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mercredi 23 août 2017

L'armée libanaise se rebiffe et part à l'offensive



L'ARMÉE LIBANAISE SE REBIFFE ET PART À L’OFFENSIVE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Les Libanais se rebiffent. Historiquement faible, divisée et mal équipée, l’armée libanaise a décidé de partir à l’offensive contre Daesh dans un combat qu’elle ne peut se permettre de perdre. Il s’agit d’une prise de conscience historique car, jusqu’à présent, elle faisait de la figuration dans une région traversée par plusieurs conflits, en laissant le Hezbollah maître des opérations et de son avenir. Soutenue par les Etats-Unis, l’armée libanaise a lancé une offensive contre Daesh au nord-est du Liban alors que simultanément, dans une offensive distincte, le Hezbollah et l’armée syrienne manœuvraient à la frontière libanaise.





Général Ali Konso

            Cette offensive est la plus grande des forces libanaises qui veulent réaffirmer, enfin, leur contrôle sur toutes leurs frontières. L'opération, approuvée par les États-Unis, est lourde de conséquences politiques. Le Liban veut prouver qu'il peut s'affranchir de la tutelle du Hezbollah qui régente tout au Liban, à travers la Syrie et l'Iran. L’armée libanaise et le Hezbollah sont à la fois alliés et rivaux dans un pays du Cèdre compliqué, alors que leurs sponsors respectifs, les États-Unis et l’Iran, rivalisent aux deux extrémités de l’échiquier géopolitique. Mais il est difficile d'ignorer que le Hezbollah est un partenaire du gouvernement de coalition libanais et qu’il a toujours donné ses ordres à l’armée libanaise. Le Liban veut changer la donne et il sait que l’échec ou la réussite de l’opération militaire conditionnera la stabilité du Liban. Ne voulant pas donner l’impression d’être aux ordres du Hezbollah, le porte-parole de l’armée le général Ali Kanso a insisté pour affirmer qu’il n’existe aucune coordination avec les forces du Hezbollah et de la Syrie, qui limitent leur action du côté syrien de la frontière.
Général américain Votel au Liban

            Effectivement le Liban, qui reçoit une aide conséquente des Américains, ne peut afficher sa collaboration avec le Hezbollah considéré comme une organisation terroriste. Au cours de la dernière décennie, le Liban a reçu près de deux milliards de dollars d’aide militaire sous forme de chars, de transporteurs blindés de personnel, des drones de surveillance, d’avions d'attaque et d’hélicoptères, soit 80% des équipements militaires. Les Etats-Unis ont formé par ailleurs 32.030 soldats libanais. Huit véhicules de combat Bradley pour l’infanterie ont été livrés une semaine avant l’offensive tandis que le général Joseph Votel, du Commandement central, avait cautionné cette bataille à l’occasion de sa visite en juin dans la région : «L'armée libanaise reste l'un de nos partenaires les plus compétents et efficaces. Nous sommes fiers de notre soutien en tant que seul défenseur du Liban».
Véhicule de combat Bradley

            Les troupes de l'armée libanaise ont lancé leur attaque à l'aube du 19 août 2017, près des villes de Ras Baalbek et Qaa, deux localités chrétiennes situées à la frontière syrienne dans un terrain montagneux, sous contrôle de Daesh depuis 2014. L’État islamique ne dispose dans la région que de 600 miliciens aguerris qui se cachent dans des réseaux de grottes creusées dans les montagnes. L'opération militaire, baptisée «l'aube des jurd», a fait plusieurs morts chez les islamistes radicaux. L’armée libanaise a réussi à libérer plus de la moitié du territoire contrôlé par Daesh. Le porte-parole de l’armée a précisé : «nous avons repris le contrôle des hauteurs de Wadi Khechen, Kherbet el-Tine, Kornet Hokab al-Hamam et Ras al-Dalil. Nous avons repris Dalil Om Jemaa, au nord-est des hauteurs de Douhour Khanzir, situé entre les jurds de Ersal et de Ras Baalbeck. Les terroristes de l'EI sont pris en étau à Wadi Martabia».

            Les pertes libanaises sont faibles pour l’instant, trois soldats ont été tués. Selon le colonel Abou Eid : «Un véhicule militaire a été visé par l'explosion d'une mine sur la route de Douwar Njasa, dans le jurd de Ersal, tuant trois soldats et blessant grièvement un quatrième. L'explosion est survenue en dehors du théâtre des opérations contre l'EI où la situation évolue à l'avantage des troupes régulières. Nous sommes déterminés à éradiquer la présence de l'EI en territoire libanais. Le commandement ne coopère ni avec le Hezbollah, ni avec les troupes syriennes dans cette opération». 
Obsèques des militaires libanais

