative française, le stupéfiait cependant encore plus. Hold-up éclair. Les bijoux des boutiques des partis politiques traditionnels venaient d’être subtilisés, en quelques tours de piste, par un artiste venu de nulle part. Sans sang et sans larmes. Sauf celles d’une bonne partie des patrons de boutiques, disparus corps et biens. Sous effet de prestidigitation. A la grande surprise des pourfendeurs d’une majorité législative prévisible trop dominatrice, qui, quelques semaines auparavant ironisaient sur le type de majorité sur laquelle le candidat à la Présidence pourrait s’appuyer. Que ce soit par abstention, par adhésion spontanée ou forcée, l’effet Macron recréait un nouveau paysage politique. Provoquant au passage une inventivité sémantique revigorée : macronisme, macromania, macronique… L’essentiel lui apparaissant qu’il reste, comme à Tel Aviv, consenti, positif, participatif, organisé et pas trop provocant.
            En y réfléchissant, en parodiant Jacques Chirac, Jonathan constatait qu’en cette période, les hold-up volaient en escadrille. Donald Trump n’est-il pas en train de parachever celui d’une Amérique dite profonde, nationaliste et conservatrice, sur l’autre Amérique, moderniste, mondialiste, libérale au sens anglo-saxon du terme. Un hold-up plus ravageur et plus revanchard que le français. Visant à l’effacement des programmes précédemment mis en place pour les remplacer par leurs contraires absolus. Tous domaines confondus. Economique, fiscal, social, sécuritaire, international comme national. Un vrai hold-up, pur et dur.

            Un autre venait d’ailleurs de se glisser, subrepticement, sur la scène internationale. Sans doute avec toute la subtilité, l’art de la mise en place douce, que la culture espionite maîtrisait parfaitement. La Russie, géant géographique au pied économique et social fragile, sans tambours ni trompettes comme à Tel Aviv, mais avec une férocité et une constance implacables, vient en quelques années de réussir à s’imposer dans le jeu mortifère régional du Moyen Orient et dans le jeu sécuritaire et politique mondial. En profitant, comme il est de règle dans la confrontation des nations et des blocs géopolitiques, des failles laissées par les hésitations, les hétérogénéités, des pays du bloc occidental. En utilisant sans vergogne aucune, mais avec une expertise redoutable, les ressources de la cyber technicité pour s’immiscer dans les processus démocratiques ouverts des pays de l’Ouest. Le hold-up du vrai faible sur le faux fort.
            Un autre, de même genre, s’imposa à lui, quand un de ses amis, professeur d’université, le rejoignit dans le calme du café où il se remettait du tourbillon de la Gay Pride. Qui posa violement une pile des journaux qu’il venait apparemment de parcourir. Et qui, dans la foulée, déversa une bile qu’il ne pouvait visiblement plus contenir. Un reniement, une trahison ! Trop, c’est trop ! Les points d’exclamation s’imposaient d’eux-mêmes. Le gouvernement de droite passé à l’extrême-droite, l’influence de la religion passée à la radicalisation. De décrets limitant les libertés artistiques, aux oukases bâillonnant le système éducatif, aux intimidations lancées contre la justice, à la chasse aux organisations dites de gauche, sans compter l’écart grandissant entre riches et classes moyennes, l’embourbement dans la politique d’implantation… C’est la remise en cause des fondements de la société israélienne !!! «Un hold-up ?», interrogea Jonathan, profitant d’une recherche de souffle. «Exactement» s’exclama son ami, «tu as trouvé le mot juste !». «Le hold-up d’une faction politique défensive sur une société économique conquérante», conclut cet ami.
            Jonathan, sur le coup de ces réflexions, se demanda si le monde contemporain n’imposait pas une vision déformée de ce qui se passe. Si par contraste avec le constat d’un univers en expansion dans l’espace, ne se manifestait pas une contraction dans le temps. Tout s’accélère. Les innovations, les changements. La technologie ouvre la voie à l’instantanéité. Imposant une vision rétrécie de la perspective.
            Le phénomène hold-up n’est-il pas la manifestation du rétrécissement du temps qui passe ? Comment rester alors fidèle à sa jeunesse ? That is the question, se dit-il.


1 commentaire:

Véronique Allouche a dit…

Faire un rapprochement entre la Gay Pride de Tel-Aviv et les élections françaises est hardi et même déplacé. Si ce fut un hold-up pour cette dernière avec les raisons que l'on connaît , rien de tel pour la première qui peut s'enorgueillir de fêter l'événement chaque année dans une ville ouverte, tolérante et chaleureuse. À Tel-Aviv personne ne fait de hold-up car les Gays sont toujours les bienvenus.
Bien à vous