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mardi 2 janvier 2018

La crise économique en Iran risque de mener à l'aventure



LA CRISE ÉCONOMIQUE EN IRAN RISQUE DE MENER À L’AVENTURE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
      

          L’Iran a au moins un point commun avec la Corée du Nord ; elle gaspille ses ressources dans des opérations militaires à l’étranger et dans le développement d’armes de destruction massive, au détriment du bien-être de sa population.  Des manifestations de protestation monstres ont eu lieu dans une dizaine de villes du pays contre la situation économique et la cherté de la vie. Le gouvernement a demandé d'ailleurs aux Iraniens de ne pas participer à des «rassemblements illégaux». La police est intervenue avec force, notamment avec des canons à eau.



            Les Iraniens se plaignent que l’accord sur le nucléaire, qui était censé débloquer la situation économique après la levée des sanctions économiques, n’a pas apporté ses fruits ce qui justifie le mécontentement social et économique. La politique économique du gouvernement est contestée a fortiori lorsque les frappes israéliennes ont révélé qu’elles concernaient des convois d'armes iraniennes destinés au Hezbollah libanais et partis en fumée. 
          Par ailleurs, l'Iran est plus que jamais derrière l'Irak. Après sa tournée dans plusieurs pays du Proche-Orient, notamment en Arabie saoudite, le premier ministre irakien Haïdar al-Abadi s’est rendu en Iran pour recevoir le soutien des autorités iraniennes. L’Iran a développé ces dernières années des relations économiques et commerciales avec l’Irak, devenu le second pays après la Chine en termes d’exportations de produits iraniens.
Haïdar al-Abadi premier  ministre irakien

            Mais les Iraniens ne voient pas concrètement le résultat de ces échanges économiques. Le président Rohani avait été élu pour changer le cours de la politique d’Ahmadinejad et en particulier pour relancer l’économie. Or rien n’a changé car les recettes sont gaspillées dans des aventures militaires à l’étranger. 
            Lors de sa réélection le 19 mai 2017, Hassan Rohani avait affirmé que l'amélioration de la situation économique et du niveau de vie des Iraniens, ainsi que «la garantie de l'égalité devant la loi» constituaient ses deux priorités après avoir renoué avec le monde occidental et avoir récupéré une partie de ses avoirs gelés à l’étranger évalués à plus de 100 milliards d’euros. Mais les caisses restent vides parce que le cours du baril reste bas et que l’Opep a décidé de limiter les exportations. Le seul résultat tangible de Rohani a été de ramener l’inflation de plus de 40% à moins de 10%.
Liesse après l'élection de Rohani

            Les banques sont paralysées par une augmentation des créances douteuses qui constituent 45% de leurs actifs. Alors qu’il s’y était engagé, Rohani n’a pas modifié l’opacité du système iranien, la bureaucratie, la corruption et le népotisme. L’Iran pourrait manquer à ses obligations prévues par l’accord de Vienne et risque donc le rétablissement des sanctions.
            Le problème majeur est le développement du chômage, de celui des jeunes diplômés en particulier, et subsiste l’impression d’un système inégalitaire qui ne profite pas aux étudiants. Il est passé de 10,5 à 12,4% mais nombreux sont ceux qui soupçonnent le pouvoir de truquer ces chiffres car ils paraissent très minorés. Il est en fait de 35% pour les jeunes. Chaque année, un million de jeunes entrent sur le marché du travail alors que la croissance économique est due à une hausse des exportations pétrolières et non pas à une relance des activités économiques créatrices d’emplois. L’inflation atteint 10%.
Manifestation anti-régime

            Pourtant depuis l’accord de Vienne le régime est redevenu fréquentable, surtout en Europe. Les délégations européennes et asiatiques se pressent les unes après les autres en Iran. Les compagnies Shell, ENI, Gazprom, Schlumberger Lukoil et Mitsubishi, ont été choisies pour développer le secteur pétrolier. Le groupe français Total a signé le 3 juillet 2017 un accord de 4,8 milliards d’euros pour développer le projet South Pars (North Dome), immense champ gazier dans le Golfe Persique.
Signature d'un accotd Total-Iran

