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lundi 4 septembre 2017

L'Europe a peur, Israël lui vend ses armes



L’EUROPE A PEUR, ISRAËL LUI VEND SES ARMES

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

        

        Après les différents attentats qui l’ont touchée, l’Europe a compris qu’elle devait muscler sa sécurité. Elle s’est donc tournée naturellement vers le spécialiste de la fourniture de matériel militaire adapté au terrorisme. Israël connaît donc un accroissement exceptionnel de ses exportations vers l’Europe qui sont passées de 724 millions de dollars en 2014, à 1,6 milliard en 2015 et à 1,8 milliard en 2016. Dans le même temps, l’Amérique du Nord a acheté pour 1,265 milliard, l’Amérique latine pour 550 millions et l’Afrique pour seulement 275 millions de dollars. Seule l’Asie se distingue avec des transactions s’élevant à 2,6 milliards de dollars.






            La croissance de la demande est justifiée. En raison de la situation sécuritaire, des attentats, des menaces et de l’afflux de réfugiés sur leur sol, les Européens ont dû augmenter de 3% leurs dépenses militaires en s’adressant auprès de l’expert anti terrorisme du moment. Israël, qui depuis plusieurs années a été confronté aux attentats terroristes, a su mettre en œuvre des solutions innovantes à base de technologiques de pointe pour contrôler les entrées illégales sur son territoire, pour lutter contre les attentats et pour se protéger contre les menaces cybernétiques. Le nombre de sociétés israéliennes, qui participent avec leurs ingénieurs de haut niveau à la défense du pays, a explosé.
Fusil d'assaut israélien Tavor



            Mais l’armement a beaucoup évolué durant ces dernières années. On a délaissé les armes létales, faites pour tuer ou blesser, au profit des moyens de surveillance et de prévention.  Israël est devenu leader dans le domaine des drones et de l’optique pour la mise au point de techniques d’observation. C’est pourquoi, paradoxalement, l’Europe qui a toujours été l’une des plus grandes exportatrices d’armes, se retrouve aujourd’hui dans les rangs des plus grandes importatrices.

            D’autres raisons justifient le changement de fournisseurs d’armes. La décision de la Grande-Bretagne de quitter l’Europe est un élément de la nouvelle stratégie. Par ailleurs, le président Trump a exigé de l’Europe qu’elle soit plus autonome en matière de défense et qu’elle porte son budget de défense à 2% du PIB. Seule la Grande-Bretagne a atteint cet objectif mais les autres pays européens en sont loin. L’Allemagne de Merkel recherche donc des partenariats. La France veut se joindre aux candidats à une coopération en matière de défense. Merkel et Macron ont donc prévu le développement conjoint d’hélicoptères d’attaque Airbus Tiger et de missiles sol-air tout en envisageant l’achat commun de chars et de matériel d’artillerie. Ils souhaitent aussi écorner le monopole américain sur les chasseurs de combat. Leur expérience commune avec l’Airbus les encourage à envisager le développement d’un concurrent européen au F-35, mais constatation étonnante, le Rafale n’a pas été retenu parce qu’il ne répond plus aux nouveaux critères d’avion furtif. 
Airbus Tiger

            L’Europe de l’Est n’est pas en reste pour l’accroissement de ses dépenses d’armement en raison des conflits locaux qui enveniment la région. La volonté hégémonique de la Russie inquiète ses voisins tandis que le désengagement américain de toutes les zones sensibles pousse les États de l’Est à envisager d’assurer leur propre sécurité. Enfin, l’avènement des partis nationalistes en Pologne et en Hongrie justifie de ne plus dépendre de l’Europe pour leur sécurité. Cela implique le renforcement des moyens militaires de leurs propres armées. Les pays de l’Est ont donc lancé leurs investissements dans les avions, les chars, les véhicules blindés et même les missiles. Certains ont déjà fait appel à Israël pour se protéger contre les attaques cybernétiques en provenance de Russie.



