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samedi 12 août 2017

Connecté Par Claude MEILLET


CONNECTÉ

L'opinion de Claude MEILLET


           
Planète connectée
      Mon fils est au Canada avec sa copine. Il m’a appris qu’au Québec, tout le monde parle français. Ma fille est en Chine. Elle m’a raconté, elle, pourquoi Shanghai est une des plus belles villes du monde. Ce matin, en me rasant, j’ai entendu qu’au Venezuela l’armée hésite entre obéissance et résistance au pouvoir, qu’en Israël Netanyahou risque de sombrer sous le poids de ses casseroles, sans parler du Duc d’Édimbourg qui, lui, quitte la scène…. Comment avec tout ça, veux-tu que je sache quelle est la couleur des yeux de ma boulangère ?





Papillon des tropiques

            Un court silence, et puis, «On connaît tout de tout, et on ne sait rien de rien !»
            La complexité d’un monde connecté venait de faire exploser son voisin de fauteuil de théâtre, attendant comme lui que la salle se remplisse. Dans le brouhaha chaleureux qui précède les trois coups et l’ouverture du rideau, Jonathan se brancha, lui aussi, sur le règne de la connectique.
            Il se souvint de ce phénomène si souvent évoqué et si symbolique, du battement d’ailes du papillon des Tropiques, qui avait pour conséquence finale, une crise de Wall Street. Il tenta de se rappeler le nom, ah oui, Mc Luhan, ce sociologue communicant qui, dès les années 80, parlait du monde comme d’un «village global». Il se souvint aussi de ce que Valéry avait écrit, bien avant lui, quelque chose comme «le système des causes qui commande le sort de chacun de nous, s’étend désormais à la totalité du globe, le fait résonner à chaque ébranlement».  Oui, ce voisin de spectacle était effectivement soumis, comme tout le monde, partout dans le monde, sur tous sujets, à un tir ininterrompu, répétitif, multidimensionnel, de news.
            Chacun peut maintenant, se promener, du fin fond de l’Asie aux pampas d’Amérique du sud. Aussi facilement que dans le Massif Central ou au nord de la Galilée. Les media de toutes sortes, submergent nos yeux, nos oreilles, nous gavent de l’instantané. En sciences, santé, politique, social, spectacles…Et, bien entendu, en catastrophes. Locales, nationales, internationales. Sans compter, se dit-il, la participation à ce ballet continu, infernal, de nouvelles, du numérique. Ce monde grouillant qu’on nous jette à la figure, du matin au soir, est devenu aussi un monde digital. À commencer par les fameux réseaux, dit sociaux. Probablement parce qu’eux, également, envahissent le quotidien de tout individu, en Papouasie comme en Irlande du nord. «Branché» ou non. Véhiculant en rafale, les infos, y compris ce qui vient de sortir, les fakes news. Exposant à qui veut bien les voir, les vies intimes de tout un chacun. Ce numérique qui développe l’interconnexion sur tous les registres. Ce bon Amazon qui, par exemple, lui envoyait sous deux jours, un bouquin épuisé, déniché par lui seul. Et pouvait même maintenant faire ses courses pour lui. En les livrant avec un drone. Un caddy par drone ! Cette connectique, qui permet à son copain, restaurateur, de visualiser de chez lui ou d’ailleurs, en temps réel, la fréquentation de son restaurant, ou le travail des cuisiniers.

            Initialisant cette floraison sémantique, l’invention du «village global», il n’y a pas si longtemps, s’est révélée depuis, à l’évidence, prémonitoire. Sauf que…Sauf que la réflexion sonore de son voisin de fauteuil rejoignait bien l’extension d’un phénomène ayant trouvé, à son tour, sa traduction verbale. La réalité virtuelle. Entrez dans un monde à 360 degrés en mettant sur votre nez ces drôles de lunettes. Et vous voilà partout en même temps. Comme si vous y étiez.
            Sauf que ……Sauf que, maîtriser la réalité devient alors un enjeu culturel. L’expression réalité virtuelle porte en elle la contradiction à laquelle conduisent les nouvelles dimensions que prend le monde. Et que lui, Jonathan, comme ce voisin occasionnel, doit rester attentif à résoudre. 
            Ce bon vieux Darwin va venir au secours de cette nouvelle évolution, se rassura-t-il. La nouvelle génération, les suivantes vont résoudre l’équation. Le village et le monde. La vie intérieure et le monde comme il va. S’il l’avait osé, il se serait tourné vers son voisin. Pour le rassurer lui aussi. Parce que tous les deux, en fait, donnaient la meilleure réponse possible au constat de cette nouvelle donne du monde qui les entourait. Ce soir, le théâtre. Ça pourrait être un bon bouquin, un concert, une exposition… Avant eux, pour eux, tous les auteurs, les artistes, les musiciens, proposaient la diversité des réponses possibles.
Shanghai


            Sans forcément choisir entre la beauté de Shanghai et les yeux de la boulangère.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Ah oui ! On me dit que le Shanghaï de mon enfance a bien changé. "Shanghaï-la-juive" avait même écrit une certaine Michèle Kahn !
Je n'ai jamais été tentée d'y retourner. Il est vrai que je suis du genre déconnecté.