          Cette volonté de se distinguer du Hezbollah pourrait ne pas être du goût de la milice considérée au Liban comme une pestiférée. D’ailleurs, dès l’annonce de la bataille dans les Jurds, la milice n’a pas voulu être en reste et a aussitôt annoncé une opération parallèle avec l’armée syrienne régulière. Certes la coordination entre les deux entités est difficile sachant que les deux champs de bataille sont séparés par des montagnes peu accessibles en voiture. D'ailleurs on voit mal comment l’armée libanaise pouvait coordonner son action avec le Hezbollah alors qu’elle manifestait une volonté de se démarquer des chiites libanais qui ont senti le danger d’être marginalisés. C’est pourquoi, ces derniers insistent pour prouver qu'il existe une réelle coopération.
Khalil Helou

            Il est certain que l’armée libanaise étonne et qu’elle n’était pas susceptible à faire preuve de prouesses inédites. Selon le général à la retraite Khalil Hélou : «l’armée a su manier des bombes aériennes lourdes qu'elle a utilisées pour la première fois ; elle détient une provision de munitions très importante ; elle a fait preuve d'une précision du tir remarquable et surtout d'une coordination rarement aussi efficace entre ses différentes unités. L'armée n'a eu besoin d'aucun soutien. Et le Hezbollah n'a aidé en rien».
Armée libanaise

            Mais le Hezbollah semble vouloir jouer un double-jeu. Il diffuse l'information qu’il détient des prisonniers de Daesh qui, selon lui, préfèrent être livrés au Hezbollah qu'à l'armée libanaise sachant qu’ils pourraient plus facilement faire l’objet d'échanges éventuels de prisonniers de guerre. Il veut profiter du fait que l’offensive contre Daesh, derrière les frontières syriennes, est à double tranchant. Le Hezbollah peut empêcher l’arrivée de renforts de Daesh de la Syrie vers le Liban. Mais il peut aussi favoriser le transfert de troupes de Daesh vers le côté libanais. Il détient donc des cartes pour compliquer la tâche de l’armée libanaise dont il veut démonter qu'elle n'est pas si autonome qu'elle le pense, tandis que le Hezbollah cherche à la désavouer aux yeux de la communauté internationale et des Américains.
Mohammad Raad

            Les soutiens du Hezbollah montent sur le front politique. Le député Mohammad Raad, idéologue du parti et député libanais, s’attribue le monopole de la résistance : «La bataille de l'armée dans le jurd est la nôtre. Nous sommes les yeux et les mains de l'armée et nous ne la laisserons pas se battre indépendamment de l'aide dont elle a besoin. C’est nous qui avons préservé la souveraineté de ce pays, nous qui avons libéré cette terre». En écho, le cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil exécutif du Hezbollah, renchérit : «N'étaient les sacrifices de la résistance en Syrie, le Liban aurait été livré à tous les dangers».

            Le Hezbollah a donc la possibilité de compromettre l’offensive militaire de l’armée libanaise mais il prendrait le risque de laisser alors des terroristes s’infiltrer dans les villages libanais chiites limitrophes, comme Laboué et Nabi Osman. Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, s’est élevé contre ceux qui veulent ternir l'image de l'armée libanaise, au moment où celle-ci combat les djihadistes du groupe État islamique : «A certaines plumes et certaines bouches nous disons, laissez l'armée tranquille, et arrêtez d'essayer de la dépeindre comme une faction parmi d'autres au service du régime syrien de Bachar el-Assad». 
          Dès lors que les Américains ont compris qu’il fallait s’impliquer ouvertement dans le conflit libanais en finançant et en équipant l’armée libanaise laissée à l’abandon par les Occidentaux, alors les Libanais ont repris confiance en eux pour démontrer qu’ils n’étaient pas des bras cassés.  En fait les Libanais se rebiffent et ils veulent reprendre leur liberté après avoir été sous le joug des Syriens, des Iraniens et du Hezbollah. Ils ne leur restent plus qu’à réévaluer leurs intérêts internationaux pour envisager un rapprochement avec Israël au moment où l’Arabie saoudite envisage sérieusement de nouer des relations diplomatiques. La réussite du combat contre l'extrémisme djihadiste est à ce prix.

3 commentaires:

Yves SCEMLA a dit…

C'EST LA REAPPROPRIATION progressive de la liberté du Liban et peut-être le futur clin d'oeil d'un rapprochement avec l'Etat d'Israel.
Il faut que l'armée libanaise de souche tienne le coup toute seule et arrive à exclure progressivement le Hezbollah.

De toutes les manières il faudra attendre la cessation des faits militaires pour commencer la partie politique et diplomatique.

(Modification Régionale en ligne de mire)

D.Z a dit…

Vous avez oublié un acteur important de la scène libanaise
L'Arabie saoudite qui arme le Liban avec du matériel français....

Michel LEVY a dit…

Si seulement cela pouvait être un retour du Liban indépendant pensant aux intérêts des libanais !