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mardi 24 avril 2018

L'effet Trump s'estompe, Israël déchante



L’EFFET TRUMP S'ESTOMPE, ISRAËL DÉCHANTE

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps
            

          L’élection de Donald Trump avait été perçue comme l’arrivée du Messie en Israël car il était censé garantir la sécurité du pays, en particulier face à l’Iran. Or la baudruche s’est dégonflée pour laisser place à une réalité décevante. Le président qui bombait le torse hier, rase les murs aujourd'hui. Certes la gouvernance américaine s’est trouvée désorganisée par les nombreux changements des titulaires des postes au plus haut niveau, poussant l’administration Trump et le président lui-même à improviser, mais cela était la preuve qu’ils n’étaient pas préparés à leur victoire. 



            Jamais les Etats-Unis ne se sont montrés aussi creux dans leurs choix stratégiques en raison de l’absence de vision politique à long terme. La décision américaine de transférer l’ambassade à Jérusalem ne suffit pas à affirmer que les bons choix américains ont été faits au Moyen-Orient puisque la région est devenue encore plus instable qu’hier. Le grand chaos guette tandis que la situation risque encore de dégénérer vers une violence profonde.
            Donald Trump, le Dieu du Likoud, le dur des durs, a été incapable de faire preuve de fermeté avec sa politique décousue ; il ignore les méandres de l’Histoire et les bases de la diplomatie réelle. Sa décision sur Jérusalem a été tellement peu préparée qu’elle risque de conduire à des conséquences imprévisibles. Les diplomates avertis ne sont pas étonnés car Trump n’a jamais rien su de la politique étrangère qu’il croyait pouvoir gérer comme une affaire immobilière, à coup de millions, avec comme seule arme la menace et la peur. 
          Netanyahou a avalé toutes ses sornettes avec délectation pensant avoir face à lui un dirigeant sachant manier l’épée comme seul argument politique. Au fond de lui-même, le premier ministre israélien est certain que beaucoup de temps a été perdu et qu’il est déjà trop tard sur certaines questions.

            En croyant défendre les intérêts d’Israël en déplaçant son ambassadeur à Jérusalem, il a créé une crise régionale au moment où justement Israël avait noué des relations avec plusieurs pays arabes du Moyen-Orient dans le cadre d’un front commun contre l’Iran. Pour les Arabes, certaines options touchant à Jérusalem sont inacceptables malgré toute leur bonne volonté. Par ailleurs, les atermoiements dans les choix militaires ont consolidé les ennemis d’Israël. La décision, maintes fois répétée par Trump de quitter la région, a décrédibilisé les menaces américaines.
Frappe israélienne contre la base T4

            Les frappes américaines très limitées, pour ne pas dire symboliques, contre les installations chimiques syriennes n’ont eu qu’un impact négligeable sur les choix génocidaires de Bachar El-Assad qui n’a pas été impressionné compte tenu du soutien russe. La seule attaque israélienne sur la base T4, non annoncée à la cantonade, a eu plus d’effets que celle des alliés qui ont surtout donné l’impression de ne pas vouloir réveiller l’ours russe. Les Kurdes ont été abandonnés à leur triste sort, offerts en pâture à Erdogan tandis que les opposants au régime syrien ont été sacrifiés sur l’autel de la realpolitik avec Poutine.

            Le gouvernement israélien se trouve donc contraint d’envisager des solutions indépendantes de la stratégie américaine après avoir compris que, en politique internationale, l’égoïsme prime sur tout autre sentiment. Même si Tsahal est au summum de sa préparation et de sa puissance, avec des soldats bien entraînés et motivés, le pays n’est pas à l’abri d’une attaque brutale, dramatique et imprévisible. La Russie est prête à fermer les yeux sur tout ce qui satisfait ses ambitions politiques avec l’objectif de se réintroduire en force dans la région d’où elle a été chassée. La route est libre pour les Russes et ils ne s’en privent pas, leurs alliés aussi.
Chefs militaires au Golan

            Nul ne peut exclure un conflit international qui pourrait être difficilement endigué parce que beaucoup de temps a été gaspillé. Les Iraniens et les Russes augmentent tous les jours leur potentiel militaire aux frontières d’Israël sans que Trump n’ait songé à lever le ton. Il a refusé d’imposer aux ennemis d’Israël de se positionner à 60 kms de la frontière du Golan. Ils sont à présent à quelques encablures du front.
            Après l’euphorie de l’élection de Trump, les Israéliens sont à présent dans le doute.  Trump a montré son incapacité à gérer la crise nucléaire avec l’Iran, reportant au mois de mai 2018 sa décision ou non de solder l’accord de 2015. Les Iraniens continuent leur programme de missiles, et peut-être même nucléaire, sans que Trump n’ait pu les en dissuader. Démonétisés, les Américains n’ont pas réussi à empêcher l'escalade de la violence en Irak, en Afghanistan, au Liban, au Soudan, en Libye et en Syrie. Ils n’ont rien fait pour consolider la fragile monarchie hachémite attaquée par le radicalisme islamique alors qu’elle est une alliée historique. Ils ont laissé les Égyptiens rejoindre le giron russe. Trump pensait pouvoir gouverner avec des fanfaronnades et des attaques ad hominem à la limite de l’enfantillage. En revanche, la droite israélienne exulte car il a adopté sa conception politique faite uniquement de force et d’intransigeance.  Or Israël ne peut pas compter uniquement sur un établissement américain de sécurité nationale squelettique. Sa survie est en jeu.
Djihadistes pakistanais

