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jeudi 21 septembre 2017

L'empire mafieux des Pasdarans Iraniens



L’EMPIRE MAFIEUX DES PASDARANS IRANIENS
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          

          Les Pasdarans, ou Gardiens de la Révolution, représentent la colonne vertébrale du régime iranien. Ce corps est connu pour être une organisation paramilitaire redoutée mais on ignore souvent qu’il s’agit d’un véritable empire industriel mafieux parce qu’il est directement impliqué dans les transactions sur le nucléaire et dans la distribution de gaz et de pétrole. Dans l'ombre, les Pasdarans tirent les ficelles du régime iranien, profitent de leurs revenus pour manipuler des réseaux terroristes, se livrent à toute sorte de trafics et se sont emparés de pans entiers de l'économie du pays, dans le bâtiment, l'énergie et les télécommunications. C’est une sorte de structure qui oscille entre parti politique, franc-maçonnerie, association d’aide sociale, armée parallèle, et empire industriel et qui dispose d’un pouvoir économique immense.




            Les Pasdarans ont créé une holding Khatam al-Anbia qui gère plus de 10 milliards de dollars de revenus pétroliers et gaziers avec aux postes-clés des officiers d'active ou à la retraite. Sept ministres pasdarans sur 21 contrôlent le pétrole, l’économie, les communications, la défense, et l’intérieur. Les Gardes ont un droit de regard sur un tiers des sièges de députés ou de gouverneurs, sur plusieurs mairies et postes d'ambassadeurs. Il s’agit d’une véritable administration parallèle disposant de casernes et de centres de torture. Les Pasdarans ont été créés par l'ayatollah Khomeiny, en mai 1979, pour être «les yeux et les oreilles du régime islamiste», en charge particulièrement de la répression intérieure. Pour cela il leur a fourni les meilleurs équipements dont est d'ailleurs privée l’armée régulière.
Commandant des Gardiens

            Sous couvert de hiérarchie religieuse, les Pasdarans ne cessent de s’enrichir à l’instar d’une organisation mafieuse qui contrôle des centaines d’entreprises créées sous forme d’associations caritatives, Bonyads. Les Bonyads sont des fonds caritatifs iraniens qui contrôlent de 11 % à 40 % du PNB de l'Iran. Mis en place juste après la révolution iranienne, ils sont censés redistribuer les revenus du pétrole aux pauvres et aux familles des «martyrs». Il n’existe aucun pan de l’économie iranienne qui ne soit sous la coupe des Pasdarans : immobilier, chirurgie laser, tourisme, optique, tabac, agriculture, construction navale, distribution d'eau, transports terrestres, mines de cuivre de zinc et de plomb, champs gaziers, compagnie aérienne Pars, banques Mehr et Ansar, compagnie pétrolière Oriental Kish, Iran Electronic Industries. Bref il s’agit d’une organisation mafieuse ayant des tentacules au sein de l’État.
Khamenei et son Etat-major

            Les sociétés contrôlées disposent de privilèges exorbitants imposés par d'Ali Khamenei. Elles ne paient pas d’impôts, ne rendent compte qu'au guide suprême et, bénéficient de crédits à taux préférentiels des banques publiques. Le président réformiste Rafsandjani avait tenté de juguler l'affairisme des Pasdarans, mais il n’est pas parvenu face aux obstructions venant du sommet. Les Pasdarans obtiennent tous les appels d’offres sans concurrence car peu d’entreprises osent se mettre sur les rangs contre eux.
            Dans ce contexte il est évident que les sanctions doivent toucher les Pasdarans au portefeuille, seul moyen d’atteindre le régime iranien. Parmi eux, il n’y a pas que des illuminés mais des pragmatiques, pas que des fanatiques mais des affairistes, pas que des sectaires mais des stratèges. On comprend pourquoi ils peuvent difficilement abandonner le programme nucléaire qui leur rapporte beaucoup d’argent certes mais consolident les ambitions régionales de l’Iran en intimidant ses voisins.

            Mais le nouveau président Hassan Rohani a compris qu’il devait s’attaquer à l’empire économique des Gardiens de la Révolution et il a pris le risque d’arrêter certains membres seniors pour limiter leur rôle dans l’économie.  Une douzaine de Pasdarans ont été mis en prison tandis que d’autres ont été contraints de rembourser les richesses accumulées grâce à des transactions commerciales suspectes. Un général pasdaran a même vu ses millions de dollars confisqués dans sa propre maison.
            La répression discrète a été rendue possible parce que le président Rohani a informé le leader suprême Ali Khamenei des richesses accumulées par certains hauts dirigeants de la Garde et de la corruption élevée qui règne au sein de ce Corps. Khamenei a compris qu’il devait s’attaquer à ceux qui entravent le développement économique et les efforts visant à stimuler la croissance alors que le pays lutte contre un chômage élevé. Le président, qui a cherché à attirer les investissements étrangers depuis l’accord nucléaire signé en 2015, a été confronté à une résistance des Gardiens qui tiennent à protéger leurs intérêts.
Sadra Iran Maritime company

            Les entreprises affiliées à cette mafia s’opposent ouvertement à toute ingérence de l’État. Il en est ainsi de Sadra Iran Maritime Industrial Company qui construit des pétroliers et participe à des projets de pétrole et de gaz, et de Shahid Rajaee Professional Group, l'une des plus grandes entreprises de construction iraniennes. L'un des consortiums des Pasdarans, Etemad Mobin Development Company, a acheté Telecom Company of Iran, une société d'État, pour 7,8 milliards de dollars en 2009. D'autres sociétés liées aux gardes comprennent Ansar Bank et Sepanir Oil and Gas Engineering. Certains économistes et hommes d'affaires estiment que le réseau d'entreprises du Corps des Gardiens pourrait être évalué à environ 100 milliards de dollars.
            L'implication des Pasdarans dans l'économie remonte à la fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak dans les années 1980, lorsque les commandants ont été récompensés par des contrats pour construire des routes, des barrages et des ponts pour rebâtir le pays. Ahmadinejad a encore plus délesté l’État de secteurs stratégiques, y compris le pétrole et le gaz. Il a confié aux Pasdarans la société de télécommunications de l'Iran, devenue une vache de trésorerie pour les financer. Sous sa présidence, les allégations de corruption n’étaient plus un secret.
            On ignore si Rohani va parvenir à démanteler la puissance de la mafia des Pasdarans. Mais il est déterminé à amener les Pasdarans sous le parapluie général de l'économie et à leur donner des projets uniquement sous certaines conditions de concurrence car l'économie du pays est dans un état critique. Il tient à ce que les Gardes reviennent à leur responsabilité initiale, les actions militaires et sécuritaires.


1 commentaire:

Paul ACH a dit…

Jacques Benillouche nous fait découvrir une "face cachée" des Pasdarans Iraniens.
C'est devenu un "Empire" qui inquiète même les Dirigeants Iraniens.