            D’autres pays comme la Roumanie, la Finlande et la Hongrie se sont lancés dans la course aux armements avec l’aide d’Israël. La Pologne a déjà investi pour 14 milliards de dollars de dépenses militaires. Le groupe polonais d’armement (PGZ) a signé en juillet 2017 avec IAI (Israel Aerospace Industries) et Elta Systems une lettre d’intention de coopération dans le domaine des drones, du ravitaillement en vol et des missiles. Le président d’IAI, Joseph Weiss, a déclaré à cette occasion que son entreprise était prête à coopérer avec la Pologne autour du bouclier anti-missiles «Harrow». De son côté, Błażej Wojnicz, président de PGZ, a confirmé que les projets de coopération pourraient être complétés par la fabrication en commun d’armements qui seraient vendus ensuite à des pays tiers. La Pologne a aussi signé avec les usines israéliennes Rafael un accord pour l’acquisition de la fusée David’s Sling ainsi que pour la mise à disposition de systèmes de défense antimissiles de courte portée, pour un montant d’un milliard de dollars.
Premiers ministres thèque, israélien, polonais, slovaque et hongrois

            De son côté, le gouvernement de Hongrie a planifié de doubler ses dépenses de défense d’ici 2026. Benjamin Netanyahou, lors de sa visite à Budapest en juillet 2017, a accepté de participer au développement de la défense hongroise. L’agressivité de Poutine a conduit les États baltes à coopérer en matière de sécurité et de renseignement. Dans ce contexte, la Lituanie souhaite acquérir de l’armement israélien car ses services de renseignement s’inquiètent de la capacité de la Russie de lancer en moins de 24 heures une attaque contre les États baltes. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, des anciens territoires russes, font partie de l’OTAN et de l’Union européenne et ces républiques sont de plus en plus nerveuses et sur leur garde depuis que la Crimée a été réunifiée à la Russie en 2014. La Lituanie a constaté que la Russie avait renforcé sa présence militaire dans la région de Kaliningrad depuis l’année dernière. Mais rien n’a changé dans les délais de l’OTAN pour contrecarrer toute attaque russe.       
  
            La plupart des exportations israéliennes sont à destination de l'Asie et de l'Europe. Les contrats portent sur la maintenance et la mise à niveau d'avions, sur de l'électronique, des drones, les télécommunications, des systèmes de défense anti-aériens et des satellites, pour un montant de 5,7 milliards de dollars en 2015 contre 5,66 en 2014, alors que la situation économique mondiale s’était essoufflée. La chute du prix du pétrole avait stabilisé les ventes en 2015 mais les exportations ont explosé en 2016. Israël fait partie des 10 premiers exportateurs mondiaux d'armement. Il a acquis une expertise dans le développement des technologies adaptées aux problèmes des guerres asymétriques.
            Le contrat d’armement signé avec l’Inde pour la fourniture de missiles anti-aériens a boosté les exportations de l’année 2016 qui ont atteint 6,5 milliards de dollars, en hausse de 14% par rapport à l’année 2015, ce qui pourrait remettre Israël à la cinquième place parmi les premiers exportateurs d’armement, qu’elle avait atteinte en 2010. Compte tenu des problèmes de l’Europe liés à l’immigration et au terrorisme et, compte tenu du désengagement des Américains face à une éventuelle agression russe, la seule solution réside dans le réarmement européen.  
Drones israéliens au 47° salon de l'air à Paris

            L’Europe a peur et se tourne à présent, tardivement, vers Israël pour ses solutions sécuritaires. Mais il n’est pas facile politiquement pour Israël de devenir fournisseur principal en Europe sans créer des frictions avec la Russie de Poutine. Cela risque d’aggraver les tensions portées au paroxysme avec l’affaire de l’Iran en Syrie et de créer des répercussions sur la propre sécurité d’Israël. Israël devra trouver un juste équilibre entre ses intérêts économiques et politiques. Mais une certitude, les exportations d’armement à destination de l’Europe sont en constante augmentation. Israël veut à présent jouer dans la cour des Grands avec dans l’ordre des ventes, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne.

2 commentaires:

Michèle Mazel a dit…

Les gouvernements européens changeront-ils en conséquence leur attitude envers Israël? On peut en douter...

Georges KABI a dit…

Il serait peut-etre temps pour Israel de mieux choisir ses clients, en particulier tous ceux qui achetent des armes pour tuer une partie de leur propre population! Les exemples sont nombreux, en Afrique particulierement, mais aussi en Asie. Cela representerait peut etre une perte de quelques centaines de millions de dollars, mais renforcerait l'image de marque trop ternie de ce pays.