            Les Américains, désorganisés, ne veulent plus être les gendarmes du monde, mais ils ne peuvent pas fermer les yeux sur ce qui se trame dans d’autres régions menacées. Le Pakistan en particulier, qui détient l’arme nucléaire, est dans la tourmente face à des djihadistes en position de s'approprier l’arme suprême. Cette question agite l’esprit des Israéliens car ils craignent que la chute du régime d'Islamabad, fasse passer l’arme nucléaire entre les mains des djihadistes.
            L’exemple de la Syrie montre que certains régimes fragiles arabes ou africains peuvent tomber facilement sous la coupe des islamistes radicaux qui peuvent capter les armes de destruction massive, pas forcément nucléaires, qui se retourneront contre Israël. Le chaos généralisé est en vue sans un gendarme pour le canaliser. Les Etats-Unis et le monde libre paieront alors les conséquences d’un président mal préparé qui ne pense qu’à «l’Amérique d’abord». Israël serait alors la première victime qui devra traiter avec des adversaires nucléaires irrationnels. Dans une Amérique dirigée par Trump, donc mal préparée et mal orientée, Israël doit réorienter ses doctrines de planification militaire pour tenir compte de toutes les pires possibilités, parce que Donald Trump, imprévisible, donne l’impression d’être un président insensible aux causes non américaines.

6 commentaires:

M.M a dit…

Je ne suis franchement pas d'accord. Vous auriez pu au moins évoquer la Corée du nord, où la fermeté de Trump a payé. Et l'annonce du transfert de l'ambassade à Jérusalem n'a pas provoqué le tremblement de terre attendu - ni dans les territoires, ni dans les pays arabes qui ont condamné mollement. Vous auriez aussi pu souligner que le Conseil de Sécurité recadré ne condamne plus systématiquement Israël, qui a trouvé un(e) défenseur vigoureux en la personne de Nicky Hailey. Ce n'est pas encore suffisant? Peut-être. Mais cela méritait d'être mentionné ne fut-ce que pour donner un semblant d'équilibre!

Gerard Hania a dit…

Tout a fait d'accord avec vous M.M.

Michael Khelifi a dit…

Pire que Trump obama

Georges KABI a dit…

Tout a fait d'accord. Bibi a tout fait pour en arriver la. Il a continuellement soutenu les Republicains en ne tenant meme pas compte, et pourtant Bibi est americain d'education, que les Republicains ont toujours soutenu la theorie de l'"America first".
Je suis meme a peu pres certain que l'ambassade americaine restera dans la rue Yarkon en fin de compte, et Hailey, qui s'est vue reprimandee il y un ou deux jours, est en voie de chercher un autre emploi. Et Trump est tres capable de lacher ses allies sud-coreens et japonais, ce qui reveillerait l'industrie americaine de l'automobile (=America first) voire meme sa metallurgie.
Israel se trouve totalement isole, et cela pourrait etre positif. Cela entrainerait un renouveau de la classe politique et de nouvelles orientations.

denis sabrié a dit…

Certains vont vite en besogne...la fermeté de Trump concernant la Corée du Nord a payé..? Rien, à ce jour, ne confirme que les Coréens vont se débarrasser de leur arsenal nucléaire...
d'autre part, si les islamistes prenaient la main mise sur le Pakistan, ils seraient réduits en cendre ainsi que les Iraniens en voulant utiliser l'arme atomique..je pense que les services de renseignements écoutent tout ce qui se dit ou fait dans ce monde, ils ont donc toujours un "pion" d'avance sur l'échiquier..pour intervenir..
Quand aux Russes, s'ils veulent s'installer en Syrie, il faudra impérativement qu'ils se débarrassent des Iraniens et qu'ils rejettent les Turcs hors de la Syrie...c'est pas gagné..mais bon, eux aussi sont champions d'échec.., alors,en ont-ils les moyens..?

Israël-Anderhuber Ingrid a dit…

Tant mieux si Israël a réalisé que Trump n'est pas le Messie...
Par ailleurs, bravo pour Trump qui non seulement reconnaît ouvertement Jérusalem comme capitale d'Israël, pendant que beaucoup en Israël sont trop frileux pour l'admettre, mais encore commence à passer à l'action dans ce sens, à Jérusalem...