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jeudi 14 décembre 2017

Vous avez dit Brexit par Dov ZERAH



VOUS AVEZ DIT BREXIT

Le point économique de Dov ZERAH


           
          Il y a un an, les 4 et 5 octobre 2016, lors du congrès annuel du parti conservateur, la nouvelle premier ministre, Teresa May avait présenté sa feuille de route pour la sortie de son pays de l’Union européenne. Quatre mois après le vote du 23 juin 2016, on nous annonçait un BREXIT dur avec le refus de payer une quelconque indemnité de sortie, des mesures nationalistes, voire xénophobes pour les travailleurs étrangers…



Théresa May au congrès du parti conservateur

            Le principe de réalité a finalement prévalu. En un an, elle a été obligée de revoir les prétentions britanniques à la baisse.
La nécessité de conclure des accords commerciaux bilatéraux en contrepartie des accords multilatéraux conclus dans le cadre de l’Union européenne prend du temps. Dans cette perspective, Theresa May court le monde pour conclure de tels accords. Pour établir un partenariat avec les Etats-Unis, elle est obligée de ne pas réagir à certaines prises de position de M. Donald Trump.
La situation politique intérieure n’a cessé de se dégrader avec la perte de la majorité absolue aux Communes à la suite des élections législatives anticipées perdues, les démissions de ministres, les dérapages verbaux du ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson.
L’accumulation des effets collatéraux négatifs du BREXIT, comme la perte des agences européennes et le départ de certains sièges sociaux.
- Theresa May en est même arrivée à accuser Moscou de propager des fake news.
            Il était urgent, pour les Britanniques, de sortir de cette phase transitoire si préjudiciable à l’activité, de déterminer les futures conditions des échanges commerciaux entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Il faut très vite tourner la page du BREXIT.
            Même s’il faut encore attendre quelques jours et le prochain sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement, nous savons d’ores et déjà que le Royaume-Uni a accepté de payer une indemnité pour solde de tout compte de 40 à 50 milliards€, de ne pas remettre en cause la situation des trois millions de travailleurs étrangers sur son territoire, d’accepter la compétence de la Cour européenne de justice…

            Il convient de régler l’épineux problème de la frontière entre les deux Irlande. L’Irlande, Etat-membre de l’Union impose qu’il n’y ait aucune frontière avec l’Irlande du Nord. L’accepter entrainerait des barrières avec l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays de Galles. Ce serait le ferment de la division au sein du Royaume-Uni, une esquisse de réunification entre les deux Irlande, ce que ne pourrait accepter le parti unioniste nord-irlandais, membre indispensable de la coalition étriquée sur laquelle repose actuellement le gouvernement. Enfin, cela constituerait un dangereux précédent pour des Européens comme les Ecossais, et même pour d’autre régions britanniques.
            Au-delà de cette bombe à retardement politique, l’avenir économique s’assombrit.

Mark Carney

            Selon le gouverneur de la Banque centrale britannique, Mark Carney, tant les incertitudes que les perspectives du BREXIT commencent à peser sur les choix des opérateurs économiques. La Banque centrale a revu à la baisse ses prévisions : 1,7 contre 1,9% en 2017 1,6 contre 1,7% en 2018 ; pour l’année prochaine, certains sont plus pessimistes et voient la croissance à 1,5%, voire, comme l’OCDE, à 1%. Personne ne parle encore de récession. Mais, ces perspectives font que la politique monétaire reste inchangée, avec notamment un taux directeur maintenu à 0,25%.
            N’aimant pas le flou juridique et l’attractivité du pays diminuant, les entrepreneurs hésitent, reportent leurs décisions d’investissement. Le manque de visibilité conduit les grands groupes à temporiser. 
            De leur côté, les consommateurs deviennent plus précautionneux ; avec une croissance des salaires inférieure à 2%, les ménages enregistrent une baisse de leur pouvoir d’achat avec une inflation à 3% en octobre dernier, un taux inégalé depuis cinq ans. Les prix des produits, notamment alimentaires, sont en hausse du fait du renchérissement des importations consécutif à la dépréciation de la livre (15 %). Avec un endettement élevé, et une épargne très faible, les ménages ne sont pas prêts de soutenir la croissance.

            Tout cela tombe à un mauvais moment pour le Trésor dont le déficit est très élevé, et qui va progressivement perdre la manne du pétrole de la Mer du Nord. Mais, le BREXIT ne fait pas que des perdants. La baisse de la devise britannique favorise les entreprises manufacturières et leurs exportations. C’est une bouffée d’oxygène importante compte tenu du déficit commercial et de la faible productivité des entreprises.
            Néanmoins de nombreux secteurs d’activités sont en difficulté. Au premier chef, les secteurs bancaire et financier sont les premiers touchés avec la fin programmée du marché unique dans ces secteurs. De nombreuses capitales européennes se sont engagées dans une vive concurrence pour essayer de récupérer des activités et des opérateurs. Autre secteur qui sera impacté, l’automobile. L’imbrication des différentes implantations européennes des grands constructeurs risquent d’évoluer ; avec l’érection des frontières, les sites britanniques risquent d’être délocalisés.
            En oubliant l’Eurostar, le Royaume-Uni est en train de redevenir une île. Devons-nous y voir un signe du destin, un symbole, la marine britannique vient de mettre à flots son nouveau porte-avions, le Queen Elisabeth, et attend, pour fin 2019 un second, le Prince of Wales. Tous les responsables et opérateurs britanniques sont en train de se dire : vivement le 29 mars 2019, date effective du BREXIT, de la sortie du tunnel dans lequel ils sont entrés il y a maintenant dix-huit mois.
Prince of Wales en construction


            La réalité de la situation entrainée par le BREXIT est de nature à décourager tous les candidats à la sortie de l’Union européenne, à l’indépendance…Dans notre monde globalisé, face aux Etats-continents que sont les Etats-Unis, la Chine ou la Russie, il n’y a que des stratégies de coopération et d’alliances…

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Le Brexit est un sujet en or puisqu'il permet de dire tout et son contraire. Ainsi on peut dire, dans la même phrase, que Teresa May refuse de payer alors même qu'elle a décidé de payer. Que la politique intérieure du Royaume Uni se dégrade alors qu'elle n'est pas plus dégradée que dans les autres pays de l'U.E. Que les prévisions de Banque centrale sont à la baisse mais que la politique monétaire reste inchangée. Et même que le secteur automobile "sera impacté" alors que le Royaume Uni est toujours le second producteur automobiles d'Europe derrière l'Allemagne, et loin devant la France !

Et à la fin, on peut même se permettre trois lignes de conclusion auto-réalisatrice. N'est-ce pas merveilleux ?

Il est donc urgent d'attendre avant de verser des larmes sur le Royaume Uni !