            D’autres secteurs tels l’énergie, les télécoms, le tourisme, l’industrie, les mines et la sidérurgie, les services urbains, voire la cosmétique, semblent aussi propices à l’investissement. Une multinationale peut y ouvrir une filiale et en contrôler la totalité du capital. La levée progressive des sanctions a également été l’occasion de moderniser la flotte aérienne iranienne avec l’acquisition de 100 Airbus et 80 Boeing. Mais la position de Donald Trump sur l’Iran freine les investisseurs occidentaux.

            Rohani a échoué parce que le vrai maître du pays reste, incontestablement, le Guide suprême Ali Khamenei qui contrôle l’armée, la police, la justice et les media et oriente la politique étrangère. Le Guide arbitre tout. La contestation se développe et entraîne une augmentation des exécutions, surtout pour les jeunes. La répression devient virulente contre les défenseurs des droits humains, de plus en plus emprisonnés, contre les défenseurs des droits des femmes, contre les avocats spécialistes des droits humains, contre les syndicalistes et contre les militants politiques dont certains disparaissent sans laisser de trace.

            Il n’est pas étonnant que le pouvoir en Iran mobilise, le 30 décembre, de manière forcée des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Cela faisait suite à deux jours de protestations contre le régime et la cherté de vie, comme il n’y en pas eu depuis longtemps dans le pays. Le pouvoir semble désarmé face à une contestation qui s’amplifie et qui scande des slogans hostiles à Rohani.  Il a mis en garde contre de nouveaux «rassemblements illégaux». Cet avertissement est intervenu le jour où des dizaines de milliers de personnes pro-régime ont été mobilisées dans les rues en arborant des portraits d’Ali Khamenei.
Gardiens de la Révolution

            Peut-être que le régime comprendra qu’il devra, s’il ne veut pas être emporté par une vague contestataire, réorienter son budget vers des actions intérieures. A moins que les Gardiens de la Révolution, épine dorsale du régime, ne décident de détourner l’attention pour souder la population en menant des actions aventureuses à l’étranger, en poussant par exemple le Hezbollah libanais à entreprendre des actions militaires contre Israël. La guerre a toujours été un exutoire à l’échec économique des dictatures. Ce n’est pas pour cela qu’Israël doive en faire les frais. Mais Tsahal a dans ses cartons toutes les mesures pour contrer ce genre d’aventures qui pourraient être suicidaires pour les mollahs.
            L’Occident et Israël en particulier ont intérêt à laisser pourrir la situation en Iran et ne pas intervenir militairement pour éviter l’union nationale dans le pays. Un fruit pourrit toujours de l'intérieur. L’expérience prouve que les régimes dictatoriaux n’ont pas la vie longue. Est-ce le début d'un grand mouvement ?

3 commentaires:

V. Jabeau a dit…

Pas la vie longue mais ils rendent la vie amère aux autres. Par ailleurs quelles sont les sources de vos chiffres ? Merci.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

@ V. Jabeau

Ce ne sont pas des questions qu'on pose à un journaliste. Ou on croit que le site est sérieux ou alors on pense qu'il est à la recherche de buzz. Des détails devraient cependant vous guider :

1. Le site est gratuit

2. Le site n'accepte pas la publicité pour ne subir aucune pression, donc n'est pas soumis à la recherche impérieuse d'audience

3. Le site n'étant pas financé comme d'autres au nombre de clics, il n'a aucun intérêt à diffuser des infos si elles ne proviennent pas de sources sérieuses.

Cordialement

denis sabrié a dit…

Chalom,

Ce qui est triste, c'est que des jeunes Iraniens vont subir l'horreur de ce pouvoir obscurantiste ... mais bon, toute révolution de palais et ce n'est pas encore fait.,a ses victimes..
Merci pour ce travail d'information, c'est exceptionnel pour tout le sérieux que vous y mettez..(bravo)
Bonne soirée Jacques