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jeudi 7 décembre 2017

Donald Trump et Jérusalem : oui, non, mais...



DONALD TRUMP ET JÉRUSALEM : OUI, NON, MAIS…

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          Le Jérusalem Embassy Act, loi adoptée par le 104e Congrès américain le 23 octobre 1995, impose le transfert de l'ambassade à Jérusalem, qualifiée de «capitale de l’État d’Israël». Mais une clause permet aux présidents de repousser son application pour six mois en vertu «d’intérêts de sécurité nationale». Le 4 décembre, était la date butoir pour Donald Trump pour signer le report et décaler de six mois le déménagement de l’ambassade ou pour abandonner définitivement le projet.



Consulat américain à Talpiot (Jérusalem)

            Il était tenu par une promesse de campagne mais il a choisi une position ambiguë. Il veut reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël mais il a signé la dérogation qui permettra à l'ambassade américaine en Israël de rester à Tel Aviv. C’est une demie mesure qui satisfait les nationalistes juifs mais qui sonne comme une bombe dans les milieux arabes. Cependant, les Israéliens aiment beaucoup les symboles et ce transfert de l’Ambassade en est un. Mais, compte tenu de l’atmosphère ambiante au Proche-Orient, on peut se demander si le moment choisi par Trump était opportun. On comprend le dilemme américain : Accepter le transfert serait implicitement reconnaître la souveraineté d’Israël sur Jérusalem ; le refuser discréditerait la politique des États-Unis au Moyen-Orient.
            Cette attitude ambiguë n’est pas nouvelle. En 1949, Jérusalem-Ouest n’avait pas été reconnue par les Américains. Lors de la réunification de Jérusalem en 1967, les États-Unis avaient accepté que la partie occidentale de Jérusalem appartienne à Israël mais n’avaient pas défini clairement le statut de l’est de la ville. Alors ils ont considéré, jusqu’à présent d’ailleurs, que Jérusalem était une ville unifiée sous le contrôle provisoire d’Israël.
            Le président Trump a bien sûr pris les mesures diplomatiques nécessaires pour calmer la colère arabe en appelant directement le roi Salman d’Arabie, le président égyptien Abdel Fattah El-Sissi, le palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie, gardien des lieux saints musulmans de Jérusalem, pour leur faire part de son intention de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Il rompt ainsi avec le consensus de tous les présidents qui l’ont précédé qui consistait à calmer le jeu.

            Mais l’ambiguïté réside dans le fait que Trump ne se mouille pas trop en ne donnant aucune date pour ce transfert. Ses conseillers l’ont certainement mis en garde contre les risques d’une telle mesure sur l’équilibre régional. Les réactions sont mitigées. L’attitude la plus étonnante est celle de Recep Tayyip Erdoğan qui a évoqué une rupture diplomatique avec Israël, et non avec Washington qui est l’initiateur de la reconnaissance de la ville sainte comme capitale d’Israël. Mais rompre avec les Etats-Unis est bien plus compliqué pour les finances turques.
            En fait la reconnaissance de Jérusalem est une décision politique distincte du transfert lui-même qui peut être reporté de six mois en six mois, sans autre impératif. Il est certain cependant que le transfert physique de l’ambassade américaine nécessitera des années pour sa réalisation, plus d’une mandature, laissant ainsi à l'éventuel successeur de Trump la décision finale. Il ne saurait être question, comme l’a conseillé le maire de Jérusalem Nir Barkat, de transformer le Consulat général en ambassade. Il faut trouver un nouveau site, financer l’acquisition et les travaux.

            La décision alambiquée du 6 décembre a adopté une voie médiane : simple déclaration de reconnaissance de Jérusalem avec planification du déplacement de l’ambassade sans précision de date butoir. Elle ignore le statut de Jérusalem-Ouest. C'est une sorte de poudre aux yeux des Israéliens car dans les faits rien ne changera. Certes Donald Trump apportera un soutien inconditionnel au gouvernement israélien et a contrebalancé sa décision par le rappel du principe de "deux Etats pour deux peuples". Enfin, un petit clin d’œil symbolique à l’attention des Arabes, le président américain a désigné le Mont du Temple par son nom arabe Haram El Sharif. Cela ne modifiera rien dans les faits. De facto, la ville de Jérusalem est considérée comme la capitale puisque tous les ambassadeurs doivent remettre leurs lettres de créance à la résidence du président de l’État et ensuite y rencontrer tous les ministres. La seule nouveauté sera que Jérusalem deviendra de jure la capitale.
            Cependant, pour les opposants au transfert, la situation de paix est encore trop précaire au Moyen-Orient. Le grand problème reste l’impact d’une telle loi sur le processus de paix, et il n’y a nul doute pour eux qu’il ne peut être que négatif. La question n’est donc pas de savoir «où» placer l’ambassade des États-Unis, mais «quand ?». Or, tandis que le Moyen-Orient demeure instable et le processus de paix fragile, le moment semble inapproprié pour prendre une décision contestée par la grande majorité des Occidentaux et des pays arabes.
            Il est vrai que de nombreux pays sunnites se trouvent dans une situation délicate vis-à-vis de l’Iran et qu’ils ont besoin de l’aide matérielle et financière des Etats-Unis. C'est pourquoi leur réaction est timorée. Le président Sissi est en difficulté au Sinaï ; le prince saoudien Mohammed Ben Salmane cherche une légitimité ; la Jordanie est exsangue financièrement avec les centaines de milliers de réfugiés syriens dans son pays ; la Syrie est sortie des radars politiques ; l’Europe est aux abonnés absents. Donc Donald Trump a estimé que le moment était propice pour faire bouger les choses. En revanche le Hamas pourrait trouver là un motif pour renoncer à la réconciliation palestinienne et pour justifier son refus de désarmer son bras armé.   
            Côté israélien, Shimon Pérès avait estimé que la cause de Jérusalem est suffisamment consensuelle : «S’il y a un sujet à propos duquel Israël est uni, c’est le fait que Jérusalem est la capitale unifiée d’Israël. Nous ne doutons pas qu’à l’avenir, d’autres ambassades s’installeront à Jérusalem, et que Jérusalem sera reconnue comme la capitale unifiée d’Israël». Le statut de Jérusalem est aujourd’hui si important que tout le conflit israélo-palestinien repose sur l’avenir de cette Ville sainte.

1 commentaire:

denis sabrié a dit…

Enfin une bonne nouvelle venant des Etats Unis, et bien oui, n'en déplaisent aux obscurantistes, Jérusalem est bien la capitale d'ISRAEL...une évidence
Bonne analyse avec toujours un petit air de j'avance, je recule, mais bon les Américains mettent les points sur les I aux Musulmans ainsi qu'aux Européens, en souhaitant que les Américains soit présents pour protéger Israel pour la suite...