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vendredi 15 septembre 2017

Libéralisme, négationnisme : quand la foi s'égare par Arianne BENDAVID



LIBÉRALISME, NÉGATIONNISME : QUAND LA FOI S’ÉGARE

Par Ariane BENDAVID
Maître de Conférences, études hébraïques, Paris IV (Sorbonne)
Directrice du talmud-Torah de l’Union libérale israélite de France- Copernic

           
         Il y a quelques jours, un Grand Rabbin israélien, Shlomo Amar, déjà connu pour avoir déclaré que l’homosexualité était «une abomination», s’est à nouveau distingué en affirmant que les Juifs libéraux étaient «pires que les négationnistes». J’aurais traité par le mépris ces propos scandaleux, s’il n’avait été invité à s’exprimer dans une synagogue consistoriale, où la présence du Grand Rabbin de France a été annoncée, puis démentie. Sa déclaration prenait place dans le contexte de débats qui opposent depuis quelques années les Juifs orthodoxes aux femmes israéliennes qui réclament - en vain - un espace mixte devant le Mur des Lamentations. L’objectif de ce rabbin : réaffirmer que la Torah est La vérité, et que la mixité est une atteinte à la pudeur.



Synagogue Copernic

            Dans les communautés juives françaises d’aujourd’hui, le mot «libéral» est presque une insulte. Le seul nom de «Copernic» (par lequel est connue l’Union libérale israélite) suffit souvent à susciter une véritable levée de boucliers. Rien ne peut justifier un tel rejet. Lorsque le mouvement réformé est né, au 19e siècle, il a répondu au désarroi de très nombreux Juifs qui ne se reconnaissaient plus dans le judaïsme orthodoxe. Loin de les en éloigner, il a permis à ces Juifs émancipés de retrouver le chemin de la synagogue. Le culte s’est modifié, adapté, ouvert à la modernité.
Martin Buber

            Sans la Torah, c’est certain, le peuple juif n’aurait pas survécu en exil. La tradition est sans conteste la colonne de feu qui lui a permis de traverser les siècles d’une histoire chaotique sans perdre son identité. Pendant deux millénaires, le Juif s’est défini par la pratique des commandements, qui lui dictaient son comportement du lever au coucher. Cette volonté de s’abriter, selon les termes de Martin Buber, «derrière l’ouvrage fortifié de la Loi», a sans nul doute permis sa survie. Mais cette pratique seule n’aurait pas été suffisante. Car en restant fermés sur eux-mêmes, les Juifs auraient peut-être disparu, comme de nombreuses civilisations de l’Antiquité. Leur survie, ils la doivent aussi, et peut-être surtout, à leur faculté d’adaptation, déjà prônée par le Talmud, qui stipule qu’on doit vivre avec son temps et que «La loi du pays est la loi».
            De cette volonté d’adaptation est donc né le judaïsme libéral. Il se veut une religion moderne, enrichie des apports extérieurs, bien implantée dans la Cité, et parfaitement compatible avec la laïcité de la République. Une religion qui ne craint pas de jeter un regard critique sur les textes «sacrés», ne juge pas l’Autre en fonction de ce en quoi il croit, et respecte la liberté de conscience. Le grand progrès de l’ère moderne en matière de religion est l’acceptation de l’Autre dans sa différence, y compris dans son athéisme. Car on peut parfaitement, sans la moindre contradiction aujourd’hui, se sentir profondément juif tout en n’étant ni croyant ni pratiquant.
Juifs libéraux au Kotel

            N’en déplaise à Monsieur Amar, l’immense majorité des Juifs de France sont des libéraux… mais des libéraux qui n’osent pas se l’avouer, parce que les instances orthodoxes font peser sur eux une terrible culpabilité, dont les propos insultants de Shlomo Amar ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
            Jusqu’au 18e siècle, un abîme séparait les Juifs des peuples dont ils partageaient la terre. Cet abîme, les Juifs occidentaux ont voulu le combler. Ils ont saisi la main qu’on leur tendait, ils ont fait tomber les barrières du ghetto physique et spirituel dans lequel ils étaient enfermés, sans aucune chance de progrès social ou culturel. Ils se sont pleinement intégrés à leurs pays d’accueil – en premier lieu la France.
            Bien sûr, cette entrée dans le monde moderne a souvent impliqué un éloignement vis-à-vis de la pratique religieuse. Mais ce judaïsme ouvert, accueillant, respectueux de «l’étranger», n’est autre que celui que prônaient les Prophètes d’Israël, qui déjà subordonnaient le rituel à l’éthique : 
« Je suis las de vos holocaustes de béliers (…) Apprenez à bien agir, recherchez la justice ; rendez le bonheur à l’opprimé » (Isaïe 1, 11-17). « Voici le jeûne que j’aime : c’est de rompre les chaînes de l’injustice, (…), de partager ton pain avec l’affamé, de recueillir dans ta maison les malheureux sans asile » (Isaïe 58, 6-7).
            Le judaïsme a toujours accepté en son sein les courants les plus divers. C’est là sa richesse. Lorsque fut rédigé le livre de Ruth, deux écoles s’opposaient en Israël : l’une nationaliste et xénophobe, qui préconisait la répudiation des femmes étrangères ; l’autre qui, au contraire, prônait l’accueil de l’étranger. Les libéraux sont les héritiers de ce judaïsme d’ouverture.

