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mardi 24 avril 2018

Qui était Fadi Al-Batsh ?


QUI ÉTAIT FADI AL-BATSH ?
Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps




           
          Fadi Al-Batsh, assassiné le 21 avril 2018 par deux assaillants dans la capitale malaisienne Kuala Lumpur alors qu'il se rendait à une mosquée pour les prières de l'aube, est un universitaire palestinien de 35 ans, père de trois enfants.  Il était le deuxième imam de la mosquée. Il n’avait pas qu’une fonction ecclésiastique. Professeur en ingénierie électrique, il vivait en Malaisie depuis 10 ans. Selon le vice-premier ministre malaisien, Ahmad Zahid Hamidi, ce chercheur palestinien était un expert dans le domaine de l’énergie et des missiles.



            En plus de son poste de conférencier dans une université privée, l'institut British-Malaysian, il était employé par l'Autorité de l'énergie de la bande de Gaza. Hazem Qassem, porte-parole du Hamas, a confirmé qu'al-Batsh était membre de son mouvement. Il était aussi cousin de Khaled al-Batsh, haut responsable de la branche du djihad islamique à Gaza.
Lieu du crime

            Les responsables de type européen de son assassinat, qui circulaient à moto, l'ont attendu pendant près de 20 minutes devant un immeuble résidentiel du district de Setapak avant de tirer au moins 10 balles dont quatre visaient la tête, le tuant sur le coup. Un vrai travail de professionnels, calmes, déterminés, froids et efficaces. Al-Batsh était actif dans les milieux palestiniens et il venait d’exprimer sur une chaîne de télévision son soutien aux émeutiers de Gaza qui participaient à la Grande marche pour le retour.
            Tous les yeux se sont donc tournés vers Israël et en particulier vers le Mossad qu’on accuse d'avoir perpétré l’assassinat. Israël n’a jamais commenté les attentats à l’étranger, ne confirmant et n’infirmant jamais les accusations. Pourtant la première déclaration officielle diffusée par le Hamas ne mettait pas en cause directement Israël ; elle précisait qu'il avait été «assassiné par la main de la trahison» sans autre détail. Si les Israéliens étaient impliqués, l’assassinat aurait nécessité de gros moyens logistiques, très loin de leur base, dans un pays musulman qui ne maintient pas de relations diplomatiques formelles, avec des solutions de repli compromises par la nature de la géographie de la Malaisie.

            Mais le Hamas s’appuie sur les précédents assassinats de scientifiques palestiniens qui n’ont jamais été élucidés, en particulier l’élimination en Tunisie en 2016 d’un de ses experts en drone, Mohamed Zouari. Les Tunisiens recherchent toujours les auteurs de l'assassinat. Certes, comme lui, Al-Batsh, ingénieur électricien, avait une compétence dans le domaine de l'installation de moteurs et d'émetteurs sur des drones et il l’avait prouvé dans ses conférences à l'Institut British-Malaysian de l'Université de Kuala Lumpur. La branche militaire du Hamas a confirmé que l'ingénieur était l'un de ses commandants qui avait fait «des contributions importantes dans le domaine de l'énergie». 
         D’ailleurs la tente de deuil de la famille d’Al-Batsh à Jabalia est gardée par dix miliciens masqués en tenue de camouflage, prouvant qu’il s’agit d’une cérémonie pour un haut dignitaire du Hamas. La famille de Fadi Al-batsh négocie avec les autorités malaisiennes et égyptiennes pour ramener son corps à Jabalia pour l'enterrer. Le ministre Naftali Bennett a refusé estimant que cela ne peut être permis tant que les soldats de Tsahal Goldin et Shaul ne sont pas renvoyés en Israël pour être enterrés.


            Ce n’est que plus tard qu’Ismail Haniyeh a déclaré que «le Mossad n'est pas loin de ce crime honteux et terrible». Il se fondait sur la réputation du service israélien d’assassiner systématiquement les scientifiques nucléaires iraniens. Le leader du Hamas a menacé de mener des attaques contre des Israéliens à l'étranger pour venger l'assassinat de l’ingénieur palestinien. Le ministre des Renseignements Israël Katz a conseillé à Haniyeh «de parler plus prudemment car Gaza est beaucoup plus proche que la Malaisie».
Haniyeh-Katz

        L’agence gouvernementale iranienne Fars a pointé du doigt Israël qui «a une longue expérience dans l’assassinat de scientifiques arabes et musulmans en collaboration avec ses homologues américains et britanniques (MI6 et la CIA)» et a cité l'élimination d’une douzaine de scientifiques.
            Effectivement, en plus des autres cas qui ont fait une couverture médiatique faible, le professeur iranien et scientifique nucléaire Massoud Ali Mohammadi, est mort dans un attentat à Téhéran en janvier 2010.  De même les professeurs iraniens Majid Shahriari et Fereidoon Abbassi Davani, ont été tués dans deux attentats à la bombe séparés à Téhéran le 29 novembre 2010. Un jeune scientifique nucléaire irakien a été abattu dans les rues de Bagdad en décembre alors qu’il venait de publier sa toute nouvelle formule d’enrichissement d’uranium. Aucun élément n’a confirmé l’implication du Mossad dans ces crimes puisque les auteurs n'ont jamais été retrouvés.
Mohamed Abou Hamza Hamdan

            Les deux dernières opérations attribuées au Mossad ont visé un haut-dirigeant du Hamas à Tyr au Liban ainsi que l’enlèvement d’un scientifique irakien aux Philippines. En effet, les Libanais accusent Israël d’être l’auteur de l’explosion de la voiture d’un responsable du Hamas dans la ville de Sidon, au sud Liban. Ce responsable, originaire de Gaza, Mohamed Abou Hamza Hamdan, avait reçu des blessures légères alors qu’il garait son véhicule, le 14 janvier dans la cour de son domicile. 
          Al Akhbar avait précisé que la sécurité libanaise avait identifié les agents israéliens concernés, dirigés par Ahmed Battiya, un libano-hollandais recruté par le Mossad en Hollande. Cet agent était selon le journal chargé de traquer les officiels du Hamas et de surveiller leurs mouvements. En Israël, le gouvernement a démenti toute implication du Mossad par la voix d’Israël Katz, ministre des services de renseignements qui s’est borné à dire que «si Israël avait été impliqué, cela ne se serait pas traduit par des blessures légères».
Taha Mohamed al-Jabouri

            Dans une autre affaire, les milieux irakiens prétendent que le Mossad avait attiré un scientifique irakien aux Philippines pour le soumettre à des interrogatoires sur ses liens avec le Hamas. Taha Mohamed al-Jabouri, âgé de 64 ans, avait ensuite disparu puis avait été retrouvé et arrêté par les autorités locales pour ses liens avec des groupes terroristes locaux. En tant que chimiste, il était en charge de développer une technologie dans le domaine des missiles afin de permettre au mouvement palestinien de tirer des roquettes à partir de son territoire.
            A chaque fois qu’un attentat a lieu contre des scientifiques on l’attribue au Mossad alors que les Américains ont autant de raison de s’en prendre à eux dès lors qu’ils ont des relations avec les organisations terroristes. Comme l’affirme le dicton, on ne prête qu’aux riches.

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