            Bien sûr, on pourra me rétorquer que le libéralisme favorise l’assimilation et les mariages mixtes. Mais il s’agit en réalité d’un phénomène de société qui rend plus indispensable encore l’existence de communautés libérales. Face à la multiplication de ces mariages mixtes, une question vitale se pose aujourd’hui à nous, Juifs français : pouvons-nous, tant sur un plan strictement démographique, que sur un plan éthique, rejeter tous ces couples, et leurs enfants ? Il en va aussi de la définition de l’identité juive. Ne serait-elle qu’une question de naissance, et non de culture, de volonté d’appartenance, de sentiment d’identité ? Est-ce un crime de préférer l’accueil de l’Autre à la fermeture sur soi ?

            Loin donc d’être un danger, le libéralisme est sans doute le dernier rempart contre la disparition du judaïsme de diaspora. Il est le seul à répondre aux défis de la modernité et de la mondialisation. Les Juifs libéraux nourrissent depuis longtemps l’espoir de voir enfin reconnue cette communauté fermement établie et qui ne cesse de croître. Je voudrais dire à Monsieur Amar et à tous les Juifs de France, que l’ennemi lui-même, selon la Torah, a droit au respect. Et que nous ne sommes pas des ennemis.


4 commentaires:

Georges KABI a dit…

Les anathemes des orthodoxes juifs israeliens sont soutenus par les budgets pharamineux que le gouvernement leur accorde et par le controle de toute l'industrie alimentaire par le biais de la cacherout (ce qui n'empeche pas de commercialiser des produits avaries). Et avec cette manne, ils pensent pouvoir se detacher du judaisme non-orthodoxe en Gola et des Juifs laics en Israel.
Cela me rappelle que les Juids orthodoxes pretendent que la chute du 2e Temple a ete la consequence directe des divergences dans le judaisme.
Aussi, il est possible (certains d'ailleurs parmi eux le souhaitent ardemment) que ces gens la preferent retourner dans les mellahs, haras et ghettos, tout comme nos cousins musulmans qui veulent revenir au temps de Mahomet.
Ils ont tous oublie que la societe a change, qu'il n'est pas du tout certain que les Juifs orthodoxes ne soient pas systematiquement massacres si le 3e Temple tomberait et que les Juifs laics deviennent des migrants qu'aucun pays d'Europe ne serait pret a accueillir.

Elizabeth GARREAULT a dit…

" Bien sûr, on pourra me rétorquer que le libéralisme favorise l’assimilation et les mariages mixtes. " Depuis quand les thermomètres donnent-ils la fièvre?
C'est précisément parce qu'il y a assimilation que les Juifs qui ne veulent pas rompre toute attache avec la religion se tournent vers les synagogues libérales qui sont les seules à les accueillir avec bienveillance, tolérance et respect. Le judaïsme orthodoxe doit faire son examen de conscience mais trop d'egos et d’intérêts (dont financiers) sont en jeu pour que cela arrive un jour.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Une anecdote pour illustrer ce propos : Kippour à New-York. Je logeais alors à la 84ème rue.

Je vais à Temple Emmanuel. A l'entré des gardes me refusent l'entrée au rez-de-chaussé réservé aux membres. Direction le sous-sol où je ne peux entrer qu'en payant 10$ et en achetant un livre à 20$. Direction Ramaz.

Ramaz est la synagogue orthodoxe. Pas une place de libre. Je reste debout au fond de la salle mais le service de sécurité m'expulse car on ne peux rester debout. Direction Park Avenue.

La synagogue libérale conservative. Echaudé je préviens le responsable à l'entrée que je ne suis pas membre. Pas de problème monsieur. Il cherche dans son gros livre et me dit : M et Mme Epstein sont à l'étranger, vous pouvez occuper leurs places et utiliser leur taleth. CQFD

Janine a dit…

Cqfd. Tout est dans l intitule. Liberale. Dans liberale il.y a libre